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Sylvain Clapot - Photographe > alpes

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Les Cornettes de Bise (2432 m) – Chablais
Les Cornettes de Bise (2432 m) – Chablais
13 septembre 2026 In Chablais No Comment

Bivouac aux Cornettes de Bise (2432 m), les 12 et 13 septembre 2026, dans le massif du Chablais.

Le choix de la sortie

Le cœur ou la raison ? Après plusieurs sorties épuisantes les semaines précédentes, j’étais bien parti pour reposer l’organisme avant la saison automnale, afin d’écouter la raison. Cependant, les belles conditions météorologiques conjuguées au retour des températures normales ont quelque peu modifié le programme, corrompant allègrement mon cœur. Pour le quatrième week-end consécutif, me voilà parti pour aller tutoyer les cimes. Oui, mais de quel massif ?

L’envie de changement m’anime et me pousse à explorer le nord de la Haute-Savoie du côté du Chablais. La carte IGN est alors minutieusement analysée et un constat s’impose : pour avoir une vue panoramique, soit il faut sillonner les stations de ski aux cicatrices peu esthétiques dans le paysage, soit avaler un fort dénivelé. La seconde solution est naturellement privilégiée et le choix se porte sur un célèbre sommet marquant la frontière franco-suisse : les Cornettes de Bise (2432 m), aux confins de La Chapelle-d’Abondance. J’avais pu découvrir ce secteur en juillet 2020, lors d’un bivouac à la Pointe des Pavis (2075 m) au moment où brillait dans le ciel nocturne la comète Neowise.

Impression depuis le parking

Après un long itinéraire pour rejoindre la vallée isolée de l’Eau Noire, le terminus de la route est atteint, à Bise (1500 m). Un vaste parking déjà largement rempli, un refuge-restaurant bien garni et des bâtiments agricoles composent ce lieu aux allures de bout du monde. Il s’inscrit au sein d’un amphithéâtre majestueux, constitué d’alpages verdoyants, dominés par d’imposantes murailles calcaires. La plus impressionnante d’entre elles n’est autre que la destination du jour. Elle surplombe le départ d’environ 950 mètres. À l’instar des dernières sorties, elle s’apparente à une citadelle aussi inaccessible qu’imprenable.

Ascension des Cornettes de Bise

À 12h45, sous un grand ciel bleu, débute la randonnée, le dos lesté de 17 kg. La première étape consiste à remonter un vallon conduisant au Pas de la Bosse (1816 m), accompagné au début par un troupeau de chèvres suivant le sentier. En 50 minutes, l’objectif est atteint. Un simple amuse-bouche, si l’on considère le reste du parcours. La sente s’engage ensuite dans une étroite et raide combe, dont il faut se tordre le cou pour entrapercevoir la fin. Mollets et cuisses sont mis à rude épreuve, tout comme le souffle.

En contrepartie, le dénivelé est rapidement avalé. Plus haut, le répit est de courte durée, le temps de changer de versant et de reprendre de plus belle. Sous le Saix Rouquin, quelques passages demandent de mettre les mains et de s’exercer à des gestes d’escalade de façon heureusement ponctuelle. Au détour d’une épaule rocheuse, le dôme sommital se détache dans le ciel, signalant les derniers instants d’effort.

Arrivée au sommet

Après 2h55 d’une ascension physique, la cime des Cornettes de Bise est vaincue. S’érige ici une grande croix. Une plaque indique qu’elle a été dressée et bénie trente ans auparavant, le 15 août 1996. Une citation de Saint-Exupéry y est gravée : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».

Là-haut, le paysage récompense la dureté du parcours. Une myriade de lieux géographiques se signale au visiteur : les Alpes suisses avec au loin le Grand Combin, le Matterhorn, le Weisshorn, le Zinalrothorn, la Dent d’Hérens ; le Mont Blanc ; toutes les crêtes du Chablais jusqu’aux Aravis ; une bonne partie du Lac Léman avec les villes de Lausanne et Vevey ; le lac de Neuchâtel en arrière-plan tout comme la chaîne du Jura.

Pendant près d’une heure, un nuage stationne au-dessus des lieux, privant le sommet des bienfaits du soleil, jusqu’à ce que celui-ci réapparaisse pour un réchauffement bienvenu.

Le jour décline peu à peu ; un emplacement plat au pied de la croix accueille la tente, pour une nuitée sous divine protection. Quelques mètres en contrebas, des bouquetins curieux mais méfiants s’approchent, pour mon plus grand plaisir.

Les couleurs du crépuscule

À l’ouest, des voiles élevés encombrent le ciel, me laissant douter de l’arrivée des couleurs crépusculaires. Mais après quelques teintes blafardes, durant le dernier quart d’heure, l’étoile ne trouve aucune nébulosité sur son chemin. Alors, partout autour, les cimes deviennent incandescentes, aussi bien côté suisse que côté français. Le festival coloré se prolonge jusqu’à la fin du jour, où le rouge-rose passe le flambeau au violet-bleu.

L’obscurité s’installe graduellement, les lumières des villes et villages s’éclairent. Malgré l’absence totale de lune, il subsiste une très légère clarté. Aux phosphorescences urbaines répond celle de la Voie lactée, s’étirant verticalement au-dessus du silence nocturne. Je sors régulièrement faire des timelapses pour immortaliser cette valse céleste. Je craignais un froid mordant, mais les températures se révèlent globalement acceptables pour la saison et l’altitude, descendant au plus bas à 4 °C. Elles restent supportables en l’absence (ou presque) de vent.

Aube incandescente

Après une nuit au sommeil haché, le réveil sonne à 6h20. Des lueurs se déploient à l’orient, où stationnent des nuages élevés. Ces derniers se parent d’une rougeur magmatique durant un long moment, comme si c’étaient les portes des Enfers, créant une ambiance envoûtante et énigmatique. À l’opposé, les teintes rosées se diluent insensiblement dans l’azur jusqu’à la percée du jour. Le soleil diffuse ses chauds rayons sur les versants et les premiers randonneurs arrivent.

Les affaires pliées, à 8h40 démarre le chemin du retour, exercice redoutable pour les jambes tant la pente ne pardonne pas. À cadence soutenue, l’altitude baisse rapidement et les passages craints sont finalement franchis sans réelle difficulté. En moins de deux heures, le parking est regagné. L’occasion de constater le chemin parcouru et la position réelle du sommet : à gauche des grandes parois calcaires, où la croix se détache sur la pente herbeuse. Ce dernier regard met un terme à cette escapade physique, sous de belles conditions de lumière et d’observation.

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Le Marteau (2289 m) – Giffre
Le Marteau (2289 m) – Giffre
6 septembre 2026 In Giffre No Comment

Bivouac au Marteau (2289 m), dans le massif du Giffre, les 5 et 6 septembre 2026.

Le choix de la sortie

Septembre te voilà. Les montagnes se vident de leurs hordes de visiteurs, tandis que les enfants font leur rentrée. Et les canicules appartiennent au passé ? Bien sûr que non. Une énième vague de chaleur envahit une partie de l’Hexagone durant quelques jours, pour faire définitivement entrer 2026 dans l’histoire météorologique. Certes, les nuits sont plus longues, atténuant un peu les effets. Mais tout de même. Aller chercher la fraîcheur en altitude reste toujours une solution pour échapper à ces problèmes.
Un lieu a attisé ma convoitise dernièrement, dans le massif du Giffre : le Marteau (2289 m). Il constitue l’une des nombreuses sentinelles sud du Désert de Platé, avec sa vue imprenable sur le massif du Mont Blanc. Toutefois, il se mérite, surtout avec l’itinéraire engagé prévu à cette occasion.

