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Sylvain Clapot - Photographe > Savoie

Savoie

Grand Galibier (3228 m) – Cerces
Grand Galibier (3228 m) – Cerces
30 août 2026 In Cerces No Comment

Bivouac au Grand Galibier (3228 m), massif des Cerces, les 29 et 30 août 2026.

Une sortie ambitieuse

Voilà quelques semaines qu’une idée m’obnubile : dormir à plus de 3000 mètres. En fin d’été, c’est chose aisée dans la mesure où les derniers névés ont disparu, surtout avec la succession des canicules ayant sévi sur l’Hexagone, Alpes comprises. Cependant, les sommets remplissant ces trois conditions ne sont pas légion : accès pédestre, autorisation administrative pour le bivouac et relative platitude sommitale. En plus de quinze ans, je n’ai pu en faire que quelques-uns : près du Col Sommeiller (3018 m), le Pic du Mas de la Grave (3020 m), le Gros Peyron (3046 m), le Mont Thabor (3179 m) et le Pain de Sucre (3208 m).

Ce week-end réunit tous les facteurs pour partir à la conquête d’un plus de 3000 : nuit de pleine lune, ciel lavé des sables du Sahara par les pluies du vendredi et beau temps annoncé. Le plus dur reste de trouver l’endroit : entre les interdictions des parcs, des réserves diverses et les arrêtés municipaux qui fleurissent désormais partout, il devient difficile dans nos régions de passer une nuit en altitude.

Après avoir parcouru la carte IGN pendant un moment, une destination apparaît comme une évidence : le Grand Galibier (3228 m). Un sacré morceau toutefois, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du point culminant du massif des Cerces, marquant la frontière entre la Savoie et les Hautes-Alpes. Bien déterminé à en découdre, direction la Maurienne pour me frotter à ce géant. Il faut croire que j’ai le don de choisir les week-ends d’événements locaux : la semaine dernière le trail Galibier-Thabor à Valmeinier, aujourd’hui le salon du tout-terrain à Valloire, village noir de monde pour l’occasion.

Une fois sorti de ce bourbier, sur la route du col à Plan Lachat, je m’engage sur la piste direction le lieudit des Mottets (2150 m). L’année précédente, j’avais pu constater qu’il était possible de se garer ici en toute légalité, évitant ainsi près de 2 kilomètres de marche sans intérêt. Vu l’épreuve qui m’attend, je ne boude pas cette économie.

Cap sur le Grand Galibier (3228 m)


Du parking, l’objectif me nargue et m’effraie. Il se profile tel un donjon imprenable, surplombant les lieux de 1100 mètres de dénivelé, avec ses murailles de calcaire dolomitique et ses dédales rocheux. Serais-je à la hauteur, lesté de mes 18 kg sur le dos ? La montre indique 13h45 quand j’entame l’ascension, sur ce sentier que je connais si bien, pour l’avoir emprunté à maintes reprises. Le site a gagné en fréquentation au fil du temps, tout le monde s’est mis en tête d’inscrire à son palmarès la Pointe des Cerces (3098 m), au-dessus du lac éponyme, nouveau lieu à la mode sur les réseaux sociaux. J’avance à bon rythme, en traversant un troupeau de moutons puis les vastes alpages sur le GR57, jusqu’à atteindre le Col de la Ponsonnière (2613 m) seulement quatre-vingt-dix minutes après mon départ.

Vers un monde minéral…

Pour garder la tête froide et le moral, je considère que tout ceci était une simple mise en jambe, un échauffement. Et pour cause, sur la droite se dessine la seconde partie, autrement plus ardue. L’objectif paraît toujours autant inaccessible, difficile de croire qu’un itinéraire y conduit. La crête de la Ponsonnière constitue un préambule, un trait d’union entre deux univers : le verdoyant cède graduellement la place au minéral. Le Lac Blanc, aux eaux vert-turquoise, se dévoile en contrebas du sentier et signale le réel début des hostilités. Dans les éboulis du Roc Termier se devine le raide parcours, aboutissant plus loin au col Termier (2898 m).

Au sein du creux rocailleux se niche un petit plan d’eau bien malingre, avec ses reflets d’un marron terreux. À gauche, une harde de bouquetins se promène dans le pierrier. Ici, c’est leur univers, me rappelant l’humilité qui doit me guider jusqu’à la cime. Face à moi s’élève l’ultime étape du trajet, de toute évidence la plus dure, à en juger par l’esthétique inhospitalière de cette face chaotique.

Un final rocailleux

Le tracé se perd peu à peu dans ce labyrinthe, nécessitant une vigilance de tous les instants pour ne pas s’égarer. Mon salut tient à ces modestes marques bleues, peintes à intervalles réguliers par quelque âme bienveillante des années plus tôt. L’usure du temps les a progressivement estompées, rendant ma progression parfois incertaine. Quelques passages sur la fin obligent à quelques manœuvres d’escalade facile, pour se hisser vers les derniers mètres. À 17h30, le Grand Galibier est enfin conquis, au terme de 3h45 d’une ascension physiquement exigeante, mais avec la fierté d’y être parvenu. Là-haut, le panorama offre une vue sur une pléthore de sommets emblématiques des Alpes, qu’ils soient lointains (Mont Blanc, Mont Viso, Pic de Rochebrune…) ou proches (Aiguilles d’Arves, Mont Thabor et surtout le massif des Écrins, avec la Meije et la Barre des Écrins à portée de main).

Le lieu présente deux éléments improbables : une petite antenne sur un bloc de béton avec un panneau solaire et un replat accueillant idéalement ma tente, pour un bivouac royal. Une petite croix métallique complète le tableau, veillant sur habitants et autres pèlerins de la vallée. Des vautours planent sans effort au-dessus de ma tête. Sans le moindre battement d’aile, ils virevoltent dans le ciel au gré des courants ascendants, laissant entendre le sifflement de l’air à travers leurs plumes.

Crépuscule incandescent et clarté lunaire

Le temps défile, les ombres s’étirent, annonçant l’heure du crépuscule. Franchissant les nuages qui l’éclipsaient jusqu’alors, le soleil livre, pour son dernier quart d’heure, un spectacle saisissant. Contrairement aux précédentes semaines où un voile à l’horizon estompait les ultimes rayons, aujourd’hui aucune nébulosité ne vient jouer les trouble-fête. Les plus hautes montagnes du secteur se transforment alors en une myriade de braises incandescentes, immortalisées avec soin. L’obscurité grandit, mais pour une courte durée. Une demi-heure plus tard, c’est au tour de la pleine lune de jaillir par-delà les crêtes, à l’est. Sa couleur d’un jaune vif rappelle la lumière d’un phare sur les côtes. Celle-ci inonde progressivement le paysage, qui se révèle en clair-obscur, en silhouettes.

Côté nord et ouest, défilent les voitures près des cols du Lautaret et du Galibier, ainsi qu’en direction de Valloire, formant de longues traînées lumineuses sur les photographies nocturnes. Ces dernières donnent l’impression d’avoir été prises en plein jour. Seuls les éclairages urbains et les discrètes étoiles dans le firmament en apportent la preuve contraire.

Sur mon promontoire règne une profonde quiétude, sans vent ou presque, où la température décline peu à peu, atteignant les 2°C au plus frais de la nuit. Glacial pour le commun des mortels, agréable pour moi, compte tenu de l’altitude et de la saison. La fatigue m’emporte péniblement vers minuit, pour quelques heures d’un sommeil haché.

