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Sylvain Clapot - Photographe > Montagne > Cerces

Cerces

Grand Galibier (3228 m) – Cerces
Grand Galibier (3228 m) – Cerces
30 août 2026 In Cerces No Comment

Bivouac au Grand Galibier (3228 m), massif des Cerces, les 29 et 30 août 2026.

Une sortie ambitieuse

Voilà quelques semaines qu’une idée m’obnubile : dormir à plus de 3000 mètres. En fin d’été, c’est chose aisée dans la mesure où les derniers névés ont disparu, surtout avec la succession des canicules ayant sévi sur l’Hexagone, Alpes comprises. Cependant, les sommets remplissant ces trois conditions ne sont pas légion : accès pédestre, autorisation administrative pour le bivouac et relative platitude sommitale. En plus de quinze ans, je n’ai pu en faire que quelques-uns : près du Col Sommeiller (3018 m), le Pic du Mas de la Grave (3020 m), le Gros Peyron (3046 m), le Mont Thabor (3179 m) et le Pain de Sucre (3208 m).

Ce week-end réunit tous les facteurs pour partir à la conquête d’un plus de 3000 : nuit de pleine lune, ciel lavé des sables du Sahara par les pluies du vendredi et beau temps annoncé. Le plus dur reste de trouver l’endroit : entre les interdictions des parcs, des réserves diverses et les arrêtés municipaux qui fleurissent désormais partout, il devient difficile dans nos régions de passer une nuit en altitude.

Après avoir parcouru la carte IGN pendant un moment, une destination apparaît comme une évidence : le Grand Galibier (3228 m). Un sacré morceau toutefois, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du point culminant du massif des Cerces, marquant la frontière entre la Savoie et les Hautes-Alpes. Bien déterminé à en découdre, direction la Maurienne pour me frotter à ce géant. Il faut croire que j’ai le don de choisir les week-ends d’événements locaux : la semaine dernière le trail Galibier-Thabor à Valmeinier, aujourd’hui le salon du tout-terrain à Valloire, village noir de monde pour l’occasion.

Une fois sorti de ce bourbier, sur la route du col à Plan Lachat, je m’engage sur la piste direction le lieudit des Mottets (2150 m). L’année précédente, j’avais pu constater qu’il était possible de se garer ici en toute légalité, évitant ainsi près de 2 kilomètres de marche sans intérêt. Vu l’épreuve qui m’attend, je ne boude pas cette économie.

Cap sur le Grand Galibier (3228 m)


Du parking, l’objectif me nargue et m’effraie. Il se profile tel un donjon imprenable, surplombant les lieux de 1100 mètres de dénivelé, avec ses murailles de calcaire dolomitique et ses dédales rocheux. Serais-je à la hauteur, lesté de mes 18 kg sur le dos ? La montre indique 13h45 quand j’entame l’ascension, sur ce sentier que je connais si bien, pour l’avoir emprunté à maintes reprises. Le site a gagné en fréquentation au fil du temps, tout le monde s’est mis en tête d’inscrire à son palmarès la Pointe des Cerces (3098 m), au-dessus du lac éponyme, nouveau lieu à la mode sur les réseaux sociaux. J’avance à bon rythme, en traversant un troupeau de moutons puis les vastes alpages sur le GR57, jusqu’à atteindre le Col de la Ponsonnière (2613 m) seulement quatre-vingt-dix minutes après mon départ.

Vers un monde minéral…

Pour garder la tête froide et le moral, je considère que tout ceci était une simple mise en jambe, un échauffement. Et pour cause, sur la droite se dessine la seconde partie, autrement plus ardue. L’objectif paraît toujours autant inaccessible, difficile de croire qu’un itinéraire y conduit. La crête de la Ponsonnière constitue un préambule, un trait d’union entre deux univers : le verdoyant cède graduellement la place au minéral. Le Lac Blanc, aux eaux vert-turquoise, se dévoile en contrebas du sentier et signale le réel début des hostilités. Dans les éboulis du Roc Termier se devine le raide parcours, aboutissant plus loin au col Termier (2898 m).

Au sein du creux rocailleux se niche un petit plan d’eau bien malingre, avec ses reflets d’un marron terreux. À gauche, une harde de bouquetins se promène dans le pierrier. Ici, c’est leur univers, me rappelant l’humilité qui doit me guider jusqu’à la cime. Face à moi s’élève l’ultime étape du trajet, de toute évidence la plus dure, à en juger par l’esthétique inhospitalière de cette face chaotique.

Un final rocailleux

Le tracé se perd peu à peu dans ce labyrinthe, nécessitant une vigilance de tous les instants pour ne pas s’égarer. Mon salut tient à ces modestes marques bleues, peintes à intervalles réguliers par quelque âme bienveillante des années plus tôt. L’usure du temps les a progressivement estompées, rendant ma progression parfois incertaine. Quelques passages sur la fin obligent à quelques manœuvres d’escalade facile, pour se hisser vers les derniers mètres. À 17h30, le Grand Galibier est enfin conquis, au terme de 3h45 d’une ascension physiquement exigeante, mais avec la fierté d’y être parvenu. Là-haut, le panorama offre une vue sur une pléthore de sommets emblématiques des Alpes, qu’ils soient lointains (Mont Blanc, Mont Viso, Pic de Rochebrune…) ou proches (Aiguilles d’Arves, Mont Thabor et surtout le massif des Écrins, avec la Meije et la Barre des Écrins à portée de main).

Le lieu présente deux éléments improbables : une petite antenne sur un bloc de béton avec un panneau solaire et un replat accueillant idéalement ma tente, pour un bivouac royal. Une petite croix métallique complète le tableau, veillant sur habitants et autres pèlerins de la vallée. Des vautours planent sans effort au-dessus de ma tête. Sans le moindre battement d’aile, ils virevoltent dans le ciel au gré des courants ascendants, laissant entendre le sifflement de l’air à travers leurs plumes.

