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Sylvain Clapot - Photographe > 2026

2026

Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
28 juillet 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Dent d’Arclusaz (2041 m), dans le massif des Bauges, les 27 et 28 juillet 2026.

Le choix de la sortie

L’été 2026 s’apparente à une histoire sans fin, rythmée par des canicules qui se succèdent, laissant à peine le temps aux organismes de souffler. La quatrième vague est annoncée pour cette fin juillet, accueillie avec un certain fatalisme, pendant que certaines forêts françaises brûlent, au sens littéral du terme. Conjugaison de la sécheresse et de la malveillance humaine, désolant.

Gravir les montagnes constitue un remède pour se détourner des mauvaises nouvelles, tout en allant chercher la fraîcheur là où elle se trouve. Un sommet local me nargue depuis longtemps, se dressant majestueusement au-dessus de la Combe de Savoie : la Dent d’Arclusaz (2041 m). Voilà exactement dix-huit ans que je n’y suis pas monté. En juillet 2008, le fringant étudiant inexpérimenté que j’étais découvrait la montagne et la photographie. Cette virée à la journée m’avait marqué par sa difficulté physique. Avec le poids du sac et de l’âge, j’ai constamment décliné toute nouvelle tentative, jusqu’à aujourd’hui. En effet, une large zone de l’est des Bauges m’est interdite, car le règlement de la RNCFS proscrit le bivouac. Bon nombre des « quatorze 2000 » du massif – secteurs les plus grandioses – y sont situés. L’Arclusaz fait partie de cette poignée où on peut encore passer librement la nuit.

Montée à la Dent d’Arclusaz

La voiture garée au col du Frêne (950 m), il est 14h30 quand les premières foulées marquent le début du périple. Sous un ciel parfaitement bleu, le soleil frappe comme une gifle, en dépit de l’altitude. Au bout de quelques centaines de mètres en sous-bois, la clairière de Pré Ballet dévoile l’objectif du jour. La muraille calcaire surmontée de sa croix sommitale apparait si loin et inaccessible qu’elle découragerait les moins téméraires. L’ombrage bienvenu de la première moitié du parcours n’empêche pas la sueur de perler à grosses gouttes sur mon visage. Jusqu’au col du Potat (1351 m), la piste ne présente guère d’intérêt et, pour rompre cette monotonie et tromper la solitude, j’accompagne mes enjambées du livre audio de L’Étranger, d’Albert Camus. La plume dépouillée de l’auteur se dilue dans le vent perçant la forêt baujue.

Le sentier serpente dans le versant occidental et s’échappe définitivement du boisement au niveau de Pierre Besse, entrant dans le domaine des alpages. Il faut se tordre le cou pour voir le sommet qui s’est nettement rapproché, mais donnant toujours cette sensation de forteresse imprenable. Pourtant l’itinéraire avale les courbes de niveau et, à la cote 1800 m, un panneau prévient de la dangerosité de la suite. Une faille dans ce rempart minéral, munie d’un cordage, permet d’accéder à la crête.

Un bivouac vertigineux

Deux cents mètres à peine me séparent encore de la croix. Chez les plus sujets au vertige, ce final ressemblerait à une épreuve, tant les câbles s’égrènent sur le calcaire pentu et le sol instable ; pour ma part c’est une conclusion ludique qui me conduit enfin à la cime tant convoitée, après 3h30 d’effort ! Le panorama rend justice à l’abnégation : le regard embrasse la quasi-totalité des Bauges ainsi que les massifs environnants (Chartreuse, Belledonne, Lauzière) et les silhouettes lointaines de la Vanoise, des Écrins, des Arves, etc. L’éternel Mont Blanc quant à lui se manifeste de façon plus discrète, entre le Mont d’Armenaz et la Pointe des Arces.
Malgré la pluie du week-end, l’atmosphère présente une faible visibilité, un fin voile envahit le paysage.

Je profite de la fin de journée pour rechercher un emplacement pour le bivouac, sachant pertinemment, suite à mes repérages, que la tâche serait compliquée. Comme une providence, quelques mètres sous la croix métallique, non loin des falaises vertigineuses, je tombe sur une sorte de marche d’escalier longue de deux mètres, pour une cinquantaine de centimètres de large. De l’inconfort en perspective certes, mais du replat, inespéré !

Le soleil décline, les ombres s’allongent. La nébulosité ambiante étouffe la rougeur espérée, au profit d’un jaune quelconque sur les versants, alors qu’à l’est surgit la pleine lune au-dessus des crêtes de la Lauzière. Celle-ci a guidé mon choix de sortie, afin de pouvoir immortaliser la Combe de Savoie sous la clarté lunaire. Dans ses dernières minutes, l’astre incandescent embrase l’horizon, seule consolation pour ce crépuscule aux teintes tristement blafardes, qui affadissent un décor dépourvu de contraste. J’attends patiemment que la pénombre s’installe pour de bon, afin de capter les paysages inondés de la lumière argentée, jusqu’à minuit.

