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Sylvain Clapot - Photographe > Montagne > Bauges

Bauges

Éclipse solaire du 12 août 2026
Éclipse solaire du 12 août 2026
12 août 2026 In Bauges No Comment

Récit personnel de l’éclipse solaire du 12 août 2026, au belvédère de l’Orionde (1522 m) dans le massif des Bauges, en Savoie (73).

Un événement à ne pas rater

S’il y a bien un événement cosmique à ne pas rater cet été, c’est bien l’éclipse solaire. Bien que la bande de totalité se situe essentiellement en Espagne, la France bénéficie d’une occultation dépassant les 90 %. Il faut remonter à août 1999, date de l’éclipse totale, pour retrouver pareil phénomène dans l’Hexagone. J’avais alors 13 ans, et me souviens de l’engouement autour de la rencontre du Soleil et de la Lune, équipé de mes petites lunettes distribuées par l’État.

Depuis, j’ai eu la chance de pouvoir contempler (et photographier) celle de 2017 aux États-Unis. Au cœur des immenses étendues de l’Idaho, le spectacle avait été total, sous un ciel parfaitement dégagé. Un ballet céleste aussi addictif que les aurores boréales : une fois qu’on y a goûté, on veut absolument le revivre.

Ce nectar atmosphérique est donc de retour ce 12 août 2026. Il présente la particularité de se dérouler tardivement en journée, entre 13° et 0° au-dessus de l’horizon. Dans nos contrées alpines, ce paramètre a pour conséquence d’exclure toutes les vallées et certains versants, masqués par le relief. Plusieurs possibilités s’offrent à moi : chercher un sommet au prix d’une randonnée ou se diriger vers les points de vue atteignables en voiture. La première est écartée, les contraintes professionnelles ne me le permettent pas ce mercredi. La seconde également, ces lieux seront pris d’assaut par les visiteurs.

Le choix du spot pour l’éclipse solaire du 12 août 2026

En tant que photographe, se pose surtout la question de l’environnement. Immortaliser l’éclipse isolée, en plan serré, n’apporte guère d’intérêt : un tel cadrage est reproductible partout et en tout temps. Dans le processus de préparation, je pars alors dans l’idée d’intégrer un sommet emblématique à la composition, mais lequel ? Plusieurs variables sont à prendre en compte : qu’il soit reconnaissable, qu’il offre un horizon suffisamment dégagé pour ne pas le voir disparaître trop tôt derrière un massif, et qu’il soit facilement accessible. J’exclus l’intérieur des Alpes : trop de risques de nuages avec les évolutions orageuses diurnes.

Un endroit s’impose comme une évidence : la crête occidentale des Bauges au-dessus d’Aix-les-Bains et Chambéry, afin d’intégrer la Dent du Chat et le lac du Bourget. Du Nivolet au Revard, celle-ci s’étend sur 8 km. Grâce à l’application web de Peakfinder, il est possible de simuler précisément la course du Soleil au lieu et à la date souhaités. Le choix se porte sur le belvédère de l’Orionde (1 522 m). Il évite de surcroît le Sire et le Revard, qui devraient connaître une fréquentation record du fait des routes qui les bordent. Pour ce point de vue, la marche d’approche demeure modeste avec ses deux kilomètres et ses cent cinquante mètres de dénivelé, mais devrait être suffisante pour décourager nombre d’observateurs lambda.

Rendez-vous au Belvédère de l’Orionde

Le jour fatidique est arrivé. Peu après 17 heures, me voici sur la route, entamant l’ascension des Bauges depuis Saint-Alban-Leysse. La petite départementale sinueuse voit les automobilistes pèleriner par wagons. Un bouchon se crée à cause d’un bus peu agile dans les virages. La pression monte !

À 17h45, je trouve facilement une place de parking le long de la RD913, dans la forêt à la sortie de la Féclaz, près d’un parc accrobranche. À grandes enjambées je sillonne les chemins et sentiers, empruntant sur la fin les pistes de ski, dénudées et sèches en ce mois d’août. Trois quarts d’heure plus tard, j’atteins le belvédère où siège déjà une vingtaine de personnes. Une petite plateforme en contrebas de la table d’orientation constitue un replat parfait, avec son panorama dégagé sur la vallée. Je partage l’emplacement avec un autre photographe.

L’éclipse solaire débute

En attendant la danse divine, l’astre incandescent inonde de sa lumière le promontoire qui, au fil des minutes, se remplit de spectateurs, plus ou moins discrets d’ailleurs. L’horloge indique 19h28, les festivités commencent. À travers les filtres, une échancrure en bas à droite du Soleil se crée, marquant le début de l’éclipse. Une véritable effervescence se manifeste dans l’assemblée.

J’observe l’étoile se faire grignoter peu à peu par le jeu de la perspective jusqu’à 20h20, maximum de l’éclipse avec un recouvrement de 94 %, formant un croissant brillant concave. Une pénombre investit les paysages de la Savoie, la température diminue, l’exaltation est à son paroxysme. La lumière revient ensuite progressivement.

L’éclipse au soleil couchant

Cette seconde partie est celle que j’attendais. Plus bas sur l’horizon, le Soleil se pare de ses teintes rouges. Autour de moi, certaines personnes s’inquiètent du voile brumeux au loin. Au contraire, leur réponds-je, les conditions sont idéales pour un final d’anthologie. En effet, les rayons, fortement filtrés par l’atmosphère, permettent d’équilibrer l’exposition, d’atténuer les contrastes.

C’est précisément ce dernier quart d’heure que je suis venu chercher ici, où la Dent du Chat entame un dialogue avec le Soleil, quasiment d’égal à égal au niveau de l’angle d’élévation. Dans une obscurité grandissante, le géant de feu, amputé sur son flanc gauche, donne une dimension mystique à la scène, presque terrifiante, tel l’œil de Sauron portant son regard maléfique sur la Terre du Milieu. Vers 20h50, le croissant, ressemblant à une corne de diable, disparaît par-delà les monts du Lyonnais, emportant avec lui ses mystères. Le public applaudit la mort du Soleil, tombé dans l’obscurité, au terme d’une représentation de haut vol.

La nuit prend le relais, je rebrousse chemin, les émotions plein la tête, la carte mémoire remplie de souvenirs, avec la conviction d’avoir vécu quelque chose de fort et ce, malgré l’absence de totalité du phénomène. Merci le ciel et la météo pour ce show !

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Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
6 août 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe de la Sambuy (2198 m), dans le massif des Bauges, les 5 et 6 août 2026.

Le choix du sommet

Ce mercredi 5 août 2026 résonne d’une façon toute particulière pour moi : je fête aujourd’hui mes 40 ans. Loin du brouhaha et des conventions sociales présidant cet âge charnière, je décide d’aller célébrer l’entrée dans la quarantaine tout là-haut, face à moi-même et aux grands espaces. Cependant, depuis deux jours le ciel tourne à l’orage, avec de fortes intensités. En témoigne la foudre tombée à la Belle Étoile, la veille, déclenchant un incendie, fort heureusement rapidement maîtrisé par les pompiers. Clin d’œil facétieux des éléments par rapport à mon passé – mon électrisation en mai 2024 qui a failli me coûter la vie – ou simple coïncidence, je prends le message comme un appel à la prudence dans le choix de la sortie.