Peu après 15 heures, la voiture est garée au parking de Plaine Joux (1352 m). Celui-ci est bondé, laissant penser que les vacances ne sont pas terminées. D’ici, l’objectif se distingue et donne le vertige. Il surmonte une muraille paraissant imprenable, que pourtant un sentier sillonne : le redoutable chemin du Dérochoir.

Montée au Marteau

Des routes et pistes partent pourtant bien d’ici, mais leur accès est réservé aux ayants droit, alors il faut entreprendre une longue marche d’approche sans réel intérêt, d’environ 1h15, entre les remontées mécaniques et le sous-bois, pour atteindre le lieudit des Ayères des Rocs (1641 m), entre les remontées mécaniques et le sous-bois, sans réel intérêt. Ce hameau se révèle surprenant avec ses petites habitations construites entre des blocs éboulés de la montagne. Sa vue en balcon, au cœur d’un écrin naturel, rappelle étrangement le Monal en Haute-Tarentaise, le Mont Blanc jouant ici le rôle du Mont Pourri.

Le passage du Dérochoir

À partir de là, les choses sérieuses commencent. Les crêtes sommitales me contemplent d’un air implacable, tandis que le sentier file en diagonale dans le Dérochoir. Il s’agit d’un gigantesque glissement de terrain amorcé dès le retrait glaciaire et qui s’est poursuivi avec des épisodes d’écroulements, notamment aux XVe et XVIIIe siècles. Il se traduit dans le paysage par un vaste secteur chaotique, comme si la montagne avait vomi ses roches. C’est dans ce dédale rocailleux que sillonne l’itinéraire, où la difficulté s’accroît au fur et à mesure que l’altitude augmente. D’abord sur un sentier tracé, puis un parcours parfois acrobatique dans les gros blocs effondrés, jusqu’à atteindre le passage délicat. La paroi devient subverticale, jonchée de cordes, de marches métalliques et d’escaliers.

Sur une bonne centaine de mètres de dénivelé, je remonte cette face. L’effort physique est compensé par l’aspect ludique de l’opération, dans cette escalade facile où toutefois le moindre faux pas peut s’avérer fatal. La crête est finalement atteinte sans trop de mal. D’en haut, le parcours réalisé à l’instant donne le tournis. Se dévoile au nord le Désert de Platé, terme fort à propos tant le paysage karstique lui donne un aspect lunaire et brut. Pour autant, la course n’est pas terminée. Il faut négocier une section bien périlleuse, raide, glissante et sans aide, bordée par le précipice à gauche et à droite et offrant là quelques frayeurs, pour atteindre la brèche du Dérochoir.

Au col, se trouve un carrefour de chemins, avec celui provenant du refuge de Sales. Le Marteau n’est plus très loin. La sente remonte le versant sur des zones de lapiaz, en longeant les abruptes falaises, conférant une dimension monumentale à cette fin d’itinéraire. Après 3h45 d’effort, l’objectif est atteint ; l’horloge indique 19 heures. Une bonne partie de la vallée se terre dans l’ombre, tandis que les plus hauts massifs baignent dans une chaleureuse lumière de fin de journée.

Le crépuscule et la nuit

Un pseudo-replat herbeux, une vingtaine de mètres en contrebas, accueille la tente, pour un bivouac sauvage et quelque peu pentu, mais en sécurité. Sur la dernière heure, je contemple le jour décliner, transformant progressivement les cimes emblématiques du Mont Blanc en torches incandescentes. À quelques centimètres de mes pieds, plus de 200 mètres de vide s’étire, où les grandes dalles calcaires aspirent tout. Au jour succède la nuit, noire dans un premier temps, seulement trahie par l’éclairage urbain des villes alentour. L’humidité, quant à elle, s’installe, se manifestant autant sur la toile de tente que sur les vêtements. Dans ce ciel limpide, se déploie la Voie lactée qui, quelques heures plus tard, se fait voler la vedette par un croissant de lune, émergé depuis l’horizon nord-est.

Une pâle lumière se dépose sur ce panorama endormi, sous une température clémente pour la saison (8°C) et un léger vent aux abords du vide, que je tutoie dangereusement dans cette pénombre. En face, les alpinistes s’agitent déjà pour gravir le toit de l’Europe, dans des conditions manifestement idéales. J’immortalise pendant un long moment ce décor nocturne, puis trouve enfin le sommeil vers 3h30.


De courte durée, puisque trois heures plus tard me voici sur le pont pour observer le lever du jour. L’atmosphère, dépourvue de nuage, propose une scène banale, sans flamboiement, éclairant un à un les massifs savoyards. Peu d’intérêt photographique, mais une séquence suspendue, sereine et contemplative.

Retour à Plaine Joux

Pas le temps de lézarder ni d’entreprendre une sieste – bien que celle-ci eût été fort bienvenue, la nuit fut tout sauf reposante – un petit déjeuner frugal précède le rangement du matériel. Le chemin du retour s’annonce sportif. Sous un soleil déjà brûlant, l’itinéraire inverse débute, jusqu’à atteindre le Dérochoir et sa section d’équilibriste. Celle-ci est franchie rapidement sans réelle difficulté, au bon moment : une fois le sentier regagné, les visiteurs affluent.

Les jambes lourdes et usées par les randos des week-ends précédents, je retrouve le parking de Plaine Joux à midi, épilogue d’une sortie engagée mais riche en observations et en diversité de terrain.

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Grand Galibier (3228 m) – Cerces
Grand Galibier (3228 m) – Cerces
30 août 2026 In Cerces No Comment

Bivouac au Grand Galibier (3228 m), massif des Cerces, les 29 et 30 août 2026.

Une sortie ambitieuse

Voilà quelques semaines qu’une idée m’obnubile : dormir à plus de 3000 mètres. En fin d’été, c’est chose aisée dans la mesure où les derniers névés ont disparu, surtout avec la succession des canicules ayant sévi sur l’Hexagone, Alpes comprises. Cependant, les sommets remplissant ces trois conditions ne sont pas légion : accès pédestre, autorisation administrative pour le bivouac et relative platitude sommitale. En plus de quinze ans, je n’ai pu en faire que quelques-uns : près du Col Sommeiller (3018 m), le Pic du Mas de la Grave (3020 m), le Gros Peyron (3046 m), le Mont Thabor (3179 m) et le Pain de Sucre (3208 m).

Ce week-end réunit tous les facteurs pour partir à la conquête d’un plus de 3000 : nuit de pleine lune, ciel lavé des sables du Sahara par les pluies du vendredi et beau temps annoncé. Le plus dur reste de trouver l’endroit : entre les interdictions des parcs, des réserves diverses et les arrêtés municipaux qui fleurissent désormais partout, il devient difficile dans nos régions de passer une nuit en altitude.

Après avoir parcouru la carte IGN pendant un moment, une destination apparaît comme une évidence : le Grand Galibier (3228 m). Un sacré morceau toutefois, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du point culminant du massif des Cerces, marquant la frontière entre la Savoie et les Hautes-Alpes. Bien déterminé à en découdre, direction la Maurienne pour me frotter à ce géant. Il faut croire que j’ai le don de choisir les week-ends d’événements locaux : la semaine dernière le trail Galibier-Thabor à Valmeinier, aujourd’hui le salon du tout-terrain à Valloire, village noir de monde pour l’occasion.

