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Sylvain Clapot - Photographe > alpes

alpes

Mont des Acrays (2165 m) – Beaufortain
Mont des Acrays (2165 m) – Beaufortain
6 juin 2024 In Beaufortain No Comment

Bivouac au Mont des Acrays dans le massif du Beaufortain.

Le choix du Mont des Acrays

Décidément, ce début de saison joue avec nos nerfs. Ce mois de juin démarre dans la continuité de celui de mai, caractérisé par une instabilité quasi permanente du ciel. Quand ce n’est pas la pluie, ce sont les orages, voire les deux. Le meilleur créneau de la semaine est ce mercredi, avec une belle fenêtre météo, avant la nouvelle dégradation prévue le lendemain. La neige encore bien présente en altitude constitue toujours un paramètre primordial dans l’équation de la destination : pour dépasser les 2000 mètres, il est préférable de choisir les versants exposés sud.

L’escapade est toute trouvée : aller sur les hauteurs du barrage de Roselend, dans le Beaufortain. Ce n’est pas l’incroyable agression nocturne au couteau, survenue quelques jours auparavant dans le secteur du Cormet de Roselend, qui va me faire reculer. Déjà parcourue l’année dernière, la crête entre le Col du Pré et le Cormet d’Arêches répond favorablement à l’ensemble des critères pour cette sortie.

Afin d’apporter un peu de variété, le démarrage s’effectue depuis le lac de Saint-Guérin (1512 m). Milieu de semaine oblige, on est loin de la foule des week-ends d’été. Le plan d’eau resplendit dans cet écrin de verdure, chapeauté par les cimes encore enneigées, le tout magnifié par un beau soleil et des cumulus décoratifs. Il fait étonnamment chaud en ce début d’après-midi, trop habitué par la fraicheur des dernières semaines. L’itinéraire emprunte tout d’abord la piste, encore fermée aux touristes à ce jour, puis un sentier attaque rapidement dans l’abrupt versant. Le lac se dévoile au fur et à mesure de l’ascension. Une multitude de fleurs tapissent les alpages, une fois les derniers boisements franchis : Pulsatiles, gentianes, crocus…dans un silence monacal.

Un coucher de soleil flamboyant dans le Beaufortain

Quelques névés ornent le flanc de la crête, puis l’objectif du jour est atteint : le Mont des Acrays (2165 m). Le panorama à 360 degrés est toujours aussi grandiose : Sa Majesté le Mont Blanc trône en maître au-dessus du lac de Roselend. A droite, les plus hauts sommets du Beaufortain (Aiguille du Grand Fond, Pointe de Presset, Roignais, Pierra Menta..) ont encore leur manteau hivernal. Derrière, même constat (Crêt du Rey, Grand Mont). Au loin, la silhouette des Aravis se dessine entre les cumulus qui deviennent de plus en plus nombreux.

La fin de journée se caractérise par un encombrement progressif du ciel, faisant poindre une légitime inquiétude en moi, compte tenu de mes récents déboires. Néanmoins les prévisions sont formelles : ni pluie, ni orage au programme. J’installe alors la tente sur un replat de la crête, avec une vue 4 étoiles sur le paysage. Le repérage des alentours m’amène à descendre le versant herbeux d’une cinquantaine de mètres, débouchant sur une abyssale entaille de la montagne, un ravin créé par un torrent. Ce dangereux belvédère offre un tableau de choix sur le lac de Saint-Guérin, sublimé par des rayons transperçant les nuages.

La nébulosité ambiante m’enlève pas mal d’espoirs quant aux conditions crépusculaires. Cependant, contre toute attente, peu après 21 heures, une improbable lumière vient se diffuser dans la vallée de Beaufort, et jaillir en douceur sur les sommets environnants. Elle plonge les lieux dans une éphémère atmosphère dorée, avant que la nuit ne vienne mettre un terme aux festivités. Sans la moindre lune, l’intermède nocturne favorise l’évasion de l’esprit, sous la coupole de la Voie Lactée qui se dresse du Mont Blanc au Crêt du Rey. Plusieurs voiles élevés estompent régulièrement la clarté des étoiles.

Un lever de soleil timide

Le réveil à 5 heures me tire de mon sommeil. Le vent s’est levé, renforçant la sensation de froid. Le ciel est plus encombré que la veille, et malgré quelques pâles rougeurs à l’horizon, je ne m’éternise pas à capturer cette aube sans saveur et retourne dormir, épuisé par ces bien trop courtes nuits de juin. C’est 3 heures plus tard que j’émerge, au son de l’Alouette et du crissement de la toile de tente, animée par les bourrasques. La teinte à l’ouest annonce la perturbation qui arrive à grands pas sur les Alpes, je plie bagages et poursuit le sentier pour effectuer une boucle, en passant le Passage de la Charmette, les Acrays, et revenir sur la piste au nord du barrage de Saint-Guérin.

Une agréable sortie dans le Beaufortain, ponctuée de quelques belles ambiances lumineuses.

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Cabane du Petit Pâtre (1919 m) – Aravis
Cabane du Petit Pâtre (1919 m) – Aravis
26 mai 2024 In Aravis No Comment

Le choix de la destination

Les jours se suivent et se ressemblent. Toute la semaine le schéma s’est répété : ensoleillé la journée, dégradation en soirée avec son lot d’orage et de pluie, parfois abondante. L’instabilité est toujours au programme de ce week-end, quoiqu’annoncée moins virulente et plus localisée. Je compte malgré tout bien arpenter les sentiers d’altitude, en prenant toutefois quelques précautions. Pas question de me retrouver piégé comme la semaine dernière dans les Bauges. L’objectif est de trouver un point de repli à proximité d’un sommet, en tenant compte de la neige, encore bien présente au-dessus de 2000 mètres.

Mes prospections me conduisent dans le septentrion des Aravis, sur le contrefort oriental du massif : Croisse Baulet. Cet endroit avait attiré mon attention deux semaines auparavant, lors d’un bivouac à 8 km au sud-ouest. Au nord du sommet, nichée dans un col, se trouve la cabane du Petit Pâtre : elle constituera mon poste d’observation avant de continuer, selon les conditions météo de la soirée.

Direction la Cabane du Petit Pâtre

Le programme me conduit au parking de Frébouge d’en Haut, à environ 1300 m, sur les hauteurs de Cordon, village autoproclamé Balcon du Mont-Blanc. Cependant, en début d’après-midi, le panorama est relativement mitigé. La totalité des massifs est coiffée de brumes tenaces, tandis qu’en vallée circulent de gris nuages, apporteurs d’averses. Les membres encore engourdis par l’heure de route sont directement mis à l’épreuve, sans la moindre marche d’échauffement.