J’exclus ainsi tous les massifs internes, près de la frontière italienne, jugés à risque selon les prévisions. Bien que moins probables, des débordements sur les Préalpes ne sont pas à exclure, si bien qu’il me faut trouver un endroit disposant d’un abri où se replier. La toute proche Sambuy remplit l’ensemble des critères. L’objectif est de patienter en haut de la remontée mécanique, située aux deux tiers du parcours, où se trouvent des bâtiments, avant de poursuivre quand tous les feux seront au vert.

Ascension de la Pointe de la Sambuy

La voiture garée au parking de la station de Seythenex-La Sambuy (1144 m), j’entame les premières foulées sur la piste sillonnant l’ubac de la montagne. Les bourgeonnements au-dessus des reliefs alentours me questionnent, mais ils présentent l’avantage de fournir un peu d’ombre en cette lourde journée d’août. En quatre-vingt-dix minutes, au prix d’une transpiration déraisonnable, me voilà au premier palier, au sommet de la station (1827 m). Parmi les différentes constructions en place, figure une plateforme en bois, offrant une vue de choix sur la Tournette et le lac d’Annecy.

Pour marquer le coup, j’ouvre une bière ambrée locale afin de trinquer avec la Haute-Savoie et les cimes, ma compagnie du jour. L’ivresse de la montagne n’a jamais aussi bien porté son nom. Pendant près de 2h30, je m’attarde sur ce petit perchoir à contempler les éléments, à observer l’évolution de l’atmosphère et à consulter prévisions, modèles et autres observations en temps réel de l’activité orageuse. Rien à l’horizon, c’est le moment de finir l’ascension, afin de rejoindre cette pointe calcaire qui me nargue depuis quelques heures, presque 400 mètres plus haut.

Le sentier serpente dans l’alpage jusqu’au col de la Sambuy, puis bifurque en direction du sud afin de gagner la cime éponyme. Un panneau signale la dangerosité de cette dernière portion, largement justifiée par la raideur et l’engagement du parcours final. En attestent les câbles et les mains courantes disposés ça et là pour assurer de bonnes prises sur la roche patinée et glissante.

Arrivée au sommet

Il est 19h30 quand j’atteins la crête sommitale. Le ciel déploie une splendide lumière dorée qui oscille au gré des petits cumulus à l’ouest, transformant le décor. Les prairies ceinturant l’alpage de l’Aulp de Seythenex prennent, l’espace d’un instant, des teintes d’un brun doré, laissant entrevoir en contrejour le chalet du même nom, dans une ambiance onirique. Dans le même temps, le nord des Bauges baigne dans des rayons rasants, participant au bal de la rêverie.

Cependant, l’horizon accumule les particules dans les basses couches, si bien que le Soleil se transforme progressivement en une boule d’un jaune incandescent, plongeant ses abords dans un rouge vif. Il ne produit plus d’ombre tant les rayons sont filtrés, mais l’astre clôture merveilleusement bien ce mercredi si spécial. Étant définitivement assuré de l’absence d’orage, j’installe mon campement de fortune ici-même, le minimum rudimentaire sur l’un des seuls replats de la crête, pour une nuit à la belle étoile. L’obscurité est à peine installée que l’humidité rampe de partout, imprégnant matériel, vêtements et sursac de couchage. L’atmosphère laiteuse et brumeuse ne laisse aucun doute sur ce plan.

Une nuit humide

La nuit envahit peu à peu les Alpes. À la clarté des villes en vallée répond celle, plus délicate, de la Voie lactée, s’élançant dans le ciel méridional. Elle se fait néanmoins rapidement voler la vedette par le quartier de lune jaillissant par-delà le Mont Blanc, à minuit. Une douce lueur drape les paysages endormis, dans laquelle je me laisse envahir par le sommeil. Un bruit m’en extrait à 3 heures : un traileur noctambule sorti de nulle part, la frontale allumée, l’allure ardente. J’ignore qui de nous deux est le plus surpris : cet inconnu en voyant le clochard que je suis dans cette situation inconfortable, ou bien moi me demandant l’intérêt d’une telle sortie en cet horaire indu. Nous échangeons trois mots de courtoisie. Il redescend, je me rendors.

Les lumières de l’aube

5h45 : les lueurs de l’aube inaugurent la nouvelle journée. L’humidité est toujours aussi forte, toutes mes affaires sont trempées, tandis que des nuages peu épais viennent orner les massifs orientaux. Au loin, une fine dentelle voit ses contours irisés par le lever de soleil, avant que celui-ci émerge au bénéfice d’une trouée. Pendant plusieurs minutes, le secteur se voit gratifié d’une lumière pure et intense, masquant temporairement les désagréments du voile trouble.

Après ce spectacle matinal, je m’octroie une sieste d’une heure, tel un lézard d’altitude, puis entame le chemin du retour à 9 heures, jusqu’à regagner la voiture deux heures plus tard. D’ici, la Sambuy paraît imprenable. Pourtant, cette petite citadelle perchée à 2198 mètres m’a fait l’honneur de m’accueillir pour célébrer cet anniversaire mémorable, le temps d’une nuit…

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Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
28 juillet 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Dent d’Arclusaz (2041 m), dans le massif des Bauges, les 27 et 28 juillet 2026.

Le choix de la sortie

L’été 2026 s’apparente à une histoire sans fin, rythmée par des canicules qui se succèdent, laissant à peine le temps aux organismes de souffler. La quatrième vague est annoncée pour cette fin juillet, accueillie avec un certain fatalisme, pendant que certaines forêts françaises brûlent, au sens littéral du terme. Conjugaison de la sécheresse et de la malveillance humaine, désolant.

Gravir les montagnes constitue un remède pour se détourner des mauvaises nouvelles, tout en allant chercher la fraîcheur là où elle se trouve. Un sommet local me nargue depuis longtemps, se dressant majestueusement au-dessus de la Combe de Savoie : la Dent d’Arclusaz (2041 m). Voilà exactement dix-huit ans que je n’y suis pas monté. En juillet 2008, le fringant étudiant inexpérimenté que j’étais découvrait la montagne et la photographie. Cette virée à la journée m’avait marqué par sa difficulté physique. Avec le poids du sac et de l’âge, j’ai constamment décliné toute nouvelle tentative, jusqu’à aujourd’hui. En effet, une large zone de l’est des Bauges m’est interdite, car le règlement de la RNCFS proscrit le bivouac. Bon nombre des « quatorze 2000 » du massif – secteurs les plus grandioses – y sont situés. L’Arclusaz fait partie de cette poignée où on peut encore passer librement la nuit.

