• Accueil
  • Galeries
    • Dernières galeries
    • Montagne
      • Aiguilles Rouges
      • Alpes Grées
      • Aravis
      • Bauges
      • Beaufortain
      • Belledonne
      • Bornes
      • Bugey
      • Cerces
      • Chablais
      • Chartreuse
      • Dévoluy
      • Diois
      • Ecrins
      • Epine
      • Grandes Rousses
      • Lauzière
      • Mercantour
      • Mont Cenis
      • Parpaillon
      • Pyrénées
      • Queyras
      • Taillefer
      • Ubaye
      • Vanoise
      • Vercors
    • Live
      • #
      • A-B
      • C-D
      • E-F
      • G-H
      • I-J
      • K-L
      • M-N
      • O-P
      • Q-R
      • S-T
      • U-V
      • W-X
      • Y-Z
    • Voyages
      • 2012 : Norvège
      • 2013 : Finlande
      • 2013 : Norvège
      • 2014 : Islande
      • 2015 : Norvège
      • 2016 : Ecosse
      • 2017 : Canada
      • 2017 : USA
      • 2018 : Islande
  • Portfolios
    • Brumes
    • Couleurs d’automne
    • De nuit
    • Heure bleue
    • Jeu de lumière
    • Lacs de montagne
    • Live
    • Lumières crépusculaires
    • Paysages enneigés
  • Vidéos
    • Nuits alpines
    • Rétrospective 2025
  • Boutique
  • Carte
  • Blog
  • A propos
  • Archives

    • août 2026
    • juillet 2026
    • juin 2026
    • mai 2026
    • mars 2026
    • décembre 2025
    • octobre 2025
    • septembre 2025
    • août 2025
    • juillet 2025
    • juin 2025
    • mai 2025
    • février 2025
    • octobre 2024
    • septembre 2024
    • août 2024
    • juillet 2024
    • juin 2024
    • mai 2024
    • janvier 2024
    • octobre 2023
    • août 2023
    • juillet 2023
    • juin 2023
    • mai 2023
    • mars 2023
    • octobre 2022
    • septembre 2022
    • août 2022
    • juillet 2022
    • juin 2022
    • mai 2022
    • octobre 2021
    • septembre 2021
    • août 2021
    • juillet 2021
    • juin 2021
    • mai 2021
    • décembre 2020
    • octobre 2020
    • août 2020
    • juillet 2020
    • juin 2020
    • mai 2020
    • février 2020
    • octobre 2019
    • août 2019
    • juillet 2019
  • Catégories

    • Aiguilles Rouges
    • Alpes Grées
    • Aravis
    • Bauges
    • Beaufortain
    • Belledonne
    • Bornes
    • Cerces
    • Chablais
    • Chartreuse
    • Dévoluy
    • Giffre
    • Grandes Rousses
    • Histoire derrière la photo
    • Lauzière
    • Mont-Cenis
    • Norvège
    • Publication
    • Pyrénées
    • Queyras
    • Taillefer
    • Ubaye
    • Vanoise
    • Video
  • Méta

    • Connexion
    • Flux des publications
    • Flux des commentaires
    • Site de WordPress-FR
  • Accueil
  • Galeries
    • Dernières galeries
    • Montagne
      • Aiguilles Rouges
      • Alpes Grées
      • Aravis
      • Bauges
      • Beaufortain
      • Belledonne
      • Bornes
      • Bugey
      • Cerces
      • Chablais
      • Chartreuse
      • Dévoluy
      • Diois
      • Ecrins
      • Epine
      • Grandes Rousses
      • Lauzière
      • Mercantour
      • Mont Cenis
      • Parpaillon
      • Pyrénées
      • Queyras
      • Taillefer
      • Ubaye
      • Vanoise
      • Vercors
    • Live
      • #
      • A-B
      • C-D
      • E-F
      • G-H
      • I-J
      • K-L
      • M-N
      • O-P
      • Q-R
      • S-T
      • U-V
      • W-X
      • Y-Z
    • Voyages
      • 2012 : Norvège
      • 2013 : Finlande
      • 2013 : Norvège
      • 2014 : Islande
      • 2015 : Norvège
      • 2016 : Ecosse
      • 2017 : Canada
      • 2017 : USA
      • 2018 : Islande
  • Portfolios
    • Brumes
    • Couleurs d’automne
    • De nuit
    • Heure bleue
    • Jeu de lumière
    • Lacs de montagne
    • Live
    • Lumières crépusculaires
    • Paysages enneigés
  • Vidéos
    • Nuits alpines
    • Rétrospective 2025
  • Boutique
  • Carte
  • Blog
  • A propos
Sylvain Clapot - Photographe > alpes

alpes

Tête de l’Aulp (2129 m) – Aravis
Tête de l’Aulp (2129 m) – Aravis
9 août 2026 In Aravis No Comment

Bivouac à la Tête de l’Aulp (2129 m), les 8 et 9 août 2026, dans le massif des Aravis.

Le choix de la sortie

Les vacances touchent à leur fin, mettant bientôt un terme à la vie réelle, avant de replonger dans le quotidien. Rien de tel qu’un baroud d’honneur que d’aller profiter de ces derniers moments de paix en altitude. L’occasion est double : une cinquième (!) vague de canicule débute ce week-end. À ce rythme, autant parler d’un été étouffant tant les intermèdes de fraicheur furent anecdotiques.

Les jambes encore lourdes de mon ascension de la Sambuy deux jours plus tôt, j’opte pour un parcours plus modeste, qui me conduit du côté des Aravis. L’objectif est un sommet sur le versant oriental du massif, n’ayant pas pu être atteint en mai 2025 pour cause de névés persistants : la Tête de l’Aulp (2129 m). Cette fois, aucun doute sur sa praticabilité.

Ascension de la Tête de l’Aulp

Le départ s’effectue depuis le parking de Merdassier du Milieu (1598 m), le long de la fameuse « route de la soif », magnifique piste d’altitude reliant le col de l’Arpettaz au sud et celui des Aravis au nord. Sous un soleil de plomb, j’attaque la montée au cœur de l’après-midi, à 14h45. Il suffit d’incliner la tête vers le haut, à s’en énuquer, pour voir la cime convoitée.

Les Aravis sont bien connus pour présenter des expositions prononcées ; cette virée ne déroge pas à la règle. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, un sentier sillonne cette muraille qui me fait face, ne disposant pas de la moindre once d’ombre pour soulager l’effort. Le seul avantage de ce raide chemin réside dans la rapidité avec laquelle le dénivelé est avalé, si bien qu’en une cinquantaine de minutes, me voilà au col (1982 m). À droite, la Mandallaz. À gauche, la Tête de l’Aulp avec, en arrière-plan, l’imposant Charvin, sentinelle sud du massif.

Le sentier s’engage sur la crête bordée d’une clôture, les moutons paissant à quelques centaines de mètres, dans l’alpage. Il contourne ensuite le sommet par le nord, via une sente assez aérienne. Les dernières dizaines de mètres se terminent dans la prairie pentue, aboutissant à la petite croix de fer sommitale. Il m’aura fallu seulement 1h20 pour en venir à bout. Le ciel bleu règne ici en maître ; seuls quelques cumulus débonnaires coiffent les Alpes internes. Cependant, à l’ouest semblent se développer des voiles denses et épais, n’augurant rien de bon pour les lumières vespérales.

Du couchant à la nuit

Pendant de nombreuses heures, je patiente en ce lieu, balayé par une légère brise estompant la sensation de chaleur, observant l’œuvre du temps et du travail sur les paysages : les ombres qui s’allongent au fur et à mesure que l’astre décline, les nuages qui se créent et disparaissent, et les moutons, éparpillés sur le versant d’en face, broutant paisiblement. Par la suite, le spectacle hypnotique commence. Aux cris du berger répond la valse des chiens, ballet parfaitement réglé visant à rassembler le troupeau et le conduire jusqu’à la zone de chôme, espace clôturé où les bêtes passeront la nuit.

