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Sylvain Clapot - Photographe > alpes

alpes

Mont Granier (1933 m) – Chartreuse
Mont Granier (1933 m) – Chartreuse
8 mai 2022 In Chartreuse No Comment

Voilà plus de 6 mois que je ne suis pas allé planter la tente en montagne, depuis la fin de mon trip automnal. Le mois de mai, comme chaque année, est synonyme de reprise. D’abord annoncé beau, le temps du week-end vire à un état mitigé. Qu’importe, l’attente n’a que trop duré. Pour commencer sereinement et éviter toute blessure inutile, j’opte pour une boucle sur deux nuits qui, généralement, se fait sur un seul jour : le Granier par la Balme à Collomb et retour par l’Alpette.

En début d’après-midi de ce vendredi, me voici au paisible hameau de la Plagne. Les conditions sont peu engageantes, les sommets baignent dans une épaisse brume.
Chargé de mes 20 kg sur le dos, j’attaque l’ascension tranquillement, arpentant le sous-bois plongé dans un silence religieux, seulement trahi par le chant des oiseaux.

Rapidement, la limite de la forêt est dépassée et, peu après, le sentier s’engage dans cette impressionnante cavité qu’est la Balme à Collomb. J’y reste un petit moment, à contempler la brume qui virevolte à flanc de montagne. Mais l’humidité à l’intérieur de la grotte est telle que j’écarte la possibilité d’y passer la nuit. Ce sera mon plan B en cas de pluie ou d’orage. Je poursuis alors 5 minutes le chemin pour atteindre un petit promontoire surplombant la Balme à Collomb. Protégé de la bise par quelques sapins, ce replat herbeux se révèle parfait pour dormir. Il est inutile voire contreproductif d’aller bivouaquer sur la crête, comme je l’ai un temps imaginé, la faute au vent qu’on entend siffler dans les falaises.

Lentement la luminosité du jour décroît, sans me laisser entrevoir le moindre paysage depuis ce lieu, je m’endors alors rapidement.

Vers 4 heures, je me réveille. Un regard à travers la fermeture éclair : des étoiles ! J’enfile toutes mes couches et m’approche du vide : la mer de nuages s’est abaissée dans la vallée de la Chartreuse, tandis qu’au sud-est se dresse la voie lactée, protégée de la pollution lumineuse par la brume dans le Grésivaudan. J’immortalise la scène et retourne m’assoupir, pour peu de temps car déjà le jour se lève. Comme je le craignais, le retour de la lumière réactive les masses d’air et le brouillard s’élève de nouveau, pour m’envahir totalement vers 6h30. Je vais alors finir ma nuit, que j’achève vers 10h30, ce silence apaisant a eu raison de moi. Une grive, à quelques mètres, s’est chargée de sonner le clairon et de me rappeler qu’il est l’heure de poursuivre le circuit.

Une première journée assez humide et encombrée, mais la nuit a tout de même réservé une jolie scène.

Après cette première journée en demi-teinte jusqu’à la Balme à Collomb, je poursuis le sentier à flanc de falaise et m’enfonce dans un épais brouillard, la visibilité n’excède pas la vingtaine de mètres. Peu de temps après, le chemin tourne à angle droit, c’est tout un raide couloir qu’il faut remonter. Ma crainte est d’y trouver des gros névés sur lesquels une glissade malencontreuse pourrait me faire dévisser une centaine de mètres plus bas. Heureusement, le parcours est praticable dans sa quasi-totalité, seules quelques accumulations de neige çà et là ponctuent la montée, que j’arrive à négocier avec la prudence qui s’impose.

Au sommet de la crête, le doute m’envahit l’espace d’un instant, le marquage jaune indique une direction dont je ne m’attendais pas, vers de gros névés. Le brouillard a ce vicieux pouvoir de déboussoler même les plus expérimentés. Je m’engage alors dans l’inconnu, mais rapidement le sentier est retrouvé, c’est la dernière ligne droite vers le Granier. La brume se dissipe peu à peu, et le soleil a même l’audace de m’éblouir.
Sur les coups de 13h, me voilà à la croix. Un panneau d’information signale la dangerosité des lieux, les parois ayant tendance à aller explorer les forêts au pied du Granier. J’espère que la montagne aura la bienveillance d’attendre mon départ pour réitérer l’effondrement de 1248 !

Je patiente un moment là-haut mais progressivement le brouillard revient, accompagné d’une forte bise. Les sapins au bord du vide entrent alors dans une longue litanie. Je me trouve un endroit protégé par quelques conifères pour installer ma tente. La météo ne changera pas, ou peu, jusqu’à la nuit. La sortie tournerait-elle à la bérézina ?
C’était sans compter sur l’aube. La nuit, les masses d’air ce sont refroidies, tapissant les vallées d’une mer de nuages assez fougueuse, animées par le vent. La sensation de liberté est incroyable, moi qui semble voguer à la proue de cet immense navire calcaire qu’est la Chartreuse. J’immortalise comme il se doit ce type de scène qui ne cessera de m’émerveiller au fil des années.

Pour la descente, j’opte pour le Pas des Barres, passage un peu délicat avec tout ce poids sur le dos. La traversée des prairies de l’Alpette qui s’en suit est toujours un plaisir, avant de replonger sur la fin du sentier jusqu’à la Plagne ; les genoux ont souffert, mais ont tenu !
J’étais venu dans l’espoir d’aller tutoyer les nuages ce week-end. On peut dire que j’ai été servi : plongé dans la brume les trois-quarts du temps dans des conditions assez hostiles, Dame Nature m’a offert le bouquet final en toute fin de sortie. La saison commence plutôt bien !

