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Dénivelé : ~1100 m.
Après 2 mois (!) sans être allé en montagne, la faute à Dame Météo ou à des conditions médiocres pour le perfectionniste que je suis, voilà que nous entrons dans ce fabuleux mois d’octobre que je chéris année après année, pour les ambiances qu’il nous propose. Etant initialement parti pour grimper au Pic Saint-Michel (1966 m), l’analyse des derniers bulletins et des images satellites m’ont fait réviser mes ambitions : il faut aller plus haut, sous peine d’être piégé dans la brume. On reste alors dans le massif du Vercors, et quitte à taper du dénivelé, autant opter pour le point culminant : le Grand Veymont (2341 m). A 14h45, me voici au parking de la station de Gresse-en-Vercors (1248 m), avec un objectif invisible d’en bas, puisque pris dans les nuages. L’ascension du flanc est, jusqu’au Pas de la Ville (1925 m) est assez rapide, en une heure et demi. J’ai récupéré le brouillard à peu près à cet endroit, et autant dire qu’il fait sacrément frais, surtout avec le vent qui accentue les sensations. De là on remonte la crête vers le sud, les mains gelées, jusqu’à enfin émerger de la brume, peu avant d’atteindre le sommet. Il m’aura fallu 2h45 en tout. Le soleil peine à chauffer les lieux, je ne me fais pas prier pour enfiler toutes les couches à disposition. Un autre photographe est déjà sur place, lui aussi a flairé la bonne occasion. Je me trouve un replat caillouteux protégé par un cercle de pierres pour y planter ma tente, il ne fallait de toute façon pas espérer trouver de l’herbe ici. Une fois tout le matériel installé, pas le temps de gamberger, déjà les couleurs dorées du crépuscule se manifestent. Les teintes sont magnifiques, et quelques bouquetins me tiennent compagnie. La mer de nuages est assez haute, le Mont Aiguille est submergé, mais au gré des flots il apparait de temps en temps. Même le Grand Veymont fait face à quelques vagues de brouillard. C’est marée haute en début de nuit, je reste donc dans ma tente en attendant que ça redescende. Difficile malgré tout de dormir, pas vraiment à cause du froid (il fait -5°C), mais surtout par la faute du vent, qui fait trembler mon édifice en toile… Plusieurs coups d’œil réguliers au cours de la nuit, c’est finalement vers 2 heures que je prends le courage de m’extraire de mon chaud duvet pour affronter la fraicheur nocturne, afin de faire quelques poses longues sur ciel étoilé et vallée, pendant environ une heure… A l’aube, rebelote, réveil à 6h45 pour aller capter les premières manifestations du jour. L’ambiance est phénoménale, dans cette quasi pénombre, les nuages en vallée défilent à une vitesse folle, à peine éclairés par la lueur de l’est. Les longs temps de pose révèlent toute la dynamique de ce simili cours d’eau format XXL, alors que les traditionnels tons rosés apparaissent, suivis du Soleil bienvenu pour apporter un peu de chaleur. Après cette euphorie matinale, il est temps de redescendre. Sous le sommet, les parties piégées par la brume nocturne ont été complétement blanchies par le givre, preuve qu’il valait mieux être au-dessus. Deux heures plus tard, me voici de retour à la voiture, les jambes vidées, mais l’esprit rempli par cette virée vercorienne. L’ivresse automnale.
8-9/10/2016