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Sylvain Clapot - Photographe > alpes

alpes

Dent de Pleuven (1771 m) – Bauges
Dent de Pleuven (1771 m) – Bauges
11 octobre 2022 In Bauges No Comment

Les pérégrinations automnales se poursuivent. Après un week-end assez maussade mais quelques belles images ramenées de Chartreuse, ce début de semaine signe le retour du Soleil. Les forêts étant à leur pic de couleurs, j’opte de nouveau pour un massif des Préalpes, cette fois du côté des Bauges. Le Colombier ayant été fait l’année dernière à la même époque, je prends le temps de la réflexion sur le choix du sommet pour profiter des vues, tout en prenant en compte la récente interdiction de bivouac sur bon nombre de secteurs intéressants. Je jette alors mon dévolu sur un spot en limite de la RNCFS : la Dent de Pleuven (1771 m).

Le départ s’effectue au hameau des Magnoux, depuis une piste agricole qui se transforme petit à petit en sentier. La lecture de la carte topographique est sans appel : les cuisses et les mollets vont être mis à rude épreuve, tant le parcours est dré dans l’pentu. Mieux, un panneau prévient le néophyte trop entreprenant au démarrage, avec un cinglant « Terrain dangereux réservé aux randonneurs alpins expérimentés et bien équipés ». Qu’à cela ne tienne, c’est parti pour environ 800 mètres de dénivelé. Pas le temps de s’échauffer, le chemin perpendiculaire aux courbes de niveau active rapidement le cardio, jusqu’à atteindre la base des grandes falaises calcaires. Difficile à croire que le trajet passe là-dedans, pourtant à la faveur d’une combe plus ouverte, un passage se dévoile au droit d’une cascade. De toute évidence, l’endroit est certainement plus dangereux en fin de printemps avec des névés, où toute chute vous envoie 100 mètres plus bas pour un funeste destin. Mais en cette belle saison, et malgré les sols mouillés, une simple vigilance permet de franchir le lieu sans encombre. Ce dernier débouche sur le vaste alpage du Trélod. A droite, s’élance dans le ciel l’objectif du jour, au bout d’un abrupt vallon herbeux qu’il va falloir remonter. Une harde de chamois y est rencontrée, se détournant de moi à mon approche.

Après un ultime effort, la Dent de Pleuven est atteinte, avec pour récompense le panorama exceptionnel sur le cœur des Bauges, animé par des brumes ascendantes et fugaces. Comme annoncé sur les prévisions, l’ouest est chargé de nuages, offrant en fin d’après-midi de somptueux jeux de lumière sur les versants et le fond de vallée, puis de chaleureuses teintes avant que tout ne s’affadisse. J’installe mon abri de fortune avant que l’obscurité ne prenne le relai, puis reprends les activités photographiques quand la pleine Lune surgit par-delà l’Arcalod. La luminosité nocturne permet des captations surréalistes, les villages scintillants dans des paysages illuminés comme en plein jour.

Sans vent ni froid, la nuit a été des plus agréables. A 7 heures, les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’est. Les nuages élevés sont déjà agrémentés de quelques rougeurs, qui s’étendent de plus en plus dans l’atmosphère. Les paysages de l’heure bleue en sont magnifiés, jusqu’à ce que le Mont Colombier s’embrase au lever de soleil. L’instant fut éphémère, l’horizon étant densément chargé en nébulosité. Il faut bien attendre une demi-heure avant que la lumière ne revienne, tamisée par un léger voile d’altitude qui la rend assez blanchâtre.

Il est temps de plier bagage, le chemin du retour a ce petit don d’échauffer les articulations des genoux, mais l’ivresse de l’automne est plus forte que tout. Encore de belles conditions d’octobre vécues sur cet emblématique sommet calcaire !

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Grand Som (2026 m) – Chartreuse
Grand Som (2026 m) – Chartreuse
9 octobre 2022 In Chartreuse No Comment

L’automne est enfin là ! Formidable saison que j’attends chaque année, me voilà prêt à m’enivrer de ses parfums et de ses ambiances exquises. Ce week-end est toutefois relativement capricieux sur le plan de la météo, une perturbation étant de passage sur Rhône-Alpes. Les prévisions laissent néanmoins entrapercevoir une légère accalmie à partir de samedi soir. C’est suffisant pour me convaincre d’aller en montagne, les conditions semblant être réunies pour avoir des brumes.

Il faut pourtant avoir une sacré dose de foi au Col du Cucheron, point de départ de la rando : le plafond est bas, il pleut et impossible de voir l’objectif du jour, le Grand Som, tant le brouillard paraît épais là-haut. Le modèle est formel, la pluie devrait cesser vers 16h/17h, de quoi me laisser le temps de progresser en sous-bois, protégé par la canopée, pendant que les cieux s’apaisent.

Réglé comme du papier à musique, lorsque j’arrive au Col des Aures (1639 m), plus une goutte ne tombe. Une trouée me permet même de voir le sentier qui s’enfile dans l’imposante falaise qui me fait face : c’est le délicat passage du Racapé, où il va falloir redoubler de prudence. Pour preuve, un panneau glaçant tout en bas prévient le quidam que cinq personnes y ont laissé la vie ces dix dernières années. Le sol détrempé et les 20 kg sur le dos vont donner un peu de challenge au pèlerin que je suis. Finalement le court tronçon est plutôt bien négocié, ce qui m’amène à la dernière étape, la longue montée de l’alpage. La vallée s’est temporairement dégagée, dévoilant la myriade de couleurs dans les versants chartrousins. L’automne bat son plein. Le sentier terreux est des plus glissants, m’obligeant à opter pour l’herbe. Pour l’ultime ascension, les conditions se dégradent de nouveau, la bise souffle et la brume investit les lieux. Arrivé au sommet, je ne perds pas de temps et pars à la recherche d’un replat peu exposé pour y planter la tente. L’abri est le bienvenu tant le Grand Som a revêtu ses hostiles parures, les visibilités n’excèdent pas 30 mètres. La luminosité décline peu à peu, enterrant toute espérance de coucher de soleil. Faute de mieux, c’est le moment d’aller manger un bout et dormir.