Entretemps, le soleil s’est effacé derrière la nébulosité, le décor perdant en luminosité. Toutefois, à la faveur d’une petite ouverture de clarté, une brève lumière d’un rouge intense se déploie pendant quelques minutes, avant de s’estomper. À l’horizon, l’étoile entame sa révérence, derrière l’épais filtre nuageux, la transformant en boule orangée si tamisée qu’elle prend des allures cinématographiques. Un épilogue poétique qui se conclut par une incroyable incandescence du ciel après le coucher. L’azur devient un magma éphémère, à en avoir le souffle coupé. Progressivement, la féerie laisse place à la nuit, tandis que les villages alentours s’illuminent un à un. La Voie lactée se dessine au-dessus du Mont Charvin et, plus tard, le croissant de lune émerge, dans un climat relativement doux malgré l’altitude.

Réveil laiteux

Le réveil sonne à 6 heures. L’aube éclaire déjà la Haute-Savoie mais quelque chose semble avoir changé. L’atmosphère est devenue trouble et laiteuse, les traditionnelles rougeurs matinales absentes. Le paysage apparait tel ce linge passé maintes fois à la machine, ayant perdu tout son éclat tant les couleurs y sont délavées. En résulte un lever de soleil complètement fade, sans émotion, suivi d’une lumière blanche et terne. Je n’insiste pas et retourne faire une sieste une heure durant, caressé par un mélange de chaleur solaire et d’air frais de montagne.

À 9 heures, je quitte ce promontoire qui m’a servi de couchette. Trois quarts d’heure plus tard, sous des températures déjà indécentes, je regagne la voiture, concluant une sortie en demi-teinte, sinon décevante en termes photographiques. Que nous réservera encore le ciel ces prochaines semaines ?…

Commander des tirages des Aravis
Continue Reading

Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
Pointe de la Sambuy (2198 m) – Bauges
6 août 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe de la Sambuy (2198 m), dans le massif des Bauges, les 5 et 6 août 2026.

Le choix du sommet

Ce mercredi 5 août 2026 résonne d’une façon toute particulière pour moi : je fête aujourd’hui mes 40 ans. Loin du brouhaha et des conventions sociales présidant cet âge charnière, je décide d’aller célébrer l’entrée dans la quarantaine tout là-haut, face à moi-même et aux grands espaces. Cependant, depuis deux jours le ciel tourne à l’orage, avec de fortes intensités. En témoigne la foudre tombée à la Belle Étoile, la veille, déclenchant un incendie, fort heureusement rapidement maîtrisé par les pompiers. Clin d’œil facétieux des éléments par rapport à mon passé – mon électrisation en mai 2024 qui a failli me coûter la vie – ou simple coïncidence, je prends le message comme un appel à la prudence dans le choix de la sortie.

J’exclus ainsi tous les massifs internes, près de la frontière italienne, jugés à risque selon les prévisions. Bien que moins probables, des débordements sur les Préalpes ne sont pas à exclure, si bien qu’il me faut trouver un endroit disposant d’un abri où se replier. La toute proche Sambuy remplit l’ensemble des critères. L’objectif est de patienter en haut de la remontée mécanique, située aux deux tiers du parcours, où se trouvent des bâtiments, avant de poursuivre quand tous les feux seront au vert.

Ascension de la Pointe de la Sambuy

La voiture garée au parking de la station de Seythenex-La Sambuy (1144 m), j’entame les premières foulées sur la piste sillonnant l’ubac de la montagne. Les bourgeonnements au-dessus des reliefs alentours me questionnent, mais ils présentent l’avantage de fournir un peu d’ombre en cette lourde journée d’août. En quatre-vingt-dix minutes, au prix d’une transpiration déraisonnable, me voilà au premier palier, au sommet de la station (1827 m). Parmi les différentes constructions en place, figure une plateforme en bois, offrant une vue de choix sur la Tournette et le lac d’Annecy.

Pour marquer le coup, j’ouvre une bière ambrée locale afin de trinquer avec la Haute-Savoie et les cimes, ma compagnie du jour. L’ivresse de la montagne n’a jamais aussi bien porté son nom. Pendant près de 2h30, je m’attarde sur ce petit perchoir à contempler les éléments, à observer l’évolution de l’atmosphère et à consulter prévisions, modèles et autres observations en temps réel de l’activité orageuse. Rien à l’horizon, c’est le moment de finir l’ascension, afin de rejoindre cette pointe calcaire qui me nargue depuis quelques heures, presque 400 mètres plus haut.

Le sentier serpente dans l’alpage jusqu’au col de la Sambuy, puis bifurque en direction du sud afin de gagner la cime éponyme. Un panneau signale la dangerosité de cette dernière portion, largement justifiée par la raideur et l’engagement du parcours final. En attestent les câbles et les mains courantes disposés ça et là pour assurer de bonnes prises sur la roche patinée et glissante.

Arrivée au sommet

Il est 19h30 quand j’atteins la crête sommitale. Le ciel déploie une splendide lumière dorée qui oscille au gré des petits cumulus à l’ouest, transformant le décor. Les prairies ceinturant l’alpage de l’Aulp de Seythenex prennent, l’espace d’un instant, des teintes d’un brun doré, laissant entrevoir en contrejour le chalet du même nom, dans une ambiance onirique. Dans le même temps, le nord des Bauges baigne dans des rayons rasants, participant au bal de la rêverie.

Cependant, l’horizon accumule les particules dans les basses couches, si bien que le Soleil se transforme progressivement en une boule d’un jaune incandescent, plongeant ses abords dans un rouge vif. Il ne produit plus d’ombre tant les rayons sont filtrés, mais l’astre clôture merveilleusement bien ce mercredi si spécial. Étant définitivement assuré de l’absence d’orage, j’installe mon campement de fortune ici-même, le minimum rudimentaire sur l’un des seuls replats de la crête, pour une nuit à la belle étoile. L’obscurité est à peine installée que l’humidité rampe de partout, imprégnant matériel, vêtements et sursac de couchage. L’atmosphère laiteuse et brumeuse ne laisse aucun doute sur ce plan.

Une nuit humide

La nuit envahit peu à peu les Alpes. À la clarté des villes en vallée répond celle, plus délicate, de la Voie lactée, s’élançant dans le ciel méridional. Elle se fait néanmoins rapidement voler la vedette par le quartier de lune jaillissant par-delà le Mont Blanc, à minuit. Une douce lueur drape les paysages endormis, dans laquelle je me laisse envahir par le sommeil. Un bruit m’en extrait à 3 heures : un traileur noctambule sorti de nulle part, la frontale allumée, l’allure ardente. J’ignore qui de nous deux est le plus surpris : cet inconnu en voyant le clochard que je suis dans cette situation inconfortable, ou bien moi me demandant l’intérêt d’une telle sortie en cet horaire indu. Nous échangeons trois mots de courtoisie. Il redescend, je me rendors.

Les lumières de l’aube

5h45 : les lueurs de l’aube inaugurent la nouvelle journée. L’humidité est toujours aussi forte, toutes mes affaires sont trempées, tandis que des nuages peu épais viennent orner les massifs orientaux. Au loin, une fine dentelle voit ses contours irisés par le lever de soleil, avant que celui-ci émerge au bénéfice d’une trouée. Pendant plusieurs minutes, le secteur se voit gratifié d’une lumière pure et intense, masquant temporairement les désagréments du voile trouble.

Après ce spectacle matinal, je m’octroie une sieste d’une heure, tel un lézard d’altitude, puis entame le chemin du retour à 9 heures, jusqu’à regagner la voiture deux heures plus tard. D’ici, la Sambuy paraît imprenable. Pourtant, cette petite citadelle perchée à 2198 mètres m’a fait l’honneur de m’accueillir pour célébrer cet anniversaire mémorable, le temps d’une nuit…

Commander des tirages des Bauges
Continue Reading

Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
Dent d’Arclusaz (2041 m) – Bauges
28 juillet 2026 In Bauges No Comment

Bivouac à la Dent d’Arclusaz (2041 m), dans le massif des Bauges, les 27 et 28 juillet 2026.