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Lac de la Vogealle (2001 m) – Giffre
Lac de la Vogealle (2001 m) – Giffre
23 octobre 2021 In Giffre No Comment

A force d’enchainer les bivouacs dans le froid et le vent, j’ai chopé la crève. Qu’importe, l’automne bat son plein et pour honorer dignement cette saison, direction un coin célèbre que je ne connais pourtant pas : le cirque du Fer à Cheval, en Haute-Savoie. L’éphémère perturbation de la veille n’a guère apporté de pluie, ni même de neige, à peine observe-t-on un léger saupoudrage des sommets à plus de 2800 mètres.

En ce vendredi, le grand parking est bien désert et d’emblée l’endroit impose de sa magie. Le visiteur que je suis est accueilli par l’imposant Pic de Tenneverge, grande cathédrale rocheuse s’élevant jusqu’aux cieux. J’entame mes premières foulées peu avant 13 heures, une mise en jambes sur le chemin en fond de vallée, encerclé de toutes parts par cette forteresse monolithique baignée dans les couleurs d’automne. Il va pourtant bien falloir la gravir. C’est à partir du Chalet de Prazon que les hostilités commencent : le sentier se fraie un passage dans cette abrupte pente, bordée çà et là par des câbles en acier pour rassurer le visiteur en proie au vertige. Le rythme cardiaque s’accentue, avec 20 kg sur le dos, l’exercice n’en est pas plus aisé. Une heure plus tard, le Chalet du Boret est atteint, de quoi souffler un moment. Ce n’est pourtant là qu’une bien maigre étape de franchie, il faut presque se dénuquer pour entrapercevoir l’objectif du jour, là-haut dans ce dédale rocailleux.

Cette pause m’a fait du bien, j’avance à bonne allure dans le versant, atteignant rapidement la Pierre du Dard, puis le Refuge de la Vogealle peu avant 16 heures, stimulé par les paysages enivrants du site. Au niveau du refuge, je bifurque sur le promontoire à droite, aux formes déchirées et sculptées par l’érosion, labyrinthe de lapiaz à l’esthétique singulière. Un point haut me permet de dominer la haute vallée du Giffre. De quoi faire quelques clichés d’ambiances, entre les cascades, forêts dorées et relief découpé, le tout dans une atmosphère assez humide, les versants d’altitude étant embrumés.

Ayant initialement prévu de stationner sur ce secteur jusqu’au couchant, une intuition m’anime : derrière, les Dents Blanches sont illuminées par le soleil, coiffées d’un brouillard virevoltant. C’est plutôt là-bas qu’il faut être. Je remballe et slalome sur ce parterre de lames calcaires dressées vers le ciel et me dirige à cadence soutenue en direction du Lac de la Vogealle. Il est bientôt 17 heures et la lumière n’attendra pas. Presque à bout de souffle et épuisé, me voilà au plan d’eau, tandis que la luminosité se meurt sur les sommets, trop tard !… Le jour décline, entrainant avec lui l’arrivée de la brume, qui s’immisce dans les moindres recoins de la vallée, y compris celle où je suis. J’installe ma tente sur un replat herbeux pour y trouver un peu de réconfort, et m’y glisse à l’intérieur. Je scrute dehors de temps à autre, les montagnes restent bouchées, inutile d’espérer.

Après m’être occupé un moment à manger et regarder un film (il fait nuit tôt en cette saison !), je passe la tête à l’extérieur, tout est dégagé et les cimes sont éclairées : le lever de Lune ! Je rejoins les rives du lac pour immortaliser cette scène pendant un peu moins d’une heure, jusqu’à être de nouveau envahi par la brume. Il est temps d’aller dormir.

Bien que fraîche, la nuit est plutôt agréable, sans le moindre vent, confortablement recroquevillé dans mon duvet adapté à ces rudes conditions. La douloureuse arrive lorsque le réveil sonne à 7h30. Dehors, le froid s’est emparé des lieux, un quart du lac a gelé durant la période nocturne. J’empile les couches mais mes pieds sont congelés dans ces chaussures d’alpinisme bien trop serrées pour faire circuler l’air. Au-dessus de ma tête, c’est tempête de ciel bleu. Les conditions de prise de vue n’offrent rien d’exceptionnel, même si l’instant demeure beau. Je regagne mon abri de fortune pour me réchauffer, jusqu’à ce que le soleil franchisse la crête pour imprégner le secteur de ses rayons bienvenus. Le silence du moment n’est trahi que par les blocs dévalant les versants, probablement lié au gel/dégel car malgré mes observations, par le moindre ongulé ne semble présent par ici.

A l’origine, mon objectif était de passer deux nuits dans ce coin, en allant du côté de la Pointe de Bellegarde. La raison semble prendre le pas sur le cœur : je ne ressens pas la force ni la motivation d’aller là-haut. Les conditions météo sont trop banales et le sentier passe par un tronçon assez engagé, le gel et l’humidité pourraient m’être fatal, d’autant plus que je suis seul.

J’entame donc la descente qui use bien les genoux. Le retour à la voiture sonne comme une récompense. L’influence du week-end ensoleillé se fait bien sentir, le parking est bondé. Une sortie relativement éprouvante, mais qui m’aura permis de découvrir un lieu magnétique. J’y reviendrai, assurément.