Les lumières matinales

Le réveil sonne à 6h30. Les nuages parsemant jusqu’alors le ciel se sont totalement dissipés, laissant place à une atmosphère limpide. La ceinture de Vénus, bande bleutée de l’ombre de la Terre surmontée des teintes rosées, coiffe le massif des Écrins. Quelques minutes plus tard, s’illuminent les plus hautes cimes d’un rouge écarlate, de façon éphémère. Les Alpes découvrent un jour nouveau, les ombres remontent les versants, la vie s’anime. De mon côté, je fais l’impasse sur la traditionnelle sieste matinale, le chemin du retour s’annonçant long. Les affaires pliées, à 8h40, j’entame la descente. L’itinéraire est plus évident. Cette fois aucune divagation, j’atteins rapidement la crête de la Ponsonnière où trois bouquetins m’offrent une pause photographique bienvenue. Les individus se prélassent sur un gros bloc, favorisant quelques cadrages intéressants avec en arrière-plan la Pointe des Cerces.

La dernière étape m’amène à prendre un chemin alternatif, longeant le ruisseau de la Ponsonnière, plus secret et moins fréquenté. Ma réserve d’eau s’amenuise ; il est temps d’en finir. Si cet itinéraire bis présente un kilométrage plus faible que l’officiel, son caractère accidenté finit de m’achever. À 11h30, la voiture est enfin regagnée, concluant un périple éprouvant, mais avec le bonheur d’avoir réussi le pari, et à la clé, des images et souvenirs inoubliables. Le Grand Galibier devient aujourd’hui mon plus haut lieu de bivouac, lequel le détrônera ?

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Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
28 juillet 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Dent d’Arclusaz (2041 m), dans le massif des Bauges, les 27 et 28 juillet 2026.

Le choix de la sortie

L’été 2026 s’apparente à une histoire sans fin, rythmée par des canicules qui se succèdent, laissant à peine le temps aux organismes de souffler. La quatrième vague est annoncée pour cette fin juillet, accueillie avec un certain fatalisme, pendant que certaines forêts françaises brûlent, au sens littéral du terme. Conjugaison de la sécheresse et de la malveillance humaine, désolant.

Gravir les montagnes constitue un remède pour se détourner des mauvaises nouvelles, tout en allant chercher la fraîcheur là où elle se trouve. Un sommet local me nargue depuis longtemps, se dressant majestueusement au-dessus de la Combe de Savoie : la Dent d’Arclusaz (2041 m). Voilà exactement dix-huit ans que je n’y suis pas monté. En juillet 2008, le fringant étudiant inexpérimenté que j’étais découvrait la montagne et la photographie. Cette virée à la journée m’avait marqué par sa difficulté physique. Avec le poids du sac et de l’âge, j’ai constamment décliné toute nouvelle tentative, jusqu’à aujourd’hui. En effet, une large zone de l’est des Bauges m’est interdite, car le règlement de la RNCFS proscrit le bivouac. Bon nombre des « quatorze 2000 » du massif – secteurs les plus grandioses – y sont situés. L’Arclusaz fait partie de cette poignée où on peut encore passer librement la nuit.

Montée à la Dent d’Arclusaz

La voiture garée au col du Frêne (950 m), il est 14h30 quand les premières foulées marquent le début du périple. Sous un ciel parfaitement bleu, le soleil frappe comme une gifle, en dépit de l’altitude. Au bout de quelques centaines de mètres en sous-bois, la clairière de Pré Ballet dévoile l’objectif du jour. La muraille calcaire surmontée de sa croix sommitale apparait si loin et inaccessible qu’elle découragerait les moins téméraires. L’ombrage bienvenu de la première moitié du parcours n’empêche pas la sueur de perler à grosses gouttes sur mon visage. Jusqu’au col du Potat (1351 m), la piste ne présente guère d’intérêt et, pour rompre cette monotonie et tromper la solitude, j’accompagne mes enjambées du livre audio de L’Étranger, d’Albert Camus. La plume dépouillée de l’auteur se dilue dans le vent perçant la forêt baujue.

Le sentier serpente dans le versant occidental et s’échappe définitivement du boisement au niveau de Pierre Besse, entrant dans le domaine des alpages. Il faut se tordre le cou pour voir le sommet qui s’est nettement rapproché, mais donnant toujours cette sensation de forteresse imprenable. Pourtant l’itinéraire avale les courbes de niveau et, à la cote 1800 m, un panneau prévient de la dangerosité de la suite. Une faille dans ce rempart minéral, munie d’un cordage, permet d’accéder à la crête.

Un bivouac vertigineux

Deux cents mètres à peine me séparent encore de la croix. Chez les plus sujets au vertige, ce final ressemblerait à une épreuve, tant les câbles s’égrènent sur le calcaire pentu et le sol instable ; pour ma part c’est une conclusion ludique qui me conduit enfin à la cime tant convoitée, après 3h30 d’effort ! Le panorama rend justice à l’abnégation : le regard embrasse la quasi-totalité des Bauges ainsi que les massifs environnants (Chartreuse, Belledonne, Lauzière) et les silhouettes lointaines de la Vanoise, des Écrins, des Arves, etc. L’éternel Mont Blanc quant à lui se manifeste de façon plus discrète, entre le Mont d’Armenaz et la Pointe des Arces.
Malgré la pluie du week-end, l’atmosphère présente une faible visibilité, un fin voile envahit le paysage.

Je profite de la fin de journée pour rechercher un emplacement pour le bivouac, sachant pertinemment, suite à mes repérages, que la tâche serait compliquée. Comme une providence, quelques mètres sous la croix métallique, non loin des falaises vertigineuses, je tombe sur une sorte de marche d’escalier longue de deux mètres, pour une cinquantaine de centimètres de large. De l’inconfort en perspective certes, mais du replat, inespéré !

Le soleil décline, les ombres s’allongent. La nébulosité ambiante étouffe la rougeur espérée, au profit d’un jaune quelconque sur les versants, alors qu’à l’est surgit la pleine lune au-dessus des crêtes de la Lauzière. Celle-ci a guidé mon choix de sortie, afin de pouvoir immortaliser la Combe de Savoie sous la clarté lunaire. Dans ses dernières minutes, l’astre incandescent embrase l’horizon, seule consolation pour ce crépuscule aux teintes tristement blafardes, qui affadissent un décor dépourvu de contraste. J’attends patiemment que la pénombre s’installe pour de bon, afin de capter les paysages inondés de la lumière argentée, jusqu’à minuit.

Lever du jour à la Dent d’Arclusaz

Après quelques heures d’un sommeil léger, le réveil sonne, il est 5h30. Le ciel se montre toujours aussi uniforme, laiteux, insipide. Comme prévu, le soleil jaillit dans l’alignement exact du Mont Blanc. Dès lors, il apporte un peu de vie à la scène, notamment du côté du nord-est où la succession des montagnes, baignées dans la lumière dorée, crée d’esthétiques géométries fantomatiques, des sommets baujus aux lointaines Dents du Midi, en Suisse. Trois cents mètres au sud, quatre chamois débonnaires dialoguent avec le précipice, profitant eux aussi des rayons chaleureux.

Sur mon replat de fortune, j’entame une petite sieste où se mêlent la fraîcheur du vent et le soleil ardent, paroxysme de l’agréable, avant de tout plier. Au moment de quitter les lieux, je laisse un message sur le cahier calfeutré au pied de la croix, dans un tube PVC : il a été déposé par la famille d’une habitante de Saint-Pierre d’Albigny, décédée ici-même suite à une chute il y a près de vingt-cinq ans, afin d’entretenir sa mémoire. 2h15 plus tard, je regagne la voiture sur le parking, au terme d’une excursion physiquement engageante et d’un butin photographique en demi-teinte : juillet est rarement une période prolifique pour les plus belles ambiances.