Une fois sorti de ce bourbier, sur la route du col à Plan Lachat, je m’engage sur la piste direction le lieudit des Mottets (2150 m). L’année précédente, j’avais pu constater qu’il était possible de se garer ici en toute légalité, évitant ainsi près de 2 kilomètres de marche sans intérêt. Vu l’épreuve qui m’attend, je ne boude pas cette économie.

Cap sur le Grand Galibier (3228 m)


Du parking, l’objectif me nargue et m’effraie. Il se profile tel un donjon imprenable, surplombant les lieux de 1100 mètres de dénivelé, avec ses murailles de calcaire dolomitique et ses dédales rocheux. Serais-je à la hauteur, lesté de mes 18 kg sur le dos ? La montre indique 13h45 quand j’entame l’ascension, sur ce sentier que je connais si bien, pour l’avoir emprunté à maintes reprises. Le site a gagné en fréquentation au fil du temps, tout le monde s’est mis en tête d’inscrire à son palmarès la Pointe des Cerces (3098 m), au-dessus du lac éponyme, nouveau lieu à la mode sur les réseaux sociaux. J’avance à bon rythme, en traversant un troupeau de moutons puis les vastes alpages sur le GR57, jusqu’à atteindre le Col de la Ponsonnière (2613 m) seulement quatre-vingt-dix minutes après mon départ.

Vers un monde minéral…

Pour garder la tête froide et le moral, je considère que tout ceci était une simple mise en jambe, un échauffement. Et pour cause, sur la droite se dessine la seconde partie, autrement plus ardue. L’objectif paraît toujours autant inaccessible, difficile de croire qu’un itinéraire y conduit. La crête de la Ponsonnière constitue un préambule, un trait d’union entre deux univers : le verdoyant cède graduellement la place au minéral. Le Lac Blanc, aux eaux vert-turquoise, se dévoile en contrebas du sentier et signale le réel début des hostilités. Dans les éboulis du Roc Termier se devine le raide parcours, aboutissant plus loin au col Termier (2898 m).

Au sein du creux rocailleux se niche un petit plan d’eau bien malingre, avec ses reflets d’un marron terreux. À gauche, une harde de bouquetins se promène dans le pierrier. Ici, c’est leur univers, me rappelant l’humilité qui doit me guider jusqu’à la cime. Face à moi s’élève l’ultime étape du trajet, de toute évidence la plus dure, à en juger par l’esthétique inhospitalière de cette face chaotique.

Un final rocailleux

Le tracé se perd peu à peu dans ce labyrinthe, nécessitant une vigilance de tous les instants pour ne pas s’égarer. Mon salut tient à ces modestes marques bleues, peintes à intervalles réguliers par quelque âme bienveillante des années plus tôt. L’usure du temps les a progressivement estompées, rendant ma progression parfois incertaine. Quelques passages sur la fin obligent à quelques manœuvres d’escalade facile, pour se hisser vers les derniers mètres. À 17h30, le Grand Galibier est enfin conquis, au terme de 3h45 d’une ascension physiquement exigeante, mais avec la fierté d’y être parvenu. Là-haut, le panorama offre une vue sur une pléthore de sommets emblématiques des Alpes, qu’ils soient lointains (Mont Blanc, Mont Viso, Pic de Rochebrune…) ou proches (Aiguilles d’Arves, Mont Thabor et surtout le massif des Écrins, avec la Meije et la Barre des Écrins à portée de main).

Le lieu présente deux éléments improbables : une petite antenne sur un bloc de béton avec un panneau solaire et un replat accueillant idéalement ma tente, pour un bivouac royal. Une petite croix métallique complète le tableau, veillant sur habitants et autres pèlerins de la vallée. Des vautours planent sans effort au-dessus de ma tête. Sans le moindre battement d’aile, ils virevoltent dans le ciel au gré des courants ascendants, laissant entendre le sifflement de l’air à travers leurs plumes.

Crépuscule incandescent et clarté lunaire

Le temps défile, les ombres s’étirent, annonçant l’heure du crépuscule. Franchissant les nuages qui l’éclipsaient jusqu’alors, le soleil livre, pour son dernier quart d’heure, un spectacle saisissant. Contrairement aux précédentes semaines où un voile à l’horizon estompait les ultimes rayons, aujourd’hui aucune nébulosité ne vient jouer les trouble-fête. Les plus hautes montagnes du secteur se transforment alors en une myriade de braises incandescentes, immortalisées avec soin. L’obscurité grandit, mais pour une courte durée. Une demi-heure plus tard, c’est au tour de la pleine lune de jaillir par-delà les crêtes, à l’est. Sa couleur d’un jaune vif rappelle la lumière d’un phare sur les côtes. Celle-ci inonde progressivement le paysage, qui se révèle en clair-obscur, en silhouettes.

Côté nord et ouest, défilent les voitures près des cols du Lautaret et du Galibier, ainsi qu’en direction de Valloire, formant de longues traînées lumineuses sur les photographies nocturnes. Ces dernières donnent l’impression d’avoir été prises en plein jour. Seuls les éclairages urbains et les discrètes étoiles dans le firmament en apportent la preuve contraire.

Sur mon promontoire règne une profonde quiétude, sans vent ou presque, où la température décline peu à peu, atteignant les 2°C au plus frais de la nuit. Glacial pour le commun des mortels, agréable pour moi, compte tenu de l’altitude et de la saison. La fatigue m’emporte péniblement vers minuit, pour quelques heures d’un sommeil haché.

Les lumières matinales

Le réveil sonne à 6h30. Les nuages parsemant jusqu’alors le ciel se sont totalement dissipés, laissant place à une atmosphère limpide. La ceinture de Vénus, bande bleutée de l’ombre de la Terre surmontée des teintes rosées, coiffe le massif des Écrins. Quelques minutes plus tard, s’illuminent les plus hautes cimes d’un rouge écarlate, de façon éphémère. Les Alpes découvrent un jour nouveau, les ombres remontent les versants, la vie s’anime. De mon côté, je fais l’impasse sur la traditionnelle sieste matinale, le chemin du retour s’annonçant long. Les affaires pliées, à 8h40, j’entame la descente. L’itinéraire est plus évident. Cette fois aucune divagation, j’atteins rapidement la crête de la Ponsonnière où trois bouquetins m’offrent une pause photographique bienvenue. Les individus se prélassent sur un gros bloc, favorisant quelques cadrages intéressants avec en arrière-plan la Pointe des Cerces.

La dernière étape m’amène à prendre un chemin alternatif, longeant le ruisseau de la Ponsonnière, plus secret et moins fréquenté. Ma réserve d’eau s’amenuise ; il est temps d’en finir. Si cet itinéraire bis présente un kilométrage plus faible que l’officiel, son caractère accidenté finit de m’achever. À 11h30, la voiture est enfin regagnée, concluant un périple éprouvant, mais avec le bonheur d’avoir réussi le pari, et à la clé, des images et souvenirs inoubliables. Le Grand Galibier devient aujourd’hui mon plus haut lieu de bivouac, lequel le détrônera ?

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Tête de l’Aulp (2129 m) – Aravis
Tête de l’Aulp (2129 m) – Aravis
9 août 2026 In Aravis No Comment

Bivouac à la Tête de l’Aulp (2129 m), les 8 et 9 août 2026, dans le massif des Aravis.

Le choix de la sortie

Les vacances touchent à leur fin, mettant bientôt un terme à la vie réelle, avant de replonger dans le quotidien. Rien de tel qu’un baroud d’honneur que d’aller profiter de ces derniers moments de paix en altitude. L’occasion est double : une cinquième (!) vague de canicule débute ce week-end. À ce rythme, autant parler d’un été étouffant tant les intermèdes de fraicheur furent anecdotiques.

