Bivouac au Crêt du Rey (2633 m) dans le massif du Beaufortain, les 22 et 23 juillet 2026.
Le choix de la destination
L’été semble enfin avoir repris un cours normal, avec des températures dites « de saison », à savoir chaudes mais pas trop, loin de ces atmosphères suffocantes qui se sont succédé depuis mai. Le contexte anticyclonique et stable du moment n’offre pas de conditions idéales pour ramener des images exceptionnelles en montagne. Qu’importe, le simple prétexte de se retrouver là-haut se suffit à lui-même.
Souhaitant initialement partir du côté du lac de Presset pour immortaliser la Voie lactée et le reflet de la Pierra Menta dans le plan d’eau, j’ai vite déchanté à la lecture de l’arrêté municipal prohibant le bivouac à cet endroit. Une interdiction de plus, comme il ne cesse d’en fleurir dans les Alpes année après année, réduisant toujours les possibilités pour ceux qui, comme moi, fuient les commodités et la foule en altitude. Vous voulez m’inciter à aller en refuge ? Très bien, je programme alors une sortie en forme de pied de nez au confort.

L’objectif du jour est ce sommet présent dans presque chacun des panoramas observés depuis le début de la saison, se hissant dans le top 20 des plus hauts points du massif du Beaufortain : le Crêt du Rey (2633 m). En fin de journée, cap vers le point de départ au-dessus du barrage de Saint-Guérin, au bout de la piste carrossable menant au Cormet d’Arêches (2109 m). La cime convoitée s’élève au sud du lieu, aux pentes rocailleuses et vertigineuses, semblant inaccessible.
Montée au Crêt du Rey
Il est un peu plus de 17h30 quand j’entame les premières foulées sur le chemin agricole surplombant les chalets du Cormet, au cœur des alpages verdoyants. Le début du parcours s’effectue sous un ciel parfaitement et uniformément bleu, rythmé par le tintement des cloches des vaches, avant de s’engager sur un sentier menant vers le col de Corne Noire. J’opte cependant pour un itinéraire alternatif, plus direct et escarpé, consistant à remonter l’arête nord-est du Crêt du Rey. La croix sommitale est ainsi rapidement atteinte, en à peine 1h20. Outre l’emblème sacré, m’accueillent un vent modéré et une étroite crête. Se pose alors d’emblée la question du lieu de bivouac. Malgré l’absence de tente, impossible de trouver un replat digne de ce nom. Ce sera donc sur le sentier, bénéficiant d’une luxueuse largeur d’environ 50 centimètres avant que le versant herbeux ne plonge dans l’abîme. Je mise tout sur ma nature peu remuante la nuit.
Le Soleil décline lentement vers l’horizon. La visibilité demeure relativement mauvaise : des filaments grisâtres coiffent le ciel, semblables à des fumées résiduelles, enrobant notamment le Mont Blanc, tandis qu’à l’ouest stationnent d’épais nuages élevés. Tous les éléments sont réunis pour assister à des lumières crépusculaires fades. Tamisée par la nébulosité, notre étoile se transforme, quelques minutes durant, en grande boule rouge. Plus aucun rayon ne parvient à illuminer les lieux, qui s’assombrissent dans une certaine indifférence. Non sans une forme d’esthétique, l’astre disparaît derrière le Grand Mont d’Arêches, pour laisser place à la nuit.

Nuit sous la Voie lactée et aube voilée
Le quartier de Lune apporte une légère lueur, mais peu après minuit le satellite se couche, plongeant le décor dans une obscurité presque parfaite, ce qui me permet d’immortaliser la Voie lactée. Celle-ci se dresse au sud, un peu ternie par la pollution lumineuse de Moûtiers et plusieurs villages d’altitude. Si le vent a disparu, les températures chutent, avoisinant les deux degrés ; la fraîcheur est palpable.
À 5 heures, les premières lueurs de l’aube me sortent de mon sommeil superficiel. Comme la veille, les voiles obstruent l’horizon. J’ai beau patienter, les chaudes couleurs n’arrivent pas, ou alors se font timidement ressentir. Je compense avec les silhouettes alpines et des plans serrés, sans conviction. Une heure plus tard, le Soleil émerge. Certes il brille, mais il n’apporte aucune incandescence sur les cimes. Il faut attendre de longues minutes pour que la lumière inonde les versants, donnant quelques rais vaporeux dans le lointain. Un bien maigre butin néanmoins.


Après un frugal petit déjeuner, je m’allonge sur mon matelas à moitié dans la pente. La fatigue, conjuguée à la douceur des rayons solaires, a raison de moi et me plonge dans la léthargie. J’émerge deux heures plus tard, surpris par cette sieste imprévue mais particulièrement bienvenue.
Vers 11h30, la voiture est regagnée. Le bilan se révèle plutôt mitigé, en raison de mauvaises conditions de lumière, ternissant les paysages, mais avec un souvenir marqué de ce bivouac d’équilibriste, spartiate et aérien !













