Lever du jour à la Dent d’Arclusaz

Après quelques heures d’un sommeil léger, le réveil sonne, il est 5h30. Le ciel se montre toujours aussi uniforme, laiteux, insipide. Comme prévu, le soleil jaillit dans l’alignement exact du Mont Blanc. Dès lors, il apporte un peu de vie à la scène, notamment du côté du nord-est où la succession des montagnes, baignées dans la lumière dorée, crée d’esthétiques géométries fantomatiques, des sommets baujus aux lointaines Dents du Midi, en Suisse. Trois cents mètres au sud, quatre chamois débonnaires dialoguent avec le précipice, profitant eux aussi des rayons chaleureux.

Sur mon replat de fortune, j’entame une petite sieste où se mêlent la fraîcheur du vent et le soleil ardent, paroxysme de l’agréable, avant de tout plier. Au moment de quitter les lieux, je laisse un message sur le cahier calfeutré au pied de la croix, dans un tube PVC : il a été déposé par la famille d’une habitante de Saint-Pierre d’Albigny, décédée ici-même suite à une chute il y a près de vingt-cinq ans, afin d’entretenir sa mémoire. 2h15 plus tard, je regagne la voiture sur le parking, au terme d’une excursion physiquement engageante et d’un butin photographique en demi-teinte : juillet est rarement une période prolifique pour les plus belles ambiances.

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Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
23 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac au Crêt du Rey (2633 m) dans le massif du Beaufortain, les 22 et 23 juillet 2026.

Le choix de la destination

L’été semble enfin avoir repris un cours normal, avec des températures dites « de saison », à savoir chaudes mais pas trop, loin de ces atmosphères suffocantes qui se sont succédé depuis mai. Le contexte anticyclonique et stable du moment n’offre pas de conditions idéales pour ramener des images exceptionnelles en montagne. Qu’importe, le simple prétexte de se retrouver là-haut se suffit à lui-même.

Souhaitant initialement partir du côté du lac de Presset pour immortaliser la Voie lactée et le reflet de la Pierra Menta dans le plan d’eau, j’ai vite déchanté à la lecture de l’arrêté municipal prohibant le bivouac à cet endroit. Une interdiction de plus, comme il ne cesse d’en fleurir dans les Alpes année après année, réduisant toujours les possibilités pour ceux qui, comme moi, fuient les commodités et la foule en altitude. Vous voulez m’inciter à aller en refuge ? Très bien, je programme alors une sortie en forme de pied de nez au confort.

L’objectif du jour est ce sommet présent dans presque chacun des panoramas observés depuis le début de la saison, se hissant dans le top 20 des plus hauts points du massif du Beaufortain : le Crêt du Rey (2633 m). En fin de journée, cap vers le point de départ au-dessus du barrage de Saint-Guérin, au bout de la piste carrossable menant au Cormet d’Arêches (2109 m). La cime convoitée s’élève au sud du lieu, aux pentes rocailleuses et vertigineuses, semblant inaccessible.

Montée au Crêt du Rey

Il est un peu plus de 17h30 quand j’entame les premières foulées sur le chemin agricole surplombant les chalets du Cormet, au cœur des alpages verdoyants. Le début du parcours s’effectue sous un ciel parfaitement et uniformément bleu, rythmé par le tintement des cloches des vaches, avant de s’engager sur un sentier menant vers le col de Corne Noire. J’opte cependant pour un itinéraire alternatif, plus direct et escarpé, consistant à remonter l’arête nord-est du Crêt du Rey. La croix sommitale est ainsi rapidement atteinte, en à peine 1h20. Outre l’emblème sacré, m’accueillent un vent modéré et une étroite crête. Se pose alors d’emblée la question du lieu de bivouac. Malgré l’absence de tente, impossible de trouver un replat digne de ce nom. Ce sera donc sur le sentier, bénéficiant d’une luxueuse largeur d’environ 50 centimètres avant que le versant herbeux ne plonge dans l’abîme. Je mise tout sur ma nature peu remuante la nuit.

Le Soleil décline lentement vers l’horizon. La visibilité demeure relativement mauvaise : des filaments grisâtres coiffent le ciel, semblables à des fumées résiduelles, enrobant notamment le Mont Blanc, tandis qu’à l’ouest stationnent d’épais nuages élevés. Tous les éléments sont réunis pour assister à des lumières crépusculaires fades. Tamisée par la nébulosité, notre étoile se transforme, quelques minutes durant, en grande boule rouge. Plus aucun rayon ne parvient à illuminer les lieux, qui s’assombrissent dans une certaine indifférence. Non sans une forme d’esthétique, l’astre disparaît derrière le Grand Mont d’Arêches, pour laisser place à la nuit.

