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Sylvain Clapot - Photographe > alpes

alpes

Tête de Bostan (2406 m) – Chablais
Tête de Bostan (2406 m) – Chablais
15 juillet 2023 In Chablais No Comment

C’est presque devenu une tradition, celle de faire une session bivouac en Haute-Savoie le 14 juillet. Après un court épisode caniculaire, l’extrême chaleur s’en est allée pour laisser place à une séquence estivale plus normale en cette fin de semaine. C’est l’occasion d’aller explorer des massifs plus lointains pour changer des paysages habituels. Direction alors les confins du Chablais, afin de tutoyer la frontière franco-suisse, l’objectif est la Tête de Bostan (2406 m). Le hasard du calendrier fait que le Tour de France est dans le secteur de Morzine, pas question d’aller se mêler à la foule et de se heurter aux routes interdites à la circulation. C’est donc au-dessus de Samoëns que le départ s’effectue, rajoutant 200 mètres à l’itinéraire classique. Me voilà parti pour une bavante de 1300 mètres de dénivelé et un long trajet pédestre pour satisfaire la quête du jour.

Le parking du départ de la rando (1096 m), dans une clairière de sapins au bout de la route, est déjà fort rempli de voitures en ce début d’après-midi. Il faut fortement incliner la tête en direction du bleu azur du ciel pour entrapercevoir les crêtes sommitales de la destination. Mieux vaut ne pas y penser, et attaquer le sentier, il est 15 heures. Ce dernier emprunte une piste en sous-bois, agréable, puis émerge de la forêt pour atteindre les alpages. Le soleil de juillet se fait rapidement sentir sur l’organisme, qui halète. Vers 17 heures, le Refuge de Bostan (1763 m) est atteint, seule la moitié de l’ascension a été effectuée, mais une légère brise bienvenue estompe la chaleur assommante. Au fond, se dévoile le Col de Bostan qui, une fois rejoint, annoncera l’imminence de la fin du périple. Bien que d’apparence proche, le sentier qui se noie dans le paysage pour y emmener le pèlerin souligne l’effort à fournir pour y parvenir. Le vallon est jonché d’un grand écroulement aux Verdets, un dédale rocheux où le tracé se faufile, avant de sillonner une pente raide jusqu’à enfin aboutir au Col de Bostan (2290 m), marquant la frontière avec la Suisse. Le vent, jusqu’alors bon camarade, devient rapidement un ennemi encombrant qu’on souhaite voir partir, tant son intensité a décuplé. A l’ouest, l’objectif n’est plus qu’à quelques foulées, qui est finalement gagné peu avant 20 heures. Il aura donc fallu 5 heures pour engloutir ce parcours. La Tête de Bostan est un dôme herbeux avec une vue à 360 degrés sur la Suisse et le secteur de Martigny, et la France entre vallée de l’Arve, Aravis et reliefs du Fer à Cheval. Le Mont Blanc émerge à peine de ce dernier, avec son manteau opalin sommital.

Toutefois, la cime foulée ce jour est plongée dans une immense soufflerie, les rafales se succèdent sans laisser le moindre répit. Le drone, parti explorer les airs, éprouve de grandes difficultés à se mouvoir et se stabiliser, lançant d’innombrables alertes au pilote que je suis. Le jour décline peu à peu, les falaises alentours se parent de teintes mordorées, éphémères, jusqu’à perdre de leur éclat une fois le soleil passé derrière l’horizon. Il n’est pas question de dormir dans cette machine à laver géante. Je trouve un simili replat abrité, sous le vent, côté Suisse, quelques mètres sous la crête. La pente générale tire vers le vide, mais pas de quoi m’inquiéter. Entre chien et loup, un bouquetin fait preuve d’une improbable curiosité en venant s’approcher plusieurs minutes, puis de repartir dans le chaos de blocs.
La nuit a investi les lieux, je la ponctue de quelques sessions photographiques venant hacher le sommeil. Les bourrasques n’ont pas baissé d’un iota, mais la Voie Lactée apparaît particulièrement visible dans ce ciel dépourvu de Lune.