Le choix de la sortie

L’été 2026 s’apparente à une histoire sans fin, rythmée par des canicules qui se succèdent, laissant à peine le temps aux organismes de souffler. La quatrième vague est annoncée pour cette fin juillet, accueillie avec un certain fatalisme, pendant que certaines forêts françaises brûlent, au sens littéral du terme. Conjugaison de la sécheresse et de la malveillance humaine, désolant.

Gravir les montagnes constitue un remède pour se détourner des mauvaises nouvelles, tout en allant chercher la fraîcheur là où elle se trouve. Un sommet local me nargue depuis longtemps, se dressant majestueusement au-dessus de la Combe de Savoie : la Dent d’Arclusaz (2041 m). Voilà exactement dix-huit ans que je n’y suis pas monté. En juillet 2008, le fringant étudiant inexpérimenté que j’étais découvrait la montagne et la photographie. Cette virée à la journée m’avait marqué par sa difficulté physique. Avec le poids du sac et de l’âge, j’ai constamment décliné toute nouvelle tentative, jusqu’à aujourd’hui. En effet, une large zone de l’est des Bauges m’est interdite, car le règlement de la RNCFS proscrit le bivouac. Bon nombre des « quatorze 2000 » du massif – secteurs les plus grandioses – y sont situés. L’Arclusaz fait partie de cette poignée où on peut encore passer librement la nuit.

Montée à la Dent d’Arclusaz

La voiture garée au col du Frêne (950 m), il est 14h30 quand les premières foulées marquent le début du périple. Sous un ciel parfaitement bleu, le soleil frappe comme une gifle, en dépit de l’altitude. Au bout de quelques centaines de mètres en sous-bois, la clairière de Pré Ballet dévoile l’objectif du jour. La muraille calcaire surmontée de sa croix sommitale apparait si loin et inaccessible qu’elle découragerait les moins téméraires. L’ombrage bienvenu de la première moitié du parcours n’empêche pas la sueur de perler à grosses gouttes sur mon visage. Jusqu’au col du Potat (1351 m), la piste ne présente guère d’intérêt et, pour rompre cette monotonie et tromper la solitude, j’accompagne mes enjambées du livre audio de L’Étranger, d’Albert Camus. La plume dépouillée de l’auteur se dilue dans le vent perçant la forêt baujue.

Le sentier serpente dans le versant occidental et s’échappe définitivement du boisement au niveau de Pierre Besse, entrant dans le domaine des alpages. Il faut se tordre le cou pour voir le sommet qui s’est nettement rapproché, mais donnant toujours cette sensation de forteresse imprenable. Pourtant l’itinéraire avale les courbes de niveau et, à la cote 1800 m, un panneau prévient de la dangerosité de la suite. Une faille dans ce rempart minéral, munie d’un cordage, permet d’accéder à la crête.

Un bivouac vertigineux

Deux cents mètres à peine me séparent encore de la croix. Chez les plus sujets au vertige, ce final ressemblerait à une épreuve, tant les câbles s’égrènent sur le calcaire pentu et le sol instable ; pour ma part c’est une conclusion ludique qui me conduit enfin à la cime tant convoitée, après 3h30 d’effort ! Le panorama rend justice à l’abnégation : le regard embrasse la quasi-totalité des Bauges ainsi que les massifs environnants (Chartreuse, Belledonne, Lauzière) et les silhouettes lointaines de la Vanoise, des Écrins, des Arves, etc. L’éternel Mont Blanc quant à lui se manifeste de façon plus discrète, entre le Mont d’Armenaz et la Pointe des Arces.
Malgré la pluie du week-end, l’atmosphère présente une faible visibilité, un fin voile envahit le paysage.

Je profite de la fin de journée pour rechercher un emplacement pour le bivouac, sachant pertinemment, suite à mes repérages, que la tâche serait compliquée. Comme une providence, quelques mètres sous la croix métallique, non loin des falaises vertigineuses, je tombe sur une sorte de marche d’escalier longue de deux mètres, pour une cinquantaine de centimètres de large. De l’inconfort en perspective certes, mais du replat, inespéré !

Le soleil décline, les ombres s’allongent. La nébulosité ambiante étouffe la rougeur espérée, au profit d’un jaune quelconque sur les versants, alors qu’à l’est surgit la pleine lune au-dessus des crêtes de la Lauzière. Celle-ci a guidé mon choix de sortie, afin de pouvoir immortaliser la Combe de Savoie sous la clarté lunaire. Dans ses dernières minutes, l’astre incandescent embrase l’horizon, seule consolation pour ce crépuscule aux teintes tristement blafardes, qui affadissent un décor dépourvu de contraste. J’attends patiemment que la pénombre s’installe pour de bon, afin de capter les paysages inondés de la lumière argentée, jusqu’à minuit.

Lever du jour à la Dent d’Arclusaz

Après quelques heures d’un sommeil léger, le réveil sonne, il est 5h30. Le ciel se montre toujours aussi uniforme, laiteux, insipide. Comme prévu, le soleil jaillit dans l’alignement exact du Mont Blanc. Dès lors, il apporte un peu de vie à la scène, notamment du côté du nord-est où la succession des montagnes, baignées dans la lumière dorée, crée d’esthétiques géométries fantomatiques, des sommets baujus aux lointaines Dents du Midi, en Suisse. Trois cents mètres au sud, quatre chamois débonnaires dialoguent avec le précipice, profitant eux aussi des rayons chaleureux.

Sur mon replat de fortune, j’entame une petite sieste où se mêlent la fraîcheur du vent et le soleil ardent, paroxysme de l’agréable, avant de tout plier. Au moment de quitter les lieux, je laisse un message sur le cahier calfeutré au pied de la croix, dans un tube PVC : il a été déposé par la famille d’une habitante de Saint-Pierre d’Albigny, décédée ici-même suite à une chute il y a près de vingt-cinq ans, afin d’entretenir sa mémoire. 2h15 plus tard, je regagne la voiture sur le parking, au terme d’une excursion physiquement engageante et d’un butin photographique en demi-teinte : juillet est rarement une période prolifique pour les plus belles ambiances.

Commander des tirages des Bauges

Continue Reading

Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
Crêt du Rey (2633 m) – Beaufortain
23 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac au Crêt du Rey (2633 m) dans le massif du Beaufortain, les 22 et 23 juillet 2026.

Le choix de la destination

L’été semble enfin avoir repris un cours normal, avec des températures dites « de saison », à savoir chaudes mais pas trop, loin de ces atmosphères suffocantes qui se sont succédé depuis mai. Le contexte anticyclonique et stable du moment n’offre pas de conditions idéales pour ramener des images exceptionnelles en montagne. Qu’importe, le simple prétexte de se retrouver là-haut se suffit à lui-même.

Souhaitant initialement partir du côté du lac de Presset pour immortaliser la Voie lactée et le reflet de la Pierra Menta dans le plan d’eau, j’ai vite déchanté à la lecture de l’arrêté municipal prohibant le bivouac à cet endroit. Une interdiction de plus, comme il ne cesse d’en fleurir dans les Alpes année après année, réduisant toujours les possibilités pour ceux qui, comme moi, fuient les commodités et la foule en altitude. Vous voulez m’inciter à aller en refuge ? Très bien, je programme alors une sortie en forme de pied de nez au confort.

L’objectif du jour est ce sommet présent dans presque chacun des panoramas observés depuis le début de la saison, se hissant dans le top 20 des plus hauts points du massif du Beaufortain : le Crêt du Rey (2633 m). En fin de journée, cap vers le point de départ au-dessus du barrage de Saint-Guérin, au bout de la piste carrossable menant au Cormet d’Arêches (2109 m). La cime convoitée s’élève au sud du lieu, aux pentes rocailleuses et vertigineuses, semblant inaccessible.