Crépuscule incandescent et clarté lunaire

Le temps défile, les ombres s’étirent, annonçant l’heure du crépuscule. Franchissant les nuages qui l’éclipsaient jusqu’alors, le soleil livre, pour son dernier quart d’heure, un spectacle saisissant. Contrairement aux précédentes semaines où un voile à l’horizon estompait les ultimes rayons, aujourd’hui aucune nébulosité ne vient jouer les trouble-fête. Les plus hautes montagnes du secteur se transforment alors en une myriade de braises incandescentes, immortalisées avec soin. L’obscurité grandit, mais pour une courte durée. Une demi-heure plus tard, c’est au tour de la pleine lune de jaillir par-delà les crêtes, à l’est. Sa couleur d’un jaune vif rappelle la lumière d’un phare sur les côtes. Celle-ci inonde progressivement le paysage, qui se révèle en clair-obscur, en silhouettes.

Côté nord et ouest, défilent les voitures près des cols du Lautaret et du Galibier, ainsi qu’en direction de Valloire, formant de longues traînées lumineuses sur les photographies nocturnes. Ces dernières donnent l’impression d’avoir été prises en plein jour. Seuls les éclairages urbains et les discrètes étoiles dans le firmament en apportent la preuve contraire.

Sur mon promontoire règne une profonde quiétude, sans vent ou presque, où la température décline peu à peu, atteignant les 2°C au plus frais de la nuit. Glacial pour le commun des mortels, agréable pour moi, compte tenu de l’altitude et de la saison. La fatigue m’emporte péniblement vers minuit, pour quelques heures d’un sommeil haché.

Les lumières matinales

Le réveil sonne à 6h30. Les nuages parsemant jusqu’alors le ciel se sont totalement dissipés, laissant place à une atmosphère limpide. La ceinture de Vénus, bande bleutée de l’ombre de la Terre surmontée des teintes rosées, coiffe le massif des Écrins. Quelques minutes plus tard, s’illuminent les plus hautes cimes d’un rouge écarlate, de façon éphémère. Les Alpes découvrent un jour nouveau, les ombres remontent les versants, la vie s’anime. De mon côté, je fais l’impasse sur la traditionnelle sieste matinale, le chemin du retour s’annonçant long. Les affaires pliées, à 8h40, j’entame la descente. L’itinéraire est plus évident. Cette fois aucune divagation, j’atteins rapidement la crête de la Ponsonnière où trois bouquetins m’offrent une pause photographique bienvenue. Les individus se prélassent sur un gros bloc, favorisant quelques cadrages intéressants avec en arrière-plan la Pointe des Cerces.

La dernière étape m’amène à prendre un chemin alternatif, longeant le ruisseau de la Ponsonnière, plus secret et moins fréquenté. Ma réserve d’eau s’amenuise ; il est temps d’en finir. Si cet itinéraire bis présente un kilométrage plus faible que l’officiel, son caractère accidenté finit de m’achever. À 11h30, la voiture est enfin regagnée, concluant un périple éprouvant, mais avec le bonheur d’avoir réussi le pari, et à la clé, des images et souvenirs inoubliables. Le Grand Galibier devient aujourd’hui mon plus haut lieu de bivouac, lequel le détrônera ?

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Grands Lacs (2508 m) – Cerces
Grands Lacs (2508 m) – Cerces
23 août 2026 In Cerces No Comment

Bivouac aux Grands Lacs (2508 m), dans le massif des Cerces, les 22 et 23 août 2026.

Le choix de la destination

Enfin ! Après des semaines de chaleurs qu’on peut raisonnablement qualifier d’excessives, les températures sont redevenues de saison. Jeudi et vendredi, un copieux arrosage (environ 40 mm relevés sur Albertville) a rafraîchi les Alpes.

Le week-end étant annoncé ensoleillé, c’est tout naturellement que je suis attiré par l’altitude. Afin de changer des massifs habituels, cap sur celui des Cerces, pour aller (re)visiter la vallée de la Neuvache, aux confins de la station de Valmeinier 1800. Une affluence imprévue parsème la piste menant au parking des Chenalettes, bondé pour l’occasion : il s’agit d’un des circuits du Trail Galibier Thabor, événement sportif du moment. Sous un grand ciel bleu, l’ascension commence à 14h45, pour près de 750 mètres de dénivelé.

L’ascension aux Grands Lacs

L’avantage de ce parcours réside dans sa pente relativement modérée. En contrepartie, il nécessite une longue marche de quelque 7 kilomètres. Je remonte paisiblement le sentier jusqu’au refuge de Terre Rouge, lieu d’étape GRP du Tour du Mont Thabor. La bâtisse, composée des mêmes schistes que les murailles alentour, se fond parfaitement dans son environnement, imitant les anciennes bergeries et chalets d’alpage traditionnels de la région.

La dernière étape est en vue et à ce stade, de moins en moins de randonneurs sillonnent les sentiers, alors que la température est idéale, loin de la transpiration goutte à goutte des précédentes semaines. Au détour d’un virage, se dévoile le lac Caspi (2442 m), minuscule plan d’eau blotti au pied d’un léger relief. Au terme de trois heures de marche, j’atteins les Grands Lacs. Le premier, le plus petit, est envahi par des plantes aquatiques. Le second, de loin le plus vaste, s’étend sur une longueur de 100 mètres.

Un décor sauvage entoure le lieu : à l’est, se dresse le versant caillouteux sous la Pointe de Terre Rouge ; à l’ouest, se situe une proéminence rocheuse dominant le lac d’une vingtaine de mètres. D’ici, on aperçoit les Aiguilles d’Arves, par-delà les crêtes de la montagne d’en face. À quelques mètres du bord, un replat herbeux accueille la tente à l’écart des terrains humides ceinturant le lac. Contrairement aux bivouacs à la belle étoile des dernières sorties, au confort plus que discutable, aujourd’hui les conditions frisent un certain standing !

Des couleurs fades

Peu à peu le jour se meurt, livrant des rayons d’un jaune doré durant plusieurs minutes, avant que les ombres ne gagnent la partie. Un lointain spectacle se déroule ensuite, en direction du couchant, où les seuls nuages présents dans le ciel se transforment en lueurs magmatiques, cédant la place à la nuit. L’obscurité reste cependant partielle, la Lune aux trois quarts pleine diffuse une lumière argentée, dans ce temple envahi par le silence. Vers 2 heures du matin, alors que le thermomètre affiche 4°C, le satellite lumineux s’en est allé derrière l’horizon, laissant la place à la voûte céleste, limpide. La Voie lactée se reflète dans les eaux devenues calmes, maintenant que le vent est tombé.