Nuit sous la Voie lactée et aube voilée

Le quartier de Lune apporte une légère lueur, mais peu après minuit le satellite se couche, plongeant le décor dans une obscurité presque parfaite, ce qui me permet d’immortaliser la Voie lactée. Celle-ci se dresse au sud, un peu ternie par la pollution lumineuse de Moûtiers et plusieurs villages d’altitude. Si le vent a disparu, les températures chutent, avoisinant les deux degrés ; la fraîcheur est palpable.

À 5 heures, les premières lueurs de l’aube me sortent de mon sommeil superficiel. Comme la veille, les voiles obstruent l’horizon. J’ai beau patienter, les chaudes couleurs n’arrivent pas, ou alors se font timidement ressentir. Je compense avec les silhouettes alpines et des plans serrés, sans conviction. Une heure plus tard, le Soleil émerge. Certes il brille, mais il n’apporte aucune incandescence sur les cimes. Il faut attendre de longues minutes pour que la lumière inonde les versants, donnant quelques rais vaporeux dans le lointain. Un bien maigre butin néanmoins.

Après un frugal petit déjeuner, je m’allonge sur mon matelas à moitié dans la pente. La fatigue, conjuguée à la douceur des rayons solaires, a raison de moi et me plonge dans la léthargie. J’émerge deux heures plus tard, surpris par cette sieste imprévue mais particulièrement bienvenue.

Vers 11h30, la voiture est regagnée. Le bilan se révèle plutôt mitigé, en raison de mauvaises conditions de lumière, ternissant les paysages, mais avec un souvenir marqué de ce bivouac d’équilibriste, spartiate et aérien !

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Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
13 juillet 2026 In Aravis No Comment

Bivouac à Croisse Baulet (2236 m), dans le massif des Aravis, les 12 et 13 juillet 2026.

Le choix de la sortie

Décidément, une canicule en chasse une autre en cette année 2026. À peine nous nous sommes remis de la précédente, qu’en débarque une nouvelle. En cette mi-juillet, la troisième s’installe en France. Après les orages bienvenus la veille, un temps plus stable est prévu pour le pont du 14 juillet, un prétexte pour aller chercher des températures plus vivables sur les sommets. Un endroit en particulier est sur ma liste depuis quelque temps, suite à un renoncement deux ans plus tôt, faute d’une sortie trop tôt dans la saison et de la présence de neige : Croisse Baulet (2236 m). Il constitue un belvédère de premier choix sur le massif du Mont Blanc, par sa position aux avant-postes des Aravis, dominant la vallée de l’Arve.

Montée à Croisse Baulet

Plusieurs accès sont possibles pour l’atteindre, je choisis le plus direct, moyennant tout de même un tarif de 900 mètres de dénivelé environ. Direction les hauteurs du village de Cordon. Après avoir desservi les derniers hameaux, la route s’enfonce dans la montagne pour se transformer en piste, jusqu’à atteindre le parking des Plaines (1360 m). Le site accueille une petite aire de pique-nique pour les familles. Quant à moi, pas question de traîner ici. Le sac à dos sur les épaules, je m’enfonce sur le chemin forestier, il est 15h15. L’ombrage du sous-bois se révèle opportun pour cette mise en jambes.

Mais une fois parvenu à l’alpage de l’Avenaz, c’est sous un soleil de plomb que se poursuit l’ascension. Le paysage qui se dévoile agit néanmoins comme un stimulant, tandis que l’objectif se dresse au-dessus de ma tête, telle une forteresse imprenable. Peu avant 17 heures, me voilà au col de l’Avenaz (1929 m). À gauche le Petit Croisse Baulet (2009 m), et à droite le Grand, surplombant la raide prairie. En dépit de l’altitude, la chaleur est intense, amplifiée par l’effort. Une demi-heure plus tard, le sommet est atteint. Le lieu se compose d’une longue crête effilée, plongeant au sud-ouest vers la Giettaz puis, au nord, domine abruptement la cabane du Petit Pâtre, où j’ai fait étape deux ans auparavant.

La chute

Alors que je me rends vers le cairn, mon téléphone m’échappe des mains, tombe sur la tranche, prend de la vitesse et effectue un magistral saut de l’ange dans le précipice. Impuissant, je ne peux que constater sa chute, puis le voir se fracasser dans le thalweg rocailleux, une centaine de mètres en contrebas. Dépité par ce geste malheureux, je commence à descendre pour le récupérer mais abandonne, cela attendra demain, vu l’état désespéré dans lequel il doit être.

La fin de journée se voit quelque peu ternie par cet incident, alors j’en profite pour bouquiner pendant que le jour décline, installant au passage mon bivouac sommaire sur un replat herbeux. Comme les deux dernières fois, ce sera une nuit à la belle étoile. Sans surprise, le coucher de soleil livre une lumière terne et sans relief, avec une atmosphère manquant de limpidité. Je m’allonge en attendant que la nuit soit totale pour lancer les timelapses sur les étoiles. À l’opposé, en bas, les villes scintillent de leurs lumières urbaines.