Les jambes encore lourdes de mon ascension de la Sambuy deux jours plus tôt, j’opte pour un parcours plus modeste, qui me conduit du côté des Aravis. L’objectif est un sommet sur le versant oriental du massif, n’ayant pas pu être atteint en mai 2025 pour cause de névés persistants : la Tête de l’Aulp (2129 m). Cette fois, aucun doute sur sa praticabilité.

Ascension de la Tête de l’Aulp

Le départ s’effectue depuis le parking de Merdassier du Milieu (1598 m), le long de la fameuse « route de la soif », magnifique piste d’altitude reliant le col de l’Arpettaz au sud et celui des Aravis au nord. Sous un soleil de plomb, j’attaque la montée au cœur de l’après-midi, à 14h45. Il suffit d’incliner la tête vers le haut, à s’en énuquer, pour voir la cime convoitée.

Les Aravis sont bien connus pour présenter des expositions prononcées ; cette virée ne déroge pas à la règle. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, un sentier sillonne cette muraille qui me fait face, ne disposant pas de la moindre once d’ombre pour soulager l’effort. Le seul avantage de ce raide chemin réside dans la rapidité avec laquelle le dénivelé est avalé, si bien qu’en une cinquantaine de minutes, me voilà au col (1982 m). À droite, la Mandallaz. À gauche, la Tête de l’Aulp avec, en arrière-plan, l’imposant Charvin, sentinelle sud du massif.

Le sentier s’engage sur la crête bordée d’une clôture, les moutons paissant à quelques centaines de mètres, dans l’alpage. Il contourne ensuite le sommet par le nord, via une sente assez aérienne. Les dernières dizaines de mètres se terminent dans la prairie pentue, aboutissant à la petite croix de fer sommitale. Il m’aura fallu seulement 1h20 pour en venir à bout. Le ciel bleu règne ici en maître ; seuls quelques cumulus débonnaires coiffent les Alpes internes. Cependant, à l’ouest semblent se développer des voiles denses et épais, n’augurant rien de bon pour les lumières vespérales.

Du couchant à la nuit

Pendant de nombreuses heures, je patiente en ce lieu, balayé par une légère brise estompant la sensation de chaleur, observant l’œuvre du temps et du travail sur les paysages : les ombres qui s’allongent au fur et à mesure que l’astre décline, les nuages qui se créent et disparaissent, et les moutons, éparpillés sur le versant d’en face, broutant paisiblement. Par la suite, le spectacle hypnotique commence. Aux cris du berger répond la valse des chiens, ballet parfaitement réglé visant à rassembler le troupeau et le conduire jusqu’à la zone de chôme, espace clôturé où les bêtes passeront la nuit.

Entretemps, le soleil s’est effacé derrière la nébulosité, le décor perdant en luminosité. Toutefois, à la faveur d’une petite ouverture de clarté, une brève lumière d’un rouge intense se déploie pendant quelques minutes, avant de s’estomper. À l’horizon, l’étoile entame sa révérence, derrière l’épais filtre nuageux, la transformant en boule orangée si tamisée qu’elle prend des allures cinématographiques. Un épilogue poétique qui se conclut par une incroyable incandescence du ciel après le coucher. L’azur devient un magma éphémère, à en avoir le souffle coupé. Progressivement, la féerie laisse place à la nuit, tandis que les villages alentours s’illuminent un à un. La Voie lactée se dessine au-dessus du Mont Charvin et, plus tard, le croissant de lune émerge, dans un climat relativement doux malgré l’altitude.

Réveil laiteux

Le réveil sonne à 6 heures. L’aube éclaire déjà la Haute-Savoie mais quelque chose semble avoir changé. L’atmosphère est devenue trouble et laiteuse, les traditionnelles rougeurs matinales absentes. Le paysage apparait tel ce linge passé maintes fois à la machine, ayant perdu tout son éclat tant les couleurs y sont délavées. En résulte un lever de soleil complètement fade, sans émotion, suivi d’une lumière blanche et terne. Je n’insiste pas et retourne faire une sieste une heure durant, caressé par un mélange de chaleur solaire et d’air frais de montagne.

À 9 heures, je quitte ce promontoire qui m’a servi de couchette. Trois quarts d’heure plus tard, sous des températures déjà indécentes, je regagne la voiture, concluant une sortie en demi-teinte, sinon décevante en termes photographiques. Que nous réservera encore le ciel ces prochaines semaines ?…

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Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
6 août 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe de la Sambuy (2198 m), dans le massif des Bauges, les 5 et 6 août 2026.

Le choix du sommet

Ce mercredi 5 août 2026 résonne d’une façon toute particulière pour moi : je fête aujourd’hui mes 40 ans. Loin du brouhaha et des conventions sociales présidant cet âge charnière, je décide d’aller célébrer l’entrée dans la quarantaine tout là-haut, face à moi-même et aux grands espaces. Cependant, depuis deux jours le ciel tourne à l’orage, avec de fortes intensités. En témoigne la foudre tombée à la Belle Étoile, la veille, déclenchant un incendie, fort heureusement rapidement maîtrisé par les pompiers. Clin d’œil facétieux des éléments par rapport à mon passé – mon électrisation en mai 2024 qui a failli me coûter la vie – ou simple coïncidence, je prends le message comme un appel à la prudence dans le choix de la sortie.

J’exclus ainsi tous les massifs internes, près de la frontière italienne, jugés à risque selon les prévisions. Bien que moins probables, des débordements sur les Préalpes ne sont pas à exclure, si bien qu’il me faut trouver un endroit disposant d’un abri où se replier. La toute proche Sambuy remplit l’ensemble des critères. L’objectif est de patienter en haut de la remontée mécanique, située aux deux tiers du parcours, où se trouvent des bâtiments, avant de poursuivre quand tous les feux seront au vert.

Ascension de la Pointe de la Sambuy

La voiture garée au parking de la station de Seythenex-La Sambuy (1144 m), j’entame les premières foulées sur la piste sillonnant l’ubac de la montagne. Les bourgeonnements au-dessus des reliefs alentours me questionnent, mais ils présentent l’avantage de fournir un peu d’ombre en cette lourde journée d’août. En quatre-vingt-dix minutes, au prix d’une transpiration déraisonnable, me voilà au premier palier, au sommet de la station (1827 m). Parmi les différentes constructions en place, figure une plateforme en bois, offrant une vue de choix sur la Tournette et le lac d’Annecy.

Pour marquer le coup, j’ouvre une bière ambrée locale afin de trinquer avec la Haute-Savoie et les cimes, ma compagnie du jour. L’ivresse de la montagne n’a jamais aussi bien porté son nom. Pendant près de 2h30, je m’attarde sur ce petit perchoir à contempler les éléments, à observer l’évolution de l’atmosphère et à consulter prévisions, modèles et autres observations en temps réel de l’activité orageuse. Rien à l’horizon, c’est le moment de finir l’ascension, afin de rejoindre cette pointe calcaire qui me nargue depuis quelques heures, presque 400 mètres plus haut.

Le sentier serpente dans l’alpage jusqu’au col de la Sambuy, puis bifurque en direction du sud afin de gagner la cime éponyme. Un panneau signale la dangerosité de cette dernière portion, largement justifiée par la raideur et l’engagement du parcours final. En attestent les câbles et les mains courantes disposés ça et là pour assurer de bonnes prises sur la roche patinée et glissante.

