Au petit matin, notre hôte nous explique que nous pouvons suivre un convoi pour partir à présent. La route est longue pour rejoindre Kirkenes. Les barrières furent ouvertes jusqu'à Ifjord. C'est avec soulagement que nous avons donc réussi à quitter Mehamn. Le doute revint lorsqu'à Ifjord la barrière était de nouveau baissée. Il fallut attendre un convoi dont nous n'étions pas sûrs de l'existence malgré les panneaux. Pourtant vers 12h45 un chasse-neige arriva et nous guida le long d'une route entièrement enneigée. Il ne faisait qu'une bouchée des congères. Sur notre gauche, un troupeau de rennes s'élançait au grand galop à travers les bois. La nuit commence déjà à tomber. La Lune s'élève rapidement. Ce soir nous logerons dans un cottage tout près de la frontière russe. On nous met en garde de ne pas la traverser sans se faire connaître. Le poste de frontière est imposant et semble bien contrôlé. Le beau temps semble se maintenir, nous décidons alors de nous enfoncer vers Grense Jakobselv, endroit complètement perdu à la frontière russe, aux confins de la Norvège. Quarante minutes plus tard nous nous approchons d'une église bâtie il y a 150 ans, la dénommée Oskar II’s Kapell. Celle-ci symbolise la terre norvégienne de ce côté de la frontière. Une clôture empêche l'accès au rivage. En contrebas de l'église se trouve un petit cimetière plutôt sinistre. Le portail grinçait lentement et l'ambiance était lourde. L’atmosphère dans ce secteur était vraiment particulière, une sensation d’être en terres interdites, sans vie, baignée dans un vent à décorner les bœufs et en guise d’arrière-plan lointain, une imposante tour de contrôle de la frontière russe. Avant de rentrer, nous profitons du calme au bord d'un lac gelé. Le ciel est dégagé mais peu d'activité aurorale ce soir-là. Les pierres gelées brillent à la lueur de la Lune...