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Mont Colombier (2045 m) – Bauges
Mont Colombier (2045 m) – Bauges
20 octobre 2021 In Bauges No Comment

Voilà bien quelques jours que l’anticyclone sévit dans la région, engendrant certes du beau temps, mais des lumières fades et des ambiances loin de celles que je recherche. Qu’importe, j’ai des jours de libres et le mauvais temps est annoncé pour bientôt, il faut en profiter. Surtout, l’automne est en pleine explosion, comme a pu le montrer la consultation des différentes webcams, notamment en Bauges. Pas le temps de tergiverser, direction ce cher massif aux abords de Chambéry. Afin d’avoir une vue à 360 degrés, j’opte pour un sommet central : le Mont Colombier (2045 m).

Sur les coups de 13 heures, au parking du point coté 1183 mètres, j’attaque l’ascension en empruntant la piste forestière. La météo est peu encourageante, le ciel est encombré d’un épais voile élevé, mais les prévisions sont formelles : il se dissipera dans l’après-midi. Le sous-bois n’en demeure pas moins magnifique, resplendissant par la palette de couleurs des arbres : jaune, orange, rouge et vert. Flamboyant. Le mercure est plutôt estival, à la faveur d’un flux de sud généralisé, la montée fait transpirer, en particulier quand les alpages sont atteints, au voisinage du Col de la Cochette (1694 m). C’est d’ailleurs à ce moment-là que le soleil fait son apparition, renforçant la sensation de chaleur. Vu ce qu’il reste à faire, le palpitant ne va guère baisser en intensité, bien au contraire ! Il s’agit de remonter la crête du col jusqu’au sommet, sur près de 350 mètres de dénivelé, sur une pente raide. Je m’y attèle, en reprenant de temps en temps mon souffle et parviens à la croix sommitale vers 15h15, soit 2h15 de grimpette totale, une performance satisfaisante avec un sac dépassant les 20 kg.

Je reste un long moment là-haut à contempler les lieux et discute avec quelques randonneurs montés entre-temps, bien étonnés de savoir que je prévois de bivouaquer sur l’étroite crête. J’effectue quelques prises de vue par drone en fin d’après-midi, voyant que des nuages à l’horizon risquent de tamiser la lumière crépusculaire. Du ciel, les perspectives changent. Je m’attache ensuite de monter ma petite tente 1 place sur un pseudo-replat à une vingtaine de mètres au nord de la croix, entre un gros bloc rocheux et…le vide. On se rassurera avec le fait que je n’ai jamais été pris de somnambulisme. Le soleil décline à l’horizon et comme prévu, la lumière faiblit et devient terne sur les cimes environnantes. Je reste néanmoins à l’affût d’une bonne surprise. A l’est, la pleine lune émerge des montagnes, offrant un regain d’intérêt au moment. Contre toute attente, une trouée à l’ouest laisse filtrer les derniers rayons de soleil, inespéré ! Le secteur se pare d’incroyables couleurs violettes à roses, m’obligeant à courir sur la crête pour rejoindre un spot favorable pour immortaliser la scène. Deux minutes. L’instant aura été éphémère mais intense. S’en suit un rougeoiement des voiles élevés à l’horizon, esthétiques mais difficilement intégrables aux compositions. Au même moment, le vent a décidé de s’inviter à la partie. Moi qui pensais être suffisamment éloigné de la vallée du Rhône pour être protégé, dommage. Je rejoins mon petit abri de fortune et vaque à diverses occupations, puis ressors vers 21h et minuit faire quelques photos du paysage sous la pleine Lune. Le rendu est toujours aussi surprenant, cette sensation d’être en plein jour, où seuls les villages éclairés et les discrètes étoiles dans le ciel trahissent cette impression.
Le lendemain matin, 7 heures. C’est à peu près à cet instant-là que la sortie devient peu à peu désagréable. Les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est, rendant incandescents les voiles élevés toujours présents dans les cieux. Mais le vent lui aussi s’est réveillé, et plutôt du pied gauche. La toile de tente est fouettée de toutes parts. Tandis que j’effectue quelques captations du lever du jour, j’en viens à douter de la stabilité de mon abri, harnaché sur un sol peu épais et instable. Pas le choix, je fais l’impasse sur les couleurs de l’aurore et plie mon bazar en veillant à ce que rien ne s’envole, tranquillisant ainsi mon esprit. Pour autant, la soufflerie ne mollit pas, mais je tiens à saisir les quelques ambiances matinales, notamment cette belle lumière fugace sur les forêts multicolores. Au bout d’un moment, c’en est trop, je quitte le sommet pour entamer la descente. Au col de la Cochette, les conditions sont bien plus hospitalières, de quoi finir sereinement.

Une sortie plutôt mitigée sur le plan photographique, la faute à un ciel globalement voilé, parsemé de traces d’avions, ainsi qu’au vent devenu insupportable au matin. Néanmoins, revoir les versants baujus dans la flamboyance d’octobre restera un motif de satisfaction.

Commander des tirages des Bauges
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Col du Galibier (2642 m) – Grandes Rousses
Col du Galibier (2642 m) – Grandes Rousses
10 mai 2021 In Grandes Rousses No Comment

Voilà un peu plus de 6 mois que je n’ai pas mis les pieds en montagne, la faute aux restrictions covidiennes et ma tendance à hiberner à cette période. Traditionnellement, le mois de mai sonne comme le début d’un nouveau cycle. Cependant, l’hiver joue les prolongations. Malgré la belle saison sur le calendrier, ces derniers jours ont été marqués par le froid, la pluie en vallée et la neige en montagne. Fort heureusement, un redoux passager, couplé à du beau temps, est annoncé ce week-end. L’occasion est toute trouvée pour retourner en altitude.