Arrivée au sommet

Il est 19h30 quand j’atteins la crête sommitale. Le ciel déploie une splendide lumière dorée qui oscille au gré des petits cumulus à l’ouest, transformant le décor. Les prairies ceinturant l’alpage de l’Aulp de Seythenex prennent, l’espace d’un instant, des teintes d’un brun doré, laissant entrevoir en contrejour le chalet du même nom, dans une ambiance onirique. Dans le même temps, le nord des Bauges baigne dans des rayons rasants, participant au bal de la rêverie.

Cependant, l’horizon accumule les particules dans les basses couches, si bien que le Soleil se transforme progressivement en une boule d’un jaune incandescent, plongeant ses abords dans un rouge vif. Il ne produit plus d’ombre tant les rayons sont filtrés, mais l’astre clôture merveilleusement bien ce mercredi si spécial. Étant définitivement assuré de l’absence d’orage, j’installe mon campement de fortune ici-même, le minimum rudimentaire sur l’un des seuls replats de la crête, pour une nuit à la belle étoile. L’obscurité est à peine installée que l’humidité rampe de partout, imprégnant matériel, vêtements et sursac de couchage. L’atmosphère laiteuse et brumeuse ne laisse aucun doute sur ce plan.

Une nuit humide

La nuit envahit peu à peu les Alpes. À la clarté des villes en vallée répond celle, plus délicate, de la Voie lactée, s’élançant dans le ciel méridional. Elle se fait néanmoins rapidement voler la vedette par le quartier de lune jaillissant par-delà le Mont Blanc, à minuit. Une douce lueur drape les paysages endormis, dans laquelle je me laisse envahir par le sommeil. Un bruit m’en extrait à 3 heures : un traileur noctambule sorti de nulle part, la frontale allumée, l’allure ardente. J’ignore qui de nous deux est le plus surpris : cet inconnu en voyant le clochard que je suis dans cette situation inconfortable, ou bien moi me demandant l’intérêt d’une telle sortie en cet horaire indu. Nous échangeons trois mots de courtoisie. Il redescend, je me rendors.

Les lumières de l’aube

5h45 : les lueurs de l’aube inaugurent la nouvelle journée. L’humidité est toujours aussi forte, toutes mes affaires sont trempées, tandis que des nuages peu épais viennent orner les massifs orientaux. Au loin, une fine dentelle voit ses contours irisés par le lever de soleil, avant que celui-ci émerge au bénéfice d’une trouée. Pendant plusieurs minutes, le secteur se voit gratifié d’une lumière pure et intense, masquant temporairement les désagréments du voile trouble.

Après ce spectacle matinal, je m’octroie une sieste d’une heure, tel un lézard d’altitude, puis entame le chemin du retour à 9 heures, jusqu’à regagner la voiture deux heures plus tard. D’ici, la Sambuy paraît imprenable. Pourtant, cette petite citadelle perchée à 2198 mètres m’a fait l’honneur de m’accueillir pour célébrer cet anniversaire mémorable, le temps d’une nuit…

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Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
28 juillet 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Dent d’Arclusaz (2041 m), dans le massif des Bauges, les 27 et 28 juillet 2026.

Le choix de la sortie

L’été 2026 s’apparente à une histoire sans fin, rythmée par des canicules qui se succèdent, laissant à peine le temps aux organismes de souffler. La quatrième vague est annoncée pour cette fin juillet, accueillie avec un certain fatalisme, pendant que certaines forêts françaises brûlent, au sens littéral du terme. Conjugaison de la sécheresse et de la malveillance humaine, désolant.

Gravir les montagnes constitue un remède pour se détourner des mauvaises nouvelles, tout en allant chercher la fraîcheur là où elle se trouve. Un sommet local me nargue depuis longtemps, se dressant majestueusement au-dessus de la Combe de Savoie : la Dent d’Arclusaz (2041 m). Voilà exactement dix-huit ans que je n’y suis pas monté. En juillet 2008, le fringant étudiant inexpérimenté que j’étais découvrait la montagne et la photographie. Cette virée à la journée m’avait marqué par sa difficulté physique. Avec le poids du sac et de l’âge, j’ai constamment décliné toute nouvelle tentative, jusqu’à aujourd’hui. En effet, une large zone de l’est des Bauges m’est interdite, car le règlement de la RNCFS proscrit le bivouac. Bon nombre des « quatorze 2000 » du massif – secteurs les plus grandioses – y sont situés. L’Arclusaz fait partie de cette poignée où on peut encore passer librement la nuit.

Montée à la Dent d’Arclusaz

La voiture garée au col du Frêne (950 m), il est 14h30 quand les premières foulées marquent le début du périple. Sous un ciel parfaitement bleu, le soleil frappe comme une gifle, en dépit de l’altitude. Au bout de quelques centaines de mètres en sous-bois, la clairière de Pré Ballet dévoile l’objectif du jour. La muraille calcaire surmontée de sa croix sommitale apparait si loin et inaccessible qu’elle découragerait les moins téméraires. L’ombrage bienvenu de la première moitié du parcours n’empêche pas la sueur de perler à grosses gouttes sur mon visage. Jusqu’au col du Potat (1351 m), la piste ne présente guère d’intérêt et, pour rompre cette monotonie et tromper la solitude, j’accompagne mes enjambées du livre audio de L’Étranger, d’Albert Camus. La plume dépouillée de l’auteur se dilue dans le vent perçant la forêt baujue.

Le sentier serpente dans le versant occidental et s’échappe définitivement du boisement au niveau de Pierre Besse, entrant dans le domaine des alpages. Il faut se tordre le cou pour voir le sommet qui s’est nettement rapproché, mais donnant toujours cette sensation de forteresse imprenable. Pourtant l’itinéraire avale les courbes de niveau et, à la cote 1800 m, un panneau prévient de la dangerosité de la suite. Une faille dans ce rempart minéral, munie d’un cordage, permet d’accéder à la crête.

Un bivouac vertigineux

Deux cents mètres à peine me séparent encore de la croix. Chez les plus sujets au vertige, ce final ressemblerait à une épreuve, tant les câbles s’égrènent sur le calcaire pentu et le sol instable ; pour ma part c’est une conclusion ludique qui me conduit enfin à la cime tant convoitée, après 3h30 d’effort ! Le panorama rend justice à l’abnégation : le regard embrasse la quasi-totalité des Bauges ainsi que les massifs environnants (Chartreuse, Belledonne, Lauzière) et les silhouettes lointaines de la Vanoise, des Écrins, des Arves, etc. L’éternel Mont Blanc quant à lui se manifeste de façon plus discrète, entre le Mont d’Armenaz et la Pointe des Arces.
Malgré la pluie du week-end, l’atmosphère présente une faible visibilité, un fin voile envahit le paysage.

Je profite de la fin de journée pour rechercher un emplacement pour le bivouac, sachant pertinemment, suite à mes repérages, que la tâche serait compliquée. Comme une providence, quelques mètres sous la croix métallique, non loin des falaises vertigineuses, je tombe sur une sorte de marche d’escalier longue de deux mètres, pour une cinquantaine de centimètres de large. De l’inconfort en perspective certes, mais du replat, inespéré !

Le soleil décline, les ombres s’allongent. La nébulosité ambiante étouffe la rougeur espérée, au profit d’un jaune quelconque sur les versants, alors qu’à l’est surgit la pleine lune au-dessus des crêtes de la Lauzière. Celle-ci a guidé mon choix de sortie, afin de pouvoir immortaliser la Combe de Savoie sous la clarté lunaire. Dans ses dernières minutes, l’astre incandescent embrase l’horizon, seule consolation pour ce crépuscule aux teintes tristement blafardes, qui affadissent un décor dépourvu de contraste. J’attends patiemment que la pénombre s’installe pour de bon, afin de capter les paysages inondés de la lumière argentée, jusqu’à minuit.

