Bivouac au Marteau (2289 m), dans le massif du Giffre, les 5 et 6 septembre 2026.
Le choix de la sortie
Septembre te voilà. Les montagnes se vident de leurs hordes de visiteurs, tandis que les enfants font leur rentrée. Et les canicules appartiennent au passé ? Bien sûr que non. Une énième vague de chaleur envahit une partie de l’Hexagone durant quelques jours, pour faire définitivement entrer 2026 dans l’histoire météorologique. Certes, les nuits sont plus longues, atténuant un peu les effets. Mais tout de même. Aller chercher la fraîcheur en altitude reste toujours une solution pour échapper à ces problèmes.
Un lieu a attisé ma convoitise dernièrement, dans le massif du Giffre : le Marteau (2289 m). Il constitue l’une des nombreuses sentinelles sud du Désert de Platé, avec sa vue imprenable sur le massif du Mont Blanc. Toutefois, il se mérite, surtout avec l’itinéraire engagé prévu à cette occasion.
Peu après 15 heures, la voiture est garée au parking de Plaine Joux (1352 m). Celui-ci est bondé, laissant penser que les vacances ne sont pas terminées. D’ici, l’objectif se distingue et donne le vertige. Il surmonte une muraille paraissant imprenable, que pourtant un sentier sillonne : le redoutable chemin du Dérochoir.
Montée au Marteau
Des routes et pistes partent pourtant bien d’ici, mais leur accès est réservé aux ayants droit, alors il faut entreprendre une longue marche d’approche sans réel intérêt, d’environ 1h15, entre les remontées mécaniques et le sous-bois, pour atteindre le lieudit des Ayères des Rocs (1641 m), entre les remontées mécaniques et le sous-bois, sans réel intérêt. Ce hameau se révèle surprenant avec ses petites habitations construites entre des blocs éboulés de la montagne. Sa vue en balcon, au cœur d’un écrin naturel, rappelle étrangement le Monal en Haute-Tarentaise, le Mont Blanc jouant ici le rôle du Mont Pourri.

Le passage du Dérochoir
À partir de là, les choses sérieuses commencent. Les crêtes sommitales me contemplent d’un air implacable, tandis que le sentier file en diagonale dans le Dérochoir. Il s’agit d’un gigantesque glissement de terrain amorcé dès le retrait glaciaire et qui s’est poursuivi avec des épisodes d’écroulements, notamment aux XVe et XVIIIe siècles. Il se traduit dans le paysage par un vaste secteur chaotique, comme si la montagne avait vomi ses roches. C’est dans ce dédale rocailleux que sillonne l’itinéraire, où la difficulté s’accroît au fur et à mesure que l’altitude augmente. D’abord sur un sentier tracé, puis un parcours parfois acrobatique dans les gros blocs effondrés, jusqu’à atteindre le passage délicat. La paroi devient subverticale, jonchée de cordes, de marches métalliques et d’escaliers.
Sur une bonne centaine de mètres de dénivelé, je remonte cette face. L’effort physique est compensé par l’aspect ludique de l’opération, dans cette escalade facile où toutefois le moindre faux pas peut s’avérer fatal. La crête est finalement atteinte sans trop de mal. D’en haut, le parcours réalisé à l’instant donne le tournis. Se dévoile au nord le Désert de Platé, terme fort à propos tant le paysage karstique lui donne un aspect lunaire et brut. Pour autant, la course n’est pas terminée. Il faut négocier une section bien périlleuse, raide, glissante et sans aide, bordée par le précipice à gauche et à droite et offrant là quelques frayeurs, pour atteindre la brèche du Dérochoir.
Au col, se trouve un carrefour de chemins, avec celui provenant du refuge de Sales. Le Marteau n’est plus très loin. La sente remonte le versant sur des zones de lapiaz, en longeant les abruptes falaises, conférant une dimension monumentale à cette fin d’itinéraire. Après 3h45 d’effort, l’objectif est atteint ; l’horloge indique 19 heures. Une bonne partie de la vallée se terre dans l’ombre, tandis que les plus hauts massifs baignent dans une chaleureuse lumière de fin de journée.


Le crépuscule et la nuit
Un pseudo-replat herbeux, une vingtaine de mètres en contrebas, accueille la tente, pour un bivouac sauvage et quelque peu pentu, mais en sécurité. Sur la dernière heure, je contemple le jour décliner, transformant progressivement les cimes emblématiques du Mont Blanc en torches incandescentes. À quelques centimètres de mes pieds, plus de 200 mètres de vide s’étire, où les grandes dalles calcaires aspirent tout. Au jour succède la nuit, noire dans un premier temps, seulement trahie par l’éclairage urbain des villes alentour. L’humidité, quant à elle, s’installe, se manifestant autant sur la toile de tente que sur les vêtements. Dans ce ciel limpide, se déploie la Voie lactée qui, quelques heures plus tard, se fait voler la vedette par un croissant de lune, émergé depuis l’horizon nord-est.
Une pâle lumière se dépose sur ce panorama endormi, sous une température clémente pour la saison (8°C) et un léger vent aux abords du vide, que je tutoie dangereusement dans cette pénombre. En face, les alpinistes s’agitent déjà pour gravir le toit de l’Europe, dans des conditions manifestement idéales. J’immortalise pendant un long moment ce décor nocturne, puis trouve enfin le sommeil vers 3h30.

De courte durée, puisque trois heures plus tard me voici sur le pont pour observer le lever du jour. L’atmosphère, dépourvue de nuage, propose une scène banale, sans flamboiement, éclairant un à un les massifs savoyards. Peu d’intérêt photographique, mais une séquence suspendue, sereine et contemplative.
Retour à Plaine Joux
Pas le temps de lézarder ni d’entreprendre une sieste – bien que celle-ci eût été fort bienvenue, la nuit fut tout sauf reposante – un petit déjeuner frugal précède le rangement du matériel. Le chemin du retour s’annonce sportif. Sous un soleil déjà brûlant, l’itinéraire inverse débute, jusqu’à atteindre le Dérochoir et sa section d’équilibriste. Celle-ci est franchie rapidement sans réelle difficulté, au bon moment : une fois le sentier regagné, les visiteurs affluent.
Les jambes lourdes et usées par les randos des week-ends précédents, je retrouve le parking de Plaine Joux à midi, épilogue d’une sortie engagée mais riche en observations et en diversité de terrain.