Toutes les deux heures, je jette un coup d’œil dehors pour vérifier l’état du temps. 23h : Brouillard. 1h : Brouillard. 3h : Brouillard…5h30 : Plus de brouillard ! J’enfile tous mes vêtements et m’extirpe de ma tente. L’atmosphère est très chargée, c’est une bicouche qui occupe le secteur : des nuages bas en fond de vallée et un second plafond très haut en altitude. Avec la pollution lumineuse de Grenoble et des villages de Chartreuse, la scène capturée par l’appareil photo est tout bonnement surréaliste avec ses airs magmatiques et déchaînés. En fin de nuit, à l’ouest, la pleine Lune flirtant avec l’horizon se pare de tons orange à rouge sanguin, avant de disparaître.

La quiétude nocturne est trahie par une rave-party qui s’est mise en place quelque part en bas. Le tam-tam incessant des basses résonnent sur chacun des sommets. C’est la seconde fois que je subis ces désagréments dans ce massif, visiblement l’irrespect a ses passe-droits par ici. Le plus ironique est sans doute d’être juste au-dessus de la zone de silence attenante au Monastère de la Grande Chartreuse…

Peu à peu le jour se lève, mais tout espoir de couleurs matinales est annihilé : l’est est complètement encombré. La bruine s’invite et le vent redouble d’intensité. Les écharpes nuageuses défilent à toute allure, enveloppant de temps à autre le Grand Som, puis continuant leur chemin en direction du nord. La lumière peine à se frayer un chemin dans ce dédale nébuleux, seul un encart plus lumineux se fait deviner loin en direction du Mont Blanc.

Passés ces errements matinaux, je fais mon paquetage pour la descente. La tente, détrempée, pèse un âne mort. Le simulacre de musique retentit toujours et m’accompagnera jusqu’au retour au Col du Cucheron. Une virée placée sous le signe de l’humidité, mais quelques belles images ont pu être ramenées de là-haut sur la courte fenêtre météo !

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Mont Charvin (2409 m) – Aravis
Mont Charvin (2409 m) – Aravis
23 septembre 2022 In Aravis No Comment

Voilà 1 mois que je n’ai pas remis les pieds en altitude, depuis l’ascension de la Tournette. Il était temps de mettre fin à cette série. C’est non loin de ma dernière virée que l’objectif a été fixé : ni plus ni moins que le Charvin (2409 m), sommet emblématique de la partie méridionale des Aravis. Ce jeudi/vendredi est le seul créneau de beau temps avant l’arrivée de la perturbation pour le week-end.

Direction le parking des Chandoches (1385 m), terminus de la route goudronnée. C’est sous un ciel très ensoleillé que démarre la balade, d’abord dans la forêt. La météo est typiquement automnale : un soleil piquant, un quasi-froid à l’ombre et un fond de l’air bien frais. Des conditions cependant optimales pour s’attaquer à cette muraille qui s’élève face au promeneur. Un peu plus de 1000 m de dénivelé est nécessaire pour s’en affranchir. C’est tout d’abord une mise en jambes jusqu’à l’Aulp de Marlens (1660 m) puis, une fois l’alpage traversé, les choses sérieuses commencent. Les courbes de niveau se resserrent, le sentier se raidit, l’organisme en prend un coup, surtout avec les 20 kg sur le dos. Mais d’un pas régulier l’ascension s’effectue, jusqu’à atteindre la crête sommitale où enfin le panorama se dévoile : la chaîne des Aravis, le lac du Mont Charvin et l’inévitable Mont Blanc.

La croix sommitale en vue, la dernière centaine de mètres est avalée rapidement. De là-haut la vue à 360 degrés est grandiose : glaciers de la Vanoise et ceux des Ecrins en toile de fond, le Mont Aiguille qui se détache à l’horizon, les toutes proches Bauges et la Tournette dont les chaotiques blocs font face.

La fin d’après-midi voit défiler le long du flanc occidental des Aravis une série de brumes fugaces, animées par un vent modéré, suffisamment fort pour ressentir le froid malgré le soleil. Ce dernier décline lentement à l’horizon, distillant sur les hauteurs une lumière de plus en plus dorée. Au loin, l’astre se transforme le temps d’un instant en une boule rouge incandescente, flirtant avec le lointain relief, synonyme de révérence et de passation au monde nocturne. En bas, les villes commencent à scintiller, que ce soit Ugine, Manigod ou encore Megève. L’heure bleue imprègne les lieux, les contrastes explosent, le massif du Mont Blanc est auréolé de la ceinture de Vénus, dichromie éphémère d’un rose / bleu profond.

Les visibilités s’amenuisent au fur et à mesure que la nuit progresse, il est temps de rejoindre la tente. Celle-ci est animée des heures durant par les petites rafales de vent, la toile crissant constamment. Difficile d’avoir un sommeil réparateur dans ces conditions. Le bruit est pour le coup bien plus incommodant que le froid.

Il est 6h30 quand retentit le réveil. Les lueurs de l’aube décorent un ciel parsemé de quelques nuages élevés qui jouent les premiers rôles au moment où le soleil, pas encore levé ici, les éclaire par en-dessous. Les Alpes sont alors baignées dans des teintes chaudes, flavescentes et cuivrées. Quelques minutes plus tard, notre étoile émerge des cimes, distillant des rayons bienvenus, quoi que pas suffisants pour se réchauffer.

Les cieux deviennent rapidement laiteux, annonciateurs de la perturbation prévue le lendemain. Il est l’heure de quitter le Charvin. La descente met les quadriceps et les genoux à rude épreuve et finalement, en 1h50, le parking est retrouvé, épilogue d’une sympathique balade en terres des Aravis.

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La Tournette (2350 m) – Bornes
La Tournette (2350 m) – Bornes
21 août 2022 In Bornes No Comment

La chance sourit aux audacieux, voilà un adage qui résumera bien la sortie du week-end !

La pluie est enfin tombée ces jours dans les Alpes, après des semaines de canicule éprouvante, aussi bien pour nous autres hominidés que tout l’environnement. Il a même plu ce vendredi, de quoi nettoyer l’atmosphère de toutes les impuretés accumulées jusqu’à présent. Même ce samedi, les conditions apparaissent fort peu engageantes, les cimes étant presque toutes vêtues de brume, où il ne doit y faire bon vivre.

C’est pourtant dans ce décor qui en aurait fait abandonner plus d’un que j’arrive au parking des Prés Ronds (1227 m), à quelques encablures du lac d’Annecy. L’objectif du jour, la célèbre Tournette (2350 m), est invisible à ce niveau, prise dans des nuages d’un gris menaçant. Voilà 14 ans jour pour jour que je ne l’ai pas gravi !