Lever du jour à la Dent d’Arclusaz

Après quelques heures d’un sommeil léger, le réveil sonne, il est 5h30. Le ciel se montre toujours aussi uniforme, laiteux, insipide. Comme prévu, le soleil jaillit dans l’alignement exact du Mont Blanc. Dès lors, il apporte un peu de vie à la scène, notamment du côté du nord-est où la succession des montagnes, baignées dans la lumière dorée, crée d’esthétiques géométries fantomatiques, des sommets baujus aux lointaines Dents du Midi, en Suisse. Trois cents mètres au sud, quatre chamois débonnaires dialoguent avec le précipice, profitant eux aussi des rayons chaleureux.

Sur mon replat de fortune, j’entame une petite sieste où se mêlent la fraîcheur du vent et le soleil ardent, paroxysme de l’agréable, avant de tout plier. Au moment de quitter les lieux, je laisse un message sur le cahier calfeutré au pied de la croix, dans un tube PVC : il a été déposé par la famille d’une habitante de Saint-Pierre d’Albigny, décédée ici-même suite à une chute il y a près de vingt-cinq ans, afin d’entretenir sa mémoire. 2h15 plus tard, je regagne la voiture sur le parking, au terme d’une excursion physiquement engageante et d’un butin photographique en demi-teinte : juillet est rarement une période prolifique pour les plus belles ambiances.

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Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
23 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac au Crêt du Rey (2633 m) dans le massif du Beaufortain, les 22 et 23 juillet 2026.

Le choix de la destination

L’été semble enfin avoir repris un cours normal, avec des températures dites « de saison », à savoir chaudes mais pas trop, loin de ces atmosphères suffocantes qui se sont succédé depuis mai. Le contexte anticyclonique et stable du moment n’offre pas de conditions idéales pour ramener des images exceptionnelles en montagne. Qu’importe, le simple prétexte de se retrouver là-haut se suffit à lui-même.

Souhaitant initialement partir du côté du lac de Presset pour immortaliser la Voie lactée et le reflet de la Pierra Menta dans le plan d’eau, j’ai vite déchanté à la lecture de l’arrêté municipal prohibant le bivouac à cet endroit. Une interdiction de plus, comme il ne cesse d’en fleurir dans les Alpes année après année, réduisant toujours les possibilités pour ceux qui, comme moi, fuient les commodités et la foule en altitude. Vous voulez m’inciter à aller en refuge ? Très bien, je programme alors une sortie en forme de pied de nez au confort.

L’objectif du jour est ce sommet présent dans presque chacun des panoramas observés depuis le début de la saison, se hissant dans le top 20 des plus hauts points du massif du Beaufortain : le Crêt du Rey (2633 m). En fin de journée, cap vers le point de départ au-dessus du barrage de Saint-Guérin, au bout de la piste carrossable menant au Cormet d’Arêches (2109 m). La cime convoitée s’élève au sud du lieu, aux pentes rocailleuses et vertigineuses, semblant inaccessible.

Montée au Crêt du Rey

Il est un peu plus de 17h30 quand j’entame les premières foulées sur le chemin agricole surplombant les chalets du Cormet, au cœur des alpages verdoyants. Le début du parcours s’effectue sous un ciel parfaitement et uniformément bleu, rythmé par le tintement des cloches des vaches, avant de s’engager sur un sentier menant vers le col de Corne Noire. J’opte cependant pour un itinéraire alternatif, plus direct et escarpé, consistant à remonter l’arête nord-est du Crêt du Rey. La croix sommitale est ainsi rapidement atteinte, en à peine 1h20. Outre l’emblème sacré, m’accueillent un vent modéré et une étroite crête. Se pose alors d’emblée la question du lieu de bivouac. Malgré l’absence de tente, impossible de trouver un replat digne de ce nom. Ce sera donc sur le sentier, bénéficiant d’une luxueuse largeur d’environ 50 centimètres avant que le versant herbeux ne plonge dans l’abîme. Je mise tout sur ma nature peu remuante la nuit.

Le Soleil décline lentement vers l’horizon. La visibilité demeure relativement mauvaise : des filaments grisâtres coiffent le ciel, semblables à des fumées résiduelles, enrobant notamment le Mont Blanc, tandis qu’à l’ouest stationnent d’épais nuages élevés. Tous les éléments sont réunis pour assister à des lumières crépusculaires fades. Tamisée par la nébulosité, notre étoile se transforme, quelques minutes durant, en grande boule rouge. Plus aucun rayon ne parvient à illuminer les lieux, qui s’assombrissent dans une certaine indifférence. Non sans une forme d’esthétique, l’astre disparaît derrière le Grand Mont d’Arêches, pour laisser place à la nuit.

Nuit sous la Voie lactée et aube voilée

Le quartier de Lune apporte une légère lueur, mais peu après minuit le satellite se couche, plongeant le décor dans une obscurité presque parfaite, ce qui me permet d’immortaliser la Voie lactée. Celle-ci se dresse au sud, un peu ternie par la pollution lumineuse de Moûtiers et plusieurs villages d’altitude. Si le vent a disparu, les températures chutent, avoisinant les deux degrés ; la fraîcheur est palpable.

À 5 heures, les premières lueurs de l’aube me sortent de mon sommeil superficiel. Comme la veille, les voiles obstruent l’horizon. J’ai beau patienter, les chaudes couleurs n’arrivent pas, ou alors se font timidement ressentir. Je compense avec les silhouettes alpines et des plans serrés, sans conviction. Une heure plus tard, le Soleil émerge. Certes il brille, mais il n’apporte aucune incandescence sur les cimes. Il faut attendre de longues minutes pour que la lumière inonde les versants, donnant quelques rais vaporeux dans le lointain. Un bien maigre butin néanmoins.

Après un frugal petit déjeuner, je m’allonge sur mon matelas à moitié dans la pente. La fatigue, conjuguée à la douceur des rayons solaires, a raison de moi et me plonge dans la léthargie. J’émerge deux heures plus tard, surpris par cette sieste imprévue mais particulièrement bienvenue.

Vers 11h30, la voiture est regagnée. Le bilan se révèle plutôt mitigé, en raison de mauvaises conditions de lumière, ternissant les paysages, mais avec un souvenir marqué de ce bivouac d’équilibriste, spartiate et aérien !

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Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
13 juillet 2026 In Aravis No Comment

Bivouac à Croisse Baulet (2236 m), dans le massif des Aravis, les 12 et 13 juillet 2026.

Le choix de la sortie

Décidément, une canicule en chasse une autre en cette année 2026. À peine nous nous sommes remis de la précédente, qu’en débarque une nouvelle. En cette mi-juillet, la troisième s’installe en France. Après les orages bienvenus la veille, un temps plus stable est prévu pour le pont du 14 juillet, un prétexte pour aller chercher des températures plus vivables sur les sommets. Un endroit en particulier est sur ma liste depuis quelque temps, suite à un renoncement deux ans plus tôt, faute d’une sortie trop tôt dans la saison et de la présence de neige : Croisse Baulet (2236 m). Il constitue un belvédère de premier choix sur le massif du Mont Blanc, par sa position aux avant-postes des Aravis, dominant la vallée de l’Arve.