Au petit matin, vers 5 heures, les premières lueurs de l’aube dessinent les silhouettes des montagnes qui se succèdent dans le paysage, baignant dans des teintes douces et pastel. Le ciel est tristement dépourvu de nuages, ce qui m’oblige à faire quelques cadrages serrés au téléobjectif pour immortaliser la scène. Mont Blanc incandescent et Pointe Percée sous la Ceinture de Vénus sont deux vues de choix que je retiens. Une fois les belles teintes matinales passées, il est temps de repartir, en finissant la boucle par les crêtes du nord, toujours accompagné d’un vent à décorner le diable. A bon rythme et les cuisses surchauffées, les 1300 mètres de descente sont avalés en 2h20. Une virée physique et mouvementée, voilà ce que l’on retiendra de cet épisode chablaisien !

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Rocher du Vent (2360 m) – Beaufortain
Rocher du Vent (2360 m) – Beaufortain
24 juin 2023 In Beaufortain No Comment

Le mois de juin tire à sa fin, mais l’envie d’aller là-haut ne faiblit pas. La veille, un épisode orageux a déversé quantité d’eau dans le secteur, nettoyant au passage le sable du désert obstruant le ciel d’un voile gris-jaune opaque, du plus mauvais goût pour quiconque cherche de belles lumières. Il n’est donc pas étonnant de voir ce vendredi les montagnes accrochées de brumes, la chaleur faisant évaporer l’humidité ambiante. Un phénomène créant des conditions optimales pour avoir un peu de texture, avant que l’anticyclone, arrivant à grands pas, ne vienne infliger aux Alpes une tempête de ciel bleu et de fades éclairages crépusculaires.

Me voilà donc parti à l’assaut des cimes et c’est une nouvelle fois le Beaufortain qui est plébiscité. Une semaine après avoir arpenté les crêtes sud du barrage de Roselend, au tour désormais de la partie nord. La route, fermée jusqu’alors pour cause d’affaissement, a été rouverte le jour précédent, pour atteindre le Cormet de Roselend. Une occasion à saisir. La voiture garée au Plan de la Lai (1821 m) en fin de journée, l’objectif se dresse dans toute sa magnificence face à moi : le Rocher du Vent (2360 m). L’avantage du vendredi est d’éviter la cohorte de touristes sur ce lieu, probablement l’un des plus courus du massif. De sombres nuages, quoique guère menaçants, offrent une fraîcheur bienvenue pour l’ascension. Le dénivelé est rapidement avalé jusqu’à la Lauze (2165 m). Entre impréparation et lecture trop rapide de topos glanés çà et là, j’opte pour un cap à l’ouest, pensant qu’un sentier me conduirait au sommet. Il n’en est rien. Le parcours en balcon mène jusqu’au pied de la muraille rocheuse, dans laquelle un improbable tunnel a été creusé sur une centaine de mètres. Il débouche sur une vue plongeante sur le lac, magnétique. J’ai beau me dénuquer en regardant la cime, aucune sente n’y grimpe, si ce n’est le parcours de la via ferrata. Pas question de s’y risquer sans équipement et avec le poids sur le dos. Alors je poursuis l’itinéraire qui sillonne le flanc de la montagne, se dirigeant cette fois vers le nord-est. Le barrage de la Gittaz se dévoile peu à peu.

Quelques percées divines soulignent l’ambiance vespérale, avec les versants mouchetés d’une lumière éphémère. Ayant compris que mon erreur m’a fait faire le tour complet du Rocher du Vent par sa base, j’active la cadence pour finir la boucle jusqu’au Col de la Lauze (2330 m). Il n’est pas envisageable de rater le coucher de soleil. Plusieurs centaines de mètres plus au sud-ouest, un panneau indique que me voilà au Rocher du Vent. Très bien, je suis au beau milieu d’une crevasse, cernée de deux remparts tithoniques. Il faut coûte que coûte se rendre au sommet. Une croix jaune sur la gauche m’interpelle : plusieurs câbles sont fixés sur les dalles rocheuses. C’est donc parti pour un peu d’exercice aérien, vertigineux mais franchi sans encombre. Le sentier sommital atteint le point tant espéré : le bord de la falaise dominant Roselend, enfin ! Le panorama grandiose justifie la réputation des lieux.

