
Albertville de nuit depuis Conflans : le récit derrière cette image
Voilà bientôt trois ans que je réside dans le secteur, sur un coteau à flanc de montagne dominant le bassin d’Albertville. Cité blottie entre les massifs des Bauges, de la Lauzière et du Beaufortain, à la confluence de l’Arly et de l’Isère, elle constitue un carrefour privilégié entre de nombreuses vallées alpines. C’est d’ailleurs ce qui m’a attiré ici : des opportunités d’aventures proches, en variant les terrains, à l’écart des grandes métropoles saturées que sont Grenoble et Annecy.
Albertville ne constitue cependant qu’une toile de fond de mon existence, une commodité. Le monde urbain et tout ce qu’il renferme ne m’ont jamais attiré, l’importance du béton et du bitume étant proportionnelle à mon besoin de tranquillité.
Néanmoins, dans mon approche photographique, les villes alpines n’ont cessé de me fasciner. Non pas en tant que telles, mais dans cette opposition à leur environnement immédiat. Une antithèse du réel où se juxtaposent l’artificiel et le naturel. L’urbanisation n’est qu’un point d’ancrage pour la composition et non une fin en soi, surtout lorsque les phénomènes climatiques s’emparent des paysages, faisant fi des considérations anthropocentriques. Un brouillard envahissant une vallée, engloutissant ruelles et quartiers, ne laissant parfois émerger que les immeubles les plus élevés ; parfois, la nébulosité recouvre tout. Seule la nuit, par l’éclairage urbain, révèle la vie grouillante où chacun s’affaire à mener son existence, ou sa survivance.
Conflans est un ancien bourg fortifié, pluriséculaire, perché sur un promontoire rocheux au-dessus d’Albertville. Une parenthèse médiévale qui contemple, probablement avec mépris, le monde contemporain. M’y étant rendu moult fois, au cours d’errances dominicales, j’avais repéré son potentiel photographique, depuis le rempart méridional. Une vue certes à l’écart du centre historique, un peu écrasée, sur une partie esthétiquement quelconque riveraine de l’Arly, mais avec un arrière-plan d’intérêt. Encore faut-il réunir les conditions afin de mettre en valeur et en équilibre toute cette scène.
En cette mi-mars, les éléments semblent enfin converger : un plafond nuageux relativement bas a investi le cœur des Alpes, mais pas la partie occidentale de Rhône-Alpes, et c’est là le point déterminant qui me convainc de descendre de mon village perché. En fin de journée, je suis sur place. Les ruelles sont quasi désertes. Seul le brouhaha incessant en contrebas me rappelle à quel point l’humain peut être bruyant : motos, trains, autoroute et autres voitures aux pots modifiés dont les conducteurs expriment cet incessant besoin de se faire remarquer partout où ils passent. Je fais abstraction de ces nuisances urbaines pour me concentrer sur le décor qui se dresse devant moi : les nuages se sont stationnés vers 2000 mètres d’altitude, noyant les plus hauts sommets des Bauges dans la nébulosité. Plus captivant encore, une luminosité résiduelle persiste à l’horizon, éclairant d’une douce teinte le lointain massif de la Chartreuse, à l’exact opposé de la Combe de Savoie.
Cet arrière-fond a un irrésistible pouvoir magnétique sur l’œil, attiré par ce relief prophétique, sous une lumière quasi divine. Il me faut attendre l’arrivée de la nuit pour équilibrer cet ensemble, le temps que l’éclairage urbain fasse écho à celui des cieux. Cette opposition de l’artificiel et du naturel, comme exprimé plus haut.
Le Soleil a franchi l’horizon il y a presque une heure. La nuit est presque complète, l’agglomération s’est illuminée tandis qu’au loin subsiste cette pâle lueur due à l’absence de couverture nuageuse. L’appareil sur trépied, 50 mm fixé sur le boîtier, je déclenche pour une longue pose afin de capter la lumière nocturne. Après un peu plus de 2 minutes d’exposition, la scène est immortalisée sur le capteur, avec un rendu conforme aux attentes : un paysage urbain magmatique, dominé au loin par la toute-puissance alpine, au rayonnement surnaturel. C’est l’esprit satisfait que je quitte le théâtre des opérations. Veni vidi vici.
Exifs : D850 – 50 mm – 137 secondes – F/10 – ISO 30. 15 mars 2026.






















