Le sentier croise perpendiculairement les courbes de niveau, dré dans l’pentu comme ils disent ici. Au sommet du téléski de l’Herney, j’opte pour l’itinéraire de droite, dans l’idée de faire une boucle. Un épisode pluvieux interrompt momentanément mon ascension, préférant attendre sous un sapin à l’abri. Le chemin sort de la forêt au niveau de la Croix du Planet, offrant une belle vue sur la vallée de l’Arve, conjugué avec le retour du soleil. Croisse Baulet se dévoile en enfilade de l’alpage, elle est encore bien ceinturée par la neige, ce qui me pose question pour la suite.

Après un passage délicat, abrupt, glissant et câblé, je quitte le promontoire du Planet afin de récupérer la piste de crête, qui me dirige tout droit vers la cabane du Petit Pâtre, il est 16 heures passées. Le lieu est petit, et ne propose que le strict nécessaire : 6 m² avec un banc, une table, une fenêtre et un vieux matelas en mousse. Spartiate pour certains, grand luxe pour moi. Méfiant quant aux caprices du ciel, j’y reste 3 heures, à lire et contempler le paysage.

Tentative avortée de Croisse Baulet

Avec une conviction proche du néant, je reprends mon paquetage pour tenter l’ascension de Croisse Baulet. Le sentier officiel le contourne par l’est, mais la quantité de neige m’en dissuade, d’autant plus que sous le parcours se dressent des falaises. Toute chute serait fatale. La carte IGN mentionne une trace sur le flanc occidental, je me dis qu’en faveur d’une exposition plus favorable l’endroit y serait plus praticable. Après tout, ce n’est qu’un détour de 1,5 km. J’avance doucement, le franchissement d’une épaule me donne un bon aperçu des conditions : le versant est ponctué de multiples coulées neigeuses, dont certaines liées à des avalanches hivernales, un joyeux dédale. Je marche une demi-heure là-dedans, perdant la sente et navigant à vue. Des chamois me sifflent au loin. Ces princes de la montagne défient la gravité en grimpant avec élégance et grâce la rocaille, l’exact inverse de moi.

Le ciel s’est entre temps totalement voilé, tandis que les sombres nuages au-dessus des Aravis ne m’inspirent pas confiance. L’image satellite confirme qu’il n’y aura aucune belle couleur crépusculaire. Décourageant. Autant de facteurs qui m’amènent à réviser mes plans : retour à la cabane.

Couleurs flamboyantes à l’aube

Aucun rai de lumière ne vient embraser les cimes, le jour meurt dans l’anonymat, l’obscurité s’installe. Je suis seul dans ce petit abri pour la nuit et prends mes aises dans ce lieu où le calme règne. J’y dors confortablement jusque vers 5 heures, réveillé par l’appel de l’aube. Une petite perturbation étant attendue, j’espérais secrètement qu’elle agrémente le lever de soleil. En effet, la nébulosité d’altitude arrive sur le secteur : côté est le ciel est dégagé, côté ouest il est encombré. Le cocktail parfait pour les rougeurs matinales. 5h40 précisément, la magie opère. Le firmament s’embrase, d’abord au-dessus du Chablais, puis progressivement jusqu’au Mont Blanc. Les glaciers, encore coiffés de nuages, reçoivent les premiers rayons dominicaux, incandescents et éphémères. Le spectacle se poursuit avec des percées lumineuses une fois le soleil levé puis, peu à peu, la scène perd de son éclat.

Après un petit déjeuner face au toit de l’Europe, je quitte cet agréable lieu et termine la boucle entamée la veille, via les Seytets. Une sortie en demi-teinte mais les quelques minutes avant le lever de soleil ont largement compensé le reste.

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La Belle Etoile (1841 m) – Bauges
La Belle Etoile (1841 m) – Bauges
18 mai 2024 In Bauges No Comment

Départ de dernière minute à la Belle Etoile

La mi-mai est passée, les forêts préalpines sont presque vertes jusqu’aux alpages, tandis que les cimes des plus hauts massifs sont toujours recouvertes de gros névés, peu engageantes. Pour ce week-end de la Pentecôte, l’instabilité météorologique est de mise, des dégradations diurnes sont possibles dans le secteur. D’une matinée ensoleillée, le ciel s’est rapidement noirci en journée. Vent et températures fraiches, tous les indices sont au rouge. Tel un lion en cage, je fais les cent pas, convaincu que les éléments vont m’empêcher d’aller en altitude.

Contre toute attente, le bleu regagne du terrain en fin d’après-midi, seuls quelques nuages débonnaires ornent le toit des montagnes. Je consulte les images satellite, les modèles et les applications de foudre en temps réel : rien d’alarmant. C’est l’occasion parfaite d’aller chasser quelques ambiances post-orageuses. Etant donné l’heure avancée (18h30), l’endroit s’impose comme une évidence : la Belle Etoile. Depuis un an que je suis installé ici, je vais enfin honorer ce sommet qui me surveille tous les jours, une de ces nombreuses sentinelles dominant la région d’Albertville.

Les chiffres sont clairs et résonnent comme un objectif : le soleil tire sa révérence à 21 heures, je dois être en haut avant 20h30 pour bénéficier des couleurs crépusculaires. Il est 18h40 lorsque j’entame les premières foulées depuis le parking des Teppes (1080 m), j’ai donc moins de 2 heures pour avaler les 761 m de dénivelé. Par chance, le sentier entre directement dans le vif du sujet, en abordant le versant avec une pente soutenue. Malgré le poids de mon sac, ma détermination l’emporte sur la peine de l’exercice.

Abreuvé par la belle luminosité de fin d’après-midi et encouragé par toute l’avifaune forestière, j’engloutis les courbes de niveau à bon rythme, entre 500 et 600 m/h. L’itinéraire récupère la partie boisée de la crête, pour ensuite s’en extraire et déboucher sur des terrains plus ouverts et herbacés. Au détour d’un virage, le Croix de Périllet se dévoile. Chaque jour ou presque, d’en bas, je la consulte, elle est cette anonyme qui est rentrée dans mon quotidien. Je la salue d’un regard silencieux en passant auprès d’elle. En ligne de mire, au bout de la crête acérée, une seconde croix s’élève : celle de la Belle Etoile. Je m’y précipite, en négociant les quelques passages vertigineux, où mieux vaut avoir le pas sûr. Il est 20h10 lorsque j’atteins l’objet sacré, accompagné d’une table d’orientation. L’espace est bien plus étroit que je le pensais, il va falloir s’en accommoder.