Montée à Croisse Baulet

Plusieurs accès sont possibles pour l’atteindre, je choisis le plus direct, moyennant tout de même un tarif de 900 mètres de dénivelé environ. Direction les hauteurs du village de Cordon. Après avoir desservi les derniers hameaux, la route s’enfonce dans la montagne pour se transformer en piste, jusqu’à atteindre le parking des Plaines (1360 m). Le site accueille une petite aire de pique-nique pour les familles. Quant à moi, pas question de traîner ici. Le sac à dos sur les épaules, je m’enfonce sur le chemin forestier, il est 15h15. L’ombrage du sous-bois se révèle opportun pour cette mise en jambes.

Mais une fois parvenu à l’alpage de l’Avenaz, c’est sous un soleil de plomb que se poursuit l’ascension. Le paysage qui se dévoile agit néanmoins comme un stimulant, tandis que l’objectif se dresse au-dessus de ma tête, telle une forteresse imprenable. Peu avant 17 heures, me voilà au col de l’Avenaz (1929 m). À gauche le Petit Croisse Baulet (2009 m), et à droite le Grand, surplombant la raide prairie. En dépit de l’altitude, la chaleur est intense, amplifiée par l’effort. Une demi-heure plus tard, le sommet est atteint. Le lieu se compose d’une longue crête effilée, plongeant au sud-ouest vers la Giettaz puis, au nord, domine abruptement la cabane du Petit Pâtre, où j’ai fait étape deux ans auparavant.

La chute

Alors que je me rends vers le cairn, mon téléphone m’échappe des mains, tombe sur la tranche, prend de la vitesse et effectue un magistral saut de l’ange dans le précipice. Impuissant, je ne peux que constater sa chute, puis le voir se fracasser dans le thalweg rocailleux, une centaine de mètres en contrebas. Dépité par ce geste malheureux, je commence à descendre pour le récupérer mais abandonne, cela attendra demain, vu l’état désespéré dans lequel il doit être.

La fin de journée se voit quelque peu ternie par cet incident, alors j’en profite pour bouquiner pendant que le jour décline, installant au passage mon bivouac sommaire sur un replat herbeux. Comme les deux dernières fois, ce sera une nuit à la belle étoile. Sans surprise, le coucher de soleil livre une lumière terne et sans relief, avec une atmosphère manquant de limpidité. Je m’allonge en attendant que la nuit soit totale pour lancer les timelapses sur les étoiles. À l’opposé, en bas, les villes scintillent de leurs lumières urbaines.

Animations nocturnes

Vers minuit, un bruit délicat me sort de mon sommeil léger. J’ouvre les yeux. À 50 centimètres de ma tête, se détache du bleu nuit de l’atmosphère une silhouette animale : un renard curieux vient me renifler, troublé par ma présence ici. « Que vient faire ce clochard sur mon territoire ? », semble-t-il penser. Il reviendra d’ailleurs quelques minutes plus tard, particulièrement intrigué. « Va-t’en », lui dis-je, « je ne suis pas comestible ! ».

Les heures de la nuit défilent. En face, une myriade de points lumineux ponctue le Mont Blanc ; dans une grande procession, les alpinistes partent à la conquête du toit de l’Europe, dans ces conditions probablement parfaites. Difficile de dormir de mon côté. À 4h30, les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est, dans lesquelles se fond la lune, franchissant les crêtes du Chablais. Ornée d’un fin croissant, elle apporte une dimension mystique au moment, tel l’œil de Sauron, version céleste.

Brasier matinal

J’observe le jour prendre forme progressivement. Les cirrus se parent de douces teintes rouges, tandis que les vallées sont encore plongées dans l’obscurité, il n’est que 5 heures. Contre toute attente, alors que l’horizon reste voilé, une improbable luminosité s’installe. Elle transforme le ciel en un vaste brasier aux nuances orange, se diffusant dans l’ensemble du paysage, un régal pour les yeux et l’appareil photo. Les cimes environnantes s’allument peu à peu, dans des tons surprenants, durant une poignée de minutes. Hypnotique.

Cerise sur le gâteau, à la faveur d’une obstruction par les nuages, le soleil diffuse des rayons aux allures divines, traversant la vallée de l’Arve, mêlant douceur et poésie. Une scène envoûtante avant que les voiles élevés, épais et généralisés, ne viennent mettre un terme au spectacle. Le temps pour moi de ranger les affaires, la quête du jour se profile : retrouver le kamikaze dans l’abîme. Je me dirige alors sur le flanc oriental de Croisse Baulet, constitué d’un dédale de rocailles, difficilement accessibles. Une fois retrouvé le point de repère identifié la veille– un gros bloc solitaire – je pars à la recherche de l’objet. Une demi-heure plus tard, alors que le doute commençait à s’installer, le voici enfin ! À ma grande surprise, point d’écran cassé ni de lentille détériorée. Mieux : il fonctionne, incroyable ! La robustesse de la firme coréenne et sûrement beaucoup de chance…

Sur cet heureux dénouement, je finis la longue descente, pour retrouver la voiture sur les coups de 9h30, épilogue d’une sortie riche en rebondissements et en ambiance. Autre motif de satisfaction : mon genou souffreteux depuis plusieurs semaines, n’a montré aucun signe de faiblesse sur ce terrain exigeant, de bon augure pour la suite.

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Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
4 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Pointe de la Grande Journée (2460 m), les 3 et 4 juillet 2026, dans le massif du Beaufortain.

Le choix de la destination

En juin, la France a suffoqué comme jamais, en témoignent les records de chaleur pulvérisés de partout. Inquiétantes prémices des étés d’un futur proche, qui deviendront la norme. Les températures accablantes de ces dernières semaines m’ont découragé à l’idée d’aller en altitude, le corps et l’esprit lessivés par les conditions difficiles à vivre au quotidien. Tout le paradoxe de s’enfermer chez soi, dans l’obscurité afin de conserver une once de fraîcheur, alors que le soleil radieux, mais brûlant, domine à l’extérieur.

Une brève accalmie se présente ce début juillet, avant une nouvelle vague caniculaire déjà annoncée, la troisième de l’année. Après trois semaines à l’écart des sentiers, l’appel des hauteurs se fait sentir, un besoin vital de s’offrir une parenthèse loin de la routine assassine. Pas question d’attendre le samedi, dès le vendredi, une fois acquitté de mes obligations professionnelles, cap sur des aventures bien plus palpitantes. Toujours dans l’optique d’écumer toutes les cimes environnantes, je jette mon dévolu sur celle que je vois chaque jour depuis ma cuisine, arrière-plan majestueux dominant le nord de la Combe de Savoie : la Pointe de la Grande Journée (2460 m). On peut dire que son nom est de saison, une dizaine de jours succédant au solstice, aux longues périodes diurnes.

Cap vers la Pointe de la Grande Journée

Pour atteindre le point de départ, il faut remonter la longue route sinueuse dominant Albertville jusqu’au col des cyclotouristes, en passant par le Fort du Mont. De là, une piste se poursuit longuement dans la forêt, où les quatre roues motrices se révèlent précieuses. J’avais pu effectuer un repérage l’été dernier, pour m’assurer de sa praticabilité et de sa légalité d’accès : seuls les quads et les motos sont interdits par arrêté municipal. Cette section permet de gagner une altitude de 1840 mètres où se trouve un petit parking sous la Roche Pourrie. Le reste de la piste est réservé aux ayants droit.

L’objectif du jour se dresse déjà en ligne de mire, si proche et loin à la fois. Il est 17h15. Sous un ciel ensoleillé, ponctué de quelques nuages apportant une ombre bienvenue, le parcours commence, traversant d’abord les alpages et les chalets de l’Aulp de Tours jusqu’à rejoindre le long sentier aboutissant au col des lacs. Il contourne cette vaste combe en pente douce, ménageant les efforts. À 19 heures, le col en question est atteint. Outre les panneaux jaunes, il est matérialisé par un gros cairn, surmonté d’une petite croix de fortune, faite de deux morceaux de bois rafistolés.