Montée au Crêt du Rey

Il est un peu plus de 17h30 quand j’entame les premières foulées sur le chemin agricole surplombant les chalets du Cormet, au cœur des alpages verdoyants. Le début du parcours s’effectue sous un ciel parfaitement et uniformément bleu, rythmé par le tintement des cloches des vaches, avant de s’engager sur un sentier menant vers le col de Corne Noire. J’opte cependant pour un itinéraire alternatif, plus direct et escarpé, consistant à remonter l’arête nord-est du Crêt du Rey. La croix sommitale est ainsi rapidement atteinte, en à peine 1h20. Outre l’emblème sacré, m’accueillent un vent modéré et une étroite crête. Se pose alors d’emblée la question du lieu de bivouac. Malgré l’absence de tente, impossible de trouver un replat digne de ce nom. Ce sera donc sur le sentier, bénéficiant d’une luxueuse largeur d’environ 50 centimètres avant que le versant herbeux ne plonge dans l’abîme. Je mise tout sur ma nature peu remuante la nuit.

Le Soleil décline lentement vers l’horizon. La visibilité demeure relativement mauvaise : des filaments grisâtres coiffent le ciel, semblables à des fumées résiduelles, enrobant notamment le Mont Blanc, tandis qu’à l’ouest stationnent d’épais nuages élevés. Tous les éléments sont réunis pour assister à des lumières crépusculaires fades. Tamisée par la nébulosité, notre étoile se transforme, quelques minutes durant, en grande boule rouge. Plus aucun rayon ne parvient à illuminer les lieux, qui s’assombrissent dans une certaine indifférence. Non sans une forme d’esthétique, l’astre disparaît derrière le Grand Mont d’Arêches, pour laisser place à la nuit.

Nuit sous la Voie lactée et aube voilée

Le quartier de Lune apporte une légère lueur, mais peu après minuit le satellite se couche, plongeant le décor dans une obscurité presque parfaite, ce qui me permet d’immortaliser la Voie lactée. Celle-ci se dresse au sud, un peu ternie par la pollution lumineuse de Moûtiers et plusieurs villages d’altitude. Si le vent a disparu, les températures chutent, avoisinant les deux degrés ; la fraîcheur est palpable.

À 5 heures, les premières lueurs de l’aube me sortent de mon sommeil superficiel. Comme la veille, les voiles obstruent l’horizon. J’ai beau patienter, les chaudes couleurs n’arrivent pas, ou alors se font timidement ressentir. Je compense avec les silhouettes alpines et des plans serrés, sans conviction. Une heure plus tard, le Soleil émerge. Certes il brille, mais il n’apporte aucune incandescence sur les cimes. Il faut attendre de longues minutes pour que la lumière inonde les versants, donnant quelques rais vaporeux dans le lointain. Un bien maigre butin néanmoins.

Après un frugal petit déjeuner, je m’allonge sur mon matelas à moitié dans la pente. La fatigue, conjuguée à la douceur des rayons solaires, a raison de moi et me plonge dans la léthargie. J’émerge deux heures plus tard, surpris par cette sieste imprévue mais particulièrement bienvenue.

Vers 11h30, la voiture est regagnée. Le bilan se révèle plutôt mitigé, en raison de mauvaises conditions de lumière, ternissant les paysages, mais avec un souvenir marqué de ce bivouac d’équilibriste, spartiate et aérien !

Commander des tirages du Beaufortain

Continue Reading

Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
Croisse Baulet (2236 m) – Aravis
13 juillet 2026 In Aravis No Comment

Bivouac à Croisse Baulet (2236 m), dans le massif des Aravis, les 12 et 13 juillet 2026.

Le choix de la sortie

Décidément, une canicule en chasse une autre en cette année 2026. À peine nous nous sommes remis de la précédente, qu’en débarque une nouvelle. En cette mi-juillet, la troisième s’installe en France. Après les orages bienvenus la veille, un temps plus stable est prévu pour le pont du 14 juillet, un prétexte pour aller chercher des températures plus vivables sur les sommets. Un endroit en particulier est sur ma liste depuis quelque temps, suite à un renoncement deux ans plus tôt, faute d’une sortie trop tôt dans la saison et de la présence de neige : Croisse Baulet (2236 m). Il constitue un belvédère de premier choix sur le massif du Mont Blanc, par sa position aux avant-postes des Aravis, dominant la vallée de l’Arve.

Montée à Croisse Baulet

Plusieurs accès sont possibles pour l’atteindre, je choisis le plus direct, moyennant tout de même un tarif de 900 mètres de dénivelé environ. Direction les hauteurs du village de Cordon. Après avoir desservi les derniers hameaux, la route s’enfonce dans la montagne pour se transformer en piste, jusqu’à atteindre le parking des Plaines (1360 m). Le site accueille une petite aire de pique-nique pour les familles. Quant à moi, pas question de traîner ici. Le sac à dos sur les épaules, je m’enfonce sur le chemin forestier, il est 15h15. L’ombrage du sous-bois se révèle opportun pour cette mise en jambes.

Mais une fois parvenu à l’alpage de l’Avenaz, c’est sous un soleil de plomb que se poursuit l’ascension. Le paysage qui se dévoile agit néanmoins comme un stimulant, tandis que l’objectif se dresse au-dessus de ma tête, telle une forteresse imprenable. Peu avant 17 heures, me voilà au col de l’Avenaz (1929 m). À gauche le Petit Croisse Baulet (2009 m), et à droite le Grand, surplombant la raide prairie. En dépit de l’altitude, la chaleur est intense, amplifiée par l’effort. Une demi-heure plus tard, le sommet est atteint. Le lieu se compose d’une longue crête effilée, plongeant au sud-ouest vers la Giettaz puis, au nord, domine abruptement la cabane du Petit Pâtre, où j’ai fait étape deux ans auparavant.

La chute

Alors que je me rends vers le cairn, mon téléphone m’échappe des mains, tombe sur la tranche, prend de la vitesse et effectue un magistral saut de l’ange dans le précipice. Impuissant, je ne peux que constater sa chute, puis le voir se fracasser dans le thalweg rocailleux, une centaine de mètres en contrebas. Dépité par ce geste malheureux, je commence à descendre pour le récupérer mais abandonne, cela attendra demain, vu l’état désespéré dans lequel il doit être.

La fin de journée se voit quelque peu ternie par cet incident, alors j’en profite pour bouquiner pendant que le jour décline, installant au passage mon bivouac sommaire sur un replat herbeux. Comme les deux dernières fois, ce sera une nuit à la belle étoile. Sans surprise, le coucher de soleil livre une lumière terne et sans relief, avec une atmosphère manquant de limpidité. Je m’allonge en attendant que la nuit soit totale pour lancer les timelapses sur les étoiles. À l’opposé, en bas, les villes scintillent de leurs lumières urbaines.

Animations nocturnes

Vers minuit, un bruit délicat me sort de mon sommeil léger. J’ouvre les yeux. À 50 centimètres de ma tête, se détache du bleu nuit de l’atmosphère une silhouette animale : un renard curieux vient me renifler, troublé par ma présence ici. « Que vient faire ce clochard sur mon territoire ? », semble-t-il penser. Il reviendra d’ailleurs quelques minutes plus tard, particulièrement intrigué. « Va-t’en », lui dis-je, « je ne suis pas comestible ! ».

Les heures de la nuit défilent. En face, une myriade de points lumineux ponctue le Mont Blanc ; dans une grande procession, les alpinistes partent à la conquête du toit de l’Europe, dans ces conditions probablement parfaites. Difficile de dormir de mon côté. À 4h30, les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est, dans lesquelles se fond la lune, franchissant les crêtes du Chablais. Ornée d’un fin croissant, elle apporte une dimension mystique au moment, tel l’œil de Sauron, version céleste.