6 heures. Le réveil sonne de nouveau, afin d’aller capter les teintes matinales. Le plafond uniformément clair me laisse dubitatif. Je grimpe sur le promontoire pour observer le panorama à l’ouest. Les Aiguilles d’Arves sont les premières à recueillir les rayons solaires, d’une triste fadeur. Quelques clichés immortalisent la scène par acquit de conscience, mais les jeux sont faits : il n’y aura ni éclat ni ambiance majestueuse. Un nouveau jour banal en terres montagnardes, sans frasque ni folie. Je retourne donc faire une longue sieste jusqu’à 9 heures, moment où le Soleil pointe enfin son nez, franchissant la haute crête orientale, tutoyant les 3000 mètres.

Quatre-vingt-dix minutes plus tard, une fois les affaires pliées, débute le chemin du retour. Au-dessus des Cerces règne le ciel d’un bleu méditerranéen, digne d’une carte postale. Après un salut révérencieux à la chapelle Notre-Dame des Neiges, veillant sur les pèlerins depuis plus de trois siècles, je regagne la voiture à midi trente. Épilogue d’une sortie dépaysante quoique pauvre sur le plan photographique.

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Lac de la Ponsonnière (2565 m) – Cerces
Lac de la Ponsonnière (2565 m) – Cerces
28 septembre 2025 In Cerces No Comment

Le choix de la destination

En cette fin septembre, la France grelotte. Une goutte froide s’est installée sur le pays, faisant drastiquement chuter les températures. En altitude, les montagnes ont troqué leurs atours de verdure et de roches grisâtres, au profit d’un fin manteau blanc. Après une semaine de météo maussade, le beau temps est de retour, l’occasion d’aller observer la mutation des paysages là-haut : neige sur les cimes et alpages dorés, le duo gagnant de la saison automnale dans les Alpes.

Pour immortaliser ces éléments, je retourne vers un lieu que j’affectionne tout particulièrement : le col et le lac de la Ponsonnière, au cœur du massif des Cerces (voir récit d’octobre 2020 ICI). Direction les confins de Valloire, sur la route menant au col du Galibier, déjà fermé. Le départ s’effectue depuis Plan Lachat, où de nombreux véhicules sont déjà stationnés. Pas d’inquiétude, peu nombreux seront ceux qui oseront passer la nuit dehors.

Direction le col de la Ponsonnière

Les nuages du matin se sont peu à peu dissipés, dévoilant un ciel d’un bleu pur, mettant en valeur quelques sommets encore plâtrés, à la faveur d’une exposition plus favorable. Côté alpages, tout a déjà fondu, l’incursion hivernale ne fut qu’éphémère. Malgré les 8°C au thermomètre, l’ascension s’avère relativement agréable, grâce aux précieux rayons du soleil. Un parfum d’ivresse m’accompagne tout au long du parcours, tant la beauté des lieux subjugue. En à peine une heure, me voilà au lac des Cerces. À droite, j’aperçois mon objectif, vaste ouverture orographique en arc de cercle, trait d’union de deux vallées, de deux départements, et même de deux régions.

Deux heures après mes premières foulées, le col de la Ponsonnière est atteint. Le décor se révèle toujours aussi magnétique, avec les reliefs de caractère qui ponctuent le paysage, notamment les arêtes de la Bruyère, dominant le Grand Lac. Suite à une pause contemplative, je poursuis le sentier à flanc de versant, pour dominer le lac de la Ponsonnière. Des nuages coiffent le chainon compris entre le Grand Galibier et la Tête de Colombe, générant de vastes zones d’ombre sur les lieux. Je patiente en vain, la nébulosité est tenace, puis cherche un endroit pour monter ma tente. Ce sera au sud du lac.

Défier la brume

À peine ai-je fini d’installer mon abri et de procéder à quelques repérages qu’un phénomène m’interpelle : de la brume s’engouffre par le col de la Ponsonnière et se déverse de l’autre côté. Il faut croire que c’est une particularité locale, c’est la troisième fois que j’observe ce déversoir ici-même. Cependant, étant en contrebas, le point de vue n’est pas idéal. Me vient une idée de composition : aller l’immortaliser au-dessus, ce qui implique de monter jusqu’à la crête, pour le moment dégagée. Elle se situe à un peu plus d’un kilomètre et deux cent mètres plus haut. Un pari risqué qui demande un effort supplémentaire.

Je traverse le banc de brume, saluant au passage un bouquetin solitaire et, une demi-heure plus tard, arrive au spot convoité. Hélas, le filet de brouillard s’est transformé en torrent, s’étalant franchement sur les bords…je ne vois pas à 100 mètres. C’est un échec. Désappointé, je retourne vers ma tente et constate l’épanchement de la brume jusqu’à celle-ci. Inutile d’insister, allons se réchauffer dans le duvet.

Nuit étoilée au lac de la Ponsonnière

La nuit s’est installée, le croissant de lune a disparu derrière l’horizon, laissant le premier rôle à la voûte céleste, où d’innombrables étoiles scintillent. Le brouillard s’estompe progressivement, tout comme la légère brise. Des conditions parfaites pour aller capter l’ambiance nocturne au bord du plan d’eau, où aucune oscillation des eaux ne subsiste par ce climat d’un calme absolu. Le temps paraît suspendu, dans cette solitude où seul le froid me rappelle à la réalité. Pour preuve, le thermomètre affiche huit degrés sous le zéro. Heureusement que mes épaisseurs sont là pour me protéger.

Féérie de l’aube

Après une fin de nuit fort fraîche, me voilà de nouveau dehors pour accueillir les premières lueurs de l’aube ; il est 7 heures. D’expérience, c’est souvent au lever de soleil que la brise se lève. Pour avoir le reflet des montagnes dans le lac, je ne dois pas trainer et me rends aussitôt sur sa rive orientale. L’heure bleue bat son plein. Les cimes se parent d’exceptionnels contrastes au pouvoir envoûtant, d’une beauté saisissante. En arrière-plan, les Écrins dominés ici par la Montagne des Agneaux semblent briller dans la pénombre, avec ses hautes parois maculées de blanc.