Une ambiance magique pré-orageuse

Si la Lauzière, le Beaufortain et le mont Blanc sont bien bouchés, l’effervescence crépusculaire a bel et bien lieu à l’horizon. Le lac d’Annecy et le relief de la Tournette baignent dans une lourde ambiance tolkienienne, chargée de mystère et de puissance à la fois. Côté ouest, les rais de lumière entreprennent un jeu de cache-cache avec les nuages, donnant naissance à d’incroyables percées dorées sur les versants baujus. Dans ce recoin des Alpes, la scène va bien au-delà de mes espérances, je prends cela comme une juste récompense de l’audace et de l’effort qui m’ont conduit ici. Je monte bon an mal an ma tente entre la croix et la table d’orientation, optimisant le seul semblant de replat ici : ma manie de toujours vouloir dormir le plus haut possible !

Tout semble se passer comme prévu, le jour se meurt peu à peu, les villes s’éveillent, l’obscurité s’installe. Cependant, depuis quelques minutes, j’observe d’un œil inquiet ce qui se trame au sud-ouest : un gros rideau de pluie, peu mobile, stationne sur le nord de Belledonne. Je consulte mes applications météo et elles sont formelles : certes, d’abondantes précipitations se dirigent lentement vers ma position, mais elles ne sont accompagnées d’aucun éclair. Pourtant, Belledonne n’est jamais en reste pour constituer le lieu d’expression des colères de la nature. Plus largement, aucun orage n’est à signaler sur les Alpes du nord. D’expérience, la nuit a tendance à faire tarir les caprices du ciel, d’autant plus que les prévisions nocturnes sont optimistes Je me dis alors qu’au pire j’essuierai une bonne rincée.

Mais sans crier gare, les événements prirent une tout autre tournure.

L’arrivée soudaine de l’orage sur la Belle Etoile

En arrivant sur les Bauges, la cellule jusqu’alors silencieuse exprime désormais son hostilité, du côté du Pécloz, à seulement 10 km d’où je suis. Un premier éclair, puis deux. Suivi d’un vrombissement résonant dans tout le massif. Je prends rapidement conscience du piège dans lequel je suis : dans quelques minutes il sera sur moi. Je n’ai pas le temps de remballer la tente et de déguerpir, regagner le sous-bois protégé me prendrait une demi-heure. Trop court. Trois solutions s’offrent à moi :

  • 1 : Rester sous la tente. C’est assurément pactiser avec la grande faucheuse, s’agissant de l’endroit le plus dangereux sur ce point culminant, au contact de la croix métallique.
  • 2 : Aller plus loin sur la crête. C’est s’exposer inconsciemment aux éléments.
  • 3 : Se réfugier dans le petit boisement linéaire qui coiffe la crête, en contrebas du sommet.

Il est évident que se cacher sous des sapins lors d’un orage est une décision absurde et déconseillée par les plus élémentaires consignes de sécurité en montagne. C’est néanmoins la moins pire des résolutions devant l’urgence de la situation.

Je leste la tente de mon sac et de quelques blocs calcaires en cas de tempête, prends mon appareil photo et ma frontale, puis me dirige à l’écart du sommet. Le flanc occidental de la crête est très raide, je ne peux descendre que de quelques mètres. Je trouve une zone favorable, m’accroupis et confie mon destin entre les mains du hasard. L’orage est désormais au-dessus, les flashs et les bruits se font de plus en plus proches. A travers les branches, je vois la Sambuy subir le châtiment divin. L’atmosphère est oppressante et angoissante. Les secondes deviennent des minutes. Cet enfer s’arrêtera-t-il ?

Soudain, une lumière aveuglante, accompagnée d’une détonation assourdissante. La foudre est tombée à quelques mètres.

Je suis projeté en arrière, j’hurle par réflexe. De la terre est éjectée. Mon cœur s’emballe. Je sens une chaleur dans mon pied droit et mon coude gauche. Le tonnerre finit de se répandre dans les Bauges. Sonne-t-il mon glas ? Groggy, je réalise ce qu’il vient de m’arriver : j’ai été victime de la foudre. J’analyse rapidement la situation : je vois, j’entends, mes souvenirs sont intacts et mes membres fonctionnels. Un miracle !

Dans les minutes qui suivent, l’orage continue ses méfaits en direction des Aravis, le secteur retrouve son calme. Je patiente un moment dans mon abri qui n’en était pas un, puis retourne observer le paysage depuis la crête. La Lune éclaire les prairies sous le col de l’Alpettaz et les nuages menaçants s’en sont allés. Il règne dans l’atmosphère une odeur de cramé, assez perturbante. Encore sous le choc, je remonte au sommet. Ma tente est indemne, du grésil s’est accumulé au pied de la toile.

Retour à la maison

Décidant malgré tout de maintenir mon bivouac ici, je consulte par acquis de conscience mes applications météo : une nouvelle cellule pluvieuse est présente sur la Chartreuse. La probabilité d’un nouvel orage nocturne demeure faible, mais aucune envie de renouveler cette cauchemardesque expérience. D’autant plus que le ciel est toujours menaçant dans la vallée de l’Isère. Hors de question de rester ici, la foi n’y est plus. Je remballe tout mon matériel dans mon sac et entreprends la descente à la frontale. La pluie a rendu l’itinéraire glissant et boueux, mais mon sang-froid à toute épreuve l’emporte, je négocie sans trembler le chemin du retour. A 00h45, la voiture est retrouvée, épuisé par ces rebondissements, sans même avoir eu le temps de manger. Plus tard, l’engourdissement dans le bras trouve son explication : une petite brûlure en ramification au niveau du coude révèle le point de sortie de l’arc électrique.

La foudre ne m’aura pas donc atteint directement, mais probablement par diffusion dans le sol dû à la proximité de l’impact Par chance, aucune séquelle n’a été révélée par les analyses faites le lendemain.

Bref, j’ai failli mourir foudroyé.

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La Frête (1636 m) – Aravis
La Frête (1636 m) – Aravis
12 mai 2024 In Aravis No Comment

Bivouac au lieudit de la Frête (1636 m) dans les Aravis, mai 2024.