Brasier matinal

J’observe le jour prendre forme progressivement. Les cirrus se parent de douces teintes rouges, tandis que les vallées sont encore plongées dans l’obscurité, il n’est que 5 heures. Contre toute attente, alors que l’horizon reste voilé, une improbable luminosité s’installe. Elle transforme le ciel en un vaste brasier aux nuances orange, se diffusant dans l’ensemble du paysage, un régal pour les yeux et l’appareil photo. Les cimes environnantes s’allument peu à peu, dans des tons surprenants, durant une poignée de minutes. Hypnotique.

Cerise sur le gâteau, à la faveur d’une obstruction par les nuages, le soleil diffuse des rayons aux allures divines, traversant la vallée de l’Arve, mêlant douceur et poésie. Une scène envoûtante avant que les voiles élevés, épais et généralisés, ne viennent mettre un terme au spectacle. Le temps pour moi de ranger les affaires, la quête du jour se profile : retrouver le kamikaze dans l’abîme. Je me dirige alors sur le flanc oriental de Croisse Baulet, constitué d’un dédale de rocailles, difficilement accessibles. Une fois retrouvé le point de repère identifié la veille– un gros bloc solitaire – je pars à la recherche de l’objet. Une demi-heure plus tard, alors que le doute commençait à s’installer, le voici enfin ! À ma grande surprise, point d’écran cassé ni de lentille détériorée. Mieux : il fonctionne, incroyable ! La robustesse de la firme coréenne et sûrement beaucoup de chance…

Sur cet heureux dénouement, je finis la longue descente, pour retrouver la voiture sur les coups de 9h30, épilogue d’une sortie riche en rebondissements et en ambiance. Autre motif de satisfaction : mon genou souffreteux depuis plusieurs semaines, n’a montré aucun signe de faiblesse sur ce terrain exigeant, de bon augure pour la suite.

Commander des tirages des Aravis

Continue Reading

Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
Pointe de la Grande Journée (2460 m) – Beaufortain
4 juillet 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Pointe de la Grande Journée (2460 m), les 3 et 4 juillet 2026, dans le massif du Beaufortain.

Le choix de la destination

En juin, la France a suffoqué comme jamais, en témoignent les records de chaleur pulvérisés de partout. Inquiétantes prémices des étés d’un futur proche, qui deviendront la norme. Les températures accablantes de ces dernières semaines m’ont découragé à l’idée d’aller en altitude, le corps et l’esprit lessivés par les conditions difficiles à vivre au quotidien. Tout le paradoxe de s’enfermer chez soi, dans l’obscurité afin de conserver une once de fraîcheur, alors que le soleil radieux, mais brûlant, domine à l’extérieur.

Une brève accalmie se présente ce début juillet, avant une nouvelle vague caniculaire déjà annoncée, la troisième de l’année. Après trois semaines à l’écart des sentiers, l’appel des hauteurs se fait sentir, un besoin vital de s’offrir une parenthèse loin de la routine assassine. Pas question d’attendre le samedi, dès le vendredi, une fois acquitté de mes obligations professionnelles, cap sur des aventures bien plus palpitantes. Toujours dans l’optique d’écumer toutes les cimes environnantes, je jette mon dévolu sur celle que je vois chaque jour depuis ma cuisine, arrière-plan majestueux dominant le nord de la Combe de Savoie : la Pointe de la Grande Journée (2460 m). On peut dire que son nom est de saison, une dizaine de jours succédant au solstice, aux longues périodes diurnes.

Cap vers la Pointe de la Grande Journée

Pour atteindre le point de départ, il faut remonter la longue route sinueuse dominant Albertville jusqu’au col des cyclotouristes, en passant par le Fort du Mont. De là, une piste se poursuit longuement dans la forêt, où les quatre roues motrices se révèlent précieuses. J’avais pu effectuer un repérage l’été dernier, pour m’assurer de sa praticabilité et de sa légalité d’accès : seuls les quads et les motos sont interdits par arrêté municipal. Cette section permet de gagner une altitude de 1840 mètres où se trouve un petit parking sous la Roche Pourrie. Le reste de la piste est réservé aux ayants droit.

L’objectif du jour se dresse déjà en ligne de mire, si proche et loin à la fois. Il est 17h15. Sous un ciel ensoleillé, ponctué de quelques nuages apportant une ombre bienvenue, le parcours commence, traversant d’abord les alpages et les chalets de l’Aulp de Tours jusqu’à rejoindre le long sentier aboutissant au col des lacs. Il contourne cette vaste combe en pente douce, ménageant les efforts. À 19 heures, le col en question est atteint. Outre les panneaux jaunes, il est matérialisé par un gros cairn, surmonté d’une petite croix de fortune, faite de deux morceaux de bois rafistolés.

Panorama sur la crête sommitale

Le regard se tourne ensuite en direction du nord-est. L’inclinaison de la pente augmente drastiquement, s’agissant de la dernière ligne droite vers le sommet. Ayant toujours des incertitudes sur l’état réel de mon genou, je monte tranquillement le sentier, offrant par moments de belles sections aériennes, sans danger. À 19h45, l’objectif est rempli. Le panorama se dévoile à 360 degrés, même si côté Mont Blanc, d’épais nuages accrochent le massif. À peine ai-je le temps de prendre possession des lieux que deux vautours fauves tournoient au-dessus de ma tête : « revenez plus tard, je ne suis pas encore mort ! », murmuré-je.

Le Soleil décline peu à peu vers l’horizon, apportant des teintes chaudes sur les paysages, pendant que je m’installe sur la crête sommitale : l’espace est exigu, laissant la place uniquement pour un tapis de sol sur le seul replat. Ce sera une nuit à la belle étoile, avec une vue n’ayant rien à envier aux hôtels de prestige. Dans ses dernières minutes de vie, l’astre incandescent embrase le lointain. Ces couleurs vives persistent en début de nuit, souffle résiduel de la journée qui vient de s’écouler, tandis qu’en fond de vallée, les villes et villages s’illuminent les uns après les autres.

Nuit humide sous la clarté lunaire

La pénombre, puis l’obscurité, vont être de courte durée. Vers minuit, la Lune pleine à 80% émerge, illuminant délicatement le paysage de sa lueur argentée. La sensibilité du capteur permet de produire des images surréalistes, comme si la nuit et le jour s’entrelaçaient. C’est d’ailleurs l’une des raisons m’ayant conduit ici, d’associer la clarté lunaire à celle de l’urbain.

Le sommeil ne dura guère, à 5 heures me voilà debout, à immortaliser les teintes de l’aube, se propageant un peu partout. L’atmosphère a été particulièrement humide, la condensation est omniprésente, de l’appareil photo au sursac de couchage, renforçant la sensation de fraîcheur. Progressivement les cimes se parent d’une lumière rouge pâle, puis le Soleil d’apparaître, entre le Mont Blanc et les Aiguilles de Tré la Tête, apportant ses rayons bienfaisants. Il est 6 heures. Je profite pendant un moment de cette ambiance matinale, avant de m’effondrer de fatigue sur ma couche de fortune, pour une sieste réparatrice. Je suis réveillé deux heures plus tard par deux jeunes trailers de passage, alors que la brume ondule au gré du vent. Le temps est venu de plier bagage et rentrer.

Aux alentours de 11 heures, la voiture est retrouvée, conclusion de cette belle virée en terres du Beaufortain.

Commander des tirages du Beaufortain
Continue Reading

Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
Aiguille Croche (2487 m) – Beaufortain
14 juin 2026 In Beaufortain No Comment

Bivouac à l’Aiguille Croche (2487 m) dans le massif du Beaufortain, les 13 et 14 juin 2026.