Le jour grandit, les ondulations de l’eau apparaissent comme prévu avec le vent naissant, aussi léger soit-il. Je retourne vers mon lieu de bivouac afin de capter les premières incandescences sur les Écrins, qui s’illuminent progressivement.

Vers 9h15, les rayons atteignent ma toile. D’un congélateur, mon abri se transforme en une serre, tout devient nettement plus agréable. Je profite un moment des bienfaits de la sphère ardente, à écouter le silence, à peine trahi par le passage des randonneurs à proximité. Un peu plus tard, une fois la tente pliée et les affaires rangées, débute le chemin du retour. Vers midi, la voiture est retrouvée, épilogue d’une délicieuse et froide virée en terres des Cerces.

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Près du refuge du Mont Thabor (2676 m) – Cerces
Près du refuge du Mont Thabor (2676 m) – Cerces
8 septembre 2025 In Cerces No Comment

Bivouac près du refuge du Mont Thabor (2676 m), dans le massif des Cerces, les 6 et 7 septembre 2025.

Le choix de la destination

L’été météorologique a tiré sa révérence, laissant place à septembre, mois de transition qui réserve souvent bien des surprises. Les premières neiges n’ont pas, ou peu, blanchi les sommets, révélant une montagne des plus dégarnies qui soit. Les rares névés subsistent dans les combes protégées à très haute altitude, souvent causés par les résidus avalancheux, épais et compacts.

Pour ce premier week-end de septembre, une fenêtre de clémence s’intercale entre deux épisodes pluvieux. Des conditions idéales pour retourner au coeur des Alpes. Cependant, les cirrus sont annoncés, prémices de la perturbation de la semaine prochaine. Leur présence en nombre dans l’atmosphère dément l’impression de beau temps. Mais surtout, ils ternissent la lumière, notamment au crépuscule où l’ombre triomphe sur le jour, sans explosion des couleurs rougeâtres.

Le choix de la destination se porte sur un secteur prospecté il y a 4 années dans les hautes terres de Maurienne, au coeur du massif des Cerces, à quelques encablures du Mont Thabor.

L’ascension

Tout débute au parking du Lavoir, terminus de la longue piste forestière depuis la station de Valfréjus, près de Modane. Les nombreux véhicules remplissant la zone de stationnement témoignent de l’attrait grandissant des Cerces. Pour autant, c’est bien en dehors des sentiers battus que je projette de passer la nuit, à l’écart du refuge et autres lacs attirant les pèlerins.

L’endroit est chargé d’histoire : il y a 85 ans, les soldats français ont héroïquement résisté contre les Italiens, tandis que le nord de la France connaissait une humiliante déroute face à la puissante Wehrmacht. Au départ, des panneaux rappellent qu’ici, l’armée française est restée invaincue, du moins jusqu’à l’Armistice de juin 40.

Aujourd’hui, les conditions sont bien plus apaisées : soleil, cirrus décoratifs et température agréable agrémentent l’ascension. Le trajet consiste à remonter la vallée, en suivant le chemin parallèle au GR5, le long du torrent sous le col de la vallée étroite.

De part et d’autre, se dressent les grandes murailles, autant de sentinelles surveillant le secteur : le Grand Argentier, Roche Bernaude, Pic du Thabor, Cheval Blanc ou Mounioz. Seul le temps long vaincra ces fantassins rocailleux.

Arrivée à 2676 m

Au niveau de la Combe de la Grande Montagne, le sentier menant au refuge du Mont Thabor est quitté, pour bifurquer au nord. Le vagabondage conduit vers la zone convoitée, à l’est du col des Roches, parsemée de quelques plans d’eau et offrant une vue de choix sur les environs. Un replat herbeux à 2676 m fera l’affaire, atteint après un peu plus de 3 heures de marche, sans forcer. Deux vautours fauves planent au-dessus de ma tête ; n’étant pas désarticulé au pied d’une falaise et bien vivant, je ne constituerai pas leur repas du soir. Ils s’en vont, sans un battement d’ailes, guidés par les courants ascendants. Il règne ici un silence monacal, seulement trahi par le cri de lointaines marmottes. Les nuages élevés défilent lentement, zébrant l’azur de leurs filaments opales.

Nuit de pleine lune

Le soleil décline vers l’horizon. A 19h, il s’éclipse derrière la crête comprise entre les cols des Bataillères et des Roches. Les ombres dévorent inexorablement les lieux : d’abord les lacs Sainte-Marguerite, puis le vallon en dessous, jusqu’à atteindre Roche Bernaude et le Grand Argentier, sans offrir de couleurs exceptionnelles. Entre en scène l’actrice principale de cette sortie. Jaillissant par-delà les cimes, la pleine Lune délivre un spectacle silencieux, lovée dans un horizon d’abord rosé, puis bleuté. Son éclat s’intensifie au fur et à mesure que la nuit progresse, jusqu’à éclairer les lieux d’une lumière argentée ; la frontale devient optionnelle pour se déplacer dans cette pénombre nocturne.

Vers 2 heures du matin, j’immortalise ces paysages luminescents. En dépit de l’altitude et de la saison, la température est plutôt clémente : le thermomètre indique 1°C mais l’absence de vent et d’humidité rend la chose tout à fait supportable.

Premières lumières du jour

Aux premières lueurs de l’aube, me voilà posté au bout de ce lac anonyme et longiforme, face au Cheval Blanc et au Pic du Thabor, reflétés à la quasi-perfection dans ces eaux à peine ondulantes. Toutefois, le relief qui me fait face peine à s’éclairer, alors qu’un bleu intense et pur tapisse le ciel. Les précieuses teintes sont affadies par un voile résiduel côté italien ; il faut attendre près d’un quart d’heure pour profiter de l’ensoleillement matinal, donnant un autre visage au paysage. Rapidement, les rayons d’une douce chaleur gagnent la tente.

Peu avant 9 heures, toutes les affaires sont repliées, sonnant le début du retour. Pour proposer une variante, un crochet par les lacs, le refuge et le col de la vallée étroite est effectué. Après avoir embrassé du regard les Hautes-Alpes, s’amorce la descente finale jusqu’au parking du Lavoir aux alentours de 11 heures, signant la fin de cette escapade mauriennaise.