Le lendemain des aurores

Dans la nuit du 10 au 11 mai, une intense éruption solaire a illuminé le ciel de l’Hexagone, inondant le céleste de draperies rosâtres. J’ai honteusement raté ce phénomène exceptionnel sous nos latitudes, alors que la nuit précédente, j’errais sur la crête de la Montagne de Sulens. Rageant.

Une séance de rattrapage est peut-être possible ce samedi, bien que la probabilité soit faible. Il était de toute façon prévu de retourner en altitude avant le nouvel épisode de pluie annoncé ces prochains jours. La neige empêchant toujours d’aller au-delà de 2000 mètres, c’est du côté du Col des Aravis que le choix se porte, une virée tranquille sur le flanc oriental du massif éponyme. L’idée est de s’éloigner des imposantes murailles rocheuses afin d’avoir le nord suffisamment dégagé.

Direction la Frête

Le beau temps printanier a attiré nombre de visiteurs au Col des Aravis, les parkings sont combles. L’endroit est toujours aussi impressionnant, les verdoyants alpages sur les cônes de déjection sont bordés d’immenses parois surplombant la route d’environ 1000 mètres. Des névés noircis par l’érosion tapissent le haut des versants. Le plan initial de parcourir les Aravis sur le sentier en balcon est modifié, au profit de la piste carrossable, aisément praticable. Celle-ci se dirige côté sud, il s’agit d’une dénommée « Route de la Soif ». Elle va jusqu’au Col de l’Arpettaz, au pied du Mont Charvin.

L’objectif du jour demeure modeste : se positionner sur l’alpage près du chalet de la Frête, à 1636 mètres. En à peine 1h30, l’endroit est atteint. La sensation de beau temps est trahie par de nombreux cumulus qui obscurcissent le ciel, au-dessus des montagnes environnantes, y compris le Mont Blanc si proche, coiffé de brumes tenaces. L’abri de fortune est, une fois n’est pas coutume, positionné dans le plus grand des conforts : terrain plat, spacieux, herbeux et sans vide à côté. Le luxe.

Pas d’activité nocturne

Le jour décline peu à peu. Pour profiter d’un meilleur panorama et des teintes crépusculaires, je grimpe à la Croix des Frêtes, à l’ouest, dominant le site d’une centaine de mètres. Tout le massif du Mont Blanc se dévoile, ainsi que le village de la Giettaz en contrebas et l’envers du domaine de Megève. La fin de journée approche. Les couleurs deviennent peu à peu orangées, les rayons se diffusent à travers le col pour se déverser en face. Les rougeurs se tarissent, la luminosité diminue, il est temps de retourner dans la tente.

Bivouac à la Frête dans les Aravis

Les prévisions aurorales sont peu optimistes pour cette nuit. L’indice Kp est élevé, mais pas suffisant pour que le spectacle recommence. Qu’importe, je scrute le ciel une bonne partie de la nuit, effectue quelques poses courtes et longues sur les étoiles, un timelapse. Mais, faute d’activité, je me résous à me laisser emporter par le sommeil. Quelques heures plus tard, le jour a chassé la nuit. Le ciel s’est de nouveau chargé, laissant filtrer quelques rayons çà et là, avant d’éclairer l’entièreté des lieux. A 10h30, la voiture est retrouvée, épilogue d’une sortie qui n’a pas tenu toutes ses promesses.

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Montagne de Sulens (1839 m) – Aravis
Montagne de Sulens (1839 m) – Aravis
2 mai 2024 In Aravis No Comment

Mai. L’évocation de ce simple mot résonne chez moi comme la fin de l’hibernation et le début d’un nouveau cycle. Pourtant, les derniers mois furent relativement chaotiques sur le plan météorologique. L’hiver a tardé à démarrer, puis un improbable épisode caniculaire s’est intercalé en mars. Au final, c’est au début du printemps que l’or blanc s’est accumulé en altitude, tandis qu’en vallée la pluie a démoralisé les plus optimistes d’entre nous.

Après encore quelques jours de déluge, le pont de l’Ascension offre enfin une fenêtre météo. Cependant, les ambitions doivent rester mesurées, les cumuls de neige sont encore forts au-dessus de 2000 mètres. Les sommets modestes prennent alors toute leur importance en cette saison, pour à la fois fouler les sentiers sur la terre ferme, et effectuer une reprise en douceur.

Parmi les différentes possibilités, la montagne de Sulens constitue une solution idéale. Loti entre les imposantes murailles des Aravis et de la Tournette, ce petit relief recouvert d’alpages, bien exposé, culmine à 1839 mètres.
Jour férié oblige, l’affluence est au rendez-vous au niveau du parking du Col de Plan Bois (1299 m). Nombreuses sont les personnes à être venues profiter du soleil et des verdoyantes prairies, la file de voitures garées remontent le long de la route. Une grande partie de l’itinéraire pédestre emprunte une piste d’alpage, démarrant d’abord en sous-bois, puis dans un secteur totalement ouvert. Le temps est idéal, les températures clémentes au soleil baissent cependant vite au passage des nuages, défilant dans l’azur. Quelques insouciantes marmottes courent ci et là.

Témoin des derniers jours pluvieux, l’humidité ambiante se manifeste aux abords des plus hautes cimes : les Aravis sont coiffés de brumes, tout comme la Tournette qui leur fait face, les deux se répondant avec leurs sommets blanchis.
Les dernières foulées suivent la ligne de crête, jusqu’à atteindre la table d’orientation matérialisant la destination finale, il est environ 17 heures. J’installe ma tente sur un léger replat en contrebas, aux premières loges pour profiter du panorama. Au fur et à mesure que le jour décline, la nébulosité s’évapore des reliefs. A l’ouest, le Soleil diffuse ses rayons à travers les ultimes lambeaux nuageux, offrant de beaux jeux de lumière. Les alpages se parent de tons dorés, le Mont Blanc tout juste visible se transforme en une vaste étincelle céleste, tandis que l’étoile se meurt par-delà le Rocher de Belchamp.

La température dégringole, l’humidité retombe, les ombres investissent les lieux, c’est l’arrivée de la nuit. Je rejoins mon abri de fortune pour quelques heures. Dans l’obscurité du firmament, se dévoile un fin croissant de Lune, qui vit ses derniers instants avant de rejoindre l’horizon.