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Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
23 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac au Crêt du Rey (2633 m) dans le massif du Beaufortain, les 22 et 23 juillet 2026.

Le choix de la destination

L’été semble enfin avoir repris un cours normal, avec des températures dites « de saison », à savoir chaudes mais pas trop, loin de ces atmosphères suffocantes qui se sont succédé depuis mai. Le contexte anticyclonique et stable du moment n’offre pas de conditions idéales pour ramener des images exceptionnelles en montagne. Qu’importe, le simple prétexte de se retrouver là-haut se suffit à lui-même.

Souhaitant initialement partir du côté du lac de Presset pour immortaliser la Voie lactée et le reflet de la Pierra Menta dans le plan d’eau, j’ai vite déchanté à la lecture de l’arrêté municipal prohibant le bivouac à cet endroit. Une interdiction de plus, comme il ne cesse d’en fleurir dans les Alpes année après année, réduisant toujours les possibilités pour ceux qui, comme moi, fuient les commodités et la foule en altitude. Vous voulez m’inciter à aller en refuge ? Très bien, je programme alors une sortie en forme de pied de nez au confort.

L’objectif du jour est ce sommet présent dans presque chacun des panoramas observés depuis le début de la saison, se hissant dans le top 20 des plus hauts points du massif du Beaufortain : le Crêt du Rey (2633 m). En fin de journée, cap vers le point de départ au-dessus du barrage de Saint-Guérin, au bout de la piste carrossable menant au Cormet d’Arêches (2109 m). La cime convoitée s’élève au sud du lieu, aux pentes rocailleuses et vertigineuses, semblant inaccessible.

Montée au Crêt du Rey

Il est un peu plus de 17h30 quand j’entame les premières foulées sur le chemin agricole surplombant les chalets du Cormet, au cœur des alpages verdoyants. Le début du parcours s’effectue sous un ciel parfaitement et uniformément bleu, rythmé par le tintement des cloches des vaches, avant de s’engager sur un sentier menant vers le col de Corne Noire. J’opte cependant pour un itinéraire alternatif, plus direct et escarpé, consistant à remonter l’arête nord-est du Crêt du Rey. La croix sommitale est ainsi rapidement atteinte, en à peine 1h20. Outre l’emblème sacré, m’accueillent un vent modéré et une étroite crête. Se pose alors d’emblée la question du lieu de bivouac. Malgré l’absence de tente, impossible de trouver un replat digne de ce nom. Ce sera donc sur le sentier, bénéficiant d’une luxueuse largeur d’environ 50 centimètres avant que le versant herbeux ne plonge dans l’abîme. Je mise tout sur ma nature peu remuante la nuit.

Le Soleil décline lentement vers l’horizon. La visibilité demeure relativement mauvaise : des filaments grisâtres coiffent le ciel, semblables à des fumées résiduelles, enrobant notamment le Mont Blanc, tandis qu’à l’ouest stationnent d’épais nuages élevés. Tous les éléments sont réunis pour assister à des lumières crépusculaires fades. Tamisée par la nébulosité, notre étoile se transforme, quelques minutes durant, en grande boule rouge. Plus aucun rayon ne parvient à illuminer les lieux, qui s’assombrissent dans une certaine indifférence. Non sans une forme d’esthétique, l’astre disparaît derrière le Grand Mont d’Arêches, pour laisser place à la nuit.

Nuit sous la Voie lactée et aube voilée

Le quartier de Lune apporte une légère lueur, mais peu après minuit le satellite se couche, plongeant le décor dans une obscurité presque parfaite, ce qui me permet d’immortaliser la Voie lactée. Celle-ci se dresse au sud, un peu ternie par la pollution lumineuse de Moûtiers et plusieurs villages d’altitude. Si le vent a disparu, les températures chutent, avoisinant les deux degrés ; la fraîcheur est palpable.

À 5 heures, les premières lueurs de l’aube me sortent de mon sommeil superficiel. Comme la veille, les voiles obstruent l’horizon. J’ai beau patienter, les chaudes couleurs n’arrivent pas, ou alors se font timidement ressentir. Je compense avec les silhouettes alpines et des plans serrés, sans conviction. Une heure plus tard, le Soleil émerge. Certes il brille, mais il n’apporte aucune incandescence sur les cimes. Il faut attendre de longues minutes pour que la lumière inonde les versants, donnant quelques rais vaporeux dans le lointain. Un bien maigre butin néanmoins.

Après un frugal petit déjeuner, je m’allonge sur mon matelas à moitié dans la pente. La fatigue, conjuguée à la douceur des rayons solaires, a raison de moi et me plonge dans la léthargie. J’émerge deux heures plus tard, surpris par cette sieste imprévue mais particulièrement bienvenue.

Vers 11h30, la voiture est regagnée. Le bilan se révèle plutôt mitigé, en raison de mauvaises conditions de lumière, ternissant les paysages, mais avec un souvenir marqué de ce bivouac d’équilibriste, spartiate et aérien !

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Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
4 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Pointe de la Grande Journée (2460 m), les 3 et 4 juillet 2026, dans le massif du Beaufortain.

Le choix de la destination

En juin, la France a suffoqué comme jamais, en témoignent les records de chaleur pulvérisés de partout. Inquiétantes prémices des étés d’un futur proche, qui deviendront la norme. Les températures accablantes de ces dernières semaines m’ont découragé à l’idée d’aller en altitude, le corps et l’esprit lessivés par les conditions difficiles à vivre au quotidien. Tout le paradoxe de s’enfermer chez soi, dans l’obscurité afin de conserver une once de fraîcheur, alors que le soleil radieux, mais brûlant, domine à l’extérieur.

Une brève accalmie se présente ce début juillet, avant une nouvelle vague caniculaire déjà annoncée, la troisième de l’année. Après trois semaines à l’écart des sentiers, l’appel des hauteurs se fait sentir, un besoin vital de s’offrir une parenthèse loin de la routine assassine. Pas question d’attendre le samedi, dès le vendredi, une fois acquitté de mes obligations professionnelles, cap sur des aventures bien plus palpitantes. Toujours dans l’optique d’écumer toutes les cimes environnantes, je jette mon dévolu sur celle que je vois chaque jour depuis ma cuisine, arrière-plan majestueux dominant le nord de la Combe de Savoie : la Pointe de la Grande Journée (2460 m). On peut dire que son nom est de saison, une dizaine de jours succédant au solstice, aux longues périodes diurnes.

Cap vers la Pointe de la Grande Journée

Pour atteindre le point de départ, il faut remonter la longue route sinueuse dominant Albertville jusqu’au col des cyclotouristes, en passant par le Fort du Mont. De là, une piste se poursuit longuement dans la forêt, où les quatre roues motrices se révèlent précieuses. J’avais pu effectuer un repérage l’été dernier, pour m’assurer de sa praticabilité et de sa légalité d’accès : seuls les quads et les motos sont interdits par arrêté municipal. Cette section permet de gagner une altitude de 1840 mètres où se trouve un petit parking sous la Roche Pourrie. Le reste de la piste est réservé aux ayants droit.