Animations nocturnes

Vers minuit, un bruit délicat me sort de mon sommeil léger. J’ouvre les yeux. À 50 centimètres de ma tête, se détache du bleu nuit de l’atmosphère une silhouette animale : un renard curieux vient me renifler, troublé par ma présence ici. « Que vient faire ce clochard sur mon territoire ? », semble-t-il penser. Il reviendra d’ailleurs quelques minutes plus tard, particulièrement intrigué. « Va-t’en », lui dis-je, « je ne suis pas comestible ! ».

Les heures de la nuit défilent. En face, une myriade de points lumineux ponctue le Mont Blanc ; dans une grande procession, les alpinistes partent à la conquête du toit de l’Europe, dans ces conditions probablement parfaites. Difficile de dormir de mon côté. À 4h30, les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est, dans lesquelles se fond la lune, franchissant les crêtes du Chablais. Ornée d’un fin croissant, elle apporte une dimension mystique au moment, tel l’œil de Sauron, version céleste.

Brasier matinal

J’observe le jour prendre forme progressivement. Les cirrus se parent de douces teintes rouges, tandis que les vallées sont encore plongées dans l’obscurité, il n’est que 5 heures. Contre toute attente, alors que l’horizon reste voilé, une improbable luminosité s’installe. Elle transforme le ciel en un vaste brasier aux nuances orange, se diffusant dans l’ensemble du paysage, un régal pour les yeux et l’appareil photo. Les cimes environnantes s’allument peu à peu, dans des tons surprenants, durant une poignée de minutes. Hypnotique.

Cerise sur le gâteau, à la faveur d’une obstruction par les nuages, le soleil diffuse des rayons aux allures divines, traversant la vallée de l’Arve, mêlant douceur et poésie. Une scène envoûtante avant que les voiles élevés, épais et généralisés, ne viennent mettre un terme au spectacle. Le temps pour moi de ranger les affaires, la quête du jour se profile : retrouver le kamikaze dans l’abîme. Je me dirige alors sur le flanc oriental de Croisse Baulet, constitué d’un dédale de rocailles, difficilement accessibles. Une fois retrouvé le point de repère identifié la veille– un gros bloc solitaire – je pars à la recherche de l’objet. Une demi-heure plus tard, alors que le doute commençait à s’installer, le voici enfin ! À ma grande surprise, point d’écran cassé ni de lentille détériorée. Mieux : il fonctionne, incroyable ! La robustesse de la firme coréenne et sûrement beaucoup de chance…

Sur cet heureux dénouement, je finis la longue descente, pour retrouver la voiture sur les coups de 9h30, épilogue d’une sortie riche en rebondissements et en ambiance. Autre motif de satisfaction : mon genou souffreteux depuis plusieurs semaines, n’a montré aucun signe de faiblesse sur ce terrain exigeant, de bon augure pour la suite.

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Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
4 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Pointe de la Grande Journée (2460 m), les 3 et 4 juillet 2026, dans le massif du Beaufortain.

Le choix de la destination

En juin, la France a suffoqué comme jamais, en témoignent les records de chaleur pulvérisés de partout. Inquiétantes prémices des étés d’un futur proche, qui deviendront la norme. Les températures accablantes de ces dernières semaines m’ont découragé à l’idée d’aller en altitude, le corps et l’esprit lessivés par les conditions difficiles à vivre au quotidien. Tout le paradoxe de s’enfermer chez soi, dans l’obscurité afin de conserver une once de fraîcheur, alors que le soleil radieux, mais brûlant, domine à l’extérieur.

Une brève accalmie se présente ce début juillet, avant une nouvelle vague caniculaire déjà annoncée, la troisième de l’année. Après trois semaines à l’écart des sentiers, l’appel des hauteurs se fait sentir, un besoin vital de s’offrir une parenthèse loin de la routine assassine. Pas question d’attendre le samedi, dès le vendredi, une fois acquitté de mes obligations professionnelles, cap sur des aventures bien plus palpitantes. Toujours dans l’optique d’écumer toutes les cimes environnantes, je jette mon dévolu sur celle que je vois chaque jour depuis ma cuisine, arrière-plan majestueux dominant le nord de la Combe de Savoie : la Pointe de la Grande Journée (2460 m). On peut dire que son nom est de saison, une dizaine de jours succédant au solstice, aux longues périodes diurnes.

Cap vers la Pointe de la Grande Journée

Pour atteindre le point de départ, il faut remonter la longue route sinueuse dominant Albertville jusqu’au col des cyclotouristes, en passant par le Fort du Mont. De là, une piste se poursuit longuement dans la forêt, où les quatre roues motrices se révèlent précieuses. J’avais pu effectuer un repérage l’été dernier, pour m’assurer de sa praticabilité et de sa légalité d’accès : seuls les quads et les motos sont interdits par arrêté municipal. Cette section permet de gagner une altitude de 1840 mètres où se trouve un petit parking sous la Roche Pourrie. Le reste de la piste est réservé aux ayants droit.