Vers 1h du matin, le silence règne en ces lieux. Un bruit suspect sur la toile de ma tente m’extirpe du sommeil. Il se répète. Je saisis la frontale et éclaire l’extérieur. Un renard débonnaire poursuit son chemin, reniflant le sol, guère importuné par ma lumière et le son de ma voix. Etonnante rencontre. Etant réveillé, j’embarque appareil et trépied pour quelques captations nocturnes. La Voie Lactée enrobe le massif des Aravis sous sa coupole lumineuse. Spectacle perceptible pour les yeux, féérique pour le capteur photo, révélant la draperie cosmique dans tous ses détails.
Dès 5 heures, les lueurs de l’aube apparaissent peu à peu. Le silence est trahi par le retour d’une légère brise et les mélodies de l’Alouette des champs, fidèle compagnon des bivouacs d’altitude. Le ciel s’est dégarni de tous ses nuages, l’horizon est encombré de quelques voiles, tandis que l’atmosphère conserve un bon taux d’humidité. Autant d’ingrédients pour créer un lever de soleil banal : les montagnes se vêtissent de fades teintes orangées, loin de me convaincre. Je plie bagage pour retrouver la voiture. Une belle remise en jambe pour démarrer la saison !

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Pointe de Chaurionde (2173 m) – Bauges
Pointe de Chaurionde (2173 m) – Bauges
22 octobre 2023 In Bauges No Comment

Bivouac à la Pointe de Chaurionde dans le massif des Bauges.

Le choix de la sortie

L’automne se sera fait attendre ! Après quelques semaines de prolongation de l’été indien, caractérisé par un temps anticyclonique doux, la situation se débloque avec l’arrivée de fronts pluvieux qu’il va falloir bien négocier. Les fortes chaleurs conjuguées à la sécheresse estivale n’offrent pas les conditions optimales pour les couleurs automnales. Néanmoins, les précipitations de la semaine marquent un tournant : les plus hautes cimes se coiffent de blanc, les versants de feuillus virent aux tons dorés.

Ce week-end semble constituer le créneau à ne pas rater, une météo maussade est annoncée jusqu’à la fin du mois. Direction le désormais tout proche massif des Bauges, dans l’espoir de capter des ambiances brumeuses, typiques de cette saison. Au point de départ, à l’abbaye de Tamié (890 m), le temps ne s’avère pas très engageant : il pleuvine et les sommets sont encombrés. Toutefois, la promesse d’éclaircies donne du baume au cœur. Et il en faut, l’objectif est la pointe de la Chaurionde (2173 m), soit près de 1300 mètres de dénivelé, lesté de mes 17 kg sur le dos. La première partie emprunte un sentier serpentant dans la Combe Noire. La canopée me protège des averses, allant en faiblissant, tandis que le chemin suinte d’eau, la montagne a été abondamment abreuvée ces dernières heures.

Le chant de l’automne en montagne

A la limite supérieure du boisement, l’alpage du Drison et son chalet éponyme se dévoilent, tout comme la rocailleuse Sambuy à droite. A sa base, la végétation chante l’automne avec ses nuances de jaune, traversée par quelques cascades bien nourries. En revanche, Chaurionde est toujours masquée par la nébulosité. L’arrivée au col (1756 m) marque la dernière ligne droite du parcours, mais pas la plus agréable. La crête, exposée aux quatre vents, est une petite soufflerie, distillant un froid humide jusqu’au cœur de la chair. L’inclinaison du sentier va par ailleurs crescendo, à cela s’ajoute la difficulté apportée par la boue, rendant chaque pas glissant.

Finalement, après presque quatre heures de montée, la Chaurionde est vaincue. Le panorama est chahuté par un brouillard virevoltant, tantôt complètement opaque, tantôt laissant entrevoir le paysage. La cime dispose d’un replat assez large, bienvenu pour un bivouac. L’installation d’un abri est la première chose effectuée, sur une zone dépourvue de végétation, relativement boueuse, mais qu’importe, l’inconfort est le prix à payer pour être aux premières loges.

Il est dix-huit heures passés, le jour va en déclinant mais mes espoirs restent maigres tant les cieux sont agités. Soudain, une improbable lumière surgit par-delà l’Arcalod, venant éclairer durant quelques minutes le secteur avec des rayons d’une grande pureté. Au moment de l’ultime respiration du jour, me voilà privé des tons roses sur le Mont Blanc, la brume jouant les trouble-fête. Le paysage se dévoile une fois le début de la nuit installée, permettant quelques captations du lac d’Annecy, ceinturé par les lumières des villes, puis tout se rebouche. Il est temps d’aller dormir, dans cette tente quelque peu bousculée par les assauts des rafales. Fort heureusement, étant en retrait du versant exposé, je suis partiellement protégé.

Spectacle de brume au réveil

Au cours de mon sommeil en pointillé, vers deux heures du matin, la toile crépite, une averse. Un œil dehors, l’obscurité totale, Chaurionde est prise dans le brouillard, me laissant en plein doute pour mes aspirations matinales. Vers 7 heures, vient le moment du verdict. Premier étonnement, de la neige et du givre mêlés ont saupoudré les environs ! Côté météo, le sommet est toujours aux prises avec la brume, inondant les lieux de son agaçante opacité. Difficile de composer avec cet aléa, les instants de clarté sont brefs, mais laissent entrevoir un champ de bataille, où les massifs combattent l’offensive des frimas.

Progressivement, la clarté gagne la partie, le soleil se lève, dévoilant certains détails jusqu’ici restés dans l’ombre. La Sambuy cristallisée triomphe au premier plan, le Mont Blanc imperturbable veille au loin, tandis que le Charvin se fait happer par les nuages d’une façon tyrannique, le théâtre d’un conflit incroyable ! Après m’être longuement imprégné de cette ambiance, je replie le matériel et entame la descente vers 10h30. Il m’aura fallu un peu plus de deux heures pour retrouver la voiture, le corps vidé, mais l’âme remplie de scènes mémorables.

Lien vers la galerie complète : https://www.figedansletemps.com/galleries/pointe-de-chaurionde-2173-m/

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Pointe de Combe Bénite (2575 m) – Beaufortain
Pointe de Combe Bénite (2575 m) – Beaufortain
20 août 2023 In Beaufortain No Comment

En cette dernière décade d’août, les vallées suffoquent, énième vague de chaleur estivale dans nos montagneuses contrées. Prendre de l’altitude devient un acte salutaire pour s’extraire de ce brasier météorologique. Quelques jours seulement après ma folle aventure à la Pointe d’Archeboc, j’opte pour une ascension plus modeste en termes de dénivelé : ce sera la Pointe de Combe Bénite (2575 m).