Le choix de la destination

La saison 2026 commence difficilement avec une blessure au genou (tendinite) qui mettra sans doute du temps à disparaître. Le repos forcé n’étant supportable qu’un temps, direction de nouveau les sommets, en choisissant néanmoins des itinéraires sans difficulté particulière, au dénivelé modéré, afin de prendre la température et tester l’état du matériel anatomique. C’est ainsi qu’en cette mi-juin, me voilà du côté du tout proche Beaufortain, aux confins de la vallée d’Hauteluce.

L’idée est de démarrer d’assez haut, au col du Joly (1989 m). L’arrivée à celui-ci fait toujours son effet, quand surgit au dernier moment l’imposant massif du Mont-Blanc, si près qu’on pourrait le toucher en tendant le bras. Sur la gauche, l’œil est également attiré par l’objectif du jour, surplombant les lieux d’environ 500 mètres : l’Aiguille Croche (2487 m).

L’ascension à l’Aiguille Croche

Le parcours pour y parvenir n’a rien de sauvage, dans la mesure où il serpente dans le domaine skiable des Contamines, jonché d’éléments artificiels, à l’esthétique plus que discutable : remontées mécaniques, pylônes, pistes d’exploitation, guérites et autres équipements paravalanche (billons de bois et gazex). Néanmoins, la photographie ne constitue pas le but final de ce week-end, mais un motif secondaire, derrière celui des sensations et le plaisir tout simplement d’être en extérieur ; d’autant plus que la météo anticyclonique favorise le développement des nuages en altitude et réduit les visibilités au loin.
L’ascension s’effectue tranquillement en remontant le chemin qui zigzague sur le versant oriental.

L’exposition défavorable aidant, une fois franchi le sommet du télésiège des Tierces (2254 m), les névés font leur apparition ponctuellement, agrémentant la marche de passages plus glissants. Après un peu plus d’1 h 30 de grimpette, l’Aiguille Croche est atteinte, matérialisée par une antenne dressée sur un support en béton. Une vision anthropique qui se déploie d’ailleurs bien au-delà, puisque de l’autre côté s’étend la petite station familiale de… Megève ! La cime offre un point de vue plongeant sur l’altiport, symbole à lui tout seul de la démesure de ce monde dans lequel je me sens si étranger. Heureusement, à l’opposé, le massif du Mont-Blanc propose un paysage bien plus apaisant, même si les glaciers préoccupent par leur recul constant, comme celui de Tré-la-Tête, juste en face.

Un panorama à 360 degrés

Outre les lieux évoqués précédemment, d’innombrables massifs se distinguent dans le paysage, de façon plus ou moins lointaine : les Aravis, le Chablais, l’intérieur du Beaufortain, les Bauges, la Chartreuse, la Vanoise, Belledonne et même les Écrins, identifiables par leur coiffe blanche. Un replat jouxtant l’antenne invite à planter la tente devant ce panorama à 360 degrés, tandis que le ciel se voile progressivement, faisant disparaître les ombres jusqu’au passage du Soleil derrière l’horizon.

Les rougeurs du ciel persistent cependant longtemps, avant que la nuit ne prenne le relais. La température clémente et le vent quasi inexistant rendent le moment agréable, avant de glisser dans un sommeil tout relatif : à minuit le réveil sonne. L’absence de lune permet de contempler la Voie lactée qui se dresse en arc de cercle au-dessus du Mont-Blanc, révélant malgré elle la pollution lumineuse des Alpes du Nord. Devant, de minuscules points lumineux mouchètent les glaciers : ce sont des alpinistes partant à la conquête du toit de l’Europe.

Les lumières de l’aube

Quelques heures plus tard, à peine le temps de s’assoupir, l’alarme retentit : « il est 5 heures », dit la voix antipathique. La lumière de l’aube fait son apparition, teintant d’un rouge délavé les nuages toujours aussi tenaces en altitude, n’éclairant le territoire que d’une manière fade. En contrebas, des chamois et leurs petits traversent le versant aux rochers chaotiques. Les pierres roulant sous leurs sabots trahissent leur présence.

Peu après 6 heures, le Soleil surgit derrière l’Aiguille Verte, dans un halo éblouissant, la lueur se diffusant à travers les voiles. Cependant, contre toute attente, des rais lumineux se forment en dessous, à la faveur d’un banc d’humidité stagnant vers 3 000 mètres d’altitude, apportant un côté mystique à ces montagnes majestueuses, le tout dans une ambiance dorée.

C’est sur ce petit cadeau du ciel que se termine la session. Une heure de descente plus tard, le parking est retrouvé, le genou signalant au passage qu’il faudra éviter les itinéraires relevés, sous peine de sanction…

Commander des tirages du Beaufortain
Continue Reading

Rochers des Enclaves (2467 m) – Beaufortain
Rochers des Enclaves (2467 m) – Beaufortain
17 août 2025 In Beaufortain No Comment

Bivouac aux rochers des Enclaves dans le massif du Beaufortain, les 16 et 17 août 2025.

Le choix de la sortie

Une fois de plus, l’Hexagone suffoque sous une nouvelle vague de canicule, particulièrement longue et éprouvante pour les organismes. Les conditions anticycloniques ne favorisent pas les belles images, la faute à des lumières ternies par les voiles qui stagnent dans les basses couches. Les quelques orages vespéraux, pourtant bienvenus, n’améliorent en rien les conditions. C’est avec une certaine perplexité que je me décide à tutoyer les cimes, bien conscient des faibles potentialités qui s’offriront à moi. Quand l’hésitation s’impose, le tout proche Beaufortain constitue toujours une valeur sûre. Pour autant, afin de s’assurer un minimum de tranquillité, mieux vaut s’éloigner des spots à la mode, sous peine de finir en camping d’altitude. L’été bat encore son plein, certaines zones sont à éviter.

Au printemps dernier, lors d’un bivouac sous la montagne d’Outray, j’avais repéré à l’est un petit chainon sauvage, dans un des rares secteurs inconnus du massif pour moi : les rochers des Enclaves. Voilà enfin l’opportunité de partir à la découverte de cet endroit. Le départ s’effectue depuis la dernière épingle de la route sous le col du Joly, à la cote 1860 mètres. Au sud, l’objectif se distingue, il parait si lointain. Il se paie au prix de 7 kilomètres de marche.

L’ascension des rochers des Enclaves

L’horloge indique 16 heures passées lorsque débute l’ascension. Le ciel s’est paré de cumulus qui n’ont rien de décoratifs. Le Mont Blanc arbore ses apparats d’un gris sombre, le masquant dans sa totalité. Cependant les prévisions s’accordent pour dire qu’aucun orage ne menace les terres savoyardes. La montée s’effectue tranquillement dans un vallon chahuté par moult effondrements, lui donnant un aspect chaotique. Celui-ci contraste avec les quelques alpages verdoyants où paissent de belles tarines, ponctués de gouilles dans lesquelles se reflète l’azur.

Le col de la Gittaz atteint, la dernière ligne droite s’amorce, pour arpenter les rochers des Enclaves. Contrairement aux sommets classiques, le site s’étend tout en longueur, obligeant à un choix sur le panorama : soit l’extrémité sud pour dominer le barrage de Roselend, soit la partie centrale pour surplomber le barrage de la Girotte. La seconde proposition est retenue, alors qu’il règne un vent soutenu sur le plateau sommital.

Coucher de soleil depuis le sommet

J’explore la zone méridionale, tandis que les rayons se diffusent à travers les nuages vers l’ouest. Par le jeu du hasard, se succèdent dans les plans deux visions de la foi : ancestrale avec la croix marquant la montagne d’Outray, moderne avec le sommet des remontées mécaniques du Mont Bisanne (domaine skiable des Saisies). L’astre incandescent glisse inexorablement vers l’horizon. Les micaschistes et gneiss sous la Tête de la Cicle se parent de teintes chaudes, amplifiées par la couleur naturellement rosée des roches. Phénomène de courte durée, le Soleil rencontre les voiles épais des basses couches, puis prend alors son aspect de boule rouge.

