Bivouac aux Grands Lacs (2508 m), dans le massif des Cerces, les 22 et 23 août 2026.
Le choix de la destination
Enfin ! Après des semaines de chaleurs qu’on peut raisonnablement qualifier d’excessives, les températures sont redevenues de saison. Jeudi et vendredi, un copieux arrosage (environ 40 mm relevés sur Albertville) a rafraîchi les Alpes.
Le week-end étant annoncé ensoleillé, c’est tout naturellement que je suis attiré par l’altitude. Afin de changer des massifs habituels, cap sur celui des Cerces, pour aller (re)visiter la vallée de la Neuvache, aux confins de la station de Valmeinier 1800. Une affluence imprévue parsème la piste menant au parking des Chenalettes, bondé pour l’occasion : il s’agit d’un des circuits du Trail Galibier Thabor, événement sportif du moment. Sous un grand ciel bleu, l’ascension commence à 14h45, pour près de 750 mètres de dénivelé.

L’ascension aux Grands Lacs
L’avantage de ce parcours réside dans sa pente relativement modérée. En contrepartie, il nécessite une longue marche de quelque 7 kilomètres. Je remonte paisiblement le sentier jusqu’au refuge de Terre Rouge, lieu d’étape GRP du Tour du Mont Thabor. La bâtisse, composée des mêmes schistes que les murailles alentour, se fond parfaitement dans son environnement, imitant les anciennes bergeries et chalets d’alpage traditionnels de la région.
La dernière étape est en vue et à ce stade, de moins en moins de randonneurs sillonnent les sentiers, alors que la température est idéale, loin de la transpiration goutte à goutte des précédentes semaines. Au détour d’un virage, se dévoile le lac Caspi (2442 m), minuscule plan d’eau blotti au pied d’un léger relief. Au terme de trois heures de marche, j’atteins les Grands Lacs. Le premier, le plus petit, est envahi par des plantes aquatiques. Le second, de loin le plus vaste, s’étend sur une longueur de 100 mètres.
Un décor sauvage entoure le lieu : à l’est, se dresse le versant caillouteux sous la Pointe de Terre Rouge ; à l’ouest, se situe une proéminence rocheuse dominant le lac d’une vingtaine de mètres. D’ici, on aperçoit les Aiguilles d’Arves, par-delà les crêtes de la montagne d’en face. À quelques mètres du bord, un replat herbeux accueille la tente à l’écart des terrains humides ceinturant le lac. Contrairement aux bivouacs à la belle étoile des dernières sorties, au confort plus que discutable, aujourd’hui les conditions frisent un certain standing !


Des couleurs fades
Peu à peu le jour se meurt, livrant des rayons d’un jaune doré durant plusieurs minutes, avant que les ombres ne gagnent la partie. Un lointain spectacle se déroule ensuite, en direction du couchant, où les seuls nuages présents dans le ciel se transforment en lueurs magmatiques, cédant la place à la nuit. L’obscurité reste cependant partielle, la Lune aux trois quarts pleine diffuse une lumière argentée, dans ce temple envahi par le silence. Vers 2 heures du matin, alors que le thermomètre affiche 4°C, le satellite lumineux s’en est allé derrière l’horizon, laissant la place à la voûte céleste, limpide. La Voie lactée se reflète dans les eaux devenues calmes, maintenant que le vent est tombé.

6 heures. Le réveil sonne de nouveau, afin d’aller capter les teintes matinales. Le plafond uniformément clair me laisse dubitatif. Je grimpe sur le promontoire pour observer le panorama à l’ouest. Les Aiguilles d’Arves sont les premières à recueillir les rayons solaires, d’une triste fadeur. Quelques clichés immortalisent la scène par acquit de conscience, mais les jeux sont faits : il n’y aura ni éclat ni ambiance majestueuse. Un nouveau jour banal en terres montagnardes, sans frasque ni folie. Je retourne donc faire une longue sieste jusqu’à 9 heures, moment où le Soleil pointe enfin son nez, franchissant la haute crête orientale, tutoyant les 3000 mètres.
Quatre-vingt-dix minutes plus tard, une fois les affaires pliées, débute le chemin du retour. Au-dessus des Cerces règne le ciel d’un bleu méditerranéen, digne d’une carte postale. Après un salut révérencieux à la chapelle Notre-Dame des Neiges, veillant sur les pèlerins depuis plus de trois siècles, je regagne la voiture à midi trente. Épilogue d’une sortie dépaysante quoique pauvre sur le plan photographique.