L’objectif du jour se dresse déjà en ligne de mire, si proche et loin à la fois. Il est 17h15. Sous un ciel ensoleillé, ponctué de quelques nuages apportant une ombre bienvenue, le parcours commence, traversant d’abord les alpages et les chalets de l’Aulp de Tours jusqu’à rejoindre le long sentier aboutissant au col des lacs. Il contourne cette vaste combe en pente douce, ménageant les efforts. À 19 heures, le col en question est atteint. Outre les panneaux jaunes, il est matérialisé par un gros cairn, surmonté d’une petite croix de fortune, faite de deux morceaux de bois rafistolés.

Panorama sur la crête sommitale

Le regard se tourne ensuite en direction du nord-est. L’inclinaison de la pente augmente drastiquement, s’agissant de la dernière ligne droite vers le sommet. Ayant toujours des incertitudes sur l’état réel de mon genou, je monte tranquillement le sentier, offrant par moments de belles sections aériennes, sans danger. À 19h45, l’objectif est rempli. Le panorama se dévoile à 360 degrés, même si côté Mont Blanc, d’épais nuages accrochent le massif. À peine ai-je le temps de prendre possession des lieux que deux vautours fauves tournoient au-dessus de ma tête : « revenez plus tard, je ne suis pas encore mort ! », murmuré-je.

Le Soleil décline peu à peu vers l’horizon, apportant des teintes chaudes sur les paysages, pendant que je m’installe sur la crête sommitale : l’espace est exigu, laissant la place uniquement pour un tapis de sol sur le seul replat. Ce sera une nuit à la belle étoile, avec une vue n’ayant rien à envier aux hôtels de prestige. Dans ses dernières minutes de vie, l’astre incandescent embrase le lointain. Ces couleurs vives persistent en début de nuit, souffle résiduel de la journée qui vient de s’écouler, tandis qu’en fond de vallée, les villes et villages s’illuminent les uns après les autres.

Nuit humide sous la clarté lunaire

La pénombre, puis l’obscurité, vont être de courte durée. Vers minuit, la Lune pleine à 80% émerge, illuminant délicatement le paysage de sa lueur argentée. La sensibilité du capteur permet de produire des images surréalistes, comme si la nuit et le jour s’entrelaçaient. C’est d’ailleurs l’une des raisons m’ayant conduit ici, d’associer la clarté lunaire à celle de l’urbain.

Le sommeil ne dura guère, à 5 heures me voilà debout, à immortaliser les teintes de l’aube, se propageant un peu partout. L’atmosphère a été particulièrement humide, la condensation est omniprésente, de l’appareil photo au sursac de couchage, renforçant la sensation de fraîcheur. Progressivement les cimes se parent d’une lumière rouge pâle, puis le Soleil d’apparaître, entre le Mont Blanc et les Aiguilles de Tré la Tête, apportant ses rayons bienfaisants. Il est 6 heures. Je profite pendant un moment de cette ambiance matinale, avant de m’effondrer de fatigue sur ma couche de fortune, pour une sieste réparatrice. Je suis réveillé deux heures plus tard par deux jeunes trailers de passage, alors que la brume ondule au gré du vent. Le temps est venu de plier bagage et rentrer.

Aux alentours de 11 heures, la voiture est retrouvée, conclusion de cette belle virée en terres du Beaufortain.

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Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
14 juin 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à l’Aiguille Croche (2487 m) dans le massif du Beaufortain, les 13 et 14 juin 2026.

Le choix de la destination

La saison 2026 commence difficilement avec une blessure au genou (tendinite) qui mettra sans doute du temps à disparaître. Le repos forcé n’étant supportable qu’un temps, direction de nouveau les sommets, en choisissant néanmoins des itinéraires sans difficulté particulière, au dénivelé modéré, afin de prendre la température et tester l’état du matériel anatomique. C’est ainsi qu’en cette mi-juin, me voilà du côté du tout proche Beaufortain, aux confins de la vallée d’Hauteluce.

L’idée est de démarrer d’assez haut, au col du Joly (1989 m). L’arrivée à celui-ci fait toujours son effet, quand surgit au dernier moment l’imposant massif du Mont-Blanc, si près qu’on pourrait le toucher en tendant le bras. Sur la gauche, l’œil est également attiré par l’objectif du jour, surplombant les lieux d’environ 500 mètres : l’Aiguille Croche (2487 m).

L’ascension à l’Aiguille Croche

Le parcours pour y parvenir n’a rien de sauvage, dans la mesure où il serpente dans le domaine skiable des Contamines, jonché d’éléments artificiels, à l’esthétique plus que discutable : remontées mécaniques, pylônes, pistes d’exploitation, guérites et autres équipements paravalanche (billons de bois et gazex). Néanmoins, la photographie ne constitue pas le but final de ce week-end, mais un motif secondaire, derrière celui des sensations et le plaisir tout simplement d’être en extérieur ; d’autant plus que la météo anticyclonique favorise le développement des nuages en altitude et réduit les visibilités au loin.
L’ascension s’effectue tranquillement en remontant le chemin qui zigzague sur le versant oriental.

L’exposition défavorable aidant, une fois franchi le sommet du télésiège des Tierces (2254 m), les névés font leur apparition ponctuellement, agrémentant la marche de passages plus glissants. Après un peu plus d’1 h 30 de grimpette, l’Aiguille Croche est atteinte, matérialisée par une antenne dressée sur un support en béton. Une vision anthropique qui se déploie d’ailleurs bien au-delà, puisque de l’autre côté s’étend la petite station familiale de… Megève ! La cime offre un point de vue plongeant sur l’altiport, symbole à lui tout seul de la démesure de ce monde dans lequel je me sens si étranger. Heureusement, à l’opposé, le massif du Mont-Blanc propose un paysage bien plus apaisant, même si les glaciers préoccupent par leur recul constant, comme celui de Tré-la-Tête, juste en face.

Un panorama à 360 degrés

Outre les lieux évoqués précédemment, d’innombrables massifs se distinguent dans le paysage, de façon plus ou moins lointaine : les Aravis, le Chablais, l’intérieur du Beaufortain, les Bauges, la Chartreuse, la Vanoise, Belledonne et même les Écrins, identifiables par leur coiffe blanche. Un replat jouxtant l’antenne invite à planter la tente devant ce panorama à 360 degrés, tandis que le ciel se voile progressivement, faisant disparaître les ombres jusqu’au passage du Soleil derrière l’horizon.

Les rougeurs du ciel persistent cependant longtemps, avant que la nuit ne prenne le relais. La température clémente et le vent quasi inexistant rendent le moment agréable, avant de glisser dans un sommeil tout relatif : à minuit le réveil sonne. L’absence de lune permet de contempler la Voie lactée qui se dresse en arc de cercle au-dessus du Mont-Blanc, révélant malgré elle la pollution lumineuse des Alpes du Nord. Devant, de minuscules points lumineux mouchètent les glaciers : ce sont des alpinistes partant à la conquête du toit de l’Europe.

Les lumières de l’aube

Quelques heures plus tard, à peine le temps de s’assoupir, l’alarme retentit : « il est 5 heures », dit la voix antipathique. La lumière de l’aube fait son apparition, teintant d’un rouge délavé les nuages toujours aussi tenaces en altitude, n’éclairant le territoire que d’une manière fade. En contrebas, des chamois et leurs petits traversent le versant aux rochers chaotiques. Les pierres roulant sous leurs sabots trahissent leur présence.

Peu après 6 heures, le Soleil surgit derrière l’Aiguille Verte, dans un halo éblouissant, la lueur se diffusant à travers les voiles. Cependant, contre toute attente, des rais lumineux se forment en dessous, à la faveur d’un banc d’humidité stagnant vers 3 000 mètres d’altitude, apportant un côté mystique à ces montagnes majestueuses, le tout dans une ambiance dorée.