Panorama sur la crête sommitale

Le regard se tourne ensuite en direction du nord-est. L’inclinaison de la pente augmente drastiquement, s’agissant de la dernière ligne droite vers le sommet. Ayant toujours des incertitudes sur l’état réel de mon genou, je monte tranquillement le sentier, offrant par moments de belles sections aériennes, sans danger. À 19h45, l’objectif est rempli. Le panorama se dévoile à 360 degrés, même si côté Mont Blanc, d’épais nuages accrochent le massif. À peine ai-je le temps de prendre possession des lieux que deux vautours fauves tournoient au-dessus de ma tête : « revenez plus tard, je ne suis pas encore mort ! », murmuré-je.

Le Soleil décline peu à peu vers l’horizon, apportant des teintes chaudes sur les paysages, pendant que je m’installe sur la crête sommitale : l’espace est exigu, laissant la place uniquement pour un tapis de sol sur le seul replat. Ce sera une nuit à la belle étoile, avec une vue n’ayant rien à envier aux hôtels de prestige. Dans ses dernières minutes de vie, l’astre incandescent embrase le lointain. Ces couleurs vives persistent en début de nuit, souffle résiduel de la journée qui vient de s’écouler, tandis qu’en fond de vallée, les villes et villages s’illuminent les uns après les autres.

Nuit humide sous la clarté lunaire

La pénombre, puis l’obscurité, vont être de courte durée. Vers minuit, la Lune pleine à 80% émerge, illuminant délicatement le paysage de sa lueur argentée. La sensibilité du capteur permet de produire des images surréalistes, comme si la nuit et le jour s’entrelaçaient. C’est d’ailleurs l’une des raisons m’ayant conduit ici, d’associer la clarté lunaire à celle de l’urbain.

Le sommeil ne dura guère, à 5 heures me voilà debout, à immortaliser les teintes de l’aube, se propageant un peu partout. L’atmosphère a été particulièrement humide, la condensation est omniprésente, de l’appareil photo au sursac de couchage, renforçant la sensation de fraîcheur. Progressivement les cimes se parent d’une lumière rouge pâle, puis le Soleil d’apparaître, entre le Mont Blanc et les Aiguilles de Tré la Tête, apportant ses rayons bienfaisants. Il est 6 heures. Je profite pendant un moment de cette ambiance matinale, avant de m’effondrer de fatigue sur ma couche de fortune, pour une sieste réparatrice. Je suis réveillé deux heures plus tard par deux jeunes trailers de passage, alors que la brume ondule au gré du vent. Le temps est venu de plier bagage et rentrer.

Aux alentours de 11 heures, la voiture est retrouvée, conclusion de cette belle virée en terres du Beaufortain.

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Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
14 juin 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à l’Aiguille Croche (2487 m) dans le massif du Beaufortain, les 13 et 14 juin 2026.

Le choix de la destination

La saison 2026 commence difficilement avec une blessure au genou (tendinite) qui mettra sans doute du temps à disparaître. Le repos forcé n’étant supportable qu’un temps, direction de nouveau les sommets, en choisissant néanmoins des itinéraires sans difficulté particulière, au dénivelé modéré, afin de prendre la température et tester l’état du matériel anatomique. C’est ainsi qu’en cette mi-juin, me voilà du côté du tout proche Beaufortain, aux confins de la vallée d’Hauteluce.

L’idée est de démarrer d’assez haut, au col du Joly (1989 m). L’arrivée à celui-ci fait toujours son effet, quand surgit au dernier moment l’imposant massif du Mont-Blanc, si près qu’on pourrait le toucher en tendant le bras. Sur la gauche, l’œil est également attiré par l’objectif du jour, surplombant les lieux d’environ 500 mètres : l’Aiguille Croche (2487 m).

L’ascension à l’Aiguille Croche

Le parcours pour y parvenir n’a rien de sauvage, dans la mesure où il serpente dans le domaine skiable des Contamines, jonché d’éléments artificiels, à l’esthétique plus que discutable : remontées mécaniques, pylônes, pistes d’exploitation, guérites et autres équipements paravalanche (billons de bois et gazex). Néanmoins, la photographie ne constitue pas le but final de ce week-end, mais un motif secondaire, derrière celui des sensations et le plaisir tout simplement d’être en extérieur ; d’autant plus que la météo anticyclonique favorise le développement des nuages en altitude et réduit les visibilités au loin.
L’ascension s’effectue tranquillement en remontant le chemin qui zigzague sur le versant oriental.

L’exposition défavorable aidant, une fois franchi le sommet du télésiège des Tierces (2254 m), les névés font leur apparition ponctuellement, agrémentant la marche de passages plus glissants. Après un peu plus d’1 h 30 de grimpette, l’Aiguille Croche est atteinte, matérialisée par une antenne dressée sur un support en béton. Une vision anthropique qui se déploie d’ailleurs bien au-delà, puisque de l’autre côté s’étend la petite station familiale de… Megève ! La cime offre un point de vue plongeant sur l’altiport, symbole à lui tout seul de la démesure de ce monde dans lequel je me sens si étranger. Heureusement, à l’opposé, le massif du Mont-Blanc propose un paysage bien plus apaisant, même si les glaciers préoccupent par leur recul constant, comme celui de Tré-la-Tête, juste en face.

Un panorama à 360 degrés

Outre les lieux évoqués précédemment, d’innombrables massifs se distinguent dans le paysage, de façon plus ou moins lointaine : les Aravis, le Chablais, l’intérieur du Beaufortain, les Bauges, la Chartreuse, la Vanoise, Belledonne et même les Écrins, identifiables par leur coiffe blanche. Un replat jouxtant l’antenne invite à planter la tente devant ce panorama à 360 degrés, tandis que le ciel se voile progressivement, faisant disparaître les ombres jusqu’au passage du Soleil derrière l’horizon.

Les rougeurs du ciel persistent cependant longtemps, avant que la nuit ne prenne le relais. La température clémente et le vent quasi inexistant rendent le moment agréable, avant de glisser dans un sommeil tout relatif : à minuit le réveil sonne. L’absence de lune permet de contempler la Voie lactée qui se dresse en arc de cercle au-dessus du Mont-Blanc, révélant malgré elle la pollution lumineuse des Alpes du Nord. Devant, de minuscules points lumineux mouchètent les glaciers : ce sont des alpinistes partant à la conquête du toit de l’Europe.

Les lumières de l’aube

Quelques heures plus tard, à peine le temps de s’assoupir, l’alarme retentit : « il est 5 heures », dit la voix antipathique. La lumière de l’aube fait son apparition, teintant d’un rouge délavé les nuages toujours aussi tenaces en altitude, n’éclairant le territoire que d’une manière fade. En contrebas, des chamois et leurs petits traversent le versant aux rochers chaotiques. Les pierres roulant sous leurs sabots trahissent leur présence.

Peu après 6 heures, le Soleil surgit derrière l’Aiguille Verte, dans un halo éblouissant, la lueur se diffusant à travers les voiles. Cependant, contre toute attente, des rais lumineux se forment en dessous, à la faveur d’un banc d’humidité stagnant vers 3 000 mètres d’altitude, apportant un côté mystique à ces montagnes majestueuses, le tout dans une ambiance dorée.

C’est sur ce petit cadeau du ciel que se termine la session. Une heure de descente plus tard, le parking est retrouvé, le genou signalant au passage qu’il faudra éviter les itinéraires relevés, sous peine de sanction…

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