L’objectif du jour se dresse déjà en ligne de mire, si proche et loin à la fois. Il est 17h15. Sous un ciel ensoleillé, ponctué de quelques nuages apportant une ombre bienvenue, le parcours commence, traversant d’abord les alpages et les chalets de l’Aulp de Tours jusqu’à rejoindre le long sentier aboutissant au col des lacs. Il contourne cette vaste combe en pente douce, ménageant les efforts. À 19 heures, le col en question est atteint. Outre les panneaux jaunes, il est matérialisé par un gros cairn, surmonté d’une petite croix de fortune, faite de deux morceaux de bois rafistolés.

Panorama sur la crête sommitale

Le regard se tourne ensuite en direction du nord-est. L’inclinaison de la pente augmente drastiquement, s’agissant de la dernière ligne droite vers le sommet. Ayant toujours des incertitudes sur l’état réel de mon genou, je monte tranquillement le sentier, offrant par moments de belles sections aériennes, sans danger. À 19h45, l’objectif est rempli. Le panorama se dévoile à 360 degrés, même si côté Mont Blanc, d’épais nuages accrochent le massif. À peine ai-je le temps de prendre possession des lieux que deux vautours fauves tournoient au-dessus de ma tête : « revenez plus tard, je ne suis pas encore mort ! », murmuré-je.

Le Soleil décline peu à peu vers l’horizon, apportant des teintes chaudes sur les paysages, pendant que je m’installe sur la crête sommitale : l’espace est exigu, laissant la place uniquement pour un tapis de sol sur le seul replat. Ce sera une nuit à la belle étoile, avec une vue n’ayant rien à envier aux hôtels de prestige. Dans ses dernières minutes de vie, l’astre incandescent embrase le lointain. Ces couleurs vives persistent en début de nuit, souffle résiduel de la journée qui vient de s’écouler, tandis qu’en fond de vallée, les villes et villages s’illuminent les uns après les autres.

Nuit humide sous la clarté lunaire

La pénombre, puis l’obscurité, vont être de courte durée. Vers minuit, la Lune pleine à 80% émerge, illuminant délicatement le paysage de sa lueur argentée. La sensibilité du capteur permet de produire des images surréalistes, comme si la nuit et le jour s’entrelaçaient. C’est d’ailleurs l’une des raisons m’ayant conduit ici, d’associer la clarté lunaire à celle de l’urbain.

Le sommeil ne dura guère, à 5 heures me voilà debout, à immortaliser les teintes de l’aube, se propageant un peu partout. L’atmosphère a été particulièrement humide, la condensation est omniprésente, de l’appareil photo au sursac de couchage, renforçant la sensation de fraîcheur. Progressivement les cimes se parent d’une lumière rouge pâle, puis le Soleil d’apparaître, entre le Mont Blanc et les Aiguilles de Tré la Tête, apportant ses rayons bienfaisants. Il est 6 heures. Je profite pendant un moment de cette ambiance matinale, avant de m’effondrer de fatigue sur ma couche de fortune, pour une sieste réparatrice. Je suis réveillé deux heures plus tard par deux jeunes trailers de passage, alors que la brume ondule au gré du vent. Le temps est venu de plier bagage et rentrer.

Aux alentours de 11 heures, la voiture est retrouvée, conclusion de cette belle virée en terres du Beaufortain.

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Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
14 juin 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à l’Aiguille Croche (2487 m) dans le massif du Beaufortain, les 13 et 14 juin 2026.

Le choix de la destination

La saison 2026 commence difficilement avec une blessure au genou (tendinite) qui mettra sans doute du temps à disparaître. Le repos forcé n’étant supportable qu’un temps, direction de nouveau les sommets, en choisissant néanmoins des itinéraires sans difficulté particulière, au dénivelé modéré, afin de prendre la température et tester l’état du matériel anatomique. C’est ainsi qu’en cette mi-juin, me voilà du côté du tout proche Beaufortain, aux confins de la vallée d’Hauteluce.

L’idée est de démarrer d’assez haut, au col du Joly (1989 m). L’arrivée à celui-ci fait toujours son effet, quand surgit au dernier moment l’imposant massif du Mont-Blanc, si près qu’on pourrait le toucher en tendant le bras. Sur la gauche, l’œil est également attiré par l’objectif du jour, surplombant les lieux d’environ 500 mètres : l’Aiguille Croche (2487 m).