Montée à la Dent d’Arclusaz

La voiture garée au col du Frêne (950 m), il est 14h30 quand les premières foulées marquent le début du périple. Sous un ciel parfaitement bleu, le soleil frappe comme une gifle, en dépit de l’altitude. Au bout de quelques centaines de mètres en sous-bois, la clairière de Pré Ballet dévoile l’objectif du jour. La muraille calcaire surmontée de sa croix sommitale apparait si loin et inaccessible qu’elle découragerait les moins téméraires. L’ombrage bienvenu de la première moitié du parcours n’empêche pas la sueur de perler à grosses gouttes sur mon visage. Jusqu’au col du Potat (1351 m), la piste ne présente guère d’intérêt et, pour rompre cette monotonie et tromper la solitude, j’accompagne mes enjambées du livre audio de L’Étranger, d’Albert Camus. La plume dépouillée de l’auteur se dilue dans le vent perçant la forêt baujue.

Le sentier serpente dans le versant occidental et s’échappe définitivement du boisement au niveau de Pierre Besse, entrant dans le domaine des alpages. Il faut se tordre le cou pour voir le sommet qui s’est nettement rapproché, mais donnant toujours cette sensation de forteresse imprenable. Pourtant l’itinéraire avale les courbes de niveau et, à la cote 1800 m, un panneau prévient de la dangerosité de la suite. Une faille dans ce rempart minéral, munie d’un cordage, permet d’accéder à la crête.

Un bivouac vertigineux

Deux cents mètres à peine me séparent encore de la croix. Chez les plus sujets au vertige, ce final ressemblerait à une épreuve, tant les câbles s’égrènent sur le calcaire pentu et le sol instable ; pour ma part c’est une conclusion ludique qui me conduit enfin à la cime tant convoitée, après 3h30 d’effort ! Le panorama rend justice à l’abnégation : le regard embrasse la quasi-totalité des Bauges ainsi que les massifs environnants (Chartreuse, Belledonne, Lauzière) et les silhouettes lointaines de la Vanoise, des Écrins, des Arves, etc. L’éternel Mont Blanc quant à lui se manifeste de façon plus discrète, entre le Mont d’Armenaz et la Pointe des Arces.
Malgré la pluie du week-end, l’atmosphère présente une faible visibilité, un fin voile envahit le paysage.

Je profite de la fin de journée pour rechercher un emplacement pour le bivouac, sachant pertinemment, suite à mes repérages, que la tâche serait compliquée. Comme une providence, quelques mètres sous la croix métallique, non loin des falaises vertigineuses, je tombe sur une sorte de marche d’escalier longue de deux mètres, pour une cinquantaine de centimètres de large. De l’inconfort en perspective certes, mais du replat, inespéré !

Le soleil décline, les ombres s’allongent. La nébulosité ambiante étouffe la rougeur espérée, au profit d’un jaune quelconque sur les versants, alors qu’à l’est surgit la pleine lune au-dessus des crêtes de la Lauzière. Celle-ci a guidé mon choix de sortie, afin de pouvoir immortaliser la Combe de Savoie sous la clarté lunaire. Dans ses dernières minutes, l’astre incandescent embrase l’horizon, seule consolation pour ce crépuscule aux teintes tristement blafardes, qui affadissent un décor dépourvu de contraste. J’attends patiemment que la pénombre s’installe pour de bon, afin de capter les paysages inondés de la lumière argentée, jusqu’à minuit.

Lever du jour à la Dent d’Arclusaz

Après quelques heures d’un sommeil léger, le réveil sonne, il est 5h30. Le ciel se montre toujours aussi uniforme, laiteux, insipide. Comme prévu, le soleil jaillit dans l’alignement exact du Mont Blanc. Dès lors, il apporte un peu de vie à la scène, notamment du côté du nord-est où la succession des montagnes, baignées dans la lumière dorée, crée d’esthétiques géométries fantomatiques, des sommets baujus aux lointaines Dents du Midi, en Suisse. Trois cents mètres au sud, quatre chamois débonnaires dialoguent avec le précipice, profitant eux aussi des rayons chaleureux.

Sur mon replat de fortune, j’entame une petite sieste où se mêlent la fraîcheur du vent et le soleil ardent, paroxysme de l’agréable, avant de tout plier. Au moment de quitter les lieux, je laisse un message sur le cahier calfeutré au pied de la croix, dans un tube PVC : il a été déposé par la famille d’une habitante de Saint-Pierre d’Albigny, décédée ici-même suite à une chute il y a près de vingt-cinq ans, afin d’entretenir sa mémoire. 2h15 plus tard, je regagne la voiture sur le parking, au terme d’une excursion physiquement engageante et d’un butin photographique en demi-teinte : juillet est rarement une période prolifique pour les plus belles ambiances.

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Pointe du Velan (1782 m) – Bauges
Pointe du Velan (1782 m) – Bauges
23 mai 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe du Velan (1782 m) dans le massif des Bauges, les 22 et 23 mai 2026.

Le choix de la destination

Dire que ce premier bivouac de l’année était attendu relève de l’euphémisme. Le début du mois de mai fut quelque peu chaotique : quand il ne pleuvait pas, c’était l’hiver qui venait jouer les prolongations, avec de la neige descendue jusqu’à 1000 mètres. Ce froid tardif conjugué à un bon enneigement hivernal limite alors les possibilités, les sommets étant encore pris dans un épais manteau blanc.

Pour autant, en ce week-end de la Pentecôte, les conditions météorologiques opèrent le grand écart : quelques jours après une vague de froid, c’est la chaleur qui s’installe sur l’Hexagone, grâce à un solide anticyclone et des flux de sud.

À peine la semaine de travail achevée, me voilà parti en vadrouille dans les toutes proches montagnes des Bauges, à la conquête d’un spot assez méconnu au nord-est du massif : la Pointe du Velan (1782 m). Sa faible altitude et son exposition garantissent l’absence de neige, tout en offrant de beaux panoramas, notamment sur le lac d’Annecy.

Montée à la Pointe du Velan

Ambitionnant d’atteindre le bout de la piste carrossable du vallon, je déchante lorsqu’une barrière empêche l’accès aux véhicules peu après le Pont de Saint-Ruth. Fâcheux imprévu, qui m’oblige à partir de plus bas, au niveau du point coté 870 mètres. C’est donc un dénivelé de 900 mètres qui s’annonce, peu en phase avec mon objectif de reprise en douceur des ascensions !… La voiture garée, j’entame alors la grimpette dans la forêt domaniale, faisant elle-même partie de la vaste RNCFS des Bauges (52 km²).

Le sentier ne laisse aucun droit à l’échauffement, serpentant directement dans l’abrupt versant. La mélodie bruyante du cours d’eau de Saint-Ruph, gonflé par les eaux de fonte, accompagne les premières foulées. Ce tumulte s’estompe progressivement au fur et à mesure que les courbes de niveau sont avalées, remplacé par le chant de quelques oiseaux peuplant les lieux. L’ombrage apporté par la canopée atténue la sensation de chaleur malgré une pente relativement forte, avant de déboucher dans l’alpage de la Servaz, au sortir de la forêt (1420 m). Un panneau au niveau de la barrière m’interpelle : il précise le caractère privé du site et que tout camping/bivouac y est interdit. L’épreuve du temps a estompé la carte délimitant l’emprise dudit alpage, laissant le doute s’installer pour la suite de l’escapade.

