Récit personnel de l’éclipse solaire du 12 août 2026, au belvédère de l’Orionde (1522 m) dans le massif des Bauges, en Savoie (73).
Un événement à ne pas rater
S’il y a bien un événement cosmique à ne pas rater cet été, c’est bien l’éclipse solaire. Bien que la bande de totalité se situe essentiellement en Espagne, la France bénéficie d’une occultation dépassant les 90 %. Il faut remonter à août 1999, date de l’éclipse totale, pour retrouver pareil phénomène dans l’Hexagone. J’avais alors 13 ans, et me souviens de l’engouement autour de la rencontre du Soleil et de la Lune, équipé de mes petites lunettes distribuées par l’État.
Depuis, j’ai eu la chance de pouvoir contempler (et photographier) celle de 2017 aux États-Unis. Au cœur des immenses étendues de l’Idaho, le spectacle avait été total, sous un ciel parfaitement dégagé. Un ballet céleste aussi addictif que les aurores boréales : une fois qu’on y a goûté, on veut absolument le revivre.
Ce nectar atmosphérique est donc de retour ce 12 août 2026. Il présente la particularité de se dérouler tardivement en journée, entre 13° et 0° au-dessus de l’horizon. Dans nos contrées alpines, ce paramètre a pour conséquence d’exclure toutes les vallées et certains versants, masqués par le relief. Plusieurs possibilités s’offrent à moi : chercher un sommet au prix d’une randonnée ou se diriger vers les points de vue atteignables en voiture. La première est écartée, les contraintes professionnelles ne me le permettent pas ce mercredi. La seconde également, ces lieux seront pris d’assaut par les visiteurs.

Le choix du spot pour l’éclipse solaire du 12 août 2026
En tant que photographe, se pose surtout la question de l’environnement. Immortaliser l’éclipse isolée, en plan serré, n’apporte guère d’intérêt : un tel cadrage est reproductible partout et en tout temps. Dans le processus de préparation, je pars alors dans l’idée d’intégrer un sommet emblématique à la composition, mais lequel ? Plusieurs variables sont à prendre en compte : qu’il soit reconnaissable, qu’il offre un horizon suffisamment dégagé pour ne pas le voir disparaître trop tôt derrière un massif, et qu’il soit facilement accessible. J’exclus l’intérieur des Alpes : trop de risques de nuages avec les évolutions orageuses diurnes.
Un endroit s’impose comme une évidence : la crête occidentale des Bauges au-dessus d’Aix-les-Bains et Chambéry, afin d’intégrer la Dent du Chat et le lac du Bourget. Du Nivolet au Revard, celle-ci s’étend sur 8 km. Grâce à l’application web de Peakfinder, il est possible de simuler précisément la course du Soleil au lieu et à la date souhaités. Le choix se porte sur le belvédère de l’Orionde (1 522 m). Il évite de surcroît le Sire et le Revard, qui devraient connaître une fréquentation record du fait des routes qui les bordent. Pour ce point de vue, la marche d’approche demeure modeste avec ses deux kilomètres et ses cent cinquante mètres de dénivelé, mais devrait être suffisante pour décourager nombre d’observateurs lambda.

Rendez-vous au Belvédère de l’Orionde
Le jour fatidique est arrivé. Peu après 17 heures, me voici sur la route, entamant l’ascension des Bauges depuis Saint-Alban-Leysse. La petite départementale sinueuse voit les automobilistes pèleriner par wagons. Un bouchon se crée à cause d’un bus peu agile dans les virages. La pression monte !
À 17h45, je trouve facilement une place de parking le long de la RD913, dans la forêt à la sortie de la Féclaz, près d’un parc accrobranche. À grandes enjambées je sillonne les chemins et sentiers, empruntant sur la fin les pistes de ski, dénudées et sèches en ce mois d’août. Trois quarts d’heure plus tard, j’atteins le belvédère où siège déjà une vingtaine de personnes. Une petite plateforme en contrebas de la table d’orientation constitue un replat parfait, avec son panorama dégagé sur la vallée. Je partage l’emplacement avec un autre photographe.

L’éclipse solaire débute
En attendant la danse divine, l’astre incandescent inonde de sa lumière le promontoire qui, au fil des minutes, se remplit de spectateurs, plus ou moins discrets d’ailleurs. L’horloge indique 19h28, les festivités commencent. À travers les filtres, une échancrure en bas à droite du Soleil se crée, marquant le début de l’éclipse. Une véritable effervescence se manifeste dans l’assemblée.
J’observe l’étoile se faire grignoter peu à peu par le jeu de la perspective jusqu’à 20h20, maximum de l’éclipse avec un recouvrement de 94 %, formant un croissant brillant concave. Une pénombre investit les paysages de la Savoie, la température diminue, l’exaltation est à son paroxysme. La lumière revient ensuite progressivement.


L’éclipse au soleil couchant
Cette seconde partie est celle que j’attendais. Plus bas sur l’horizon, le Soleil se pare de ses teintes rouges. Autour de moi, certaines personnes s’inquiètent du voile brumeux au loin. Au contraire, leur réponds-je, les conditions sont idéales pour un final d’anthologie. En effet, les rayons, fortement filtrés par l’atmosphère, permettent d’équilibrer l’exposition, d’atténuer les contrastes.
C’est précisément ce dernier quart d’heure que je suis venu chercher ici, où la Dent du Chat entame un dialogue avec le Soleil, quasiment d’égal à égal au niveau de l’angle d’élévation. Dans une obscurité grandissante, le géant de feu, amputé sur son flanc gauche, donne une dimension mystique à la scène, presque terrifiante, tel l’œil de Sauron portant son regard maléfique sur la Terre du Milieu. Vers 20h50, le croissant, ressemblant à une corne de diable, disparaît par-delà les monts du Lyonnais, emportant avec lui ses mystères. Le public applaudit la mort du Soleil, tombé dans l’obscurité, au terme d’une représentation de haut vol.
La nuit prend le relais, je rebrousse chemin, les émotions plein la tête, la carte mémoire remplie de souvenirs, avec la conviction d’avoir vécu quelque chose de fort et ce, malgré l’absence de totalité du phénomène. Merci le ciel et la météo pour ce show !