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Lac Curtalés (2441 m) – Cerces
Lac Curtalés (2441 m) – Cerces
30 octobre 2022 In Cerces No Comment

Décidément, cette année 2022 bat tous les records. L’été semble avoir installé ses quartiers sur nos latitudes et, malgré quelques incursions de la neige en altitude, l’ambiance est digne d’un début de septembre. Seules quelques cimes à plus de 3000 mètres portent encore les stigmates d’une neige bien chétive, tombée le mois dernier. Côté Préalpes, les montagnes ont perdu de leur éclat, les couleurs s’en sont allées et les forêts attendent leur manteau blanc qui peut-être arrivera un jour. Les sentiers étant encore praticables comme à la belle saison, c’est du côté des Alpes internes que je me rends, au sein d’une des rares vallées que je ne connais pas dans le massif des Cerces : celle de la Neuvache, aux confins du village-station de Valmeinier.

Si les conditions météorologiques sont jugées parfaites pour le commun des mortels, sur le plan photographique je sais que c’est perdu d’avance : des voiles élevés tapissent une grande partie de la France, estompant les rayons du Soleil et les reléguant au rang de lumière terne et blafarde. Qu’importe, le principal est la découverte et le dépaysement.

Le point de départ se situe au parking de la Chenalette (1750 m), terminus du chemin au sud de Valmeinier 1800. Le regard se perd dans la profondeur de la vallée, qui s’étend à perte de vue. Il va pourtant falloir en remonter une grande partie, l’objectif du jour étant le Lac Curtalés (2441 m), nécessitant une approche de 8 kilomètres. L’avantage de cet itinéraire est de présenter une pente moyenne douce, de quoi soulager les articulations qui ont tant souffert ces derniers mois.

En dépit de l’altitude, il fait étonnamment chaud au démarrage. Le sentier longe le torrent de la Neuvache pendant un long moment. Les quelques arbres restants ici, essentiellement des aulnes, ont déjà perdu leurs feuilles. De rares mélèzes se distinguent par leur éphémère parure dorée, tandis que les versants sont ponctués de bâtis isolés, tout de schistes constitués, magnifiquement entretenus ; le plus emblématique est sans nul doute le Refuge de Terre Rouge.
L’ascension se poursuit régulièrement et, après 2h45 de marche, le Lac Curtalés est atteint. Blotti au pied d’un abrupt relief marquant la frontière avec les Hautes-Alpes – et la Haute vallée de la Clarée derrière- il offre un beau panorama sur le chaînon du Thabor, perçant le ciel dans son dédale rocheux. Un replat est trouvé pour installer la tente puis, comme prévu, le coucher de soleil se déroule dans une certaine indifférence, les couleurs se sont éteintes progressivement, jusqu’à laisser place à la nuit.

Le début de soirée est consacré à quelques poses nocturnes, pour capter ce ciel trahi par les nuages élevés, toujours persistants. Plutôt faiblard à mon arrivée, le vent s’est invité à la partie et a rapidement joué la vedette. Toute la nuit, la tente a vibré au rythme des bourrasques, rendant le sommeil quelque peu compliqué. Suite à ce repos en pointillé, aux premières lueurs du jour, je m’extirpe de l’abri en catastrophe, l’atmosphère incandescente aperçue à travers l’abside ayant donné un regain d’intérêt à la sortie. L’instant aura été de courte durée, les paysages se réveillent comme ils se sont endormis, dans une lumière blanchâtre.

Le vent du sud est de plus en plus intenable, il semble prendre de l’accélération depuis la ligne de crête située entre la Pointe de Névache, la Roche du Chardonnet et le Mont Thabor. Il est temps de quitter les lieux et retrouver un peu plus de calme dans le vallon. Peine perdue, le bougre est tenace et m’accompagne une bonne partie de la descente, le paroxysme étant atteint au niveau du refuge et de la Chapelle Notre-Dame-des-Neiges.

Vers 11h30, la voiture est retrouvée, les jambes bien fatiguées par ces 16 km aller-retour. Probablement pas le bivouac le plus inoubliable, tant par les conditions météo et photographiques, mais une belle découverte que ce vallon de la Neuvache.

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Lac sans nom (2700 m) – Cerces
Lac sans nom (2700 m) – Cerces
11 octobre 2021 In Cerces No Comment

Décidément, la Maurienne aura été ma destination phare de 2021. Pour inaugurer le début de mes pérégrinations automnales, me voilà de nouveau sur les routes de cette vallée, direction Valfréjus et le Parking du Lavoir (1900 m). Une mer de nuages a investi les Préalpes et s’engouffre jusque vers Modane. Animée par le vent, la brume remonte sporadiquement là où je suis stationné.

En cette mi-octobre, les températures sont déjà bien fraîches et c’est bien habillé que j’attaque la rando à 13h30. Le franc soleil a cependant vite raison de moi et rapidement je finis en t-shirt, d’autant plus que j’avance à bonne cadence. Il ne reste plus grand chose de la neige tombée la semaine dernière, seuls les plus hauts sommets sont drapés de leur manteau blanc. En seulement 1h15, me voilà au Col de la Vallée Étroite (2433 m). Je me dirige vers la droite en direction du Refuge du Mont Thabor, dans une ambiance d’automne magnifique : ciel bleu, alpages dorés et cimes enneigées. Une fois le bâtiment atteint, je longe les lacs Sainte-Marguerite puis, peu après, pars en hors sentier vers le nord. Mon objectif est de retourner au même endroit qu’en 2014. Je sillonne alors ces pelouses vallonnées et arrive au premier plan d’eau. J’atteins un promontoire idéalement placé mais renonce à y planter la tente : trop exposé au vent. J’erre un petit moment dans ce secteur à la recherche d’un bon spot et trouve un mamelon au-dessus de plusieurs lacs. Le vent devient désagréable et je me résigne à me mettre dans une zone légèrement abritée par des rochers, étroite et en pente. Le confort attendra un autre jour.