Non loin de là, au bout de la piste, se trouvent la ferme et le gîte de la Servaz, où je croise le couple de propriétaires. Renseignements pris, la Pointe du Velan se situe hors du domaine privé, il me sera donc possible d’y passer la nuit. L’arrivée des chèvres (et donc des patous) y est par ailleurs prévue ce week-end. D’ici peu, la tranquillité — sonore et d’esprit — sera plus compromise dans ce coin.

Depuis les bâtiments, il faut se tordre le cou pour visualiser l’objectif, matérialisé par une croix. L’ultime étape chemine dans cette prairie verdoyante mais ô combien pentue. Toutefois, le panorama qui se dévoile agit comme un puissant moteur, tant la beauté envahit le champ de vision : le lac d’Annecy, le massif de la Tournette et des Bornes, les Aravis, et bien sûr l’imperturbable Mont Blanc, enrobé de quelques nuages débonnaires.

La dernière ligne droite remonte la crête sommitale, bordée à droite par les résineux et à gauche par le raide alpage. Deux heures et quart après le départ, me voilà enfin tout en haut, tandis que mon genou montre d’inquiétants signes de faiblesse…

Une nuit au sommet

D’ici, le paysage récompense l’effort. Outre la partie Haute-Savoie déjà évoquée, se dévoile l’intérieur des Bauges — dominée par l’Arcalod — et au-delà, via les échancrures de relief : les Aiguilles d’Arves à travers le col d’Orgeval et le Mont Granier via celui de Chérel. Il règne ici une température agréable, sans vent, mais peu à peu, l’intensité lumineuse diminue, le Soleil passe derrière le rideau nuageux qui encombre l’horizon, affadissant l’ensemble des Alpes dans la pénombre. Tout semblait perdu quand soudain, tel le phare sur le rivage, le Mont Blanc s’embrase dans des tons allant du violet au rose, durant quelques minutes. Le second acte du festival vespéral commence au nord : c’est au tour des voiles élevés de se parer de teintes vermillon. Celles-ci viennent se conjuguer aux lumières urbaines à la faveur de la tombée de la nuit, offrant une scène aussi incroyable qu’esthétique.

Le spectacle achevé, je rejoins mon lieu de villégiature, sommaire : pas de tente, pour une nuit à la belle étoile. Minimaliste, mais avec le luxe du replat herbeux confortable. Le sommeil m’emporte rapidement, jusque vers 3 heures. Le quartier de Lune qui éclairait délicatement les lieux a depuis franchi l’horizon, dévoilant la Voie Lactée en arc de cercle, de la Tournette à l’Arcalod, que j’immortalise comme il se doit. À peine le temps de somnoler un moment, l’aube pointe le bout de son nez à l’est, avec ses premières lueurs. Le scénario de la veille se reproduit, à un degré moindre, avec l’entrée en phosphorescence des cieux, puis la propulsion du Soleil par-delà le massif des Aiguilles Rouges.

Les lumières de l’aube

En dépit des conditions anticycloniques réputées défavorables, c’est un doux récital qui se joue aux alentours du Mont Blanc. L’aspect vaporeux de l’atmosphère se marie avec les premiers rayons du jour, transformant cette partie des Alpes en un tableau où se découpe la silhouette des montagnes sous une lumière flavescente. Lointains détails que seul le téléobjectif permet de sublimer. Ce matin, l’aube m’a récité un poème aux rimes d’or…

Il est 8h30, notre étoile a séché les dernières gouttes de rosée de mon sursac. Une alouette voltige autour de moi, tandis que le coucou s’époumone à répéter son refrain bisyllabique. J’entame le chemin du retour, la douleur au genou toujours tenace. Tant bien que mal, en moins de deux heures la voiture est retrouvée, épilogue d’une belle sortie en terres baujues.

Bivouac à la pointe de velan dans les Bauges
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Roc de Tormery (1135 m) – Bauges
Roc de Tormery (1135 m) – Bauges
14 décembre 2025 In Bauges No Comment

L’hiver météorologique a pris ses quartiers dans notre hémisphère. Il n’a cependant pas attendu le calendrier, offrant un bel épisode neigeux -jusqu’en plaine- sur la dernière quinzaine de novembre. Le climat n’étant plus celui d’autrefois, la blancheur qui recouvrait les alpages et forêts de moyenne montagne s’est vite évaporée, la faute à l’exceptionnel redoux qui a suivi.

Dans les vallées savoyardes, les mers de nuages constituent une tradition hivernale, en période anticyclonique et de stabilité des masses d’air. En cette mi-décembre, la brume rampe jusqu’aux portes de la Tarentaise : Grésivaudan, Combe de Savoie, les bassins chambérien et aixois, Bugey et autre Nord-Isère baignent dans cette matière vaporeuse. Des conditions idéales pour aller contempler le spectacle en altitude, ce dimanche. Un changement de temps est annoncé très prochainement, c’est donc sûrement la dernière occasion pour profiter de cette séquence.

Les contreforts préalpins demeurent une valeur sûre pour dominer ce phénomène. Parmi les possibilités qui s’offrent à moi, je choisis le même lieu qu’il y a un an à la même période : le Roc de Tormery (1135 m), au départ du lac de la Thuile. Le contexte météorologique montre bien des similitudes, à un détail près : la neige a totalement disparu du paysage local, quand je démarre le parcours, peu avant 14 heures. Seules quelques traversées de prairies, que le soleil ne parvient plus à éclairer à cause du relief, sont recouvertes d’une fine pellicule blanchâtre : le brouillard givrant de la nuit précédente.

A bon pas, je remonte la pente douce sur les trois cents mètres de dénivelé qui me séparent du sommet. Tandis que j’approche de la destination, Chambéry se dévoile dans une ouverture de la végétation en arrière-plan du sentier. La désillusion s’installe : la ville, bien visible, témoigne du retrait des flots. L’échec toque-t-il à la porte de mes espoirs ?

Fort heureusement, pas complètement. Une fois la croix atteinte, le panorama plus étendu permet d’établir un point sur la situation. La marée repart indiscutablement au large. Si la Combe de Savoie semble retenir le brouillard, une partie du Grésivaudan est exondée, tout comme le lac du Bourget. Il subsiste dans l’atmosphère résiduelle un effet vaporeux, faisant léviter les montagnes qui le surplombent.
Pendant plus d’une heure, je lézarde devant ce paysage mouvant, assis au bord de la falaise, sous une agréable chaleur. Sans avoir croisé le moindre pèlerin durant mon ascension, le silence s’avère inexistant. Et pour cause, le site domine la vallée, où serpente l’autoroute A43. En résulte un son certes peu puissant, mais continu. Le naïf pourrait croire à la rumeur d’un torrent tout proche ; l’éclairé sait que la réalité est toute autre.

En contrebas, le ressac fait son œuvre sur les rives de Chignin, où les tours sont alternativement noyées, au gré des ondulations marines. Plus tard, l’astre passe derrière le Granier, le froid s’installe. Au loin, la coiffe des vapeurs diffuses chapeautant le Grésivaudan prend une curieuse teinte orangée à la faveur des rayons rasants, bande lumineuse tranchant avec les paysages déjà plongés dans l’ombre.