C’est sur ce petit cadeau du ciel que se termine la session. Une heure de descente plus tard, le parking est retrouvé, le genou signalant au passage qu’il faudra éviter les itinéraires relevés, sous peine de sanction…

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Rochers des Enclaves (2467 m) – Beaufortain
Rochers des Enclaves (2467 m) – Beaufortain
17 août 2025 In Beaufortain No Comment

Bivouac aux rochers des Enclaves dans le massif du Beaufortain, les 16 et 17 août 2025.

Le choix de la sortie

Une fois de plus, l’Hexagone suffoque sous une nouvelle vague de canicule, particulièrement longue et éprouvante pour les organismes. Les conditions anticycloniques ne favorisent pas les belles images, la faute à des lumières ternies par les voiles qui stagnent dans les basses couches. Les quelques orages vespéraux, pourtant bienvenus, n’améliorent en rien les conditions. C’est avec une certaine perplexité que je me décide à tutoyer les cimes, bien conscient des faibles potentialités qui s’offriront à moi. Quand l’hésitation s’impose, le tout proche Beaufortain constitue toujours une valeur sûre. Pour autant, afin de s’assurer un minimum de tranquillité, mieux vaut s’éloigner des spots à la mode, sous peine de finir en camping d’altitude. L’été bat encore son plein, certaines zones sont à éviter.

Au printemps dernier, lors d’un bivouac sous la montagne d’Outray, j’avais repéré à l’est un petit chainon sauvage, dans un des rares secteurs inconnus du massif pour moi : les rochers des Enclaves. Voilà enfin l’opportunité de partir à la découverte de cet endroit. Le départ s’effectue depuis la dernière épingle de la route sous le col du Joly, à la cote 1860 mètres. Au sud, l’objectif se distingue, il parait si lointain. Il se paie au prix de 7 kilomètres de marche.

L’ascension des rochers des Enclaves

L’horloge indique 16 heures passées lorsque débute l’ascension. Le ciel s’est paré de cumulus qui n’ont rien de décoratifs. Le Mont Blanc arbore ses apparats d’un gris sombre, le masquant dans sa totalité. Cependant les prévisions s’accordent pour dire qu’aucun orage ne menace les terres savoyardes. La montée s’effectue tranquillement dans un vallon chahuté par moult effondrements, lui donnant un aspect chaotique. Celui-ci contraste avec les quelques alpages verdoyants où paissent de belles tarines, ponctués de gouilles dans lesquelles se reflète l’azur.

Le col de la Gittaz atteint, la dernière ligne droite s’amorce, pour arpenter les rochers des Enclaves. Contrairement aux sommets classiques, le site s’étend tout en longueur, obligeant à un choix sur le panorama : soit l’extrémité sud pour dominer le barrage de Roselend, soit la partie centrale pour surplomber le barrage de la Girotte. La seconde proposition est retenue, alors qu’il règne un vent soutenu sur le plateau sommital.

Coucher de soleil depuis le sommet

J’explore la zone méridionale, tandis que les rayons se diffusent à travers les nuages vers l’ouest. Par le jeu du hasard, se succèdent dans les plans deux visions de la foi : ancestrale avec la croix marquant la montagne d’Outray, moderne avec le sommet des remontées mécaniques du Mont Bisanne (domaine skiable des Saisies). L’astre incandescent glisse inexorablement vers l’horizon. Les micaschistes et gneiss sous la Tête de la Cicle se parent de teintes chaudes, amplifiées par la couleur naturellement rosée des roches. Phénomène de courte durée, le Soleil rencontre les voiles épais des basses couches, puis prend alors son aspect de boule rouge.

Il n’éclaire déjà plus rien, mais offre un magnifique spectacle dans ses dernières minutes de vie. Le petit point vermeil vient se loger près du fauteuil de la Tournette, ultime souffle du jour avant l’arrivée de la nuit. En contrebas, un cri m’interpelle : une immense harde de 20 à 30 bouquetins traverse le pierrier, tels des fugitifs échappant à je ne sais quelle menace.

Nuit humide à la belle étoile

Avant que l’obscurité ne soit complète, je trouve un replat abrité du vent pour y installer mon bivouac, se réduisant à un tapis de sol, le duvet entouré de son sursac protecteur. L’humidité se fait déjà ressentir à en juger la moiteur des vêtements. Je m’assoupis un moment avant de sortir peu avant minuit, pour quelques images de la voie Lactée. L’exercice est peu convaincant, l’atmosphère souffre d’un cruel manque de limpidité. En témoigne la buée qui se forme continuellement sur le matériel photographique. Au sud-est, d’incessants flashs trahissent la pénombre : un orage sévit sur le piémont italien. Quelques minutes plus tard, la Lune jaillit par-delà le Mont Blanc, distillant sa lumière argentée sur le paysage nocturne.

Douceur de l’aube aux Rochers des Enclaves

Après quelques heures d’un sommeil en pointillés, le réveil sonne vers 6 heures. Tout est trempé : sac, duvet, affaires. L’humidité s’est amplifiée. Elle se manifeste également dans le ciel, le Mont Blanc arbore de nouveau son écharpe de brume, débordement des masses d’air en provenance de Suisse et d’Italie. Le jour s’éveille dans des couleurs blafardes, affadies par l’hygrométrie élevée. Pour preuve, le tout proche massif des Aravis est à peine discernable. Lorsque le Soleil émerge à l’est, de beaux jeux de lumière s’invitent, tantôt diffusée par la brume, tantôt filtrée par les nuages, telles des percées divines.

A 9 heures, il est temps de quitter les lieux pour entamer le chemin du retour. Deux plus tard, la voiture est retrouvée, épilogue d’une sortie aux ambiances plus belles qu’imaginées, de quoi être satisfait.

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La Roche Pourrie (2037 m) – Beaufortain
La Roche Pourrie (2037 m) – Beaufortain
6 août 2025 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Roche Pourrie, 5 et 6 août 2025, massif du Beaufortain

Le choix de la sortie

Après un éprouvant trek de 90 km autour de la chaîne des Puys en Auvergne la semaine précédente, retour dans mes massifs alpins. Les pieds encore endoloris par l’effort, il me faut ménager ma monture en optant pour un parcours modeste. La météo présentant des conditions anticycloniques avec une Lune brillant fort, il s’avère inutile d’aller très loin. Chercher la pollution lumineuse des villes, conjuguée à la clarté nocturne, constitue une option à privilégier, comme il y a un mois jour pour jour au Grand Arc. L’analogie du raisonnement me conduit même à aller explorer un sommet qui m’observe au quotidien, au-dessus d’Albertville : la Roche Pourrie (2037 m). Il s’agit d’une des cimes les plus à l’ouest du massif du Beaufortain, les flancs qui la bordent plongent jusqu’aux rivières de l’Isère et de l’Arly, dans la vallée urbanisée.

C’est également un jour particulier, le 5 août étant mon anniversaire. Quoi de plus normal que d’aller célébrer cela en bonne compagnie, avec mes montagnes. Direction le parking du Chalet forestier des Chappes (1480 m), au terme d’une longue route zigzaguant dans la forêt.