Il est un peu plus de 15 heures quand j’entame les premières foulées sur le chemin menant au Chalet de l’Aulp. L’accueil des lieux est assez tonitruant avec d’emblée une averse qui, fort heureusement, n’est que ponctuelle. Au col, le ciel est partagé entre ciel bleu et nuages qui défilent. La muraille calcaire demeure quant à elle assez hostile. Qu’importe, cette rando est un pari osé. La météo du jour a ce côté positif d’occasionner une baisse de fréquentation, là où en temps normal c’est une procession de promeneurs. Le sentier surpiétiné et les affleurements rocheux polis à l’excès en témoignent.

Arrivé sur le replat du Casset (1750 m), la brume glissant sur les versants donne un côté mystérieux au lieu, et cette destination toujours imperceptible. Quelques bouquetins se laissent observer, tandis que le chemin continue à serpenter, nécessitant une vigilance permanente, quand il ne faut pas s’aider des chaines utilement placées sur les zones exposées. Une fois la crête au-dessus du col du Varo atteinte, un certain optimisme commence à se frayer une place dans mon esprit, puisque le fameux « fauteuil » sommital fait son apparition, illuminé par le soleil. C’est avec un incontestable regain de motivation que les 200 derniers mètres de dénivelé sont avalés. Il aura donc fallu environ 4 heures pour en venir à bout, l’horloge indiquant 19 heures.

Là-haut, les paysages prennent une dimension divine avec ces nuages qui s’agitent au gré du vent, laissant toujours planer le doute sur l’issue de la journée : la Tournette sera-t-elle embrumée, ou le massif se découvrira-t-il ? Si les températures n’étaient pas aussi fraîches, on pourrait qualifier les conditions de tropicales tant l’humidité est forte sur ce promontoire rocheux. A l’est, côté Mont Blanc, les vallées se dégagent, tandis qu’à l’ouest l’indécision demeure et ce jusqu’aux derniers instants du jour. Mais avec une chance insolente, le panorama se libère pour assister à un magnifique coucher de soleil, aux tons d’un rouge et orange incandescents. Chose inespérée, même le lac en contrebas daigne se montrer. L’heure bleue offre par ailleurs de belles conditions de prises de vue grâce aux poses longues sur le brouillard arrivant de la vallée de Thônes.

La nuit tombe, il est temps d’aller fermer la boutique, et quoi de mieux qu’un petit replat caillouteux pour passer une nuit à la belle étoile ? Un espace permettant de caler uniquement le tapis de sol est disposé 20 mètres sous la croix, c’est à la limite du luxe tant le « fauteuil » n’a rien de si confortable que son surnom le présume.

L’épisode nocturne a été humide, très humide, toutes les protections des équipements sont garnies de rosée à 6 heures du matin, au moment d’aller capter les premiers frétillements de l’aube. D’autres randonneurs partis très tôt sont déjà au sommet. La nébulosité a quasi disparu, le paysage n’en est pas moins beau. Le regard se perd à 360 degrés, bien que certains sommets l’attirent plus que d’autres : le Mont Blanc inévitablement, le Mont Pourri chaussé de la Pierra Menta par le jeu de la perspective, la chaîne des Aravis toute en longueur et, au loin, les Ecrins dont la blancheur se distingue parmi le reste.

Il est précisément 6h44 quand le soleil surgit des cimes, entre le Brévent et l’Aiguille du Tour, de quoi apporter un réconfort bienvenu et un spectacle éphémère. Après avoir rangé les affaires trempées dans le sac, c’est l’heure de redescendre pour profiter du côté ombragé. Sur les 2h40 du retour, quantité de marcheurs sont rencontrés, ayant semble-t-il préféré les conditions du jour ? Pour ma part, le culot d’être parti la veille a été couronné de succès, les belles conditions de lumière et d’ambiance ont été au rendez-vous. Quelle expérience !

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Col d’Arpingon (2276 m) – Belledonne
Col d’Arpingon (2276 m) – Belledonne
14 août 2022 In Belledonne No Comment

Après une interminable séquence de canicule, enfin un changement de temps qui s’opère ce week-end ! Malgré une semaine éprouvante, j’opte tout de même pour un bivouac tranquille, pour ménager ma monture. Direction le tout proche massif de Belledonne, dans son extrémité septentrionale, avec pour objectif le secteur de la Pointe de la Frèche et du Col d’Arpingon.

Hélas, trois fois hélas, un glissement de terrain courant janvier 2022 a emporté un bout de la route menant au parking, la rendant impraticable. Celle-ci est alors fermée vers le lieudit de la Vibillarde, vers 1250 m d’altitude, soit 500 mètres en contrebas du terminus de Valpelouse ! C’est autant de dénivelé qu’il va falloir rajouter à la course, reléguant à l’état de vœu pieux la « petite balade » envisagée initialement. Pas question de faire marche arrière, un chemin forestier permet de couper une longue épingle, jusqu’à rejoindre la chaussée à 1530 m. Avec la chaleur, la portion sur le bitume est un léger calvaire, l’organisme cuisant à petit feu. Heureusement, au virage suivant, l’analyse de la carte IGN indique un raccourci en sous-bois, menant au Refuge de la Perrière. Grande escroquerie que voilà, le chemin se transforme en sentier, puis s’apparente finalement à un passage de chevreuil. Autant dire une progression à l’aveuglette. Qu’importe, mon sens de l’orientation n’est pas remis en cause et je trace en diagonale, jusqu’à rejoindre une clôture à vache au niveau de l’alpage. Le long de celle-ci, les bovins semblent avoir créé un simili-sentier, lequel me conduit finalement au Refuge !

De là, se dessine à droite des Grands Moulins l’objectif du jour, à 2 km à vol d’oiseau. Je poursuis alors la sente à flanc de versant, pour atteindre les abords du Col de la Frèche, puis contourner la pointe éponyme. L’amoncellement de rocailles et de blocs m’empêche d’espérer bivouaquer ici. En dépit d’une fatigue dans les jambes, pas d’autre choix que de descendre puis remonter cette dernière combe menant au Col d’Arpingon (2276 m). La zone bénéficie de vastes replats favorables pour la nuit. Néanmoins le secteur ne me satisfait guère sur le plan photographique : pas de vue sur le Mont Blanc, peu de cadrages dominants ni points forts dans le paysage. Il va falloir user de plans serrés au téléobjectif pour immortaliser les lieux.