Il n’éclaire déjà plus rien, mais offre un magnifique spectacle dans ses dernières minutes de vie. Le petit point vermeil vient se loger près du fauteuil de la Tournette, ultime souffle du jour avant l’arrivée de la nuit. En contrebas, un cri m’interpelle : une immense harde de 20 à 30 bouquetins traverse le pierrier, tels des fugitifs échappant à je ne sais quelle menace.

Nuit humide à la belle étoile

Avant que l’obscurité ne soit complète, je trouve un replat abrité du vent pour y installer mon bivouac, se réduisant à un tapis de sol, le duvet entouré de son sursac protecteur. L’humidité se fait déjà ressentir à en juger la moiteur des vêtements. Je m’assoupis un moment avant de sortir peu avant minuit, pour quelques images de la voie Lactée. L’exercice est peu convaincant, l’atmosphère souffre d’un cruel manque de limpidité. En témoigne la buée qui se forme continuellement sur le matériel photographique. Au sud-est, d’incessants flashs trahissent la pénombre : un orage sévit sur le piémont italien. Quelques minutes plus tard, la Lune jaillit par-delà le Mont Blanc, distillant sa lumière argentée sur le paysage nocturne.

Douceur de l’aube aux Rochers des Enclaves

Après quelques heures d’un sommeil en pointillés, le réveil sonne vers 6 heures. Tout est trempé : sac, duvet, affaires. L’humidité s’est amplifiée. Elle se manifeste également dans le ciel, le Mont Blanc arbore de nouveau son écharpe de brume, débordement des masses d’air en provenance de Suisse et d’Italie. Le jour s’éveille dans des couleurs blafardes, affadies par l’hygrométrie élevée. Pour preuve, le tout proche massif des Aravis est à peine discernable. Lorsque le Soleil émerge à l’est, de beaux jeux de lumière s’invitent, tantôt diffusée par la brume, tantôt filtrée par les nuages, telles des percées divines.

A 9 heures, il est temps de quitter les lieux pour entamer le chemin du retour. Deux plus tard, la voiture est retrouvée, épilogue d’une sortie aux ambiances plus belles qu’imaginées, de quoi être satisfait.

Commander des tirages du Beaufortain
Continue Reading

La Roche Pourrie (2037 m) – Beaufortain
La Roche Pourrie (2037 m) – Beaufortain
6 août 2025 In Beaufortain No Comment

Bivouac à la Roche Pourrie, 5 et 6 août 2025, massif du Beaufortain

Le choix de la sortie

Après un éprouvant trek de 90 km autour de la chaîne des Puys en Auvergne la semaine précédente, retour dans mes massifs alpins. Les pieds encore endoloris par l’effort, il me faut ménager ma monture en optant pour un parcours modeste. La météo présentant des conditions anticycloniques avec une Lune brillant fort, il s’avère inutile d’aller très loin. Chercher la pollution lumineuse des villes, conjuguée à la clarté nocturne, constitue une option à privilégier, comme il y a un mois jour pour jour au Grand Arc. L’analogie du raisonnement me conduit même à aller explorer un sommet qui m’observe au quotidien, au-dessus d’Albertville : la Roche Pourrie (2037 m). Il s’agit d’une des cimes les plus à l’ouest du massif du Beaufortain, les flancs qui la bordent plongent jusqu’aux rivières de l’Isère et de l’Arly, dans la vallée urbanisée.

C’est également un jour particulier, le 5 août étant mon anniversaire. Quoi de plus normal que d’aller célébrer cela en bonne compagnie, avec mes montagnes. Direction le parking du Chalet forestier des Chappes (1480 m), au terme d’une longue route zigzaguant dans la forêt.

Ascension de la Roche Pourrie

Un trajet relativement court m’attend, seuls 550 mètres de dénivelé sont au programme. L’ascension débute par une mise en jambes en pente douce, sur la piste puis le sentier, jusqu’à atteindre le chalet du Haut du Pré où stationne un troupeau de tarines. Malgré un retour annoncé de la chaleur, les températures restent agréables, la fraîcheur est même de mise, le ciel étant fortement chargé en nébulosité, le Soleil peine à se frayer un passage. La dernière partie de l’itinéraire est aussi la plus sportive : les courbes de niveau se resserrent, la pente s’accentue. Après d’ultimes efforts, me voilà parvenu à mon objectif. L’endroit s’apparente davantage à une crête déchiquetée, sur laquelle reposent une stèle et deux tables d’orientation. Côté sud, un dédale d’éboulis qui contraste avec la végétation basse et les quelques résineux de la face opposée.

Au-dessus des Bauges, un imposant nuage surplombe le massif. Les rayons du soleil filtrent au travers, offrant d’envoûtants jeux de lumière sur la vallée de l’Isère. Ceux-ci s’estompent lorsque l’étoile approche de l’horizon, apportant une dorure relativement éphémère aux versants qui m’entourent. Rapidement, la luminosité s’affadit, les voiles à l’ouest tamisent l’éclat de l’astre incandescent. Au fur et à mesure qu’il descend, il se transforme en boule rouge, petite étincelle perdue dans un paysage sans contraste. Par-delà la Dent de Cons coiffée d’une écharpe de brume, le Soleil expulse son dernier souffle, passant le relai à la nuit. A l’opposé, la Lune pleine à 86% se manifeste derrière les nuages qui se déchirent.

Nuit humide

Les ombres progressant, j’installe un campement des plus sommaires. Etant donné l’exiguïté du site, la tente est restée à la maison, optant pour une nuit à la belle étoile. Un simulacre de replat entre la stèle et l’une des deux tables d’orientation constituera mon spot de bivouac. Malgré l’inconfort certain, le fait d’être calé entre les deux constructions m’évitera toute glissade dans le précipice en cas de sommeil agité. Je patiente à l’extérieur, guettant la fin des dernières lueurs à l’horizon, pour entamer quelques captations nocturnes. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de mes attentes. L’atmosphère semble être gorgée de particules, les paysages ne jouissent pas d’une grande limpidité. La lumière des villes se diffuse dans l’azur en créant des halos bien inesthétiques, je n’insiste pas. En dépit des températures clémentes, je peine à m’endormir, le sol étant caillouteux et à l’évidence bosselé.

Teintes blêmes au réveil

Après seulement environ quatre à cinq heures de somnolence, le ciel d’Orient s’éclaire. Duvet et affaires sont perlés de rosée, preuve du fort taux d’humidité régnant en altitude. Les voiles paraissent avoir gagné en intensité, notamment au-dessus du Mont Blanc, où timidement les rougeurs s’amorcent. Partout, les éléments sont estompés, les Alpes se parent de couleurs pastel. Aux tons églantine des cieux s’opposent les nuances indigo des zones encore dans l’ombre. Quelques vallées de Haute-Savoie arborent des mers de nuages localisées, qui débordent par les cols.

Dans une certaine indifférence, le Soleil jaillit du massif du Mont Blanc, distillant de pâles rayons sur de blêmes montagnes. Devant ce fade spectacle, j’allais plier les affaires, quand un ballet de brume s’invite sans prévenir. Ondulant sur les tout proches versants, ils se transforment en draperies dorées, d’une majestueuse beauté, quelques minutes durant. Un cadeau inespéré pour clore cette session à la Roche Pourrie.

Commander des tirages du Beaufortain
Continue Reading

Gros Peyron (3046 m) – Mont-Cenis
Gros Peyron (3046 m) – Mont-Cenis
23 juillet 2025 In Mont-Cenis No Comment

Bivouac au Gros Peyron (3046 m), massif du Mont-Cenis, le 22 et 23 juillet 2025.

Le choix de la destination

Pendant que les touristes continuent de s’agglutiner sur les spots à la mode (lac Blanc, lac du Crozet, Rocher du Vent, etc), je poursuis ma quête de lieux reculés, où la probabilité de rencontrer mes semblables avoisine le zéro.