Ascension de la Roche Pourrie

Un trajet relativement court m’attend, seuls 550 mètres de dénivelé sont au programme. L’ascension débute par une mise en jambes en pente douce, sur la piste puis le sentier, jusqu’à atteindre le chalet du Haut du Pré où stationne un troupeau de tarines. Malgré un retour annoncé de la chaleur, les températures restent agréables, la fraîcheur est même de mise, le ciel étant fortement chargé en nébulosité, le Soleil peine à se frayer un passage. La dernière partie de l’itinéraire est aussi la plus sportive : les courbes de niveau se resserrent, la pente s’accentue. Après d’ultimes efforts, me voilà parvenu à mon objectif. L’endroit s’apparente davantage à une crête déchiquetée, sur laquelle reposent une stèle et deux tables d’orientation. Côté sud, un dédale d’éboulis qui contraste avec la végétation basse et les quelques résineux de la face opposée.

Au-dessus des Bauges, un imposant nuage surplombe le massif. Les rayons du soleil filtrent au travers, offrant d’envoûtants jeux de lumière sur la vallée de l’Isère. Ceux-ci s’estompent lorsque l’étoile approche de l’horizon, apportant une dorure relativement éphémère aux versants qui m’entourent. Rapidement, la luminosité s’affadit, les voiles à l’ouest tamisent l’éclat de l’astre incandescent. Au fur et à mesure qu’il descend, il se transforme en boule rouge, petite étincelle perdue dans un paysage sans contraste. Par-delà la Dent de Cons coiffée d’une écharpe de brume, le Soleil expulse son dernier souffle, passant le relai à la nuit. A l’opposé, la Lune pleine à 86% se manifeste derrière les nuages qui se déchirent.

Nuit humide

Les ombres progressant, j’installe un campement des plus sommaires. Etant donné l’exiguïté du site, la tente est restée à la maison, optant pour une nuit à la belle étoile. Un simulacre de replat entre la stèle et l’une des deux tables d’orientation constituera mon spot de bivouac. Malgré l’inconfort certain, le fait d’être calé entre les deux constructions m’évitera toute glissade dans le précipice en cas de sommeil agité. Je patiente à l’extérieur, guettant la fin des dernières lueurs à l’horizon, pour entamer quelques captations nocturnes. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de mes attentes. L’atmosphère semble être gorgée de particules, les paysages ne jouissent pas d’une grande limpidité. La lumière des villes se diffuse dans l’azur en créant des halos bien inesthétiques, je n’insiste pas. En dépit des températures clémentes, je peine à m’endormir, le sol étant caillouteux et à l’évidence bosselé.

Teintes blêmes au réveil

Après seulement environ quatre à cinq heures de somnolence, le ciel d’Orient s’éclaire. Duvet et affaires sont perlés de rosée, preuve du fort taux d’humidité régnant en altitude. Les voiles paraissent avoir gagné en intensité, notamment au-dessus du Mont Blanc, où timidement les rougeurs s’amorcent. Partout, les éléments sont estompés, les Alpes se parent de couleurs pastel. Aux tons églantine des cieux s’opposent les nuances indigo des zones encore dans l’ombre. Quelques vallées de Haute-Savoie arborent des mers de nuages localisées, qui débordent par les cols.

Dans une certaine indifférence, le Soleil jaillit du massif du Mont Blanc, distillant de pâles rayons sur de blêmes montagnes. Devant ce fade spectacle, j’allais plier les affaires, quand un ballet de brume s’invite sans prévenir. Ondulant sur les tout proches versants, ils se transforment en draperies dorées, d’une majestueuse beauté, quelques minutes durant. Un cadeau inespéré pour clore cette session à la Roche Pourrie.

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Gros Peyron (3046 m) – Mont-Cenis
Gros Peyron (3046 m) – Mont-Cenis
23 juillet 2025 In Mont-Cenis No Comment

Bivouac au Gros Peyron (3046 m), massif du Mont-Cenis, le 22 et 23 juillet 2025.

Le choix de la destination

Pendant que les touristes continuent de s’agglutiner sur les spots à la mode (lac Blanc, lac du Crozet, Rocher du Vent, etc), je poursuis ma quête de lieux reculés, où la probabilité de rencontrer mes semblables avoisine le zéro.

Ces mardi et mercredi sont, semble-t-il, la seule fenêtre météo de la semaine. La pluie et les orages, bienvenus pour la végétation, s’invitent durant cette fin de juillet. L’été étant bien installé sur les hauts reliefs, je vais enfin pouvoir tutoyer les 3000 mètres, pour changer des montagnes à vache et trouver des conditions plus minérales, des panoramas qui portent vers le lointain. C’est alors du côté de la Haute-Maurienne que se porte mon choix, car, pour citer un défunt président : c’est loin, mais c’est beau.

Là-bas, la rive droite de l’Arc m’est de facto refusée, s’agissant du parc national de la Vanoise, royaume des interdictions et des flux canalisés. Heureusement, la rive opposée regorge de vallées sauvages, plus ou moins sauvegardées du tourisme de masse. L’une d’elles retient mon attention, pour l’avoir déjà parcourue à deux reprises : le vallon d’Etache (voir article ICI). Mon ambition est d’aller encore plus haut, un sommet marquant la frontière franco-italienne : le Gros Peyron (3046 m).

Cap vers le Gros Peyron

Sous un beau soleil, le départ s’effectue depuis le parking de la Ferme d’Etache (2000 m), terminus de la route perpendiculaire au vallon d’Ambin. Les deux premiers kilomètres en fond de vallée permettent une mise en jambes progressive, tandis que l’objectif du jour, visible d’en bas, me nargue. Il paraît si loin et inaccessible.

Les hostilités débutent réellement à partir du Fond d’Etache (2108 m). Sur la droite se dresse une muraille prairiale qu’il va falloir arpenter juste après avoir franchi le torrent via une passerelle en bois, cassée en deux.

Le sentier aboutit au Plan des Eaux (2470 m), vaste replat au pied du Grand Bec d’Etache, où les zones herbeuses côtoient les éboulis et autres roches polies par de préhistoriques glaciers. Cet endroit marque la fin de l’itinéraire matérialisé sur la carte IGN. La suite du parcours est plus confidentielle, la sente moins évidente. Celle-ci s’engouffre dans un couloir dominant le secteur, trait d’union avec un tout autre univers, ultime tronçon en direction du col d’Etache. Les derniers alpages laissent place à un chaos rocheux, lunaire, composé de quartzites et de cargneules dispersées çà et là.

L’arrivée au col marque la frontière franco-italienne. A gauche, le Gros Peyron me surplombe de 250 mètres. La minéralité du lieu est totale. Épuisé par l’altitude et une fatigue accumulée depuis des mois, je serre les dents pour cette ascension finale, lesté de mes 18 kg sur le dos. Pour se repérer dans cette uniformité rocailleuse, les cairns, nombreux, se révèlent salvateurs. Après 3h30 d’effort, me voilà enfin arrivé à bout de cet entêtant caillou. La cime n’est pas une pointe, mais un demi-dôme allongé, qui se poursuit au sud jusqu’au Pic du Diable, avec d’abruptes parois sur le flanc oriental. Le panorama est saisissant sur les massifs emblématiques : la Vanoise avec la Grande Casse, la Grande Motte et les glaciers, et les Écrins, où se découpent dans le ciel la Barre des Écrins, la Meije et le Pelvoux.

Bivouac au sommet

Une place de bivouac, plate et sableuse, est aménagée à côté du cairn sommital. J’y plante la tente, puis pars en repérage aux alentours. L’instinct et la lecture du paysage me conduisent plus au sud, afin d’aller chercher les falaises, à 15 minutes à pied. Le belvédère, vertigineux, domine le Plan d’Etache et son immense glacier rocheux. Le soleil décline, les ombres envahissent les versants, je retourne vers mon abri de fortune, puis tombe nez à nez avec une harde de bouquetins. Ils sont aussi surpris que moi, et déguerpissent aussitôt, sifflant à tout va. Au loin, le cri angoissant des lagopèdes résonne dans l’immensité.