L’audace d’être monté une veille d’orage s’avère payant au crépuscule. Comme prévu, les couleurs sur Belledonne sont tamisées par la nébulosité à l’horizon, mais celle-ci offrent d’intenses rougeoiements qui se diffusent dans l’atmosphère. Plus bas, la Combe de Savoie et le bassin chambérien, plongés dans une obscurité grandissante, s’illuminent progressivement. Il est temps pour moi de rejoindre le duvet, c’est nuit à la belle étoile, m’étant allégé du poids de la tente pour l’occasion. Les modèles météo annoncent une dégradation vers 8-9h le lendemain, me garantissant un sommeil au sec.

Peu après 6 heures, les premières lueurs de l’aube me réveillent. Ce que j’espérais secrètement est en passe de se réaliser : des nuages élevés commencent à rosir à l’est. Ni une ni deux, je m’habille et vais me positionner sur la crête. Un véritable brasier se répand dans les cieux, transformant l’horizon oriental en un épanchement magmatique, aussi éphémère que magnétique.

Le spectacle matinal passé, il ne faut pas trainer sur les hauteurs, les radars indiquent que les précipitations sont déjà aux portes de l’Isère. Je remballe et active le pas sur le chemin du retour. A l’ouest, la vue s’obscurcit, la Chartreuse est déjà enveloppée par les brumes. Quelques minutes plus tard, des rideaux de pluie s’abattent sur la Combe de Savoie. J’enfile la housse sur le sac, ainsi que mon rutilant poncho lorsque les premières gouttes commencent à tomber, entre le Refuge de la Perrière et Valpelouse, à mi-chemin du parcours.

C’est sous une pluie battante et continue que je regagne le parking en contrebas, au terme d’une sortie plus conséquente que prévue, mais avec des ambiances fugaces et magnifiques à la clé !

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Pointe de Riondet (2357 m) – Beaufortain
Pointe de Riondet (2357 m) – Beaufortain
7 août 2022 In Beaufortain No Comment

Décidément, la chaleur n’en finit plus sur l’Hexagone ! Seul lot de consolation, les orages de la veille ont apporté une inespérée fraicheur dans les vallées. Parenthèse de courte durée, le Soleil reprenant sa domination sans partage. Pour s’extirper de l’étuve des plaines, monter en altitude apparait comme l’unique solution. Direction le proche massif du Beaufortain, dans un secteur qui sera à coup sûr épargné de la foule, moi qui préfère la quiétude aux chassés-croisés pédestres : les abords du Cormet d’Arêches avec pour ligne de mire la Pointe de Riondet (2357 m). La voiture est garée près du Lac des Fées (1896 m), transformé en quasi-base de loisirs vu le nombre de personnes qui trempent les pieds, se font bronzer, quand ce n’est pas pour se baigner…

Il est 16h15 quand j’entame les premières foulées. Il faut tout d’abord descendre un abrupt sentier pour récupérer la piste réservée aux exploitants, menant au Refuge de l’Econdu, puis aux chalets d’Aroles. Le chemin aboutit au bâtiment d’alpage où se trouvent les éleveurs de vache. Un bref échange avec l’une des personnes : il est possible de monter dans la prairie pour atteindre la crête près du Col de Charvetan. Elle m’alerte toutefois par rapport à l’objectif du jour, le versant opposé est occupé par des brebis et donc des patous. La prudence va être de mise. L’étape atteinte, le panorama gagne en majesté, les plus hauts sommets de la région surgissent, pris dans les cumulus volumineux mais peu menaçants : Mont Blanc, Mont Pourri, Grande Casse…

La Pointe du Riondet se situe dans le prolongement de la crête. Après d’ultimes efforts, la voilà atteinte. Le 360 degrés là-haut en valait la peine : Bauges, Lauzière, Aravis, Mont Blanc, Vanoise sont autant de massifs créant la ligne d’horizon accidentée du décor. Plus proches, apparaissent quelques lieux emblématiques du Beaufortain : Grand Mont d’Arêches, Lacs de la Tempête, Lac de Saint-Guérin, Pierra Menta, Aiguille du Grand Fond, Roignais etc. En contrebas, le berger et ses chiens mobilisent le troupeau, manœuvrant comme si c’était une seule entité. Le spectacle est assez hypnotique.

Un léger vent agrémente la contemplation des lieux. Bien que large, le sommet offre peu de replat, ce qui n’est pas sans me décourager, trouvant un peu d’herbe en faible pente pour être aux premières loges, lorsque le soleil décline à l’horizon. Les versants se parent de teintes chaudes, distillées çà et là, notamment dans le vallon des Lacs de la Tempête. Les dernières mèches à s’éteindre sont les plus hautes matières, en particulier les cumulus qui vivent là leurs derniers instants à l’approche de la nuit. A peine le soleil couché, l’humidité investit le secteur, la tente est déjà constellée de microgouttelettes.

Vers 1h30, me revoilà dehors pour faire quelques images nocturnes, le quartier de Lune ayant disparu entre temps. L’atmosphère n’est pas limpide, du fait de l’hygrométrie élevée. Plein est, la tranquillité nocturne est trahie par des éclats lumineux intenses et quasi-continus : un orage sévit côté italien, à une centaine de kilomètres de là. Plus bas, un patou aboie, ma frontale l’a-t-il alerté ? De l’autre côté, quelques cloches témoignent de la présence des vaches, débonnaires dans leurs étendues herbeuses. Il s’agit des seuls éléments à venir rompre ce silence monastique si précieux.

Il est 6 heures quand le réveil retentit de nouveau. Place à la session matinale. A l’est, l’horizon est obstrué de nuages, tandis que les Alpes sont baignées dans une humidité peu habituelle pour un mois d’août jusqu’alors caniculaire. De fines écharpes de brume glissent sur les cimes, tandis que quelques lueurs rougeâtres se manifestent au loin, dépeignant une sorte d’aquarelle grandeur nature. En dépit d’une absence de lumière, l’ambiance se révèle magnifique et agréable.

Après une longue sieste partagée entre l’effet de serre de la tente et la brise traversant les ouvertures, j’entame la descente vers 10h30 en empruntant une variante par les Chalets de Riondet au nord, pour récupérer la longue piste menant au parking, épilogue d’une belle sortie en terres savoyardes.

