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Voilà un peu plus de trois mois que je n’ai pas passé de nuit en altitude et malgré ma tendance à hiberner, l’envie de chatoyer les cimes se fait de plus en plus grande. Embêté tout le mois de janvier par une blessure au pied, je commence tout juste à me remettre. Pour ne pas tenter le diable, j’opte pour une petite virée de 350 mètres de dénivelé. La météo est assez capricieuse ces derniers temps, mais une fenêtre de beau temps est annoncée ce samedi, alors direction l’Aiguillon (2096 m), au-dessus de Villar d’Arène, dans la haute vallée de la Romanche. Toute la matinée et jusqu’avant de partir, je scrute la webcam du Pic Blanc (Alpe d’Huez) qui offre une bonne vision de tout le secteur. La mer de nuages, déjà bien installée dans les Préalpes, remonte la vallée de la Romanche. En règle générale, elle s’arrête vers Bourg d’Oisans, mais là on dirait qu’elle perce. Qu’importe, j’y vais quand même, c’est plutôt rare le brouillard bas par ici. Effectivement, sur le trajet, le Soleil fait son apparition à la sortie de la vallée de Livet-et-Gavet. Vers 15h30, me voilà garé au hameau des Cours. J’entame le petit parcours qui emprunte en partie la route menant vers le lac du Pontet, que je quitte pour rejoindre le sentier qui me dirige vers mon objectif. Au Soleil, il fait assez doux et la neige est plutôt compacte, l’endroit est relativement bien fréquenté. A mi-parcours, voilà qu’une de mes raquettes décide de rendre l’âme… Tant pis, je les accroche au sac et finis à pied, je dois avoisiner les 25 kg sur le dos, entre le matériel photo et tout le kit de survie hivernal, frileux que je suis. Vers 17 heures, me voilà au sommet. On y trouve un banc, le pèlerin de passage y trouvera une grande satisfaction à contempler ce paysage. Je fais fuir quelques chevreuils qui profitaient des derniers rayons de Soleil. C’est d’ailleurs là où ils étaient que je décide d’installer la tente, sur un secteur sans neige. Une fois notre étoile passée derrière les montagnes, la température dégringole. Je m’emmitoufle sans tarder pour immortaliser les dernières lumières sur les cimes, dans des conditions de grande pureté. Vient ensuite l’heure bleue, qui explose les contrastes, surtout avec toutes ces sculptures neigeuses sur les versants. C’est magnifique. La nuit tombée, vers 19 heures, je m’enfile dans ma tente, le thermomètre indique -12°C. Le sommeil m’emporte quelques heures plus tard. Etant donnée la pollution lumineuse des villages en de-dessous et, on ne va pas se mentir, la flemme de sortir de mon chaleureux duvet, je ne fais pas de poses nocturnes. Au petit matin, l’humidité est retombée, le vent s’est levé et la température s’est radoucie (-6°C). Les nuages ont en effet envahi les lieux, avec quelques percées ci et là. Je me dis que c’est cuit pour le lever de soleil et commence à ranger mes affaires, mais quelques lueurs arrivent à éclairer les Ecrins qui me font face. Le souffle me glace les doigts. Je termine mon paquetage et entame le chemin du retour. Je croise de nouveau une multitude chevreuils, visiblement c’est leur coin. Finalement, un beau bivouac, avec une fenêtre météo relativement bien exploitée et surtout la joie de retrouver mes montagnes. 10-11/02/2018