L’ascension à l’Aiguille Croche

Le parcours pour y parvenir n’a rien de sauvage, dans la mesure où il serpente dans le domaine skiable des Contamines, jonché d’éléments artificiels, à l’esthétique plus que discutable : remontées mécaniques, pylônes, pistes d’exploitation, guérites et autres équipements paravalanche (billons de bois et gazex). Néanmoins, la photographie ne constitue pas le but final de ce week-end, mais un motif secondaire, derrière celui des sensations et le plaisir tout simplement d’être en extérieur ; d’autant plus que la météo anticyclonique favorise le développement des nuages en altitude et réduit les visibilités au loin.
L’ascension s’effectue tranquillement en remontant le chemin qui zigzague sur le versant oriental.

L’exposition défavorable aidant, une fois franchi le sommet du télésiège des Tierces (2254 m), les névés font leur apparition ponctuellement, agrémentant la marche de passages plus glissants. Après un peu plus d’1 h 30 de grimpette, l’Aiguille Croche est atteinte, matérialisée par une antenne dressée sur un support en béton. Une vision anthropique qui se déploie d’ailleurs bien au-delà, puisque de l’autre côté s’étend la petite station familiale de… Megève ! La cime offre un point de vue plongeant sur l’altiport, symbole à lui tout seul de la démesure de ce monde dans lequel je me sens si étranger. Heureusement, à l’opposé, le massif du Mont-Blanc propose un paysage bien plus apaisant, même si les glaciers préoccupent par leur recul constant, comme celui de Tré-la-Tête, juste en face.

Un panorama à 360 degrés

Outre les lieux évoqués précédemment, d’innombrables massifs se distinguent dans le paysage, de façon plus ou moins lointaine : les Aravis, le Chablais, l’intérieur du Beaufortain, les Bauges, la Chartreuse, la Vanoise, Belledonne et même les Écrins, identifiables par leur coiffe blanche. Un replat jouxtant l’antenne invite à planter la tente devant ce panorama à 360 degrés, tandis que le ciel se voile progressivement, faisant disparaître les ombres jusqu’au passage du Soleil derrière l’horizon.

Les rougeurs du ciel persistent cependant longtemps, avant que la nuit ne prenne le relais. La température clémente et le vent quasi inexistant rendent le moment agréable, avant de glisser dans un sommeil tout relatif : à minuit le réveil sonne. L’absence de lune permet de contempler la Voie lactée qui se dresse en arc de cercle au-dessus du Mont-Blanc, révélant malgré elle la pollution lumineuse des Alpes du Nord. Devant, de minuscules points lumineux mouchètent les glaciers : ce sont des alpinistes partant à la conquête du toit de l’Europe.

Les lumières de l’aube

Quelques heures plus tard, à peine le temps de s’assoupir, l’alarme retentit : « il est 5 heures », dit la voix antipathique. La lumière de l’aube fait son apparition, teintant d’un rouge délavé les nuages toujours aussi tenaces en altitude, n’éclairant le territoire que d’une manière fade. En contrebas, des chamois et leurs petits traversent le versant aux rochers chaotiques. Les pierres roulant sous leurs sabots trahissent leur présence.

Peu après 6 heures, le Soleil surgit derrière l’Aiguille Verte, dans un halo éblouissant, la lueur se diffusant à travers les voiles. Cependant, contre toute attente, des rais lumineux se forment en dessous, à la faveur d’un banc d’humidité stagnant vers 3 000 mètres d’altitude, apportant un côté mystique à ces montagnes majestueuses, le tout dans une ambiance dorée.

C’est sur ce petit cadeau du ciel que se termine la session. Une heure de descente plus tard, le parking est retrouvé, le genou signalant au passage qu’il faudra éviter les itinéraires relevés, sous peine de sanction…

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Pointe du Velan (1782 m) – Bauges
Pointe du Velan (1782 m) – Bauges
23 mai 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe du Velan (1782 m) dans le massif des Bauges, les 22 et 23 mai 2026.

Le choix de la destination

Dire que ce premier bivouac de l’année était attendu relève de l’euphémisme. Le début du mois de mai fut quelque peu chaotique : quand il ne pleuvait pas, c’était l’hiver qui venait jouer les prolongations, avec de la neige descendue jusqu’à 1000 mètres. Ce froid tardif conjugué à un bon enneigement hivernal limite alors les possibilités, les sommets étant encore pris dans un épais manteau blanc.

Pour autant, en ce week-end de la Pentecôte, les conditions météorologiques opèrent le grand écart : quelques jours après une vague de froid, c’est la chaleur qui s’installe sur l’Hexagone, grâce à un solide anticyclone et des flux de sud.

À peine la semaine de travail achevée, me voilà parti en vadrouille dans les toutes proches montagnes des Bauges, à la conquête d’un spot assez méconnu au nord-est du massif : la Pointe du Velan (1782 m). Sa faible altitude et son exposition garantissent l’absence de neige, tout en offrant de beaux panoramas, notamment sur le lac d’Annecy.