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Tour de l’Aiguille de Chambeyron (trek 3 jours) – Ubaye
Tour de l’Aiguille de Chambeyron (trek 3 jours) – Ubaye
16 juillet 2022 In Ubaye No Comment

Jour 1 : Fouillouse > Lac des 9 couleurs

Une nouvelle vague de canicule s’abat sur la France en cette mi-juillet. Coïncidant avec le pont du 14, l’occasion est toute trouvée pour aller chercher l’air frais en altitude. Et c’est le moment pour moi d’enfin explorer l’Ubaye, après une tentative avortée il y a une dizaine d’années. L’objectif est d’effectuer le tour de l’Aiguille de Chambeyron sur trois jours.

Le premier d’entre eux doit me conduire jusqu’au lac des neufs couleurs.

En fin de matinée, le parking de Fouillouse au terminus de l’étroite route est déjà bondé. Je m’insère dans l’une des toutes dernières places disponibles. C’est ainsi que débute l’ascension, chargé de mes 20-22 kg sur le dos. Le soleil cogne déjà fort. Fort heureusement, une petite brise vient atténuer la sensation de chaleur. La montée s’effectue sans difficulté particulière et le refuge est atteint aux alentours de 14h. Une source bienvenue me permet de me ravitailler. Au détour d’un col, une croix en métal se détache dans le ciel, elle signale le passage à prendre pour le sentier et aussi le début de la zone des lacs. Arrivé à sa hauteur, la météo est tout de suite plus fraîche : les nuages se sont densifiés, obstruant le soleil, tandis que le vent redouble d’intensité. Le secteur devient également beaucoup plus minéral. Des chaos d’éboulis parsèment les versants, des blocs rocheux tapissent le vallon et les terrains herbeux se font rares.
Peu après 15h, voilà l’objectif atteint. Nombreux sont ceux qui ont eu la même idée au vu des tentes déjà installées ici. C’est manifestement un endroit fréquenté, des petits murets de fortune ont été construits sur toutes les zones planes autour du lac. Je parviens à trouver un spot libre à l’écart du sentier. Cette protection est fort bienvenue pour contrer les assauts du vent.

Les nuages deviennent de plus en plus sombres. Quelques gouttes commencent à tomber, c’est parfait, moi qui ai prévu ce trek entièrement à la belle étoile. Je sors le poncho mais finalement fausse alerte, les éclaircies reviennent. Si l’environnement est magnifique, difficile d’identifier un endroit favorable pour les photos, le lac est trop grand et aucun cadrage ne me convient. J’erre alors à l’ouest du plan d’eau, sur les hauteurs rocailleuses, jusqu’à ce que le Brec de Chambeyron s’illumine sur le dernier quart d’heure du jour. Aucun premier plan ne me satisfait, puis je repère un petit plan d’eau circulaire en contrebas. Je m’y précipite aussitôt pour capter le reflet incandescent. C’était in extremis !

La pénombre s’installe, je regagne mon bivouac pour aller dormir, las de cette journée. La fatigue accumulée ces dernières semaines a eu raison de moi, impossible de trouver le courage de m’extirper du duvet pour capter les paysages sous la clarté lunaire, ni pour les rayons de l’aube, sous un ciel bien trop clair.
C’est vers 8h30 que je me réveille, en même temps que le soleil passe la ligne de crête. C’est sans doute là le meilleur moment de la journée, l’esprit encore léthargique, la température encore fraîche, la peau délicatement réchauffée par notre étoile bienvenue. Il est temps de plier et surtout manger un bout pour prendre des forces, la seconde étape ne va pas être de tout repos… !

Jour 2 : Lac des neufs couleurs > Lacs supérieurs de Marinet

Il est 9h15 lorsque j’attaque la deuxième étape de ce trek, et déjà la chaleur envahit les lieux. Le programme du jour est ambitieux, l’objectif est de rejoindre les lacs supérieurs de Marinet en effectuant un crochet côté Italie, dans un secteur exigeant sur le plan physique. Plusieurs cols sont à franchir, le premier d’entre eux est celui de la Gypière (2927 m), tout proche. Il domine le lac des neuf couleurs et marque également la frontière franco-italienne. De nombreux randonneurs arpentent les sentiers, dont une bonne partie se rend à la Tête de la Fréma, un 3000 emblématique du coin. Je fais l’impasse dessus et poursuis l’itinéraire dans un environnement très minéral et sec, trop sec d’ailleurs…au niveau du bivouac Barenghi (2815 m), la source ne livre aucune goutte d’eau. Moi qui souhaitais ravitailler à cet endroit, c’est une cruelle déconvenue, il va falloir compter sur les trois quarts de litre restants jusqu’à Marinet. Je rejoins un groupe d’une dizaine de randonneurs que je vais suivre sur quelques kilomètres, ceux-ci se rendant à Maljasset. De ce côté, le GR porte le nom de « Sentiero Dino Icardi », en hommage à un alpiniste de la vallée. Il contourne un éperon rocheux dominé par une roche percée, sorte de Trou de la Mouche local. Il débouche sur le petit Lago dell Finestra, surmonté du col éponyme, jusqu’à rejoindre un second col après avoir parcouru le flanc de la montagne : le Colle dell Infernetto (2783 m). Qu’est-ce qui justifie un tel nom ? L’accès depuis la Gypière n’a pourtant rien de très ardu. Est-ce à cause du versant nord bien raide, équipé de câbles ? Ou plutôt la vision d’horreur du col suivant (Ciaslaras) qui donne des sueurs froides ?

En tout cas il faut poursuivre, alors les bâtons sont pliés et rangés temporairement, afin d’avoir les mains libres pour se cramponner aux cordes et câbles fixés à la roche, fort utiles. Heureusement, ce n’est qu’une affaire de quelques dizaines de mètres. Le chemin longe le pied oriental de la Pointe du Fond de Chambeyron jusqu’à atteindre la difficulté majeure du parcours : la tant redoutée ascension du Colle di Ciaslaras (2950 m). Dans un paysage lunaire et sous un soleil de plomb, le sentier zigzague dans une pente à 60% sur près de 300 mètres de dénivelé. Le cardio est mis à rude épreuve, mais quelle satisfaction une fois arrivé au sommet. Le panorama sur la vallée opposée est grandiose, dévoilant une myriade de sommets alpins : des Aiguilles d’Arves au Mont Thabor, en passant par le Pic de Rochebrune. Sur la gauche, le lac de Marinet tranche dans le paysage par son bleu azur, de même que le relief de la Roche Noire, formé d’andésite, lui donnant de curieuses teintes vertes.

