Bivouac à la Pointe de la Grande Journée (2460 m), les 3 et 4 juillet 2026, dans le massif du Beaufortain.
Le choix de la destination
En juin, la France a suffoqué comme jamais, en témoignent les records de chaleur pulvérisés de partout. Inquiétantes prémices des étés d’un futur proche, qui deviendront la norme. Les températures accablantes de ces dernières semaines m’ont découragé à l’idée d’aller en altitude, le corps et l’esprit lessivés par les conditions difficiles à vivre au quotidien. Tout le paradoxe de s’enfermer chez soi, dans l’obscurité afin de conserver une once de fraîcheur, alors que le soleil radieux, mais brûlant, domine à l’extérieur.
Une brève accalmie se présente ce début juillet, avant une nouvelle vague caniculaire déjà annoncée, la troisième de l’année. Après trois semaines à l’écart des sentiers, l’appel des hauteurs se fait sentir, un besoin vital de s’offrir une parenthèse loin de la routine assassine. Pas question d’attendre le samedi, dès le vendredi, une fois acquitté de mes obligations professionnelles, cap sur des aventures bien plus palpitantes. Toujours dans l’optique d’écumer toutes les cimes environnantes, je jette mon dévolu sur celle que je vois chaque jour depuis ma cuisine, arrière-plan majestueux dominant le nord de la Combe de Savoie : la Pointe de la Grande Journée (2460 m). On peut dire que son nom est de saison, une dizaine de jours succédant au solstice, aux longues périodes diurnes.

Cap vers la Pointe de la Grande Journée
Pour atteindre le point de départ, il faut remonter la longue route sinueuse dominant Albertville jusqu’au col des cyclotouristes, en passant par le Fort du Mont. De là, une piste se poursuit longuement dans la forêt, où les quatre roues motrices se révèlent précieuses. J’avais pu effectuer un repérage l’été dernier, pour m’assurer de sa praticabilité et de sa légalité d’accès : seuls les quads et les motos sont interdits par arrêté municipal. Cette section permet de gagner une altitude de 1840 mètres où se trouve un petit parking sous la Roche Pourrie. Le reste de la piste est réservé aux ayants droit.
L’objectif du jour se dresse déjà en ligne de mire, si proche et loin à la fois. Il est 17h15. Sous un ciel ensoleillé, ponctué de quelques nuages apportant une ombre bienvenue, le parcours commence, traversant d’abord les alpages et les chalets de l’Aulp de Tours jusqu’à rejoindre le long sentier aboutissant au col des lacs. Il contourne cette vaste combe en pente douce, ménageant les efforts. À 19 heures, le col en question est atteint. Outre les panneaux jaunes, il est matérialisé par un gros cairn, surmonté d’une petite croix de fortune, faite de deux morceaux de bois rafistolés.

Panorama sur la crête sommitale
Le regard se tourne ensuite en direction du nord-est. L’inclinaison de la pente augmente drastiquement, s’agissant de la dernière ligne droite vers le sommet. Ayant toujours des incertitudes sur l’état réel de mon genou, je monte tranquillement le sentier, offrant par moments de belles sections aériennes, sans danger. À 19h45, l’objectif est rempli. Le panorama se dévoile à 360 degrés, même si côté Mont Blanc, d’épais nuages accrochent le massif. À peine ai-je le temps de prendre possession des lieux que deux vautours fauves tournoient au-dessus de ma tête : « revenez plus tard, je ne suis pas encore mort ! », murmuré-je.
Le Soleil décline peu à peu vers l’horizon, apportant des teintes chaudes sur les paysages, pendant que je m’installe sur la crête sommitale : l’espace est exigu, laissant la place uniquement pour un tapis de sol sur le seul replat. Ce sera une nuit à la belle étoile, avec une vue n’ayant rien à envier aux hôtels de prestige. Dans ses dernières minutes de vie, l’astre incandescent embrase le lointain. Ces couleurs vives persistent en début de nuit, souffle résiduel de la journée qui vient de s’écouler, tandis qu’en fond de vallée, les villes et villages s’illuminent les uns après les autres.

Nuit humide sous la clarté lunaire
La pénombre, puis l’obscurité, vont être de courte durée. Vers minuit, la Lune pleine à 80% émerge, illuminant délicatement le paysage de sa lueur argentée. La sensibilité du capteur permet de produire des images surréalistes, comme si la nuit et le jour s’entrelaçaient. C’est d’ailleurs l’une des raisons m’ayant conduit ici, d’associer la clarté lunaire à celle de l’urbain.

Le sommeil ne dura guère, à 5 heures me voilà debout, à immortaliser les teintes de l’aube, se propageant un peu partout. L’atmosphère a été particulièrement humide, la condensation est omniprésente, de l’appareil photo au sursac de couchage, renforçant la sensation de fraîcheur. Progressivement les cimes se parent d’une lumière rouge pâle, puis le Soleil d’apparaître, entre le Mont Blanc et les Aiguilles de Tré la Tête, apportant ses rayons bienfaisants. Il est 6 heures. Je profite pendant un moment de cette ambiance matinale, avant de m’effondrer de fatigue sur ma couche de fortune, pour une sieste réparatrice. Je suis réveillé deux heures plus tard par deux jeunes trailers de passage, alors que la brume ondule au gré du vent. Le temps est venu de plier bagage et rentrer.
Aux alentours de 11 heures, la voiture est retrouvée, conclusion de cette belle virée en terres du Beaufortain.









