Bivouac à la Tête de l’Aulp (2129 m), les 8 et 9 août 2026, dans le massif des Aravis.
Le choix de la sortie
Les vacances touchent à leur fin, mettant bientôt un terme à la vie réelle, avant de replonger dans le quotidien. Rien de tel qu’un baroud d’honneur que d’aller profiter de ces derniers moments de paix en altitude. L’occasion est double : une cinquième (!) vague de canicule débute ce week-end. À ce rythme, autant parler d’un été étouffant tant les intermèdes de fraicheur furent anecdotiques.
Les jambes encore lourdes de mon ascension de la Sambuy deux jours plus tôt, j’opte pour un parcours plus modeste, qui me conduit du côté des Aravis. L’objectif est un sommet sur le versant oriental du massif, n’ayant pas pu être atteint en mai 2025 pour cause de névés persistants : la Tête de l’Aulp (2129 m). Cette fois, aucun doute sur sa praticabilité.

Ascension de la Tête de l’Aulp
Le départ s’effectue depuis le parking de Merdassier du Milieu (1598 m), le long de la fameuse « route de la soif », magnifique piste d’altitude reliant le col de l’Arpettaz au sud et celui des Aravis au nord. Sous un soleil de plomb, j’attaque la montée au cœur de l’après-midi, à 14h45. Il suffit d’incliner la tête vers le haut, à s’en énuquer, pour voir la cime convoitée.
Les Aravis sont bien connus pour présenter des expositions prononcées ; cette virée ne déroge pas à la règle. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, un sentier sillonne cette muraille qui me fait face, ne disposant pas de la moindre once d’ombre pour soulager l’effort. Le seul avantage de ce raide chemin réside dans la rapidité avec laquelle le dénivelé est avalé, si bien qu’en une cinquantaine de minutes, me voilà au col (1982 m). À droite, la Mandallaz. À gauche, la Tête de l’Aulp avec, en arrière-plan, l’imposant Charvin, sentinelle sud du massif.
Le sentier s’engage sur la crête bordée d’une clôture, les moutons paissant à quelques centaines de mètres, dans l’alpage. Il contourne ensuite le sommet par le nord, via une sente assez aérienne. Les dernières dizaines de mètres se terminent dans la prairie pentue, aboutissant à la petite croix de fer sommitale. Il m’aura fallu seulement 1h20 pour en venir à bout. Le ciel bleu règne ici en maître ; seuls quelques cumulus débonnaires coiffent les Alpes internes. Cependant, à l’ouest semblent se développer des voiles denses et épais, n’augurant rien de bon pour les lumières vespérales.

Du couchant à la nuit
Pendant de nombreuses heures, je patiente en ce lieu, balayé par une légère brise estompant la sensation de chaleur, observant l’œuvre du temps et du travail sur les paysages : les ombres qui s’allongent au fur et à mesure que l’astre décline, les nuages qui se créent et disparaissent, et les moutons, éparpillés sur le versant d’en face, broutant paisiblement. Par la suite, le spectacle hypnotique commence. Aux cris du berger répond la valse des chiens, ballet parfaitement réglé visant à rassembler le troupeau et le conduire jusqu’à la zone de chôme, espace clôturé où les bêtes passeront la nuit.
Entretemps, le soleil s’est effacé derrière la nébulosité, le décor perdant en luminosité. Toutefois, à la faveur d’une petite ouverture de clarté, une brève lumière d’un rouge intense se déploie pendant quelques minutes, avant de s’estomper. À l’horizon, l’étoile entame sa révérence, derrière l’épais filtre nuageux, la transformant en boule orangée si tamisée qu’elle prend des allures cinématographiques. Un épilogue poétique qui se conclut par une incroyable incandescence du ciel après le coucher. L’azur devient un magma éphémère, à en avoir le souffle coupé. Progressivement, la féerie laisse place à la nuit, tandis que les villages alentours s’illuminent un à un. La Voie lactée se dessine au-dessus du Mont Charvin et, plus tard, le croissant de lune émerge, dans un climat relativement doux malgré l’altitude.


Réveil laiteux
Le réveil sonne à 6 heures. L’aube éclaire déjà la Haute-Savoie mais quelque chose semble avoir changé. L’atmosphère est devenue trouble et laiteuse, les traditionnelles rougeurs matinales absentes. Le paysage apparait tel ce linge passé maintes fois à la machine, ayant perdu tout son éclat tant les couleurs y sont délavées. En résulte un lever de soleil complètement fade, sans émotion, suivi d’une lumière blanche et terne. Je n’insiste pas et retourne faire une sieste une heure durant, caressé par un mélange de chaleur solaire et d’air frais de montagne.
À 9 heures, je quitte ce promontoire qui m’a servi de couchette. Trois quarts d’heure plus tard, sous des températures déjà indécentes, je regagne la voiture, concluant une sortie en demi-teinte, sinon décevante en termes photographiques. Que nous réservera encore le ciel ces prochaines semaines ?…