Le jour se meurt peu à peu, passé les 17 heures. L’humidité qui retombe favorise l’épanchement de la brume, investissant de nouveau les contrées. La fortune tourne en ma faveur : ce que je suis venu chercher s’offre à moi. La mer de nuages se révèle enfin à l’approche de mon heure promise : ces quatre-vingt-dix minutes de clair-obscur entre le déclin du jour et la nuit complète. La luminosité diminue, les temps d’exposition augmentent. Les stratus des bas-fonds s’étirent et prennent des aspects cotonneux. Les lumières urbaines délivrent une myriade de couleurs qui se diffusent dans le brouillard, se conjuguant avec les teintes chaudes subsistant à l’horizon. L’appareil sublime ce que l’œil voit à peine, l’effroyable toile de l’urbanisation revêt, l’espace de quelques minutes, une dimension poétique, où la beauté et l’extraordinaire se côtoient. Villes et villages en sont réduits à de simples halos lumineux, autant d’Atlantides singulières.

L’obscurité est désormais totale, la ligne du ponant ne dégage plus la moindre clarté, marquant la fin de cette parenthèse onirique. J’entame le chemin du retour, à la lueur de la frontale, où je retrouve enfin le silence, seulement trahi par mes foulées…

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Mont Margériaz (1845 m) – Bauges
Mont Margériaz (1845 m) – Bauges
15 octobre 2025 In Bauges No Comment

Bivouac au Mont Margériaz (1845 m) dans le massif des Bauges, les 14 et 15 octobre 2025.

Le choix de la destination

Un ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur une bonne partie de la France ces derniers jours. A la faveur de conditions anticycloniques tenaces, le brouillard rampe sur les basses couches de l’atmosphère. Les Alpes n’échappent pas au phénomène. Se dissipant péniblement dans l’après-midi, il se reforme chaque nuit. Dans les vallées internes et en altitude, le soleil brille de façon presque provocatrice.

Morosité en dessous, féérie au-dessus, telles sont les ambiances provoquées par les mers de nuages. Quelques jours à peine après avoir profité de ces conditions au Mont Colombier, je trépigne en ce début de semaine à l’idée d’y retourner, tant ces flots éphémères m’attirent. Je m’octroie alors un congé pour me rendre là-haut, dans les Bauges. Deux sommets sont dans la shortlist : la Galoppaz et le Mont Margériaz. Le second remporte la partie, animé par une certaine intuition, que c’est là où il faudra être.
En début d’après-midi, me voici au parking de la station, à 1400 m. Comme les jours précédents, la brume s’est dissipée, dévoilant les versants flamboyants d’automne. Il persiste néanmoins dans le ciel un voile semi-opaque, témoignant de la nébulosité résiduelle.

Ascension du Mont Margériaz

L’ascension s’effectue assez rapidement, au sein du peu esthétique domaine skiable, où se côtoient pêle-mêle remontées mécaniques, pistes, tranchées dans la forêt et roches mises à nu. En un peu plus d’une heure, les crêtes sont atteintes.

Le paysage se révèle fort intéressant. Outre ce fin voile fantomatique qui hante la combe de Savoie et le Grésivaudan, la mer de nuages est toujours présente sur le Nord-Isère et l’Ain, débordant au niveau des cols de l’Epine et du Chat. Prometteur.

Je patiente jusqu’à ce que notre étoile se rapproche de l’horizon. J’observe, de ci de là, des lambeaux de nuages se former à mi-versant. Mieux, la chaîne de l’Epine qui jusqu’alors résistait, baisse les armes face à la brume. Celle-ci l’enjambe et conquiert le lac du Bourget et le bassin chambérien. Moi qui pensais la voir revenir seulement après la nuit tombée, c’est une véritable aubaine, à quelques minutes du coucher de soleil. Le remplissage des lieux s’effectue progressivement, seules quelques cimes émergent, notamment le Nivolet et son emblématique croix. Les ultimes rayons dorés subliment ce paysage magique.

J’immortalise ces scènes féeriques jusqu’aux dernières lueurs à l’horizon. La pollution lumineuse des villes se conjugue avec le crépuscule pour offrir des clichés particulièrement puissants.

Nuit au-dessus des nuages

Une fois la nuit installée, je gagne ma tente, bienvenue dans cette atmosphère humide, la toile mouillée en témoigne. Le froid semble un peu plus vif, l’hygrométrie plus élevée n’y est sans doute pas anodine.
Peu après 1h du matin, je ressors pour profiter de l’éclairage lunaire, un croissant tire les paysages de l’obscurité vers la pénombre. Au sud-est, un phénomène attire mon attention : une cascade de brume s’est formée au niveau du Roc de la Croix de Fer. Captivant. J’observe par ailleurs que la Galoppaz est noyée sous les nuages : quel flair d’avoir préféré le Margériaz !

Lever du jour au Margériaz

A 6h30, le réveil retentit de nouveau. Place à l’heure bleue, sous ces teintes douces. Le Niagara à proximité s’affaire toujours autant, constituant alors mon principal sujet photographique, alors que le jour se lève progressivement. En contrebas, à flanc de falaise, un chamois solitaire me siffle, puis s’enfuit. Plus tard, le soleil jaillit des montagnes, apportant une chaleur toute relative. Finalement les flots se sont stabilisés vers 1600/1700 m d’altitude. Au sud, un immense océan me sépare de la Chartreuse et de Belledonne, lointaines côtes d’un autre monde.

C’est sous un vent frisquet que j’entame la descente peu après 9 heures, au terme d’une sortie particulièrement riche, où les lieux furent le théâtre d’une beauté sauvage que seul l’instant savait révéler.

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Mont Colombier (2045 m) – Bauges
Mont Colombier (2045 m) – Bauges
11 octobre 2025 In Bauges No Comment

Bivouac au Mont Colombier (2045 m), massif des Bauges, les 10 et 11 octobre 2025.

Le choix de la destination

Mi-octobre, voilà nous y sommes. Les chaleurs estivales s’en sont allées, laissant la place à l’automne et ses ambiances majestueuses. Le vert des montagnes s’accompagne désormais d’une constellation de motifs de jaune à rouille, ultime euphorie de la nature avant le long sommeil hivernal. La période s’avère également propice aux brumes, muse qui anime tant ma vie de photographe.

Depuis quelques jours, les couleurs ont tourné en altitude, marquant le départ de l’éphémère laps de temps d’effervescence des forêts. Mieux, la veille, une vaste mer de nuages a envahi les Alpes, remontant jusqu’au sein des vallées internes.

Les prévisions sont formelles : ce phénomène ne durera pas, la brume devrait se dissiper dans le week-end, pour stationner dans le Nord-Isère, le Genevois et le Bugey. Hors de question de rater cette belle occasion, il faut monter dès vendredi. Toute la matinée, je reste obnubilé par l’évolution des conditions, scrutant les webcams du coin pour m’assurer de l’altitude de la mer de nuages et de son emprise géographique. Elle a déjà quitté Tarentaise et Maurienne mais semble bien se maintenir côté Bauges. Au dernier moment la destination est entérinée : cap sur le Mont Colombier. Sa position centrale dans le massif et ses abruptes pentes satisfont mes exigences.