Montée à la Pointe du Velan

Ambitionnant d’atteindre le bout de la piste carrossable du vallon, je déchante lorsqu’une barrière empêche l’accès aux véhicules peu après le Pont de Saint-Ruth. Fâcheux imprévu, qui m’oblige à partir de plus bas, au niveau du point coté 870 mètres. C’est donc un dénivelé de 900 mètres qui s’annonce, peu en phase avec mon objectif de reprise en douceur des ascensions !… La voiture garée, j’entame alors la grimpette dans la forêt domaniale, faisant elle-même partie de la vaste RNCFS des Bauges (52 km²).

Le sentier ne laisse aucun droit à l’échauffement, serpentant directement dans l’abrupt versant. La mélodie bruyante du cours d’eau de Saint-Ruph, gonflé par les eaux de fonte, accompagne les premières foulées. Ce tumulte s’estompe progressivement au fur et à mesure que les courbes de niveau sont avalées, remplacé par le chant de quelques oiseaux peuplant les lieux. L’ombrage apporté par la canopée atténue la sensation de chaleur malgré une pente relativement forte, avant de déboucher dans l’alpage de la Servaz, au sortir de la forêt (1420 m). Un panneau au niveau de la barrière m’interpelle : il précise le caractère privé du site et que tout camping/bivouac y est interdit. L’épreuve du temps a estompé la carte délimitant l’emprise dudit alpage, laissant le doute s’installer pour la suite de l’escapade.

Non loin de là, au bout de la piste, se trouvent la ferme et le gîte de la Servaz, où je croise le couple de propriétaires. Renseignements pris, la Pointe du Velan se situe hors du domaine privé, il me sera donc possible d’y passer la nuit. L’arrivée des chèvres (et donc des patous) y est par ailleurs prévue ce week-end. D’ici peu, la tranquillité — sonore et d’esprit — sera plus compromise dans ce coin.

Depuis les bâtiments, il faut se tordre le cou pour visualiser l’objectif, matérialisé par une croix. L’ultime étape chemine dans cette prairie verdoyante mais ô combien pentue. Toutefois, le panorama qui se dévoile agit comme un puissant moteur, tant la beauté envahit le champ de vision : le lac d’Annecy, le massif de la Tournette et des Bornes, les Aravis, et bien sûr l’imperturbable Mont Blanc, enrobé de quelques nuages débonnaires.

La dernière ligne droite remonte la crête sommitale, bordée à droite par les résineux et à gauche par le raide alpage. Deux heures et quart après le départ, me voilà enfin tout en haut, tandis que mon genou montre d’inquiétants signes de faiblesse…

Une nuit au sommet

D’ici, le paysage récompense l’effort. Outre la partie Haute-Savoie déjà évoquée, se dévoile l’intérieur des Bauges — dominée par l’Arcalod — et au-delà, via les échancrures de relief : les Aiguilles d’Arves à travers le col d’Orgeval et le Mont Granier via celui de Chérel. Il règne ici une température agréable, sans vent, mais peu à peu, l’intensité lumineuse diminue, le Soleil passe derrière le rideau nuageux qui encombre l’horizon, affadissant l’ensemble des Alpes dans la pénombre. Tout semblait perdu quand soudain, tel le phare sur le rivage, le Mont Blanc s’embrase dans des tons allant du violet au rose, durant quelques minutes. Le second acte du festival vespéral commence au nord : c’est au tour des voiles élevés de se parer de teintes vermillon. Celles-ci viennent se conjuguer aux lumières urbaines à la faveur de la tombée de la nuit, offrant une scène aussi incroyable qu’esthétique.

Le spectacle achevé, je rejoins mon lieu de villégiature, sommaire : pas de tente, pour une nuit à la belle étoile. Minimaliste, mais avec le luxe du replat herbeux confortable. Le sommeil m’emporte rapidement, jusque vers 3 heures. Le quartier de Lune qui éclairait délicatement les lieux a depuis franchi l’horizon, dévoilant la Voie Lactée en arc de cercle, de la Tournette à l’Arcalod, que j’immortalise comme il se doit. À peine le temps de somnoler un moment, l’aube pointe le bout de son nez à l’est, avec ses premières lueurs. Le scénario de la veille se reproduit, à un degré moindre, avec l’entrée en phosphorescence des cieux, puis la propulsion du Soleil par-delà le massif des Aiguilles Rouges.

Les lumières de l’aube

En dépit des conditions anticycloniques réputées défavorables, c’est un doux récital qui se joue aux alentours du Mont Blanc. L’aspect vaporeux de l’atmosphère se marie avec les premiers rayons du jour, transformant cette partie des Alpes en un tableau où se découpe la silhouette des montagnes sous une lumière flavescente. Lointains détails que seul le téléobjectif permet de sublimer. Ce matin, l’aube m’a récité un poème aux rimes d’or…

Il est 8h30, notre étoile a séché les dernières gouttes de rosée de mon sursac. Une alouette voltige autour de moi, tandis que le coucou s’époumone à répéter son refrain bisyllabique. J’entame le chemin du retour, la douleur au genou toujours tenace. Tant bien que mal, en moins de deux heures la voiture est retrouvée, épilogue d’une belle sortie en terres baujues.