C’est en quelque sorte une séance de rattrapage, l’été dernier, j’avais dû abandonner à regret un bivouac à cet endroit, la faute à un orage menaçant. Mais ce week-end, aucune colère du ciel n’est attendue. Direction le Cormet d’Arêches, afin de démarrer le plus haut possible (2107 m). Le parking du barrage de Saint-Guérin déborde de toute part, mais la route se finissant en piste permet d’écrémer le flot de touristes.

Malgré la barre des 2000 m passés, le soleil cogne fort en ce samedi après-midi, toutefois un petit vent bienvenu atténue la sensation de chaleur. Le programme prévoit 500 mètres de dénivelé pour environ 2 heures de marche. A peine quelques lacets entamés et plusieurs clôtures à vache enjambées, le sommet se dévoile en arrière-plan : crête verdoyante dominant un abrupt chaos rocheux.

Au nord-est, un autre élément attire peu à peu l’oeil. Par-delà les plus hautes cimes du Beaufortain, une masse blanchâtre se détache des rocs et du bleu azur céleste : le Mont Blanc, qui ne disparaitra plus du paysage.
La montée s’effectue tranquillement, jusqu’au Col de Corne Noire (2413 m). A droite, le Crey du Rey, à gauche, la Pointe de Combe Bénite. Le sentier serpente jusqu’à la fin sur la crête, offrant un semblant de course aérienne. Soudain, des dizaines de choucas se manifestent dans le ciel. En contrebas, une ombre m’interroge. Un nouveau regard en hauteur : un gypaète barbu planant à quelques mètres. Sans le moindre battement d’aile, il rejoint le versant opposé dans la plus grande des prestances. Plusieurs minutes après, l’objectif est atteint. La chaleur et l’anticyclone ont raison des visibilités, un voile blanchâtre atténue le panorama. Ecrins et Chartreuse, au loin, peinent à se faire reconnaître.

Un recoin plat et herbeux s’avère idéal pour passer la nuit, la tente y est installée, tandis que le soleil décline progressivement vers l’horizon. Comme prévu, les couleurs sont fades et ternes, n’atténuant cependant pas la sensation de liberté.

A la clarté succède l’obscurité, la quasi-absence de Lune promet une nuit sombre, seulement trahie par les lumières de la Tarentaise. La Voie Lactée, s’élançant verticalement, est immortalisée comme il se doit, jusqu’à ce que les premières lueurs de l’aube prennent le relais, à partir de 6 heures. Comme la veille, c’est dans une ambiance désaturée en couleurs que le jour naissant se dévoile, laissant poindre notre étoile dans les confins de l’est.
Après une nuit au sommeil haché, une sieste bien méritée vient conclure la sortie, entre la chaleur sous la toile et la petite brise traversant l’abside…derniers instants de plénitude avant de retrouver le foyer ardent des plaines…

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Pointe d’Archeboc (3272 m) – Alpes Grées (2/2)
Pointe d’Archeboc (3272 m) – Alpes Grées (2/2)
15 août 2023 In Alpes Grées No Comment

Il est presque midi quand je quitte ce lieu improvisé pour attaquer la seconde étape du parcours. Un peu moins de 600 mètres de dénivelé me séparent du Graal, mais il va falloir faire preuve d’une bonne dose de courage pour y parvenir. Le sommet est ni plus ni moins qu’une crête coiffant une muraille d’éboulis, amoncellement de blocs schisteux dans le plus grand des chaos. Armé de volonté et d’une trace gpx bienvenue pour emprunter le meilleur itinéraire, me voilà au pied du challenge de ce lundi. La montée s’effectue à bon rythme, mais rapidement l’altitude se fait sentir sur l’organisme. Le souffle est plus court, chaque enjambée plus énergivore. En contrepartie, le paysage devient de plus en plus grandiose, d’autres massifs se dévoilent et le lac Brulet n’est plus qu’un élément de décor. Vers 3150 m, l’itinéraire traverse le glacier d’Archeboc qui n’a de glacier plus que le nom, réduit à un simple névé, celui-ci ne demandant qu’à disparaître sous l’assaut répété du rayonnement solaire. A droite, un mont pelé se dresse : la Pointe d’Ormelune (3256 m) ; à gauche, un dédale rocailleux s’élève : la Pointe d’Archeboc (3272 m). Les cent derniers mètres sont les plus durs, mais l’objectif qui se rapproche ne fait qu’accroitre la motivation. Il est 13h30, soit deux heures après mon départ, me voilà enfin au sommet ! Le panorama à 360 degrés est une juste récompense, bien que côté italien, les brumes amputent une partie de la vue. Les montagnes sont en effet chargées en nébulosité, seule la base du Mont Blanc est perceptible au nord. Un muret d’environ 2 mètres de hauteur a été érigé, de quoi s’abriter du vent et lézarder une bonne partie de l’après-midi. Ayant de nouveau du réseau ici, je peux consulter les prévisions et elles sont guère optimistes, le scénario de la veille va très probablement se reproduire. J’ai pourtant la ferme intention de dormir au sommet.

Les heures défilent, les nuages aussi. Ces derniers apparaissent bien plus agités qu’à l’accoutumée. La frontière franco-italienne, sur laquelle je suis et qui se prolonge jusqu’au glacier supérieur des Balmes, est un point de conflit des masses d’air, jouant avec les limites administratives. L’ombre et la lumière se succèdent en ce lieu isolé, la température dégringole, une première averse de grésil est déversée. Adossé au muret, poncho et housse sur le sac, je suis prêt à subir les hostilités de Dame Nature, il est un peu moins de 19 heures.

Soudain, mes espoirs et mon abnégation sont balayés d’un revers de main, quand la foudre s’abat sur la montagne qui me fait face. Le vacarme généré par l’impact, démultiplié par le relief, sonne le glas de mes ambitions. La Pointe d’Archeboc est bien trop exposée si un orage venait à répandre sa colère ici…or ce convive indésirable est bel et bien en train de s’inviter au dîner. Il faut déguerpir, et vite. La priorité est de s’éloigner de la crête, en redescendant le versant si durement grimpé. Je longe à bon pas la falaise occidentale jusqu’à enfin trouver une rocher en forme de auvent, dans un étroit couloir pentu. Il va m’offrir une protection momentanée, bien qu’inconfortable au possible. Cet abri a néanmoins l’avantage de me placer aux premières loges, face au Mont Pourri. Celui-ci est le théâtre du Ragnarök : à gauche la débâcle, où foudre, averses et tonnerre semblent impitoyables, tandis qu’à droite, les percées du Soleil tracent le sillon de l’espoir. Recroquevillé dans mon anfractuosité schisteuse, j’observe le combat des événements. La luminosité est incroyable, les versants se parent d’éphémères parures dorées, avant d’être plongés dans une averse quelques minutes plus tard.