En discutant avec des randonneurs croisés au refuge, je leur avais dit que souvent la mer de nuages remontait le vallon jusqu’au Col de la Vallée Étroite et vu les conditions du moment, je ne serais pas étonné d’y revoir ce phénomène ce soir. J’avais vu juste : la brume s’immisce lentement dans la vallée. Là où je suis placé, les conditions de prise de vue sont médiocres, étant assez éloigné de ce spectacle. Je décide alors de redescendre rapidement afin de dominer cette mer de nuages en formation. Pari gagné. La Roche Bernaude devient incandescente au soleil couchant, tandis que sa base est enveloppée par une brume virevoltante. Un régal à immortaliser. La nuit tombant, je regagne mon abri, me restaure et somnole, jusqu’à ressortir en début de soirée faire quelques images nocturnes.
En dépit des températures négatives dehors, je ne souffre pas du froid durant mon sommeil, seul le vent vient jouer les trouble-fête, surtout en fin de nuit. Vers 7 heures, me revoilà dehors. Il n’y a plus aucun nuage dans le ciel. Je décide d’aller au bord d’un lac en contrebas, mais l’esthétique du lieu ne rend pas hommage à la beauté du secteur, je fais quelques photos puis retrouve ma tente pour prendre le petit déjeuner, avant de partir à 9h30. Une sortie plutôt prolifique !

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Aiguille Rouge (2545 m) – Cerces
Aiguille Rouge (2545 m) – Cerces
17 août 2021 In Cerces No Comment

Après être descendu via la longue piste du Colle del Sommeiller, je me rends dans la zone de ma prochaine rando, côté français, au Col de l’Echelle (1762 m). Il est à peine midi et le soleil cogne fort, je prends donc quelques heures de repos, à l’ombre.
A 15h40, j’attaque les premières foulées, le sentier attaque droit dans la pente. La chaleur est contrebalancée par l’ombre de la forêt, animée par un léger vent fort bienvenu.
Pour cette dernière étape de mon trip frontalier, j’ai décidé de grimper léger : pas de drone (non autorisé ici, de toute manière), pas de téléobjectif et surtout pas de tente ! C’est donc la première fois que je vais dormir à la belle étoile, le mois d’août d’y prêtant bien. C’est donc avec environ 6 kg de moins que j’avance, et les performances s’en ressentent directement. L’ascension est plutôt rapide. Passées les ruines de tête noire (2183 m), la forêt s’arrête et laisse place à une sorte d’alpage dégarni, aux formes façonnées par l’érosion karstique. Le vent se fait par ailleurs nettement sentir, soutenu par de grosses bourrasques. L’Aiguille Rouge, de ce point de vue, s’élance dans le ciel et paraît presque inaccessible. Pourtant on distingue bien le sentier qui serpente sur son flanc occidental. D’un pas décidé, je pars à sa conquête. J’arrive à la croix sommitale à 17h30, soit 1h50 de montée. D’ici, le panorama à 360° est saisissant : les Alpes italiennes avec Bardonecchia au premier plan, Pic de Rochebrune, Barre des Écrins, Meije, Thabor et d’innombrables cimes qui cisaillent le ciel. Je lézarde un moment, mais vers 19h30, quelque chose m’intrigue vers l’ouest. Un nuage épais et vertical obstrue le soleil, tandis que les Écrins semblent projetés dans l’obscurité. Cela n’augure rien de réjouissant, surtout que je n’ai rien pour me protéger. La masse nuageuse s’avance inexorablement vers moi, offrant au passage de magnifiques jeux de lumière, filtrés par les rideaux de pluie qui se dessinent dans l’atmosphère. Le centre de l’averse semble se diriger au nord, sur le Thabor. Curieux hasard, au moment où le soleil fait son apparition, des gouttes commencent à tomber, de plus en plus fort. Je n’ai pas le temps d’immortaliser l’incroyable et éphémère luminosité qui m’entoure, me précipitant à mettre mes affaires au sec, et de me protéger avec les moyens du bord, dérisoires : mon tapis de sol en mousse !

Fort heureusement, j’étais en périphérie de l’ondée, celle-ci fut brève. Le beau temps réapparaît au-dessus de ma tête, mais côté ouest, c’est toujours encombré, annulant tout espoir de coucher de soleil. Le jour décline mais tout en haut de mon aiguille, je reste dubitatif sur le devenir du ciel pour les prochaines heures : des orages sévissent dans la vallée du Rhône, vont-ils venir jusqu’à la frontière ? Les Écrins sont encore sous la menace et le vent ne faiblit pas. J’hésite longuement et finalement, par précaution, je redescends d’une cinquantaine de mètres à la tombée de la nuit. A la montée, j’y avais repéré un petit abri sous roche, il m’accueillera quelques heures, le temps d’y voir plus clair. Et puis, cette anfractuosité est protégée par une petite statuette de la Vierge, il ne peut donc rien m’arriver !
Je m’endors tant bien que mal dans cet espace exigu, la tête entre deux rochers et les jambes dans la pente. A 1 heure, je me réveille, et vois la voûte céleste : plus un nuage ! Je plie et retourne au sommet, bien déterminé que je suis ! Le ciel n’est pas si clair que cela. Sur la Savoie, l’orage sévit, des flashs lumineux réguliers viennent trahir l’obscurité. Je fais quelques clichés, mais la pollution lumineuse partout autour donne des résultats mitigés. En revanche, le timelapse vers le nord a montré la progression de l’orage lointain, qui s’est évacué sur la Suisse.

Au petit matin, après une nuit étonnamment agréable sur ce parterre dur, je me réveille vers 6 heures, en même temps qu’arrivent deux randonneurs italiens. Pas un nuage à l’horizon et l’atmosphère semble humide, le lever de soleil s’avère relativement médiocre d’un point de vue photos.
Je profite un long moment de cette quiétude montagnarde, pendant que mon duvet sèche, puis entame la descente sur les coups de 8h30. Il ne me fait que 1h15 pour retrouver le Col de l’Echelle, 700 mètres plus bas, point d’orgue de ce fort sympathique trip à la frontière franco-italienne.