Cela dit, les forêts n’ont pas encore verdi en totalité dans les Préalpes, ce qui ne garantira pas des photos exceptionnelles. Je me tourne alors vers les Alpes internes, avec cependant des précautions à prendre en raison du risque élevé d’avalanche. J’opte pour une face sud, au manteau plus stable, quand il n’est pas absent. Je jette mon dévolu sur le Col du Galibier. La voiture garée au Col du Lautaret, j’attaque l’ascension à 14h45. Le soleil est presque piquant. Le parcours emprunte la totalité de la route goudronnée, qui est dégagée sur presque la moitié. Je rencontre le chasse-neige stationné vers 2345 m, au droit du torrent de Roche Noire. A partir de là, il faudra seulement compter sur l’action du soleil de ces dernières semaines pour observer un peu de bitume, plus facile à arpenter. Sur les faces sud, aucun problème, mais dès l’approche de versants exposés différemment, les quantités de neige deviennent toute autre. Vers 2500 m, en rive droite du torrent du Galibier, d’anciennes coulées m’obligent à chausser les raquettes… pour une courte durée, une des lanières en plastique a cassé. Impossible de continuer ainsi, je les accroche au sac et reprends la marche seulement équipé de guêtres. Une fois cette section délicate passée, j’atteins le refuge du Galibier, à hauteur du tunnel. Un coup d’œil sur la dernière portion menant au col, il semblerait que ça passe. Un dernier effort me conduit à l’objectif du jour, non sans avoir douté au moment d’avoir traversé une combe particulièrement exposée. Vers 18 heures, me voilà enfin arrivé à la table d’orientation. Les conditions sont très ventées mais la vue vaut le détour. Côté Valloire, je vois les stigmates de nombreuses coulées avalancheuses, l’une d’entre elles a probablement emporté les 4 skieurs il y a quelques heures à peine… glaçant.

Longtemps j’hésite : est-ce que je plante la tente au col afin de profiter du panorama, ou est-ce que je redescends vers le refuge pour être plus tranquille au niveau du vent ?
Ce sera la seconde option, plus sécuritaire.

Je choisis mon spot dans ce vaste espace ouvert et installe ma tente littéralement sur la route, recouverte d’une bonne épaisseur de neige cela dit. A peine ai-je fini de mettre en place mon campement que le soleil passe derrière la montagne, il est temps de manger.
Peu avant la tombée de la nuit, je pars à la recherche d’un endroit plus photogénique que mon lieu de bivouac entouré d’éléments anthropiques. Je remonte la combe derrière, et y trouve un somptueux paysage maculé de blanc, sans aucune trace. Durant toute l’heure bleue, j’immortalise les belles courbes du relief enneigé, fort esthétique.
De retour à la tente, une petite sieste est fort bienvenue…sieste oui, car à minuit, me voilà de nouveau à vadrouiller dans le secteur. Néanmoins, l’humidité est importante, des nuages approchent par le sud-ouest, m’empêchant de faire les prises souhaitées. Probablement effrayé ou importuné par ma frontale, un choucas sorti de nulle part fait mine de m’agresser, m’envoyant même une rafale de déjections, qui heureusement ne m’atteignent pas. Quelle action improbable !

Je retourne me coucher en espérant avoir de meilleures conditions plus tard. Peine perdue, vers 3h, je jette un œil dehors : brouillard complet. Tant pis.
5h45, le réveil sonne une fois de plus, l’aube est déjà entamée. Ni une ni deux, je me précipite vers la combe derrière, le temps est dégagé et les cimes ont fière allure là-bas. Au bout de ce vallon se trouve un col, à 2593 m. Il y règne un vent à décorner les bœufs, engourdissant les doigts en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mais la vue sur les reliefs plâtres vaut bien ce sacrifice. L’ambiance hivernale est saisissante de beauté, sur cette neige regelée durant la nuit qui craquelle au gré de mes pas, la brume glisse à toute vitesse. Je ne manque pas de capter cette scène, malgré ce froid mordant.
De retour à mon abri de fortune, j’avale rapidement une barre de céréale, plie mes affaires, et entame le chemin du retour. Le col du Lautaret est retrouvé sur les coups de 10 heures.

Une sortie aussi éprouvante qu’étonnante. Eprouvante par la longueur de la route entre le Lautaret et le Galibier, les passages de neige épaisse, le vent et le sommeil quasi-inexistant ; étonnante par la pureté des paysages à l’ouest du col, comme si février s’était invité en mai…

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Lac glaciaire du Grand Méan (2850 m) – Alpes Grées
Lac glaciaire du Grand Méan (2850 m) – Alpes Grées
25 octobre 2020 In Alpes Grées No Comment

24-25 octobre 2020

Dans le secteur grenoblois, l’automne commence à tirer sa révérence, notamment en altitude, le foehn des derniers jours a balayé les feuilles dorées par la saison. Pour profiter des belles couleurs, il faut se rendre dans les hautes vallées protégées. Pour ce week-end, c’est davantage des ambiances hivernales que je vais aller palper, en me rendant au fin fond de la Maurienne, l’objectif étant le lac glaciaire du Grand Méan, à près de 2850 m d’altitude.
Passé Modane, les forêts sont encore en effervescence, coiffées de sommets plus ou moins récemment enneigés. C’est au terminus de la route, au parking de l’Ecot, que l’ascension débute, sous un franc soleil. La première partie consiste à remonter le versant jusqu’au col des Evettes. D’abord dégagé, le sentier se tapisse ci et là de neige, au gré de l’exposition et des secteurs sous le vent. Au col, les quantités ne sont pas négligeables, dans cette combe ombragée.
Arrivé à ce niveau, le cirque des Evettes se dévoile, maculé de blanc. La seconde partie de la rando commence : après être descendu jusqu’au pont surplombant la cascade de la Reculaz, il faut remonter toute la pente dominée par le Mont Séti, sur près de 400 mètres de dénivelé. Le poids du sac, près de 25 kg, ralentit la progression, tandis que le chemin est partagé entre neige et terre.