La descente côté nord du col est aussi abrupte que la montée, mais heureusement beaucoup plus courte. Le tracé franchit un dédale rocheux conduisant au col de Marinet (2787 m), localement pelé et ocre, marquant par ailleurs le retour en terres françaises. Le GR rejoint le lac du même nom en contrebas, où certains randonneurs se permettent une baignade, comme si les lacs d’altitude étaient une base de loisirs… De mon côté, je trace direct vers le refuge-bivouac à proximité et plonger ma bouteille dans le torrent, il était temps, j’étais sur la réserve ! L’abri étant libre, je m’y installe pour récupérer et profiter de la fraîcheur. Pris par la fatigue, je m’octroie même une sieste sur le plancher, dans un silence absolu, seulement trahi par le crépitement des tôles, sous l’effet de la chaleur.

Requinqué, je reprends l’itinéraire pour la dernière montée de la journée, en longeant le second lac de Marinet, au pied duquel vient mourir le front du glacier rocheux, à la forme impressionnante et magnétique. D’ici, la crête à l’ouest indique la direction des 200 derniers mètres à gravir. Je coupe droit dans la pente, cet ultime effort m’amène aux lacs supérieurs de Marinet. Nichés dans un vallon à 2682 m d’altitude entre le Pas Sud de Chillol et une crête rocheuse, ils offrent un visuel d’exception sur l’Aiguille de Chillol, culminant à plus de 3300 mètres. Un couple a déjà installé leur tente sur le replat. Je trouve pour ma part un endroit favorable pour le bivouac, et profite tranquillement des lieux en trempant les pieds dans l’eau et en vadrouillant aux alentours pour du repérage. Celui-ci m’amène au niveau du relief à l’est, surplombant d’une cinquantaine de mètres les lieux, et surtout dominant toute la vallée du Marinet, dévoilant un panorama grandiose. Le paysage est un cours de géomorphologie grandeur nature, à tel point que j’envoie le drone immortaliser de face ce géant silencieux qu’est le glacier rocheux. Le soleil décline vers l’horizon, les teintes se réchauffent, transformant les cimes en de brèves braises incandescentes, avant que quelques nuances plus sombres annoncent l’approche de la nuit. Blotti dans mon duvet, je me laisse facilement endormir, les températures clémentes aidant. Vers 2 heures du matin, petite escapade nocturne pour quelques photos sous la clarté lunaire, puis une seconde vers 6 heures pour cette fois capter le reflet parfait sur le lac. Malgré le ciel bleu digne d’une carte postale, la scène est aussi magnifique qu’apaisante.

Contrairement à la veille, je ne traine pas et quitte l’endroit à 8h15, la dernière étape n’est pas la plus courte…

Jour 3 : Lacs supérieurs de Marinet > Fouillouse

Ce troisième jour est synonyme de fin du trek. Il n’en demeure pas moins que c’est aussi la plus longue des étapes sur le plan du kilométrage. Il faut en effet retourner à Fouillouse, qui est diamétralement à l’opposé. Passer par le GR via Maljasset aurait été bien trop long, j’ai donc opté pour un raccourci au sein d’une vallée assez secrète, par le vallon de Chillol, via le tout proche Pas Sud du même nom. Le sentier n’apparait pas sur la carte IGN mais quelques cairns et un sens de l’observation permettent de descendre cette zone sauvage. En atteste ce sifflement d’un chamois, dérangé par ma présence et grimpant les éboulis avec une agilité déconcertante. Après avoir traversé un verrou rocheux sillonné par le torrent de Chillol, me voilà arrivé à la bergerie éponyme. Ma crainte était d’y rencontrer un troupeau et la gestion toujours délicate des patous. Heureusement, aucune trace humaine ne se manifeste, me permettant de continuer en toute quiétude. A partir de là, le chemin est tracé, quittant la zone d’alpage pour entrer dans la forêt. Dans cette transition, un mouvement attire mon regard à une centaine de mètres en contrebas : une silhouette canine, élancée, aux teintes gris sombre. Un loup ! Une rencontre furtive de quelques secondes avant que l’animal ne disparaisse. Quelle belle surprise !

Les genoux sont mis à rude épreuve dans cette descente, plongeant jusqu’au lit de l’Ubaye, au parking des Houerts à 1726 m, signalant le retour à la civilisation, matérialisée par le bitume de la RD25. Néanmoins, encore 8 km me séparent de la voiture ! Le tout sur ce parterre goudronneux, véritable brasier pour le pèlerin que je suis. N’étant clairement pas la plus agréable partie du circuit, je lève le pouce dans l’espoir qu’une âme charitable prenne pitié de moi. Malheureusement, milieu de matinée oblige, la plupart des personnes remontent la vallée. A mi-parcours, enfin un local me propose d’écourter cette épreuve et me dépose un peu plus bas, au parking du Châtelet (1600 m). Le panneau indique 1h30 de marche pour rejoindre le hameau de Fouillouse, situé 300 m plus haut en altitude tout de même. Qu’à cela ne tienne, c’est reparti pour la marche sur chaussée. De nouveau, je tente le stop auprès des quelques véhicules qui empruntent la route. Alors que la moitié du tronçon est avalé, une famille belge s’arrête et m’invite à les rejoindre, bien que déjà 4 à l’intérieur. J’accepte volontiers et leur montre quelques images de mon trek sur le reste de l’itinéraire. Sachant pertinemment que le parking sera complet là-haut, je leur propose en échange de bons procédés ma place de stationnement. Le deal parfait où tout le monde est gagnant.

Pourtant habitué des randos, c’est paradoxalement mon premier trek en solo sur plusieurs jours. Malgré la chaleur, la fatigue et les aléas à gérer, ce petit voyage d’une trentaine de kilomètres a été plus que concluant. L’absence de réseau a de plus permis de vivre pleinement l’expérience, en se calant sur le rythme du soleil, et du ressenti. Que retenir de ces trois jours, quels ont été les moments forts ? Le lac des neuf couleurs pas si transcendant que cela ; le tronçon côté italien physiquement exigeant (en particulier la bavante du Colle di Ciaslaras) ; le glacier rocheux du Marinet ; la beauté des lacs supérieurs de Marinet et enfin la rencontre fugace avec le loup.