Direction le Mont Colombier

A 14h30, me voici au parking le long de la piste forestière (1183 m), sous un ciel bas et lourd, comme dirait Baudelaire. Aussi pressé que déterminé, j’avale le dénivelé rapidement, malgré l’enclume de 20 kg qui me leste le dos. A mi-versant, je pénètre dans le brouillard, conférant aux bois une aura mystique. L’arrivée au col de la Cochette (1694 m) marque la dernière étape du parcours : l’haletante crête du Colombier, caractérisée par sa raideur. C’est aussi à ce niveau-là que le Soleil pointe son nez, apparaissant et disparaissant au gré des ondulations brumeuses.

Quelques centaines de mètres plus tard, le bleu de l’azur s’impose au-dessus de ma tête, dévoilant les sommets alpins, tels un vaste archipel. A 16h20, la croix du Mont Colombier est atteinte, les 850 mètres de dénivelé ont finalement été engloutis en 1h50.

Face à la mer de nuages

Là-haut, le calme se révèle absolu. Seul le tintement des cloches des vaches se fait entendre, dans l’alpage de Rossane en contrebas. Toute la fin d’après-midi est consacrée à la contemplation des paysages, lentement animés par le mouvement du brouillard qui ceinture les versants. L’unique replat du sommet est dédié à l’installation de la tente, dont l’une des absides tutoie le vide, heureusement que je ne souffre pas de somnambulisme. L’astre lumineux décline vers l’horizon, apportant ses tons orangés sur les lieux. Les voiles lointains altèrent cependant l’intensité du coucher de soleil. Le moment que j’attends le plus est enfin là : l’heure bleue, où la pénombre précédant la nuit permet d’allonger les temps de pose, tout en profitant des chaudes lueurs qui habillent encore la frange du monde. La brume, lissée par le temps d’exposition, associée aux teintes orangées du ciel, offre des images emplies de douceur et de poésie.

Sous la clarté lunaire

L’obscurité aura été de courte durée. Par-delà le massif du Mont-Blanc, jaillit la Lune, pleine à 80%. Progressivement, le sommeil des paysages se voit troublé par cette lumière nocturne. La mer de nuages prend alors des reflets argentés, tandis que la silhouette des montagnes se dessine au-dessus d’elle. Pendant près de deux heures j’immortalise ces scènes que bien peu de personnes ont eu l’occasion de voir dans leur vie, témoignant du privilège que j’ai d’être ici, récompensant en même temps l’effort et l’abnégation.

Contrairement à il y a deux semaines, où j’avais dû affronter des températures franchement négatives, la météo s’avère clémente, voire même agréable avec cette inversion, presque sans vent.

Aube au-dessus des nuages

A 6 heures le réveil sonne. Les toutes premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est. Une fois encore, je capte le mouvement des brumes sous les tons rosés du jour naissant. Plus tard, le Soleil fait son apparition, éclairant une à une les cimes locales. Durant une bonne partie de la matinée, mon regard se perd dans les paysages, observant l’évolution du phénomène, notamment la dislocation graduelle de la mer de nuages. Elle a déjà perdu 300 mètres d’altitude depuis la veille, faisant émerger des sommets jusqu’alors engloutis.

Lorsque je quitte le Mont Colombier à 11 heures, elle a déjà déserté le cœur des Bauges, tandis qu’au loin, dans la vallée de l’Isère, elle semble s’évaporer inexorablement. La stratégie de monter ici le vendredi a été gagnante. Toutes les conditions ont été réunies pour faire figurer cette sortie parmi les plus prolifiques de cette année !

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La Belle Etoile (1841 m) – Bauges
La Belle Etoile (1841 m) – Bauges
23 août 2025 In Bauges No Comment

Bivouac au sommet de la Belle Etoile (1841 m) dans le massif des Bauges, les 22 et 23 août 2025.

Le choix de la sortie

Après l’épisode caniculaire, place à la goutte froide. Décidément, la météo semble ne pas vouloir faire dans la demi-mesure en ce mois d’août. L’air se fait plus respirable, lavé par des pluies bienvenues pour la végétation assoiffée. Vendredi oblige, il me faut trouver un endroit proche pour le bivouac post-travail. Un endroit semble tout indiqué : la Belle Etoile. Un lieu qui restera à jamais gravé dans ma mémoire où, il y a quinze mois, la foudre a traversé mon corps. Il est aujourd’hui temps de conjurer le sort. Ce sommet, au patronyme bienveillant mais chargé de souvenirs tragiques, ranime les mémoires de là-haut. Les prévisions sont consultées à maintes reprises et elles écartent tout risque d’orage.

L’ascension de la Belle Etoile

Néanmoins, la nébulosité est dense. Au petit matin, le brouillard s’accroche aux versants, peinant à se dissiper et menaçant de durer. Il y a donc autant de raisons d’espérer que de redouter. Peu après 17 heures, me voilà au parking des Teppes (1080 m), au-dessus du col de Tamié. Le Soleil s’est taillé une part belle dans le ciel de Savoie. L’itinéraire ne ménage aucun échauffement : un raide sentier grimpe à même la montagne. Il présente l’avantage de pouvoir gagner du dénivelé très rapidement, en dépit d’un sac à dos de 20 kg. En un peu plus d’une heure, j’émerge de la forêt pour atteindre la croix de Perillet (1710 m). Tous les jours, depuis chez moi, je lui adresse un regard de déférence. Elle apporte protection sur la vallée, dit-on.

Derrière elle, se dévoile l’objectif du jour, au bout d’une crête aérienne de cinq cents mètres. Au-dessus de ma tête, le tumulte s’est de nouveau installé, le brouillard coiffe bon nombre des sommets, dont la toute proche Dent de Cons. Pour compléter le tableau, le vent distille ses bourrasques, faisant danser la cime des sapins. 18h45, la Belle Etoile est atteinte. Les réminiscences du passé ressurgissent, d’autant plus que l’ambiance montre de multiples similitudes : où que se porte l’œil, les nuages accrochent les reliefs, dans des tons d’un gris menaçant ; plus surprenant encore, les jeux de lumière sur les Bauges rappellent ceux de la dernière fois, avec ce lac d’Annecy fantomatique en arrière-plan.

La brume s’invite

Bientôt, mes craintes sur l’évolution du temps se confirment. Le brouillard, qui mordait la Dent de Cons, s’engouffre par le col de l’Alpettaz puis glisse progressivement jusqu’à mon niveau. La visibilité se réduit à néant en quelques minutes. Un océan aux teintes argile se déploie partout autour et s’installe. L’astre incandescent disparait derrière l’horizon sans m’avoir laissé l’occasion de le saluer. Je profite encore de la clarté crépusculaire pour installer ma tente sur le seul replat disponible, au pied de la croix sommitale. Sur cette dernière, sont gravés ces mots en lettres saillantes : « Jésus, Marie, protégez-nous ». Je suis alors sous divine tutelle, rien ne peut m’arriver.