Peu avant 18 heures, l’objectif est atteint. C’est un univers complètement hivernal qui compose le décor : le lac glaciaire est complètement gelé et recouvert d’un manteau blanc, de même que le glacier du Grand Méan. Au même moment, le ciel s’est progressivement voilé, contrairement aux prévisions qui indiquaient une atmosphère parfaitement claire. Du coup, la scène perd de son éclat, la faute aux rayons blanchâtres. La tente est alors rapidement montée sur un replat neigeux, la température commence à dégringoler. Quelques clichés crépusculaires sont réalisés, sans conviction, les conditions ne sont pas optimales…
La nuit, un quartier de Lune éclaire les lieux, mais un fin voile élevé me convainc de rester bien au chaud dans le duvet, le froid est plutôt mordant à l’extérieur. Tenant compte du changement horaire, je fais sonner le réveil peu après 7 heures. Là encore, l’état du ciel me laisse plutôt dubitatif. J’erre dans le secteur pour trouver un spot adéquat et avec une certaine surprise, quelques rayons rougeoyants viennent rendre incandescents quelques sommets au sud. Je m’attèle à capturer ce moment, d’autant plus qu’une dizaine de minutes plus tard, les teintes s’estompent. Il est temps d’aller se reposer et manger un peu, en attendant que le soleil arrive sur le site.
Après avoir patienté un moment, celui-ci apparaît timidement, l’occasion toutefois de faire quelques vues aériennes du site, qui prennent tout leur intérêt ici. Le drone permet d’avoir une vision inédite du glacier et de son étendue. Vers 11 heures, le campement est levé. La descente jusqu’au plan des Evettes est rendue difficile par la fonte des neiges qui a regelé durant la nuit, certaines portions du parcours sont de véritables patinoires. Prudence est de mise, sous l’œil imperturbable d’un vieux bouquetin, perché sur son rocher à quelques centaines de mètres de là. Un dernier effort et la voiture est retrouvée au parking dans l’après-midi, épilogue d’une virée assez physique. Cette rando conclut mes traditionnelles vacances automnales, qui m’auront permis de voir de belles choses. Les prévisions météo annoncent d’ailleurs une nouvelle offensive hivernale en montagne, qui pourrait bien définitivement tourner la page de l’automne là-haut…

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Lac long (2450 m) – Cerces
Lac long (2450 m) – Cerces
18 octobre 2020 In Cerces No Comment

17-18 octobre 2020

On poursuit le court séjour dans les Hautes-Alpes. Après m’être restauré à Briançon, je ne traîne pas et reprends la voiture, direction l’une de mes vallées alpines préférées : la Clarée. A cette époque, il n’est plus nécessaire de prendre la navette obligatoire pour se rendre au terminus de la route, ce qui laisse plus de libertés. Passé Névache, les forêts de mélèzes apparaissent sur les versants, elles commencent tout juste à prendre leur teinte dorée. A la mi-octobre, ce lieu est encore plus magnifique, les couleurs vives enivrent le pèlerin, entre le bleu profond du ciel, les alpages roussis, les conifères jaune étincelant et les premières neiges en altitude. Samedi oblige, le parking au bout de la route est rempli, l’endroit est prisé.
J’attaque la rando à 14h40, avec une modeste ambition, celle de rejoindre le secteur des lacs long et rond, pour environ 450 mètres de dénivelé. J’étais déjà venu ici il y a 7 ans quasi jour pour jour, j’y avais trouvé d’excellentes conditions.

Sous un soleil radieux, j’avance péniblement, les jambes sont encore lourdes et le sommeil haché de la nuit précédente accentue la fatigue. Un peu plus d’1h30 plus tard, l’objectif est atteint. Le petit plan d’eau que je convoitais pour son reflet parfait est déjà gelé. Il est entré en sommeil pour de longs mois. Un replat en contrebas, bordé par un autre lac partiellement pris dans la glace, me paraît accueillant. J’y plante la tente sur un recoin herbeux et profite des quelques dizaines de minutes de soleil avant que celui-ci disparaisse derrière la montagne. La fin de journée approche, le ciel reste uniformément vierge de nuages, seule une écharpe de brume au nord-ouest, près de la Pointe de Rochachille, anime les cimes. Cette scène m’occupe jusqu’aux derniers rayons de soleil, puis de rejoindre mon abri de fortune, il est à peine 19 heures. Je mange mon casse-croûte en regardant un film. À la fin de celui-ci, je sors capter les paysages nocturnes. Aucune lune ne vient trahir la profondeur de la nuit. Seuls les sommets enneigés émergent de l’horizon céleste, sous la bienveillance de la Voie Lactée, bien visible par ce temps clair. L’avantage de ces escapades automnales, c’est d’avoir des nuits plutôt longues, faire un peu d’astrophoto n’empiète pas sur le sommeil, à la différence d’un mois de juin par exemple. Vers 23 heures, extinction des feux. Contrairement à la veille, le froid est moins mordant. Certes les températures sont négatives, mais moins impactantes pour l’organisme.