Ces mardi et mercredi sont, semble-t-il, la seule fenêtre météo de la semaine. La pluie et les orages, bienvenus pour la végétation, s’invitent durant cette fin de juillet. L’été étant bien installé sur les hauts reliefs, je vais enfin pouvoir tutoyer les 3000 mètres, pour changer des montagnes à vache et trouver des conditions plus minérales, des panoramas qui portent vers le lointain. C’est alors du côté de la Haute-Maurienne que se porte mon choix, car, pour citer un défunt président : c’est loin, mais c’est beau.

Là-bas, la rive droite de l’Arc m’est de facto refusée, s’agissant du parc national de la Vanoise, royaume des interdictions et des flux canalisés. Heureusement, la rive opposée regorge de vallées sauvages, plus ou moins sauvegardées du tourisme de masse. L’une d’elles retient mon attention, pour l’avoir déjà parcourue à deux reprises : le vallon d’Etache (voir article ICI). Mon ambition est d’aller encore plus haut, un sommet marquant la frontière franco-italienne : le Gros Peyron (3046 m).

Cap vers le Gros Peyron

Sous un beau soleil, le départ s’effectue depuis le parking de la Ferme d’Etache (2000 m), terminus de la route perpendiculaire au vallon d’Ambin. Les deux premiers kilomètres en fond de vallée permettent une mise en jambes progressive, tandis que l’objectif du jour, visible d’en bas, me nargue. Il paraît si loin et inaccessible.

Les hostilités débutent réellement à partir du Fond d’Etache (2108 m). Sur la droite se dresse une muraille prairiale qu’il va falloir arpenter juste après avoir franchi le torrent via une passerelle en bois, cassée en deux.

Le sentier aboutit au Plan des Eaux (2470 m), vaste replat au pied du Grand Bec d’Etache, où les zones herbeuses côtoient les éboulis et autres roches polies par de préhistoriques glaciers. Cet endroit marque la fin de l’itinéraire matérialisé sur la carte IGN. La suite du parcours est plus confidentielle, la sente moins évidente. Celle-ci s’engouffre dans un couloir dominant le secteur, trait d’union avec un tout autre univers, ultime tronçon en direction du col d’Etache. Les derniers alpages laissent place à un chaos rocheux, lunaire, composé de quartzites et de cargneules dispersées çà et là.

L’arrivée au col marque la frontière franco-italienne. A gauche, le Gros Peyron me surplombe de 250 mètres. La minéralité du lieu est totale. Épuisé par l’altitude et une fatigue accumulée depuis des mois, je serre les dents pour cette ascension finale, lesté de mes 18 kg sur le dos. Pour se repérer dans cette uniformité rocailleuse, les cairns, nombreux, se révèlent salvateurs. Après 3h30 d’effort, me voilà enfin arrivé à bout de cet entêtant caillou. La cime n’est pas une pointe, mais un demi-dôme allongé, qui se poursuit au sud jusqu’au Pic du Diable, avec d’abruptes parois sur le flanc oriental. Le panorama est saisissant sur les massifs emblématiques : la Vanoise avec la Grande Casse, la Grande Motte et les glaciers, et les Écrins, où se découpent dans le ciel la Barre des Écrins, la Meije et le Pelvoux.

Bivouac au sommet

Une place de bivouac, plate et sableuse, est aménagée à côté du cairn sommital. J’y plante la tente, puis pars en repérage aux alentours. L’instinct et la lecture du paysage me conduisent plus au sud, afin d’aller chercher les falaises, à 15 minutes à pied. Le belvédère, vertigineux, domine le Plan d’Etache et son immense glacier rocheux. Le soleil décline, les ombres envahissent les versants, je retourne vers mon abri de fortune, puis tombe nez à nez avec une harde de bouquetins. Ils sont aussi surpris que moi, et déguerpissent aussitôt, sifflant à tout va. Au loin, le cri angoissant des lagopèdes résonne dans l’immensité.

Le soleil couchant allume les crêtes comme un brasier qui consume le jour. Mon regard est irrésistiblement attiré vers les Écrins, où l’intensité est décuplée. La nuit s’installe progressivement et, malgré l’altitude, la température reste tout à fait acceptable, le thermomètre indique cinq degrés.

La brume s’invite sous le Gros Peyron

Exténué, le sommeil m’emporte. Repos de courte durée, le réveil sonne à 23h30 : place aux images nocturnes, dans ce ciel dépourvu de Lune, propice pour visualiser la Voie lactée. C’est la première chose que je vois en sortant la tête de la tente, côté sud, pour contrôler l’état de l’atmosphère. Côté nord, une vaste masse blanchâtre m’interpelle. En dépit de toutes les prévisions météorologiques, une improbable mer de nuages s’est formée en Haute-Maurienne, investissant chaque vallée, jusqu’à s’échouer au pied du Grand Bec d’Etache, à environ 2600 mètres d’altitude. Quelle incroyable chance, moi qui affectionne tant ces fééries brumeuses !

Je retourne alors au spot repéré quelques heures auparavant, moyennant une approche de 15 minutes à la frontale dans ce dédale minéral. Sur mon rocher au bord du vide, où tout faux pas m’entrainerait 300 mètres plus bas, je contemple le spectacle silencieux. Malgré l’absence de lune, les formes sont bien visibles dans l’obscurité, les quelques nuages rétroéclairent discrètement les lieux grâce aux lumières des cités italiennes, notamment Susa et Bardonnecchia, toutes proches. Je reste plus d’une heure à immortaliser cette scène, constamment animée par les va-et-vient de la brume, lent ressac d’altitude. Le bruit constant des torrents en contrebas renforce cette ambiance maritime.
Devant cette rare fantasmagorie, la Voie lactée en devient anecdotique, bien qu’elle se dresse majestueusement dans le céleste. Je regagne ma tente aux alentours de 1h30, la toile est partiellement trempée, preuve de l’humidité régnant par ici.

L’aube

Peu après 5 heures, le réveil me tire de mon duvet. L’horizon se pare de lueurs témoins du jour naissant. Un fin croissant de lune émerge des Alpes, lové dans un dégradé allant de l’orange au bleu, instant d’une sereine poésie. Derrière, la mer de nuages a totalement disparu, comme si j’avais vécu un rêve éveillé quelques heures plus tôt. Sous un ciel parfaitement limpide, l’aube perd de son intérêt. Les plus hautes cimes s’illuminent une à une, jusqu’à ce que le soleil surgisse des Dents d’Ambin, délivrant ses rayons bienvenus. Finalement, au plus froid de la nuit, le thermomètre n’est pas descendu sous les trois degrés, il a probablement fait plus frisquet en vallée avec l’inversion.

Après une sieste brève mais bien méritée, je quitte le Gros Peyron à 9 heures pour entamer la descente. Deux heures et demie plus tard, je retrouve la voiture, les jambes en feu mais avec l’impression d’avoir été le témoin privilégié d’un moment rare en montagne.

Commander des tirages du Mont-Cenis
Continue Reading


12345678
Page 1 of 8


  • A propos

    Sylvain Clapot - Photographe

  • Derniers articles

    • Depuis les Grands Lacs : bivouac
      Grands Lacs (2508 m) - Cerces
      23 août 2026
    • Eclipse solaire du 12 août 2026 : le Soleil et la Dent du Chat
      Éclipse solaire du 12 août 2026
      12 août 2026
    • Tête de l'Aulp : bivouac au sommet
      Tête de l'Aulp (2129 m) - Aravis
      9 août 2026
  • Dernières photos Flickr

    • DSC_0681
    • DSC_1066
    • DSC_2080
    • DSC_0710
    • DSC_1635
    • DSC_1760


© Sylvain Clapot - Aucune des photographies présentes sur ce site n'est libre de droits