Le soleil couchant allume les crêtes comme un brasier qui consume le jour. Mon regard est irrésistiblement attiré vers les Écrins, où l’intensité est décuplée. La nuit s’installe progressivement et, malgré l’altitude, la température reste tout à fait acceptable, le thermomètre indique cinq degrés.

La brume s’invite sous le Gros Peyron

Exténué, le sommeil m’emporte. Repos de courte durée, le réveil sonne à 23h30 : place aux images nocturnes, dans ce ciel dépourvu de Lune, propice pour visualiser la Voie lactée. C’est la première chose que je vois en sortant la tête de la tente, côté sud, pour contrôler l’état de l’atmosphère. Côté nord, une vaste masse blanchâtre m’interpelle. En dépit de toutes les prévisions météorologiques, une improbable mer de nuages s’est formée en Haute-Maurienne, investissant chaque vallée, jusqu’à s’échouer au pied du Grand Bec d’Etache, à environ 2600 mètres d’altitude. Quelle incroyable chance, moi qui affectionne tant ces fééries brumeuses !

Je retourne alors au spot repéré quelques heures auparavant, moyennant une approche de 15 minutes à la frontale dans ce dédale minéral. Sur mon rocher au bord du vide, où tout faux pas m’entrainerait 300 mètres plus bas, je contemple le spectacle silencieux. Malgré l’absence de lune, les formes sont bien visibles dans l’obscurité, les quelques nuages rétroéclairent discrètement les lieux grâce aux lumières des cités italiennes, notamment Susa et Bardonnecchia, toutes proches. Je reste plus d’une heure à immortaliser cette scène, constamment animée par les va-et-vient de la brume, lent ressac d’altitude. Le bruit constant des torrents en contrebas renforce cette ambiance maritime.
Devant cette rare fantasmagorie, la Voie lactée en devient anecdotique, bien qu’elle se dresse majestueusement dans le céleste. Je regagne ma tente aux alentours de 1h30, la toile est partiellement trempée, preuve de l’humidité régnant par ici.

L’aube

Peu après 5 heures, le réveil me tire de mon duvet. L’horizon se pare de lueurs témoins du jour naissant. Un fin croissant de lune émerge des Alpes, lové dans un dégradé allant de l’orange au bleu, instant d’une sereine poésie. Derrière, la mer de nuages a totalement disparu, comme si j’avais vécu un rêve éveillé quelques heures plus tôt. Sous un ciel parfaitement limpide, l’aube perd de son intérêt. Les plus hautes cimes s’illuminent une à une, jusqu’à ce que le soleil surgisse des Dents d’Ambin, délivrant ses rayons bienvenus. Finalement, au plus froid de la nuit, le thermomètre n’est pas descendu sous les trois degrés, il a probablement fait plus frisquet en vallée avec l’inversion.

Après une sieste brève mais bien méritée, je quitte le Gros Peyron à 9 heures pour entamer la descente. Deux heures et demie plus tard, je retrouve la voiture, les jambes en feu mais avec l’impression d’avoir été le témoin privilégié d’un moment rare en montagne.

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Rocher de la sèche (2580 m) – Vanoise
Rocher de la sèche (2580 m) – Vanoise
22 juin 2025 In Vanoise No Comment

Bivouac au Rocher de la Sèche (2580 m), massif de la Vanoise, le 21 et 22 juin 2025.

Le choix de la destination

En cette mi-juin, les Alpes et la France tout entière suffoquent. Un blocage anticyclonique fait remonter l’air chaud en provenance d’Afrique. En conséquence, les températures croissent de jour en jour, pour atteindre leur paroxysme ce week-end. Il apparaît naturel et vital d’aller chercher la fraîcheur en altitude, d’autant plus que ce samedi constitue le solstice d’été, événement à célébrer là-haut, comme il se doit.

Pour autant, il va falloir sélectionner la destination intelligemment. Le début de la saison estivale et la chaleur font se déplacer les foules. De plus en plus, la montagne devient un endroit à la mode, les lieux connus se transforment en grand cirque à ciel ouvert, attirant une population bien éloignée des valeurs traditionnellement requises pour ce type d’activité. Résultat : des grands rassemblements de tentes, des lacs pris pour des bases nautiques, du bruit ou encore des feux anarchiques.

N’ayant aucune envie de côtoyer cette faune-là, je poursuis ma quête de lieux plus intimes, moins « instagrammables ». Direction une des rares vallées de Savoie que je n’ai pas encore explorée à ce jour : celle de Champagny-en-Vanoise, où s’écoule le Doron éponyme. Il faut poursuivre la route RD91b afin de rejoindre le hameau de Champagny-le-Haut, sortant ainsi de l’ambiance de station de sports d’hiver régnant depuis Moûtiers. On pénètre alors dans le royaume de la Vanoise, où le beau et l’équilibre se conjuguent pour le bonheur des yeux. Ce petit village authentique est blotti dans un écrin de nature sauvage et abrupte, que je m’apprête à arpenter.

Ascension au Rocher de la Sèche

Peu après 15 heures, la voiture est garée au parking bordant le hameau (1470 m). Une tenace préoccupation va m’accompagner tout au long de l’ascension : la météo va-t-elle tourner à l’orage ? Les prévisions semblent pourtant unanimement optimistes. Toutefois, elles l’étaient également la veille, mais certains secteurs se sont fait copieusement arroser et la foudre a pilonné les hauts massifs. Preuve que mon trauma de l’année dernière persiste.

La rive droite du Doron de Champagny est bordée d’une muraille de prairies et de roches dépassant les trois mille mètres d’altitude. Il va falloir en remonter une grande partie, puisque 1100 mètres de dénivelé sont programmés pour rejoindre l’objectif du jour, aux abords de Froide Fontaine, au sommet du Rocher de la Sèche.

Sous un soleil accablant, les premières foulées sont délivrées. Je profite de la fraîcheur offerte par le bois de la Combe dominant les habitations, dont je m’extirpe hélas bien trop rapidement. L’itinéraire emprunte ensuite sans discontinuer les alpages, via un sentier sinueux et raide, ne ménageant nullement cuisses et mollets, surtout chargé de mes 18 kg sur le dos.

J’atteins rapidement les bâtiments de Lécheron (2100 m), où je rencontre les bergers. Ces derniers me rassurent sur la météo qui ne devrait pas empirer. Pourtant l’ennuagement s’est intensifié, les cumulus d’un gris menaçant enrobent les cimes. Le vent souffle également fort, il commence presque à faire frais quand les nuages obstruent le soleil. Après un nouvel effort, j’atteins le chalet de Fontaine Froide (2450 m). J’y salue son propriétaire : ce sera mon lieu de repli si la météo tourne au vinaigre.

Coucher de soleil sur la Vanoise

Un panorama saisissant

Quelques enjambées plus tard, me voilà arrivé à destination, trouvant ce que je suis venu chercher : l’anonymat d’un lieu à l’écart des sentiers, vulgaire point côté 2580 m sur la carte IGN, mais offrant un panorama de premier choix sur la vallée.

Telle une île au large de l’océan, l’endroit est exposé aux quatre vents (surtout à celui d’ouest, en vrai). De magnifiques jeux de lumières s’offrent à moi ici, filtrées par les nombreux cumulus, apportant une touche de poésie sur les versants.