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Mont Thabor (3178 m) – Cerces
Mont Thabor (3178 m) – Cerces
11 juillet 2021 In Cerces No Comment

Il se dresse là devant moi, du haut de ses 3178 mètres, avec en ligne de mire constante sa chapelle sommitale, le Thabor semble si proche. La pente est plutôt raide dès le col des Méandes passé. L’édifice religieux sur le toit de la montagne instaure une ambiance qui tend plus du pèlerinage que de la simple randonnée, sentiment renforcé par les nombreux signes ostentatoires qui jonchent le sentier. Exposée sud, cette face est heureusement peu enneigée, mis à part quelques névés çà et là. L’altitude commence à se faire ressentir sur l’organisme, surtout à partir de la barre des 3000 mètres. Le souffle est court, chaque enjambée demande plus d’énergie. Le parcours se transforme en chemin de croix pour le pèlerin que je suis, portant sur mon dos non pas mon échafaud mais mon sac de 20 kg…
Le petit col sous le sommet, à 3062 m, est un carrefour avec les randonneurs venus de Valmeinier. C’est aussi d’ici qu’on peut voir les derniers mètres de l’objectif. Bon nombre de touristes laissent leur sac à dos ici pour finir le dernier tronçon, sûrement harassés de tout le chemin parcouru. A 11h55, le Thabor est atteint, il ne m’aura fallu au final qu’1h15 depuis le col des Méandes ! Le temps est magnifique, ce qui permet d’apprécier le paysage sur 360°.
Je passe toute mon après-midi à lézarder sur un banc accolé à la chapelle, le soleil est piquant quand la petite brise daigne s’arrêter. J’y observe les va-et-vient des gens, les écoute parfois. Il y a beaucoup d’italiens ici, la frontière étant toute proche.

En fin d’après-midi, le sommet se dépeuple, tandis que le ciel commence à s’encombrer de nuages. Je profite d’avoir un peu de réseau pour vérifier les prévisions de la veille : le mauvais temps est bel et bien annoncé. La chapelle sera mon abri pour cette nuit, malgré son état qui en rebuterait plus d’un : toute la partie avant est en train de s’affaisser, des fissures laissant voir le jour se dessinent sur le mur frontal, la dalle laisse entrevoir un trou béant. Avec toute l’ironie qui me caractérise, je pose mon tapis de sol au pied d’un Jésus crucifié, voilà un bivouac plutôt atypique et insolite. Un groupe de 5 jeunes venus de la Loire seront mes colocataires du jour. En soirée, les nuages menaçants ceinturent la zone et le vent se lève : il n’y a aucun espoir de coucher de soleil, même si d’éphémères jeux de lumières magnifient le paysage vers l’ouest. C’est donc peu après 21 heures que j’essaie de trouver le sommeil. Vers 2 heures, je jette un œil dehors dans l’espoir de faire quelques clichés nocturnes : brouillard complet. Je réitère à 5 heures : pas mieux. J’en conclus hâtivement que c’est râpé pour le lever de soleil. Pourtant, à 6 heures, des rayons s’immiscent à travers la fenêtre de la chapelle. Branle-bas de combat ! Je m’habille en catastrophe, rassemble mon matériel et file dehors : une mer de nuages déchiquetée et agitée s’anime autour du Thabor. L’ambiance est somptueuse, en dépit du froid amplifié par un vent traître. Je m’exécute à immortaliser ces scènes fugaces et samivelesques avant de retourner dans la frêle bâtisse. Un café fort bienvenu m’est offert par mes compagnons du jour.

A 8h15, une fois mes bagages pliés, c’est le long chemin du retour qui m’attend. Les 1300 mètres de dénivelé négatif me font douter physiquement : la fatigue cumulée, des repas frugaux et surtout la faible quantité d’eau bue vont mettre les articulations à rude épreuve. J’attaque le retour jusqu’au col des Méandes de façon un peu ludique en empruntant une combe enneigée sur près de 500 mètres de dénivelé. La portion la plus raide a eu raison de moi et c’est sur les fesses que je termine. Heureusement sans conséquence, même si j’ai frôlé quelques blocs sur une zone ombragée et glacée ! Du coup, seulement une demi-heure a été nécessaire pour faire cette section. D’un pas engagé, je continue le parcours en retrouvant les spots vus deux jours auparavant : lac du Peyron, col de la vallée étroite…sous un soleil agréable et une légère brise, bien loin des conditions hostiles du Thabor quelques heures plus tôt…
Finalement, à 11h15 le Parking du Lavoir est retrouvé, il ne m’aura fallu que 3 heures pour tout redescendre. Les genoux ont tenu bon ! La déception de ne pas avoir pu faire des photos nocturnes et d’avoir les premières lueurs du jour n’entachent cependant pas la fierté d’avoir enfin pu faire le Thabor. Objectif pourtant modeste et qui n’a rien d’un exploit, j’ai jusqu’à présent toujours douté de mes capacités, c’est désormais chose du passé. Un week-end solo magnifique dans ce paradis qu’est le massif des Cerces, ces moments-là resteront toujours de véritables expériences de vie, année après année.

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Col des Méandes (2727 m) – Cerces
Col des Méandes (2727 m) – Cerces
10 juillet 2021 In Cerces No Comment

Il n’aura échappé à personne que ce début juillet est relativement maussade, entre la fraîcheur, la pluie ou les orages vespéraux. Du mieux est annoncé ce week-end. Je n’attends pas qu’il soit commencé : au dernier moment, sur un coup de tête, je pose mon vendredi après-midi et me voilà embarqué sur les routes alpines, direction la Maurienne. En ligne de mire, le Thabor. Un sommet que j’ai maintes fois approché, mais jamais gravi. Il faut dire que celui-ci se mérite et avec mes 20 kg sur le dos, je préfère l’aborder sur deux jours.
Il est 16 heures, la voiture est garée au Parking du Lavoir (1900 m), au bout d’une piste partant de la station de Valfréjus. C’est sous un ciel bleu et quelques nuages débonnaires que j’entame le périple. Je vise le lac de Peyron comme étape.

Rapidement, j’avale le dénivelé et c’est à 17h30 que j’atteins le Col de la Vallée Étroite (2433 m). Le sentier poursuit en direction du sud-ouest, à flanc de montagne, pour ensuite sillonner dans un vaste éboulement, au sein duquel est blotti le lac de Peyron (2440 m). Il est 18h30. Un replat entouré de pierres empilées semble constituer un lieu de bivouac approprié. Je dépose le sac et vais prospecter autour du lac. Rapidement, j’en viens à la conclusion que le spot n’est pas adapté pour y faire de la photo : trop encaissé, pas de vue ouverte et une grande falaise qui surplombe le plan d’eau. Il faut aller plus haut. Je remets mon fardeau sur le dos et poursuis l’itinéraire. Moralement, c’est un peu dur de repartir quand on s’était préparé à ne plus bouger de la journée, mais l’idée de trouver plus loin un spot digne de ce nom redonne de la motivation.