A 7h15, le réveil sonne. Ni une ni deux, je quitte la tente à la recherche d’un bon spot, tandis que l’heure bleue bat son plein. Je capte les premières lumières depuis le lac partiellement gelé, avant d’aller retrouver un promontoire dominant le Lac Long. C’est un décor de carte postale alpine qui se dresse devant moi. Je profite longuement de ce paysage, en le contemplant, puis de retrouver mon gîte pour me reposer. Il ne faut guère de temps au soleil pour arriver ici. Ses rayons sont les bienvenus, pour la chaleur qu’ils créent sous la toile.
Vers 10h45, j’entame le chemin du retour. Plus bas, un crochet en direction du torrent en fond de vallée me permet de faire quelques images classiques du lieu mais ô combien efficaces, avec le cours d’eau, les mélèzes flamboyants et l’emblématique main de Crépin.
Malgré la tempête de ciel bleu qui s’est abattue sur la Clarée, cette visite aura été fort belle. Des paysages magiques, un calme apaisant et des couleurs explosives, bien loin des tumultes actuelles des grandes villes…

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Col de la Ponsonnière (2750 m) – Cerces
Col de la Ponsonnière (2750 m) – Cerces
17 octobre 2020 In Cerces No Comment

16-17 octobre 2020

Octobre…ce mois a une résonance toute symbolique dans mon cycle annuel. Période charnière entre la nature multicolore et la monochromie hivernale. Comme chaque année, j’effectue ma pérégrination sur les sentiers alpins. 2020 aura été particulière sur bien des aspects. Au niveau météorologique, c’est l’offensive précoce de l’hiver qui a fait parler d’elle, en blanchissant les montagnes jusqu’à faible altitude. En cette mi-octobre, l’automne peine à se manifester à plus de 2000 m, la neige semblant s’être installée pour de longs mois, selon les secteurs. Mon premier rendez-vous automnal avec les Alpes se situe dans le massif des Cerces, peu après le col du Lautaret. L’objectif est de planter la tente à proximité du Col de la Ponsonnière. C’est plutôt confiant que je pars de Grenoble à midi : si en Isère la grisaille, présente depuis de nombreux jours, est tenace, les prévisions de Météo France sont plutôt optimistes pour les Hautes-Alpes, de larges éclaircies étant annoncées. Pour autant, plus je roule, moins le ciel est dégagé. C’est sous un plafond haut blanchâtre que j’attaque la rando depuis le Pont de l’Alpe (1709 m), il est 14h30. Je progresse rapidement sur le sentier. En contournant les arêtes de la Bruyère, une vague de brume déferle lentement et enlace le sommet emblématique. Arrivé près de la cabane du berger (2450 m), le brouillard est épais et quelques petits flocons s’invitent à la fête. On est loin des belles éclaircies prévues. Je poursuis en direction du Col de la Ponsonnière et rapidement j’émerge de la purée de pois. Au loin, au niveau du col, j’observe une cascade de nuages qui vient mourir dans le vallon du Grand Lac. Ayant déjà été piégé au même endroit il y a quelques années, je change mes plans pour ne pas refaire la même erreur : je quitte le sentier pour me rendre à l’écart, au-dessus du col. Vers 2750 m d’altitude, je pose ma tente sur le fin manteau neigeux. La vue est magnifique sur les Écrins, le tout enrobé dans une ambiance hivernale assez puissante. J’erre un petit moment dans la zone et commence à rager, de voir qu’au-delà de Briançon, le soleil règne, tandis qu’ici, les nuages accrochent le relief vers 3500 m. Mais, fait inattendu, le ciel commence à s’embraser derrière les sommets qui me font face. Je ne me prive pas d’immortaliser cette belle scène : montagnes enneigées, cascade de brume, lac gelé en contrebas et atmosphère rougeoyante pour sublimer le tout. Ce cadeau de dame nature fut aussi beau qu’éphémère. Je rejoins ma tente vers 19h30, les jours ont sérieusement diminué depuis quelques semaines. La nuit s’annonce froide, heureusement, il n’y a pas de vent. Afin d’occuper ma soirée, je lance un film tout à fait approprié aux circonstances : Into the wild. Immersion garantie ! Lorsque celui-ci se termine, un coup d’œil dehors : il fait toujours couvert. Emmitouflé, je m’endors rapidement. Réveillé par la fraîcheur vers 00h30, je scrute de nouveau le ciel, la myriade d’étoiles m’indique que tout s’est dégagé. Je fais l’effort de m’extirper de mon chaleureux duvet pour aller capter quelques images nocturnes, pendant près d’une heure.
La fin de nuit est particulièrement froide, elle me tire de mon sommeil de temps à autre. A cette altitude, sans nuages, la température doit avoisiner les -10°C.
La sonnerie du réveil à 7h15 est difficile, mais la beauté des paysages dehors agit comme un carburant. C’est l’heure bleue. Le contraste des montagnes enneigées est magnifique, celles-ci se coiffent d’une éphémère robe rosée dans le ciel, avant que le soleil ne vienne réchauffer les lieux. L’atmosphère est pure, limpide, la scène est grandiose dans ce silence apaisant.
Je quitte mon spot de bivouac vers 9h30, pour retrouver la voiture à midi, avec des températures redevenues clémentes.
Une rando de 1050 m de dénivelé, assez sensationnelle pour ses ambiances hivernales, qui aura réservé bien des surprises !…

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Pointe de Pavis (2075 m) – Chablais
Pointe de Pavis (2075 m) – Chablais
12 juillet 2020 In Chablais No Comment

11-12 juillet 2020

Pour rentabiliser ce long week-end du 14 juillet, direction un massif dans lequel je n’ai encore jamais mis les pieds : le Chablais. Et pour cause, la destination du jour se trouve au fin fond de la Haute-Savoie, au nord de la Chapelle d’Abondance. Le départ s’effectue depuis le terminus de l’étroite RD222a, au hameau de Bise (1500 m). Accompagné de mes deux acolytes Olivier et José, nous entamons l’ascension à 16h, sous un ciel partagé entre nuages et ciel bleu. En 1 heure seulement, nous voilà au col de Floray, 400 mètres plus haut. Dès lors, nous quittons le sentier principal pour s’engager sur la droite, direction l’objectif du jour : la Pointe des Pavis (2075 m). L’itinéraire est bien moins couru et plus escarpé, obligeant à quelques enjambées hasardeuses. Cela conduit à un petit plateau sous le sommet, au niveau duquel se prélassent des dizaines de bouquetins. Peu farouches, ils ne semblent guère dérangés par notre présence.