L’astre du jour s’en est allé par-delà l’horizon, l’ombre gagne du terrain. Deux stratégies s’offrent à moi : remonter au sommet, avec le risque d’un retour orageux en début de nuit, comme la veille, ou descendre plus bas à la recherche d’un terrain plus accueillant. Quoiqu’il en soit, il faut se sortir de cette planque pendant que l’obscurité n’est pas complète, cette montagne peut regorger de pièges une fois la nuit venue. A regret j’opte pour la seconde solution, plus sécuritaire. Si à la montée les passages sableux étaient traitres à arpenter, ils se révèlent bienvenus en sens inverse, traversés comme des névés, en ramasse. Le dénivelé est avalé en peu de temps, moyennant néanmoins une vigilance de chaque instant pour ne pas se tordre une cheville ou glisser sur des rochers humidifiés par l’averse.
La nuit a succédé à la pénombre quand j’atteins la base de la montagne, vers 2850 m d’altitude. Mon choix se porte naturellement vers le spot initialement envisagé pour la veille, au-dessus du Lac Noir (2720 m). Il fait nuit noire quand j’y parviens, il est 22 heures et je n’ai toujours pas mangé. C’est chose réglée une fois un rocher trouvé pour m’abriter du vent, dans le confort de l’herbe. A peine ai-je le temps de finir mon frugal repas que de nouveau une averse sévit. On ressort les vêtements imperméables et c’est parti pour attendre patiemment que tout se termine. Mon regard se perd dans le ciel, prenant des allures de rave-party tant les nombreux éclairs côté Italie donnent un effet stroboscopique. Peu à peu le calme revient, les étoiles deviennent visibles, signe que je vais enfin pouvoir dormir ! Repos relativement court quand il s’agit de se réveiller pour immortaliser la Voie Lactée, venant se loger dans l’alignement parfait du Mont Pourri qui me fait face. Cet emblématique sommet, du haut de ses 3779 m, fait pourtant pâle figure sous l’immensité cosmique, réduit à une simple aspérité de la surface terrestre.

Je retourne dans le domaine des songes jusqu’au lendemain matin, extrait de mes rêveries par la luminosité naissante. Le ciel s’est paré de nuages moutonnés, distillant une lumière partielle sur les cimes, immortalisée comme il se doit.
Le sac reconstitué, il est venu l’heure de rebrousser chemin, dans la tranquillité à peine trahie par les cris des marmottes. La civilisation est peu à peu retrouvée, me sortant de cette parenthèse solitaire face aux événements, épilogue d’une sortie exigeante tant sur le plan physique que mental. La montagne a néanmoins su montrer sa beauté dans ses moments les plus inhospitaliers, au prix de doutes et d’inconfort…

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Pointe d’Archeboc (3272 m) – Alpes Grées (1/2)
Pointe d’Archeboc (3272 m) – Alpes Grées (1/2)
14 août 2023 In Alpes Grées No Comment

Voilà deux week-ends de suite que la météo orageuse me prive de bivouac en altitude. Malgré un scénario qui se profile de nouveau pour cet intermède de l’Assomption, le cœur et l’envie l’emportent sur la raison. Afin de mettre à profit ces jours de congés, l’idée est d’aller tutoyer les 3000 mètres, maintenant que l’été a fait son œuvre là-haut, la neige s’en est allée. Depuis plusieurs années, un secteur en particulier me fait de l’œil, à force d’arpenter ses environs : la Pointe d’Archeboc (3272 m). Celle-ci se mérite, il faut compter 1500 mètres de dénivelé pour y parvenir. L’objectif est ambitieux, moi qui suis lesté de mes 20 kg, alors la gravir en deux étapes semble être une solution tout à fait appropriée.

En cette chaude journée dominicale, je rejoins le parking de l’Echaillon (1805 m), aux confins de la station de Sainte Foy Tarentaise, constituant le point de départ de ce grand circuit. Le début est une mise en jambes bienvenue, empruntant la Via Alpina en pente douce, afin de rejoindre le hameau du Monal, la balade familiale par excellence, en témoignent la quantité de touristes venus profiter de ce site classé. Les plus téméraires poursuivent l’ascension du versant, afin de rejoindre le vallon du Clou, 400 mètres plus haut. Une piste permet également de s’y rendre, mais à l’accès restreint. Des Anglais ont eu l’audace d’y monter avec leur véhicule de loisir. Les voilà plantés sur le bas-côté, une roue dans un nid-de-poule, s’efforçant de s’en extraire, en vain. Je passe à côté, le sourire aux lèvres, cela leur apprendra.
Une fois la retenue atteinte, vers 2200 mètres, c’est un nouveau paysage qui se dévoile, sauvage et puissant, ponctué de quelques bâtisses, en plus ou moins bon état, ainsi qu’un troupeau de vaches, occupant le replat herbeux de la vallée. Loin, très loin au fond, se dresse l’objectif du lendemain. Ce tas de rocailles paraît si inaccessible vu d’en bas ! Je remonte la rivière jusqu’au lieudit des Balmes, dernière trace de civilisation du secteur. J’y stationne un long moment, le temps d’évaluer les conditions météo, l’orage étant annoncé en fin d’après-midi, l’endroit peut être une solution de repli. Malgré quelques sombres nuages, rien de bien menaçant. Je décide alors de poursuivre l’itinéraire, jouxtant le torrent, jusqu’à arriver au Lac Noir (2618 m), grande étendue d’eau ceinturée d’abruptes versants et d’éboulis. Elle constitue également le terminus du sentier de randonnée officiel. Toute la suite sera une affaire de cairns et de déambulations hasardeuses.