Le jour se meurt peu à peu, le Soleil décline irrésistiblement vers l’horizon et quand il daigne passer sous la barre de nuages, il distille une lumière mordorée sur le secteur, d’un parfum enivrant, élevant la beauté à un niveau paroxystique. Une féérie phosphorescente l’espace de quelques minutes, avant que l’obscurité ne gagne définitivement la partie.

Le plat étant inexistant sur ces hauteurs, c’est dans le sillon du sentier que je dormirai, tel un vagabond. Ici, la couche a bien moins d’importance que l’extase des yeux. Quel régal d’ouvrir les paupières en plein cœur de la nuit, et d’avoir pour première image la Voie Lactée se tapissant sur la rétine…Le silence n’est pourtant pas total, les torrents gonflés par l’orage et la fonte des neiges, rugissent en contrebas, un vrombissement permanent.

Après un sommeil haché par les nombreuses captations nocturnes, les premières lueurs se manifestent déjà vers 4h, il faut cependant attendre deux heures de plus pour que les sommets alentour soient illuminés. Le grand théâtre du Beaufortain ouvre de nouveau ses portes, le public a répondu présent, déjà le parking en contrebas se remplit malgré l’heure matinale. Aux bruits torrentiels, s’en ajoutent d’autres, bien plus irritables : ceux des motards, qui semblent jouer à celui qui se fera le plus entendre dans la vallée, où tout résonne plus qu’ailleurs…

Une courte sieste plus tard, il est temps de remballer et partir, le soleil de juin est mordant pour l’organisme, et ce même dans les plus basses heures matinales.

Il est 11 heures quand la voiture est retrouvée. Les stationnements sont complets, je quitte le secteur à contre-courant avec la satisfaction d’avoir eu de belles et solitaires conditions.

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Roche Parstire, Col du Couvercle – Beaufortain
Roche Parstire, Col du Couvercle – Beaufortain
18 juin 2023 In Beaufortain No Comment

Etape 1 : Col du Pré > Roche Parstire

La première quinzaine de juin a été marquée par la constance de la météo à rincer les Alpes d’orages quotidiens. Dans ces conditions, difficile de se hasarder à un bivouac sur les cimes autant humidifiées qu’électrisées. Toutefois, cet épisode touche à sa fin, laissant place à l’arrivée de la chaleur. Trouver refuge en altitude est comme chaque année une salvatrice solution.

Les jours étant longs, il est alors possible de quitter la vallée dès le vendredi en fin d’après-midi. Le programme du week-end est sans prétention, si ce n’est parcourir les crêtes bordant l’ouest et le sud du barrage de Roselend, pour un panorama de premier choix sur l’étendue d’eau artificielle.

A peine les cloches ont sonné 18 heures que me voilà au Col du Pré (1703 m), avec pour modeste objectif la Roche Parstire (2109 m). L’avantage, pour ce sommet facilement accessible et couru, est de profiter du lieu avec une relative quiétude, avant l’arrivée des randonneurs du samedi et du dimanche. Dans une atmosphère tamisée par quelques débonnaires nuages, la montée s’effectue rapidement. La sortie de la forêt marque d’une part le début de l’alpage et de la crête, et d’autre part le lever de rideau sur le magnétique décor des lieux : en contrebas, le lac de Roselend et son bleu azur, en haut l’imposant Mont Blanc et ses neiges sans doute plus si éternelles.