Deux heures après être partis, l’objectif est atteint. La vue à 360° est magnifique, du lac Léman à l’ensemble du massif nord-alpin, bien que des nuages accrochent les cimes.
Le bivouac sur la crête sommitale étant impossible, nous redescendons de 50 m sur un replat herbeux, un confort bienvenu après plusieurs sorties peu ergonomiques pour le sommeil. Nous mangeons ensuite, tandis que la température a bien baissé et la brume s’invite à la partie. D’abord peu menaçante, elle envahit progressivement les lieux. La pluie de la nuit dernière, couplé au soleil de la journée, semble avoir eu raison de l’humidité ambiante. Espérant des conditions comme la semaine dernière, je gagne de nouveau le sommet, dans l’attente des couleurs crépusculaires. Mais celles-ci ne vinrent pas.

Direction la tente pour passer une courte nuit, puisqu’à 2h50, le réveil sonne afin d’aller capter quelques ambiances nocturnes, notamment la grande attraction du moment : la comète Neowise. Guidé par la frontale, je remonte à la Pointe des Pavis, les grandes herbes qui jonchent le chemin sont trempées par l’humidité, à l’instar de la toile de tente. Là-haut, un quartier de Lune éclaire timidement le paysage, tandis que les lumières des villes suisses illuminent le secteur au nord-est. Au-dessus du lac Léman, dans le ciel, se démarque la fameuse comète. Je reste ici un long moment à immortaliser cette scène. Vers 4h, alors que je souhaite finir ma nuit, les premières lueurs du jour se manifestent à l’horizon, je prolonge alors ma session photo pour capter la comète confondue dans ces teintes chaudes. C’est magnifique.

Vu l’heure, il est trop tard pour aller faire la sieste, je descends récupérer le reste de mon matériel et remonte aussitôt, pour préparer le lever de soleil. Les couleurs orangées laissent place à l’heure bleue, où les contrastes sont exacerbés, puis viennent ensuite les premiers rayons de lumière, il est 6h. Il n’y a quasiment pas de nuages dans le ciel.
Une heure plus tard, retour à l’abri du jour pour y finir la nuit. Vers 10h, après avoir tout plié, on continue la rando entamée la veille en allant jusqu’au col de Bise (1915 m). De là, nous décidons de faire durer le plaisir et d’étendre la boucle en allant faire un court crochet en Suisse. Nous arpentons les crêtes bien drues, par la Tête de Charousse (2003 m) puis le col d’Ugeon (2010 m), avant d’entamer la grande descente vers le parking que nous retrouvons à 12h45, concluant cette agréable virée en terres du Chablais.

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Roches Merles (2497 m) – Beaufortain
Roches Merles (2497 m) – Beaufortain
5 juillet 2020 In Beaufortain No Comment

4-5 juillet 2020

Ce nouveau week-end de beau temps est synonyme de virée en montagne. Comme il y a deux semaines, le choix se porte sur le massif du Beaufortain, accompagné pour l’occasion de l’ami Olivier. Compte tenu du probable monde en altitude pour ce début des grandes vacances estivales, j’opte pour un endroit où personne n’aura l’idée d’aller planter la tente : Roches Merles (2497 m).

Le départ de la rando s’effectue depuis le refuge du Plan de la Lai (1821 m), le parking est effectivement bondé et bon nombre de gens reviennent de balade. Nous entamons les premières foulées à 16h40. La piste et le sentier serpentent tranquillement le versant sous le Rocher du vent, avec une météo correcte, partagée entre soleil et éclaircies. L’ascension se poursuit jusqu’au col de la Lauze (2330 m). Entre temps, la brume, remontée de l’ouest, est venue s’inviter pour la dernière partie de la course.
Cette dernière ligne droite consiste à emprunter toute la crête pour atteindre l’objectif du jour, tout à l’opposé, à 1,5 km. Le brouillard va et vient, quelques bouquetins sont rencontrés et des marmottes fuient au loin, c’est un tronçon très agréable.

Peu avant le sommet, le sentier disparaît, la pelouse d’altitude laisse place à un univers minéral, fait de roches massives. Après quelques hésitations et petits détour, nous remontons sur les dalles, l’inclinaison est importante et tout mauvais geste pourrait être regrettable. Heureusement, ce dernier coup de rein n’est pas long et le point culminant est atteint à 19h40. Le lieu est assez exigu et caillouteux. Les gens raisonnables redescendraient sur un replat 100 mètres plus bas, mais nous décidons malgré tout de bivouaquer ici, la vue prime sur le confort. Après avoir mis en place nos installations de fortune, nous cassons la croûte tandis que le brouillard s’est bien installé, bien que le ciel bleu ne soit pas loin. C’est rageant, on aperçoit les belles couleurs du couchant arriver.

Alors que nous avons un peu perdu espoir, une trouée apparaît, dévoilant la lumière dorée à l’ouest. Ni une ni deux, je déploie le drone pour aller immortaliser cette magnifique ambiance. Les tons jaunes, rouges et violet s’emparent du ciel, tandis que le Mont Blanc daigne enfin se montrer, sporadiquement. Le spectacle passé, je refais quelques photos pour profiter de l’heure bleue et des nuages avant de rejoindre la tente.