Un promontoire dominant d’une centaine de mètres le lac, repéré lors des préparatifs, est rapidement atteint. Il sera le lieu d’étape pour la soirée. Il offre tout le confort souhaité : zones de plat, herbe et vue plongeante sur le vallon. Tandis que la journée s’achève, le ciel vient jouer les trouble-fête : la lumière est chassée du secteur, pour laisser place à un plafond nuageux sombre et hostile. Il s’accompagne de grondements résonant au loin. Il faut revoir les plans, je remballe tout pour trouver un abri sous roche plus haut, il est 20 heures passées. L’orage, bien que modeste, se fait suffisamment entendre pour inquiéter les pèlerins de passage. Je reste plus d’une heure recroquevillé dans cet inconfortable recoin schisteux, le temps pour la nuit de s’installer. L’atmosphère devient plus silencieuse, les averses disparues. Les signaux semblent être au vert pour finir la soirée. Le programme est modifié pour aller rejoindre le lac Brulet (2697 m), relativement proche, atteint en un quart d’heure, à la frontale. Après un bref repérage, je choisis mon emplacement pour la nuit à la belle étoile, aux abords du plan d’eau. A peine ai-je le temps de poser le sac, que la pluie s’invite de nouveau à la partie. J’installe dans la précipitation tapis de sol, duvet, sursac et…poncho qui va jouer le rôle de toile de tente sommaire. Pour accompagner ce désagréable moment, voilà que l’orage vient jouer la seconde mi-temps. C’est de nouveau un concert de vrombissements dans les cieux. L’un d’entre eux met moins de 3 secondes après l’éclair, preuve de sa proximité. Sous mon abri de fortune qui commence à prendre l’eau sur les côtés, je soupire davantage d’agacement que de panique, c’est un mauvais moment à passer, je prends mon mal en patience. L’épisode dure tout de même 1h30, puis peu à peu, tout s’estompe, le calme revient. D’innombrables étoiles tapissent le firmament, la récompense après tous ces désagréments. Je profite du lac pour capturer les reflets d’une magnifique Voie Lactée, régulièrement percée d’étoiles filantes, abondantes, nous sommes en plein dans les Perséides. Au chaos succède la féérie.

Aux premières lueurs de l’aube, la tempête de ciel bleu a raison de moi, je fais l’impasse sur les photos matinales, préférant prolonger cet agréable moment de plénitude, tandis que les rayons de soleil viennent se mêler à la fraîche brise rampant sur les versants. Contraste saisissant avec la veille.
Je reste ici jusqu’en fin de matinée pour que sèchent mes affaires, et capitalisant un repos bienvenu avant d’affronter cette crête qui me fait tordre le cou, tellement elle se montre inaccessible…

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Lacs de Plan Richard (2481 m) – Vanoise
Lacs de Plan Richard (2481 m) – Vanoise
23 juillet 2023 In Vanoise No Comment

Le beau temps estival continue de s’épandre dans les Alpes. Pour fuir la chaleur associée, c’est naturellement vers les sommets qu’il faut se diriger. La lumière n’étant pas intéressante ces derniers jours et la nuit sans Lune annoncée, l’approche sera axée autour des paysages nocturnes. Plusieurs conditions sont requises : zone sans pollution lumineuse, présence d’un point d’eau pour les reflets cosmiques et un peu d’inédit en termes de secteur. Le repérage me conduit du côté de la Tarentaise et le massif de la Vanoise, à quelques centaines de mètres de la limite du parc national, pour pouvoir bivouaquer en tout légalité (quelle tristesse de devoir accoler ces deux termes…). L’objectif est la zone des lacs de Plan Richard, depuis Rosuel (Peisey-Nancroix), terminus de la Route Départementale 87. Au programme : près de 950 mètres de dénivelé pour environ 8 km d’approche. Vacances estivales et beau temps obligent, l’imposant parking est déjà bien rempli en début d’après-midi, mais peu de craintes à avoir, les touristes n’iront pas dans l’espace convoité.

La première partie consiste à contourner l’épaule formée par la base de l’Aliet de l’Aiguille Motte, en rive gauche du Ponturin, partagée entre boisements et zones ouvertes. De part et d’autre, les imposantes murailles rocheuses, tutoyant le ciel, veillent aux pèlerins des sentiers, notamment le Mont Pourri, à l’allure hostile sous cet angle. Le regard se perd dans les nombreuses cascades sillonnant les alpages, où paissent çà et là quantité de vaches.

Vers 2000 mètres, derrière une moraine, le parcours s’adoucit nettement, se transformant en faux plat. Pendant trois kilomètres, il arpente le fond du vallon, dévoilant de nouvelles cimes de la Vanoise, et au bout duquel est blotti le vaste lac de la Plagne. Un peu plus loin, un drapeau de la Savoie annonce le refuge d’Entre le Lac. Une multitude de personnes y est amassée, pas question de vivre l’expérience de la montagne dans la foule, la solitude et la quiétude ne sont plus qu’à une heure de marche ! Le chemin balisé est quitté pour basculer sur une sente bien tracée, remontant de façon franche dans le vallon à l’ouest. Sur quelques mètres, plus haut, l’itinéraire est déchiqueté par un couloir mis à nu et rocailleux, formé par des crues torrentielles. Une cicatrice marquée dans le paysage. Sur les coups des 19 heures, après une longue mais régulière ascension, la partie inférieure des lacs est atteinte. Elle est tapissée de zones humides et de tourbières, ainsi qu’un lac au pied du versant. L’arrivée coïncide avec la révérence du Soleil derrière la crête du Dôme des Pichères, dépassant les 3000 m.

Le lieu de bivouac, protégé de la petite bise descendant du Col de l’Aliet, est trouvé sur l’un des nombreux replats. Un bref repérage est effectué, quelques gouilles d’eau satisferont la quête du jour. Comme pressenti, les couleurs du crépuscule sont ternes et fades, inutile d’insister, mieux vaut se reposer pour la nuit chargée qui s’annonce.
Peu après minuit, le maigre croissant de Lune s’en est allé derrière l’horizon, laissant place à un ciel parfaitement sombre, ponctué d’astres scintillants. Je suis venu pour elle, la voici qui s’élance dans la pénombre : la Voie Lactée. Pendant une bonne partie de la nuit, je tâche de l’immortaliser : panorama, reflet sur l’eau, timelapse et pose (très) longue, un sommeil haché jusqu’à 4h du matin.

Les premières lueurs de l’aube m’éveillent. Le ciel d’un bleu uniforme et les lumières insipides ont raison de moi, la sieste est prolongée. Depuis quelques heures, après une accalmie, le vent s’est de nouveau levé, trahissant la sensation de chaleur avec l’arrivée du soleil. Quelques victuailles englouties pour reprendre de l’énergie, il est ensuite temps d’entamer le retour. Il aura fallu 3 heures pour retrouver la voiture, point final d’une belle sortie en terres de Vanoise, sous un envoûtant ciel nocturne.

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