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Petit Mont Blanc (2680 m) – Vanoise
Petit Mont Blanc (2680 m) – Vanoise
23 juin 2022 In Vanoise No Comment

La canicule s’en est allée et a laissé place à une semaine assez chaotique, la région a été le théâtre d’une succession d’orages, de pluie et de soleil. L’incertitude plane également sur les conditions météo attendues, une fenêtre de beau temps semble se profiler dans l’extrême est des deux Savoie. Il n’en fallait pas moins pour me décider à enfiler les chaussures, à l’assaut des cimes. Le dévolu est jeté sur le massif de la Vanoise, tout en évitant scrupuleusement le cœur du parc national, bien trop restrictif sur les activités possibles. C’est donc du côté de Pralognan et la rive gauche du Doron de Chavière que se dérouleront les festivités. Il est 14h45 quand j’attaque les premières foulées depuis le hameau des Prioux (1711 m). L’air est plutôt frais, le soleil est obstrué par de vastes nuages aux teintes sombres, laissant planer le doute sur la météo des prochaines heures. Ces paramètres sont néanmoins en faveur d’une ascension rapide, accompagnée par les nombreuses marmottes, puis deux paisibles bouquetins aux abords du Col du Mône (2533 m). D’ici, l’objectif du jour est à quelques enjambées, il s’agit du Petit Mont Blanc (2680 m). Il tire son nom de sa nature géologique, dominée par les gypses, dont la blancheur rappelle les neiges éternelles du toit de l’Europe. Elle confère au lieu une impression lunaire, par sa surface polie et ponctuée de grandes dépressions formées par les entonnoirs de dissolution. Il ne m’aura fallu que 2h30 pour atteindre le sommet et ses quelque 950 mètres de dénivelé. Le panorama à 360 degrés vaut le détour, entre la Grande Casse qui me fait face, les glaciers de la Vanoise aux miroitements turquoise et tous les autres sommets rocailleux avoisinant les 3000 m.

A l’ouest, à quelques dizaines de kilomètres de là, il pleut, ce qui se traduit dans le ciel par une forte densité de nuages. L’absence de pluie ici doit son salut uniquement grâce à un vent du sud régnant dans le secteur, m’obligeant à trouver un endroit moins exposé pour y fixer mon abri. En dépit de la nébulosité, Dame Nature m’offre un magnifique spectacle au crépuscule, grâce à des percées de lumière prophétiques, illuminant cimes et versant de rayons limpides du plus bel effet.

La nuit investit les Alpes. L’absence de Lune me permet alors de capter la Voie Lactée, particulièrement visible en ces coins retirés de la civilisation. Néanmoins, le vent est tenace. Pire, il s’accentue vers 2-3 heures. La tente entame alors une longue et interminable litanie, tiraillée de toutes parts. A l’intérieur, la sensation d’être dans un sèche-linge est assez prononcée, difficile sinon impossible de trouver le sommeil dans de telles conditions.

Mois de juin oblige, déjà les premières lueurs de l’aube se manifestent à l’horizon. La Grande Casse s’est coiffée d’une couche nuageuse, tandis que les cieux se parent d’une éphémère mais puissante teinte chaude, embrasant le paysage durant quelques minutes.

Un autre spectacle se profile aux abords du point culminant de la Savoie. Au bénéfice d’une ouverture dans le relief, probablement au niveau du Col de la Grande Casse, le soleil diffuse ses rais dorés, contrastant avec l’austérité du glacier pris dans la brume. Cette juxtaposition d’ambiances opposées crée une scène particulièrement unique. Après le festival de la veille, l’aube m’aura réservée de belles surprises, compensant la quasi-absence de repos nocturne.

C’est sous un vent à décorner les bœufs que je quitte ce Petit Mont Blanc, les souvenirs plein la tête et les cartes mémoire remplies de belles images.

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Lac de la Gouille / Pointe de Combe Bénite (2575 m) – Beaufortain
Lac de la Gouille / Pointe de Combe Bénite (2575 m) – Beaufortain
18 juin 2022 In Beaufortain No Comment

En cette mi-juin, la France transpire avec un épisode caniculaire assez précoce, qui n’augure rien de bon pour les années à venir. Seul salut pour échapper à la fournaise des vallées : prendre de l’altitude ! Une opération week-end de trois jours est déclenchée, en direction du Beaufortain, dans un secteur que je n’ai jusqu’alors jamais exploré : la partie méridionale du massif, côté Tarentaise, entre Aime et le Cormet d’Arêches. L’objectif est d’effectuer une petite boucle autour de la Pointe de Combe Bénite. Une piste d’alpage permet de se rendre en voiture assez haut, près du hameau de Thiabord vers 1978 m d’altitude, pour récupérer un départ d’itinéraire. Le thermomètre indique tout de même 25°C en plein milieu d’après-midi.

La balade programmée est plutôt facile et emprunte un sentier en balcon sur le flanc oriental du vallon du Cormet d’Arêches. Il se caractérise par une succession de montées et descentes dans les prairies, dans un calme et une solitude absolus en ce vendredi après-midi. Seules les marmottes, par leur cri strident, témoignent de leur présence. L’ascension est plutôt agréable avec un vent assez soutenu et un ciel qui se voile progressivement, atténuant la sensation de chaleur ambiante. En deux heures, me voilà au Lac de la Gouille (2235 m), terminus de cette courte étape. Ce petit plan d’eau, en cours d’eutrophisation et de comblement, reflète à merveille la Crête de la Raisse, avec ces roches incisant le ciel. Les bourrasques sont importantes dans cette dépression, constituée de zones humides. Il me faut trouver un replat herbeux au sec et à l’abri, chose acquise à quelques dizaines de mètres au nord. Les conditions anticycloniques du moment ne sont pas du tout favorables aux belles ambiances, dans cette atmosphère laiteuse, échauffée et troublée par trop de jours ensoleillés. Néanmoins, la dernière heure de la journée offre une magnifique lumière dorée qui se diffuse dans le Beaufortain, idéalement capturée par le drone lancé dans les cieux. De beaux instants qui viennent conclure cette paisible fin de semaine. La luminosité s’estompe progressivement, l’occasion d’installer mon petit campement qui s’avère des plus rudimentaires : matelas, duvet et sursac. Ce sera une nuit à la belle étoile !