La nuit, toute la masse nuageuse s’est dissipée pour laisser place à un paysage illuminé par la pleine lune. Pendant près d’une heure trente, entre 2h et 3h30 du matin, je capte ces scènes nocturnes. Notre satellite éclaire tellement les lieux que les images semblent être prises en plein jour. Après une courte sieste, le réveil sonne peu après 5 heures pour immortaliser le lever de soleil. Contrairement à la veille, il n’y a plus le moindre nuage, la vue à 360° est intéressante même s’il manque un peu de matière dans le ciel.

Vers 11 heures, nous retrouvons le parking du Plan de la Lai, toujours aussi rempli, concluant cette sympathique rando, qui aura été caractérisé par un bivouac audacieux et d’éphémères couleurs crépusculaires à travers la brume.

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Col du Bresson (2600 m) – Beaufortain
Col du Bresson (2600 m) – Beaufortain
22 juin 2020 In Beaufortain No Comment

21-22 juin 2020

Si officiellement le solstice d’été a eu lieu le 20 juin à 23h45, voilà de nombreuses années que j’ai pris pour habitude de le célébrer à la date fixe et symbolique du 21 juin. Pas question de déroger à la règle pour 2020, direction la montagne afin de voir ce que va me réserver Dame Nature. J’ai longuement été indécis sur la destination. Au départ, j’étais attiré pour grimper sous Archeboc à la frontière italienne, vers Sainte-Foy-Tarentaise, mais à environ 2900 m d’altitude, l’enneigement encore bien présent allait fortement compliquer l’exercice. Après moult tergiversations, j’opte pour le Beaufortain, entre Pierra Menta et lac de Presset.

Le trajet en voiture m’emmène jusqu’au barrage de Roselend, puis ensuite une piste de quelques kilomètres, jusqu’au parking de Treicol (1710 m), bondé en ce dimanche ensoleillé. Je mange rapidement et entame l’ascension, il est 13h. Plutôt bien en jambes, les presque 800 mètres de dénivelé pour atteindre le Col du Bresson (2469 m) sont avalés en 2 heures. Entre temps, le ciel s’est couvert, il souffle et l’air est bien frais. Ayant eu l’information par d’autres randonneurs croisés en chemin comme quoi le Lac de Presset était encore pris sous la neige, j’exclus d’y aller. Je regarde autour de moi. A droite, en direction de la Pierra Menta, le bivouac risque d’être impossible en raison du caractère minéral et acéré du cheminement. En revanche, à gauche, la crête herbeuse me semble intéressante. Je décide alors de la grimper, il n’y a aucun sentier. Un peu plus haut, quelques bouquetins qui se pensaient tranquilles sont surpris, ils déguerpissent pour me laisser passer. Après une demi-heure d’errance sur cette crête, je ne m’aventure pas plus loin, au risque de faire de l’escalade dangereuse. Je reviens alors sur mes pas pour installer la tente sur un replat qui n’en est pas un. Je privilégie la qualité du spot plutôt que le confort.

Il est environ 17h, un plafond nuageux s’est installé sur le secteur. Il stationne vers 2700 m, le sommet de la Pierra Menta étant pris dans la brume. Je décide alors de faire une petite sieste, le froid ne m’invitant pas à rester dehors. Deux heures plus tard, je mange un bout puis commence à préparer le terrain pour le coucher de soleil, qui présente un certain potentiel : si le mur nuageux est toujours présent au-dessus, à l’ouest il subsiste une petite bande de ciel bleu. Je patiente un moment, puis des rais de lumière commencent à percer. D’abord timides, ils s’intensifient progressivement, mettant en valeur le barrage de Roselend à moitié visible d’ici. Vers 21h, je lâche le drone en même temps que la lumière crépusculaire explose. Les lieux sont envahis de tons dorés incroyables, aussi beau qu’éphémère, en quelques secondes, tout redevient fade. Quelques minutes plus tard, le soleil refait son apparition à l’horizon, complètement estompé par un voile nuageux, formant une boule rouge lumineuse. Le brouillard prend le relais, je me réfugie alors dans la tente pour entamer la plus courte nuit de l’année.

A 2h, le réveil sonne, il est temps d’aller faire quelques photos nocturnes dans la plus totale des obscurités. Un coup d’œil dehors, les étoiles sont visibles, les nuages se sont dissipés ! J’attaque d’abord côté sud pour capter la Pierra Menta sous la Voie Lactée, c’est magnifique. Je remonte la crête pour aller immortaliser la partie nord et tenter un circumpolaire… malheureusement la brume n’avait pas dit son dernier mot et de nouveau la voici qui investit les lieux. J’ai beau patienter un moment, rien n’y fait. Je retourne dormir, mais pas pour longtemps, puisqu’à 5h la sonnerie me rappelle à quel point le jour se lève tôt en cette fin juin. Le brouillard s’est dissipé, même s’il subsiste çà et là quelques bancs inoffensifs. Je m’occupe pendant plus d’une heure à capter les couleurs matinales, puis d’envoyer dans les airs une dernière fois le drone, notamment pour prendre la Pierra Menta sous des angles inédits.

A 8h, je plie la tente détrempée, et rebrousse chemin pour retrouver la voiture 900 m en contrebas. Bilan : une sortie riche en ambiances, avec la petite satisfaction personnelle d’avoir eu l’inspiration et l’audace d’un bivouac sur cette crête, pourtant peu appropriée pour un tel exercice.