Bivouac à la pointe de velan dans les Bauges
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Albertville de nuit depuis Conflans : l’histoire derrière l’image
Albertville de nuit depuis Conflans : l’histoire derrière l’image
22 mars 2026 In Histoire derrière la photo No Comment

Albertville de nuit depuis Conflans

Albertville de nuit depuis Conflans : le récit derrière cette image

Voilà bientôt trois ans que je réside dans le secteur, sur un coteau à flanc de montagne dominant le bassin d’Albertville. Cité blottie entre les massifs des Bauges, de la Lauzière et du Beaufortain, à la confluence de l’Arly et de l’Isère, elle constitue un carrefour privilégié entre de nombreuses vallées alpines. C’est d’ailleurs ce qui m’a attiré ici : des opportunités d’aventures proches, en variant les terrains, à l’écart des grandes métropoles saturées que sont Grenoble et Annecy.

Albertville ne constitue cependant qu’une toile de fond de mon existence, une commodité. Le monde urbain et tout ce qu’il renferme ne m’ont jamais attiré, l’importance du béton et du bitume étant proportionnelle à mon besoin de tranquillité.

Néanmoins, dans mon approche photographique, les villes alpines n’ont cessé de me fasciner. Non pas en tant que telles, mais dans cette opposition à leur environnement immédiat. Une antithèse du réel où se juxtaposent l’artificiel et le naturel. L’urbanisation n’est qu’un point d’ancrage pour la composition et non une fin en soi, surtout lorsque les phénomènes climatiques s’emparent des paysages, faisant fi des considérations anthropocentriques. Un brouillard envahissant une vallée, engloutissant ruelles et quartiers, ne laissant parfois émerger que les immeubles les plus élevés ; parfois, la nébulosité recouvre tout. Seule la nuit, par l’éclairage urbain, révèle la vie grouillante où chacun s’affaire à mener son existence, ou sa survivance.

Conflans est un ancien bourg fortifié, pluriséculaire, perché sur un promontoire rocheux au-dessus d’Albertville. Une parenthèse médiévale qui contemple, probablement avec mépris, le monde contemporain. M’y étant rendu moult fois, au cours d’errances dominicales, j’avais repéré son potentiel photographique, depuis le rempart méridional. Une vue certes à l’écart du centre historique, un peu écrasée, sur une partie esthétiquement quelconque riveraine de l’Arly, mais avec un arrière-plan d’intérêt. Encore faut-il réunir les conditions afin de mettre en valeur et en équilibre toute cette scène.

En cette mi-mars, les éléments semblent enfin converger : un plafond nuageux relativement bas a investi le cœur des Alpes, mais pas la partie occidentale de Rhône-Alpes, et c’est là le point déterminant qui me convainc de descendre de mon village perché. En fin de journée, je suis sur place. Les ruelles sont quasi désertes. Seul le brouhaha incessant en contrebas me rappelle à quel point l’humain peut être bruyant : motos, trains, autoroute et autres voitures aux pots modifiés dont les conducteurs expriment cet incessant besoin de se faire remarquer partout où ils passent. Je fais abstraction de ces nuisances urbaines pour me concentrer sur le décor qui se dresse devant moi : les nuages se sont stationnés vers 2000 mètres d’altitude, noyant les plus hauts sommets des Bauges dans la nébulosité. Plus captivant encore, une luminosité résiduelle persiste à l’horizon, éclairant d’une douce teinte le lointain massif de la Chartreuse, à l’exact opposé de la Combe de Savoie.

Cet arrière-fond a un irrésistible pouvoir magnétique sur l’œil, attiré par ce relief prophétique, sous une lumière quasi divine. Il me faut attendre l’arrivée de la nuit pour équilibrer cet ensemble, le temps que l’éclairage urbain fasse écho à celui des cieux. Cette opposition de l’artificiel et du naturel, comme exprimé plus haut.

Le Soleil a franchi l’horizon il y a presque une heure. La nuit est presque complète, l’agglomération s’est illuminée tandis qu’au loin subsiste cette pâle lueur due à l’absence de couverture nuageuse. L’appareil sur trépied, 50 mm fixé sur le boîtier, je déclenche pour une longue pose afin de capter la lumière nocturne. Après un peu plus de 2 minutes d’exposition, la scène est immortalisée sur le capteur, avec un rendu conforme aux attentes : un paysage urbain magmatique, dominé au loin par la toute-puissance alpine, au rayonnement surnaturel. C’est l’esprit satisfait que je quitte le théâtre des opérations. Veni vidi vici.

Exifs : D850 – 50 mm – 137 secondes – F/10 – ISO 30. 15 mars 2026.

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