Alors que la nuit commence à s’installer, la brume se déchire et ondule sur cols et forêts, offrant quelques fugaces scènes emplies de poésie. Ne trouvant pas le sommeil, je patiente dans mon abri jusqu’aux environs de minuit. La toile est déjà trempée d’humidité. La voûte céleste, pourtant dépourvue de Lune, s’avère peu visible, en raison de l’éclairage urbain dans les vallées. La Voie lactée se distingue à peine dans l’azur, mais suffisamment pour tenter un timelapse. Comme dirait l’autre : ce n’est pas un échec, ça n’a pas marché. En effet, au bout de quelques minutes, la lentille de l’objectif s’est recouverte de condensation. Il fallait s’y attendre.

Féérie matinale sur la Belle Etoile

Après une courte sieste nocturne, je me réveille naturellement vingt minutes avant la sonnerie du téléphone. Comme pris d’un pressentiment, je passe la tête dehors. Quel spectacle ! La brume, en provenance de Haute-Savoie, s’immisce dans la vallée entre Faverges et Tamié, pour se déverser dans celle de l’Isère, au gré des cols. Un quart d’heure durant, j’immortalise ce ballet, mais de toute évidence, la marée est montante. Inexorablement, le rideau blanc envahit la Belle Etoile. Je me résous à penser que les festivités s’achèvent. Contre toute attente, des trouées se forment alors que le Soleil émerge par-delà le Mont Blanc. La dorure se répand dans la nuée vaporeuse, métamorphosant sans cesse les paysages.

Peu à peu, le sommet se laisse engloutir par le ressac de la mer de nuages, disparaissant sous le voile laiteux pour reparaître aussitôt dans une clarté diffuse. C’est alors que je décide d’aller contempler ce va-et-vient des flots depuis les airs, via le drone. Là-haut, la féérie est totale : Dent de Cons et Roc Rouge sont ceinturés par le brouillard, tandis que celui-ci vient buter sur la crête de la Belle Etoile, débordant par le col de l’Alpettaz. Albertville n’a jamais autant été sous la menace du Déluge.

Après huit heures, mon promontoire disparaît définitivement dans cet océan éphémère. Le retour vers le monde d’en bas s’impose. La Belle Étoile s’est fait pardonner les déboires d’antan, offrant des conditions exceptionnelles. Le pari était audacieux, mais l’abnégation semble avoir porté ses fruits. La nuit passée, humide et étroite, trouve enfin sa récompense, et je me retrouve réconcilié avec ce sommet, où l’étiquette de « maudit » n’a plus sa place.

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Pointe des Arlicots (2060 m) – Bauges
Pointe des Arlicots (2060 m) – Bauges
20 octobre 2024 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe des Arlicots (2060 m) – Octobre 2024

Le choix du sommet

Nous voilà au cœur de l’automne. Si la montagne est belle en toutes saisons, octobre est cette demoiselle parfaite, au teint d’albâtre, la chevelure dorée et le regard émeraude. Les feuillus ont atteint leur paroxysme d’incandescence, déjà les teintes commencent à se désaturer, en attendant l’arrivée de l’hiver. Cependant, la météo rappelle que la neige n’est pas encore arrivée, en témoignent les températures relativement clémentes. Comme chaque année, je célèbre les dernières couleurs des forêts dans les Préalpes et, une nouvelle fois, les Bauges remportent mon suffrage. Bien qu’il fasse partie des massifs que j’ai le plus parcouru jusqu’à présent, un secteur échappe encore à mes pérégrinations : celui de la crête séparant la haute vallée du Chéran de celle de l’Isère.

Depuis les axes entre Montmélian et Albertville, cette partie des Bauges s’érige telle une forteresse impénétrable, aux pentes abyssales. Elle s’avère pourtant accessible depuis l’autre côté, au prix d’un effort non négligeable : 1200 mètres de dénivelé. La nouvelle réglementation de la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage empêche le bivouac en bien des endroits dans les Hautes Bauges, néanmoins la lecture fine du périmètre sur les cartes semble indiquer que ma destination, bien qu’en extrême limite, n’en fait pas partie. Ce sera donc une nuit à la Pointe des Arlicots (2060 m).

La montée à la Pointe des Arlicots

Le périple démarre depuis le Parking du Couvent (865 m), au cœur de la forêt baujue. Cette sortie est placée sous le signe de l’audace, les conditions météorologiques étant hasardeuses sur les sommets. Ces derniers sont en effet coiffés d’une écharpe de brume, nul ne connaît l’évolution dans un futur proche. Une fois n’est pas coutume, l’ascension débute par une marche d’approche pour s’échauffer, en empruntant le chemin de découverte jusqu’à la chapelle Notre-Dame de Bellevaux, sur un parterre de feuilles aux teintes rouille. Un premier alpage est traversé, bercé par le tintement des cloches, au-dessus du ruisseau de la Lanche. A partir de là, le sentier s’enfonce de nouveau dans l’ubac forestier, débouchant sur le Chalet de Bottier (1435 m). Il règne ici un silence monacal, renforcé par cette chape brumeuse, tamisant tous les bruits extérieurs. Une bulle hors du temps, hors de l’espace.

Dré dans l’pentu

C’est à ce niveau que commence la seconde partie du parcours, de loin la plus ardue. Le GR du Pays du Massif des Bauges est quitté, au profit d’un sentier plus confidentiel sur l’épaule septentrionale de la Montagne de la Lanche. Dré dans l’pentu est une expression qui se prête parfaitement à la situation. Il suffit de se pencher sur la carte IGN : l’itinéraire coupe perpendiculairement des courbes de niveau de plus en plus rapprochées. En d’autres termes, la pente est raide, d’autant plus que les récentes précipitations rendent particulièrement glissantes ces portions de terre mêlées aux calcaires patinés.

A mi-pente, le brouillard est total. J’erre dans cet éther, privé de repères, si ce n’est les 20 mètres de visibilité qui me sont octroyés. Des trouées fugitives apparaissent, pour se refermer aussitôt. Au bout de cette abrupte épaule, le chemin se radoucit et tire droit au sud : la dernière ligne droite. Quelques passages aériens appellent à la concentration, avant l’ultime effort pour parvenir à la Pointe des Arlicots. Il m’aura fallu 3h45 pour en venir à bout. Là-haut, c’est la bataille de l’indécision, entre le brouillard tenace et la volonté du soleil de percer. C’est ce dernier qui a le dernier mot : le paysage se dévoile, révélant la nébulosité ambiante tutoyant les cimes. C’est un véritable décor mouvant qui défile sous mes yeux, où que se porte le regard.

La danse des brumes

Toute la fin d’après-midi, j’honore ce rendez-vous des belles brumes glissant sur le corps rugueux des versants. A mon niveau, l’inquiétude est double : résisteront-elles jusqu’au soleil couchant et, dans l’affirmative, ne viendront-elles pas m’envahir ? En attendant la décision des cieux, j’édifie ma tente en limite sud du sommet, sur un semblant de replat. Inutile d’être exigeant, c’est littéralement le seul espace disponible sur cette crête acérée. Pour preuve, les deux absides débouchent directement sur la pente : vertige déconseillé et faux-pas interdit.