Le sentier grimpe raide puis s’enfile dans une combe au pied du Grand Seru, rocher aussi ciselé que graphique. A quelques enjambées du col des Méandes, j’observe sur la droite un bel espace enherbé près d’une crête. L’endroit me semble fort inspirant et le rejoins aussitôt : aucun doute, c’est ici que je passerai la nuit. La vue y est exceptionnelle : vallon du Peyron, vallée étroite, Grand Seru et une quantité de sommets, dont le Thabor qui me domine au nord-ouest. Il est 20 heures.

A peine ai-je fini de monter la tente que le spectacle commence plus bas. Une mer de nuages peine à s’immiscer à travers le Col de la Vallée Étroite, un ballet atmosphérique dont je me délecte, jusqu’au coucher de soleil. Ce dernier vient parfaire le paysage, plongé dans des tons rougeâtres éphémères, rendant incandescents les cimes qui me font face. Des conditions idéales !

L’atmosphère est chargée en humidité, la tente est déjà tapissée de gouttelettes d’eau, tout comme les objectifs, pas très rassurant pour mes ambitions nocturnes. Vers minuit me revoilà à tutoyer le vide sur la crête, pour y capter la Voie Lactée particulièrement visible en cette nuit de nouvelle Lune, sans pollution lumineuse. Par contre, comme je le craignais, le timelapse de deux heures n’a pas été un succès, de la buée s’étant formée sur la lentille frontale.
Vers 5h30, je sors de mon sommeil pour mettre le nez dehors : pas un nuage à l’horizon. Je fais tout de même quelques images des premiers rayons de l’aube puis retourne me reposer. Cette longue sieste permet à ma tente détrempée de sécher progressivement. J’émerge de celle-ci vers 10 heures et vois sur le tout proche sentier de nombreux randonneurs à l’assaut du GR57.
A 10h40, me voici à les rejoindre direction la dernière étape de ma virée, le fameux Mont Thabor. Seuls 475 mètres de dénivelé me séparent du sommet…

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Lac long (2450 m) – Cerces
Lac long (2450 m) – Cerces
18 octobre 2020 In Cerces No Comment

17-18 octobre 2020

On poursuit le court séjour dans les Hautes-Alpes. Après m’être restauré à Briançon, je ne traîne pas et reprends la voiture, direction l’une de mes vallées alpines préférées : la Clarée. A cette époque, il n’est plus nécessaire de prendre la navette obligatoire pour se rendre au terminus de la route, ce qui laisse plus de libertés. Passé Névache, les forêts de mélèzes apparaissent sur les versants, elles commencent tout juste à prendre leur teinte dorée. A la mi-octobre, ce lieu est encore plus magnifique, les couleurs vives enivrent le pèlerin, entre le bleu profond du ciel, les alpages roussis, les conifères jaune étincelant et les premières neiges en altitude. Samedi oblige, le parking au bout de la route est rempli, l’endroit est prisé.
J’attaque la rando à 14h40, avec une modeste ambition, celle de rejoindre le secteur des lacs long et rond, pour environ 450 mètres de dénivelé. J’étais déjà venu ici il y a 7 ans quasi jour pour jour, j’y avais trouvé d’excellentes conditions.

Sous un soleil radieux, j’avance péniblement, les jambes sont encore lourdes et le sommeil haché de la nuit précédente accentue la fatigue. Un peu plus d’1h30 plus tard, l’objectif est atteint. Le petit plan d’eau que je convoitais pour son reflet parfait est déjà gelé. Il est entré en sommeil pour de longs mois. Un replat en contrebas, bordé par un autre lac partiellement pris dans la glace, me paraît accueillant. J’y plante la tente sur un recoin herbeux et profite des quelques dizaines de minutes de soleil avant que celui-ci disparaisse derrière la montagne. La fin de journée approche, le ciel reste uniformément vierge de nuages, seule une écharpe de brume au nord-ouest, près de la Pointe de Rochachille, anime les cimes. Cette scène m’occupe jusqu’aux derniers rayons de soleil, puis de rejoindre mon abri de fortune, il est à peine 19 heures. Je mange mon casse-croûte en regardant un film. À la fin de celui-ci, je sors capter les paysages nocturnes. Aucune lune ne vient trahir la profondeur de la nuit. Seuls les sommets enneigés émergent de l’horizon céleste, sous la bienveillance de la Voie Lactée, bien visible par ce temps clair. L’avantage de ces escapades automnales, c’est d’avoir des nuits plutôt longues, faire un peu d’astrophoto n’empiète pas sur le sommeil, à la différence d’un mois de juin par exemple. Vers 23 heures, extinction des feux. Contrairement à la veille, le froid est moins mordant. Certes les températures sont négatives, mais moins impactantes pour l’organisme.

A 7h15, le réveil sonne. Ni une ni deux, je quitte la tente à la recherche d’un bon spot, tandis que l’heure bleue bat son plein. Je capte les premières lumières depuis le lac partiellement gelé, avant d’aller retrouver un promontoire dominant le Lac Long. C’est un décor de carte postale alpine qui se dresse devant moi. Je profite longuement de ce paysage, en le contemplant, puis de retrouver mon gîte pour me reposer. Il ne faut guère de temps au soleil pour arriver ici. Ses rayons sont les bienvenus, pour la chaleur qu’ils créent sous la toile.
Vers 10h45, j’entame le chemin du retour. Plus bas, un crochet en direction du torrent en fond de vallée me permet de faire quelques images classiques du lieu mais ô combien efficaces, avec le cours d’eau, les mélèzes flamboyants et l’emblématique main de Crépin.
Malgré la tempête de ciel bleu qui s’est abattue sur la Clarée, cette visite aura été fort belle. Des paysages magiques, un calme apaisant et des couleurs explosives, bien loin des tumultes actuelles des grandes villes…

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