Minuit passé, la Lune émerge par-delà la Vanoise, illuminant les lieux de sa douce lumière, que je m’exécute à capter. Quelques heures plus tard, déjà l’aube qui se manifeste à l’horizon. Le ciel est toujours aussi laiteux, il faut attendre que notre étoile passe par-dessus la nébulosité des basses couches pour offrir des rayons limpides, permettant de beaux jeux de symétrie des cimes sur le plan d’eau. Je retourne ensuite me reposer, pour profiter de la fraîcheur matinale.

C’est finalement à 10 heures que je quitte les lieux, le soleil cogne déjà fort. D’ici, j’aperçois le sommet convoité : La Pointe de Combe Bénite. Le sentier contourne la Crête de la Raisse pour atteindre le Col de Corne Noire (2413 m). Sur le parcours, un couple de Lagopèdes traverse furtivement ma route, avec leur chant si caractéristique et leur vol plané. Malgré l’altitude, l’organisme souffre de la chaleur, au moment d’entamer la dernière ligne droite. La difficulté est toutefois compensée par la beauté du chemin en crête, jusqu’à atteindre l’objectif, en à peine 1h15.

De là-haut, le panorama à 360 degrés est exceptionnel : le Mont Blanc qui émerge, les glaciers de la Vanoise, le Mont Pourri, la chaîne des Aravis, ainsi qu’une bonne partie des coins emblématiques du Beaufortain. Je m’avance sur un promontoire au nord pour contempler le paysage, mais rapidement le soleil me contraint de trouver un endroit ombragé pour patienter, denrée rare en ces lieux ! Cependant les journées sont longues…8 longues heures avant le coucher de soleil, avec pour seule compagnie des mouches et moucherons particulièrement agressifs, et pour cause… En milieu d’après-midi, je consulte les derniers bulletins météo : des orages sont annoncés sur les Hautes-Alpes, et remonteront vers l’Oisans, la Vanoise, voire plus (sous-entendu : là où je suis !). Les animations satellites montrent en effet des bourgeonnements qui s’intensifient à grande vitesse. Je sors de ma cachette, et stupeur : un énorme cumulonimbus en forme d’enclume se dresse au sud de la Tarentaise.

N’ayant rien pour m’abriter, rester ici représente un risque. Je poursuis alors le sentier pour atteindre un sommet sans nom et observe l’évolution. Le nuage grossit à vue d’œil. J’immortalise la scène avec quelques images de drone et remballe. Le ciel s’obscurcit de plus en plus, la température chute. Rien de très engageant et surtout pas prudent de stationner ici. Je prends alors la décision, à contrecœur, de rejoindre la voiture en finissant la boucle entamée la veille. Une fois celle-ci atteinte vers 19h, quelques coups de tonnerre résonnent au loin et de frustrants jeux de lumière s’abattent sur le Beaufortain, que je ne peux hélas capter. Finalement, l’orage n’est pas venu jusqu’ici, mais il s’en est fallu de peu. Il faut parfois savoir renoncer plutôt que tenter l’imprudence, c’est la leçon qu’on retiendra de cette sympathique virée savoyarde.

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Pointe de Talamarche (1850 m) – Bornes
Pointe de Talamarche (1850 m) – Bornes
27 mai 2022 In Bornes No Comment

Comme chaque année, l’Ascension résonne surtout comme un terme montagnard avant toute considération biblique. C’est en quelque sorte un pèlerinage à ma sauce en direction des cieux, pour aller contempler le monde d’en bas. Pour ce long week-end, direction la Haute-Savoie avec les amis, près d’Annecy, afin d’explorer de nouveaux sommets. L’objectif du jour est la Pointe de Talamarche (1850 m), assez méconnue, faisant face à l’imposante et célèbre Tournette. Alors que nous ambitionnions de se garer au Chalet de l’Aulp, un arrêté municipal interdit l’accès aux touristes sur la dernière portion de piste. La voiture est alors stationnée 200 mètres plus bas, aux Prés Ronds (1127 m).

Il est 15 heures, la météo est radieuse, à peine trahie par quelques nuages çà et là. La montée sur la route carrossable permet une bonne mise en jambes jusqu’au Chalet de l’Aulp, avant d’entamer une légère descente jusqu’au Chalet des Crottes, où quantité de bouquetins se prélassent dans le couloir du Nant d’Oy. Le tout proche col des Nantets (1426 m) est rapidement atteint, nous y sommes accueillis par un vent soutenu. La pause bienvenue est écourtée par une fraîcheur soudaine, le soleil étant dissimulé derrière des nuages.

A partir de là, les cuisses commencent à être mises à rude épreuve, non aidées par un sac de 20 kg. Le sentier se raidit jusqu’au Pas de l’Aulp, mais la première difficulté du jour est franchie. Elle permet d’atteindre un vaste alpage verdoyant, blotti dans une combe, au bout de laquelle se dresse l’objectif du jour. C’est là l’ultime effort à fournir pour parvenir au sommet, gagné peu après 18h15, après un peu plus de 3 heures d’ascension. Un généreux replat herbeux s’annonce idéal pour le bivouac, face à un panorama grandiose sur le massif des Bornes, les Aravis et, au loin encombré dans la brume, du Mont-Blanc. Le vent semble s’être calmé, de bon augure pour la nuit, tandis que le jour décroit. Les lumières se réchauffent sur les versants alentours, lesquels se parent de teintes dorées. Tout à l’est, le toit de l’Europe joue aussi les premiers rôles : sa coiffe nuageuse prend des couleurs rosées à orangées, lui conférant presque un air mystérieux. La nuit arrivant, toute la petite tribu rejoint ses quartiers, sous des températures relativement clémentes jusqu’au lendemain matin.

Aux premières aurores, me voilà posté sur la crête. A l’est, des nuages élevés deviennent incandescents, par-delà les Aravis et le Bargy, avant de laisser place au soleil émergeant derrière les cimes, à quelques encablures du Jallouvre, grâce au jeu des perspectives.

Avec une certaine sérénité, le jour se lève, réveillant la nature, animée par le chant des oiseaux. Finalement, c’est vers 8 heures que nous décampons pour profiter de la fraîcheur et retrouver la voiture vers 10h30, épilogue d’une bien belle balade en terres de Haute-Savoie, d’environ 800 m en dénivelé cumulé.

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