Le soleil décline à l’horizon et, visiblement, les voyants sont au vert. La mer de nuages a déserté la vallée de l’Isère, mais subsiste à l’intérieur des Bauges. Les dernières minutes avant que l’étoile ne franchisse la ligne d’horizon sont d’une profonde pureté, les lieux se parent de teintes rouge vif, éphémères. Au loin, le spectacle est captivant : le Trélod et la Dent de Pleuven sont tels des écueils balayés par l’écume.

Nuit de pleine lune

Le jour expulse son dernier souffle, mais la pleine lune prend rapidement le relai. Pensant me réfugier dans ma tente pour un repos bien mérité, la féerie reprend de plus belle. Le satellite distille sa délicate lumière aux reflets d’argent sur les lieux, tandis que la mer de nuages se reconstitue à vive allure dans la vallée de l’Isère. En seulement une demi-heure, les villes et villages sont recouverts par l’épais manteau. Côté Bauges, la marée ne cesse de monter, jusqu’à venir lécher le Col de l’Arclusaz, puis repartir. Au flot répond le jusant. Peu après 22 heures, il est temps d’aller dormir.

Sur ce sol accidenté et penté, difficile de trouver une position stable. Un léger vent vient par ailleurs fouetter la toile, des conditions parfaites pour un sommeil en pointillés.

Réveil au-dessus des flots

Le lendemain, peu avant 7 heures, le réveil sonne. Malgré la fatigue, je sors de mon abri constater le paysage : partout autour, une mer de nuages alors qu’à l’est, des entrées italiennes encombrent l’horizon. Ces dernières s’embrasent comme prévu avant de s’estomper. Devant émerger par-delà la Vanoise, le soleil reste masqué un long moment, tamisant les précieuses lumières de l’aube. En contrebas, les flots se retirent de la vallée de l’Isère à une vitesse folle : en moins de 2 heures, elle s’est dissipée. Le vent s’est quant à lui accentué, il est temps de rebrousser chemin. Sous le regard méfiant de quantité de chamois occupant le vallon de la Lanche, je redescends à bon rythme, pour retrouver la voiture sur les coups de midi.

Loin de m’attendre à de telles ambiances, cette sortie est assurément l’une de mes plus inoubliables de 2024. Toutes les planètes se sont alignées pour magnifier plus qu’il ne l’est déjà ce secteur des Bauges : couleurs d’automne, brume envoûtante et pleine lune hypnotique…

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Roc Rouge, la Négresse (1720 m) – Bauges
Roc Rouge, la Négresse (1720 m) – Bauges
12 octobre 2024 In Bauges No Comment

Bivouac au Roc Rouge (ou la Négresse) dans les Bauges – Octobre 2024

Le choix de la sortie

Contrairement aux humains, Dame Nature est prévisible et ne trahit pas ses engagements. En cette mi-octobre, j’honore comme il se doit mon rendez-vous annuel avec celle qui arbore ses plus beaux vêtements. Les montagnes se sont en effet parées de leur éphémère robe dorée, le grand baroud d’honneur des feuillus avant la longue monochromie hivernale. Il faut bien avouer que la météo joue les trouble-fête à bien des égards cette année. Dernière preuve en date la veille, le secteur était pris sous d’épais nuages, alors qu’un phénomène exceptionnel d’aurores boréales se déroulait sous nos latitudes. Rageant.

Le week-end étant encore annoncé maussade, c’est vendredi après-midi que ma virée en altitude commence. Ayant prospecté les lieux deux semaines auparavant et plutôt convaincu par le point de vue, je réitère l’ascension, depuis un autre itinéraire. La Négresse, également nommé Roc Rouge, constitue mon objectif du jour. Direction le tout proche parking de Cruet Leu (860 m), au terminus du chemin dominant le hameau de la Frasse.

L’ascension du Roc Rouge / la Négresse

Les prévisions météorologiques sont à la fois pessimistes et intéressantes pour le photographe que je suis : nuages qui accrocheront les reliefs et vent modéré durant la nuit, avant l’arrivée de la perturbation le lendemain à la mi-journée. La plupart des sommets sont en effet coiffés de brume au départ, ils virevoltent au gré des thermiques. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 3,1 km pour avaler les 860 mètres de dénivelé, autant dire que c’est raide.

Dès les premières foulées, le ton est donné. Sur un chemin détrempé par les précipitations de la veille, les jambes sont mises à rude épreuve, d’autant plus avec le fardeau de 21 kg reposant sur mes épaules. Néanmoins, l’ascension s’effectue à bon rythme, dans ce sous-bois au parfum automnal, tapissé de feuilles virant au jaune. Ce n’est qu’en arrivant sous le Col de l’Alpettaz qu’enfin les paysages se révèlent au contemplateur. La Dent de Cons est aux prises avec le brouillard, tandis que le Roc Rouge s’illumine du soleil d’octobre. Un dernier effort et le sommet est atteint, en tout juste 2h30.

Au fil des heures, perché sur mon promontoire rocheux, j’observe les nuages qui se dissipent partout autour. Le panorama s’avère grandiose sur l’ensemble des cimes des Bauges orientales : Sambuy, Dent de Cons et la fameuse Belle Etoile, celle où mon cœur faillit cesser de battre cinq mois auparavant. D’autres massifs se distinguent : le tout proche Beaufortain, une partie des Aravis, la Lauzière, les lointaines Vanoise et Belledonne et, bien évidemment, l’imperturbable Mont Blanc qui me fait face avec son châle opalin. Seules les lignes électriques et l’agglomération albertvilloise ternissent la beauté des lieux.

De fades conditions

Le soleil décline peu à peu, mais l’horizon est orné d’un fin voile, précurseur de la prochaine dépression. Les précieuses couleurs crépusculaires en sont réduites à une lumière rouge délavée, terne, si bien que l’étoile se couche dans l’indifférence générale. Le premier quartier de Lune, se levant à l’est, prend le relais. Il éclaire timidement les paysages plongés dans la nuit, où le tissu urbain apparaît comme une plaie ouverte au milieu des vallées. La bonne surprise est la quasi-absence de vent en cette fraîche soirée, me permettant un repos bienvenu. Celui-ci se réveille en fin de nuit, puis s’avère modéré aux premières lueurs du jour.

Le décor est loin de me convaincre : pas de brume, atmosphère pâle, ciel constellé de nuages désorganisés et de traces d’avion pour un rendu des plus inesthétiques. Pire, un voile s’est installé là où le Soleil doit émerger, se traduisant par la désertion des belles lumières matinales. Un peu plus tard, les rayons essaient de se frayer un passage dans la nébulosité. Ils offrent de beaux effets sur le flanc oriental de la Dent de Cons jusque dans la vallée de l’Arly, sublimant la dorure des forêts baujues.

Le vent devenant pénible, je ne fais pas de vieux os, plie les affaires et entame la grande descente. Après une halte champignons à mi-parcours, la voiture est rapidement retrouvée, épilogue d’une sortie en demi-teinte, les ambiances n’étant guère au rendez-vous.

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