Autant la météo semble hostile en Suisse et au nord de l’Italie, à en croire mes applications spécialisées, autant les Alpes françaises paraissent épargnées par le courroux des cieux. Me voilà rassuré.
Je salue le soleil, disparaissant derrière la Pointe du Tougne, distillant au passage quelques teintes rougeâtres sur les sommets de Vanoise.

Panorama depuis le rocher de la sèche au-dessus de Champagny-en-Vanoise
Tombée de la nuit sur la vallée

Féérie nocturne

Il est temps d’aller chercher un endroit abrité pour installer mon bivouac. Un replat trouvé en dessous fera l’affaire. La tente est mise en place à la tombée de la nuit, la montre indique 22 heures.
Le réveil m’arrache d’un sommeil à peine trouvé, à minuit et demi. Place aux photographies nocturnes. Du côté du cœur de la Vanoise, la pollution lumineuse est presque inexistante, la Voie lactée se dresse majestueusement dans le céleste, formant un arc de cercle entre le Becqui Rouge (nord-est) et le Grand Bec (sud). Jusqu’à 2 heures du matin, j’immortalise le plafond astral, dans un silence absolu, même le vent s’est tu.

A 5h30, le réveil retentit de nouveau, mais cette fois la fatigue prend le dessus. Le ciel trop limpide et uniforme ne favorisera aucune production de belle image. Je profite alors des premières caresses du soleil, blotti dans mon duvet. Les rayons ardents sèchent rapidement la toile, perlée de rosée d’une nuit humide. Quelques oiseaux chantent, des cris de marmottes retentissent au loin. Je sors la tête de la tente : à 100 mètres, un vieux bouquetin solitaire contemple le paysage. Mon alter ego.

Bivouac au rocher de la sèche, sous la voie lactée au-dessus de la Vanoise

Retour en vallée

Sans la moindre culpabilité, je joue la montre ici, guère déterminé à retrouver la civilisation, surtout que ce dimanche est annoncé comme étant le pire de la semaine en termes de chaleur. Finalement, à 10h30 débute le chemin du retour. Deux heures plus tard, le parking est retrouvé, sous un cagnard piquant, faisant redouter les retrouvailles avec les basses vallées.
Un parcours physiquement exigeant, mais quelques belles ambiances captées là-haut, le solstice d’été 2025 aura été dignement honoré en terres savoyardes.

Bivouac au rocher de la sèche
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Secteur du vallon du Clou (2362 m) – Alpes Grées
Secteur du vallon du Clou (2362 m) – Alpes Grées
31 mai 2025 In Alpes Grées No Comment

Bivouac dans le secteur du vallon du Clou (2362 m), massif des Alpes Grées, le 30 et 31 mai 2025

Le choix de la destination

On poursuit l’optimisation du week-end de l’Ascension afin de profiter des Alpes. Quittant les terres du Beaufortain, où la foule cycliste et motorisée s’est donnée rendez-vous, je bascule côté Tarentaise sur Bourg-Saint-Maurice. Je remonte la vallée direction Sainte-Foy-Tarentaise, jusqu’à atteindre le parking de l’Echaillon (1805 m). Celui-ci s’accède depuis la station, via une route, puis une piste qui serpente dans la forêt. Il s’agit d’un des deux principaux points de départ pour atteindre le célèbre hameau du Monal. Sous le grésillement de la ligne très haute tension qui surplombe la zone de stationnement, j’entame la sortie aux alentours de 14h30.

Hier, la fraîche bise m’avait accompagné tout le long du parcours. Les conditions du jour sont tout autre : les nuages ont été chassés, dévoilant un ciel d’un bleu vif et uniforme, où le soleil règne sans partage. Les températures ont quant à elles bondi en flèche. Malgré l’altitude honorable, la chaleur se fait sentir dès les premières foulées.

La visite du Monal et ses environs est devenue au fil des années une sorte de rituel, une tradition, que de traverser ce site classé, tant le cadre y est inspirant. Ayant plutôt l’habitude de m’y rendre en octobre, lorsque les mélèzes dorés subliment les lieux, c’est la première fois que j’y vais si tôt dans la saison. Les résineux tapissant le versant ont revêtu leurs aiguilles d’un vert tendre, contrastant avec les sommets encore densément enneigés.

L’objectif du jour est de sortir des sentiers battus, en allant explorer plus en profondeur un endroit repéré l’automne dernier, à quelques encablures du lac du Clou. Le potentiel y avait été jugé prometteur par les différents points de vue qu’il propose.

Cap vers le vallon du Clou

Sous un soleil de plomb, je poursuis l’ascension à bon rythme. Les paysages gagnent en majesté au fur et à mesure de la montée, jusqu’à atteindre un point significatif près du barrage. Au caractère impressionnant du Mont Pourri d’un côté répond la vastitude du vallon du Clou et de toutes les cimes qui le ceinturent.

Plusieurs gouttes de sueur plus tard, le lac est atteint. Niché dans un creux du relief, il est encore pris dans les glaces, bien que la débâcle soit à l’œuvre.

Je bifurque sur la gauche, pour me diriger en hors-sentier en direction des Monts, relief bordant le sud-ouest du plan d’eau. A l’extrémité se trouve un replat bénéficiant de points de vue intéressants à la fois sur le vallon du Clou et le Monal. Quelques mares gorgées par la fonte des neiges complètent le tableau, avec déjà des compositions qui fusent dans ma tête. Pendant plusieurs heures, je lézarde sous le soleil diffusant ses rayons brûlants, puis j’installe la tente sur des herbes encore jaunies par un hiver trop long.
Au loin, des bruits attirent l’attention : des jeunes bouquetins, curieux, surveillent le pèlerin que je suis, avant de continuer leur occupation. De l’autre côté, des vrombissements sourds surgissent de la montagne. Celle-ci vomit ses trop-pleins de neige surchauffée par ce vendredi quasi caniculaire, dévalant les couloirs avec véhémence.

L’astre ardent continue son inexorable course vers l’horizon, puis délivre dans ses dernières minutes ses rais chargés de teintes orangées. Les sommets alentours se transforment temporairement en braises incandescentes, sous un ciel hélas totalement dépourvu de nuages. Les petits plans d’eau repérés prennent là tout leur intérêt, reflétant à merveille ce décor. Aux dernières cimes consumées succède l’heure bleue, ultime souffle des paysages avant la conquête de l’obscurité. Seul un fin croissant de Lune illumine le céleste, peu à peu rejoint par d’innombrables scintillements d’étoiles.

Sous la Voie lactée

Le coup de chaud temporaire sévissant en France se ressent également durant la nuit, relativement douce, sans humidité ni vent. Les photons emmagasinés toute la journée semblent rejaillir de mon corps, je peine à trouver le sommeil malgré les épaisseurs enlevées. Finalement, je ressors de la tente à 1h30 pour capter la Voie lactée. Cette dernière s’élance en arc de cercle de la Pointe de la Foglietta aux rochers de Pierre Pointe. Un peu plus tard, les mares jouent de nouveau leur rôle, avec les reflets estompés du dôme étoilé. La sérénité du moment n’est chahutée que par les avalanches qui se poursuivent sur la montagne en face, cette géante rendu mystérieuse et menaçante par la nuit.

Pris d’épuisement, et sous un insolent ciel clair, l’impasse est faite sur l’aube, préférant profiter des premières heures du jour sous mon abri, jusqu’en milieu de matinée. Entre temps, le ciel s’est orné de cirrus, n’altérant cependant pas la lourdeur de l’atmosphère.

Peu avant midi, la voiture est retrouvée, épilogue d’une belle sortie en terres tarines.

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