Notre étoile déclinant peu à peu, la lumière rasante vient caresser les chalets à mi-pente, sublimant la scène. L’horizon, chargé d’une fine épaisseur de brume, ampute le Soleil de ses chaleureux rayons. Les versants alentours se ternissent, l’astre se prépare à son one-man show. D’un blanc aveuglant, il transite vers un jaune délavé, de l’orangé jusqu’à sa mue finale, un rouge vermillon intense. Une affaire de quelques minutes ce bouquet d’adieu. Par un heureux concours de circonstances, voilà que la sphère incandescente vient de lover dans le concave relief de la Tournette, avant de définitivement tirer sa révérence. Les ombres investissent dès lors rapidement les lieux, il est près de 22 heures. La nuit s’annonce aussi courte que sombre : pas le moindre quartier de lune ne viendra déposer de la lumière ici ; des conditions idéales pour capter étoiles et Voie Lactée, pendant environ deux heures.

Dur effort un moment plus tard, lorsqu’il faut sortir du duvet, la fraîcheur et l’humidité ont imposé leur loi sur le pèlerin sans tente que je suis. Mais l’appel de l’aube est plus fort que tout. Néanmoins comme la veille, le Soleil éclaire peu quand il surgit par-delà le flanc oriental du Mont Blanc. Quelques images de rigueur sont faites, avant de retourner dans le plumage pour une agréable sieste matinale, le visage caressé par la douce brise matinale, le corps peu à peu réchauffé par l’entité lumineuse. La plénitude à son paroxysme, un moment volé au temps qui passe.

En milieu de matinée, ce moment de grâce prend fin au moment de refaire le paquetage. La crête qui se poursuit vers le sud, amène mon regard sur la seconde étape du parcours…

Etape 2 : Roche Parstire > Abords du Col du Couvercle

Cette seconde journée au cœur du Beaufortain sera davantage placée sous le signe de la contemplation et l’attente que la grande bambée sportive. L’idée est de poursuivre sur cette crête de manière à avoir une vue différente sur le barrage de Roselend. Il est un peu plus de 10 heures quand je décide de décoller de Roche Parstire. L’influence du week-end se fait nettement ressentir sur la fréquentation, des hordes de randonneurs et traileurs défilent sur le sentier que je m’apprête à sillonner. Il offre une succession de montées et descentes, plus casse-pattes qu’on ne le croit, mais la beauté des lieux est un catalyseur naturel. Le vagabond est constamment sous la surveillance du Mont Blanc, sorte d’antithèse de Sauron : froid et bienveillant, avec son regard opalin.

Après une énième série de montée-descente, surgit sans crier gare le lac de Saint-Guérin, en contrebas. Blotti au pied du Grand Mont d’Arêches, son bleu émeraude lui donne un air balnéaire.

Plusieurs sommets intermédiaires ponctuent le parcours en direction des hautes cimes du Beaufortain. La dernière d’entre elles, le Mont Coin, constitue mon objectif. Cependant, plus les foulées sont avalées, plus le lac de Roselend se dérobe dans le panorama. Il devient évident de ne pas s’écarter trop à l’ouest, au risque d’avoir l’étendue d’eau tronquée. C’est finalement le point coté 2341 m, surplombant le Col du Couvercle qui conclut cette courte étape. Le barrage, plein nord, me donne déjà des idées pour la prochaine nuit. En attendant, c’est un après-midi entier qu’il va falloir errer en ces lieux. Face à cette scène paradisiaque, où lac et Mont Blanc se disputent le premier rôle. Je patiente dans la contemplation, la lecture de Tesson…S’abandonner à vivre, dans le titre et les faits. Le temps défile lentement, les randonneurs un peu moins ; moi, immobile, léthargique par un sommeil trop haché, j’observe l’inexorable course du soleil. L’air est frais, les rayons dans une agressivité estivale. Progressivement, le ciel s’encombre de fins voiles élevés, trahissant la sensation de beau temps. Le déclin vers l’horizon chasse les touristes des lieux, me laissant peu à peu seul dans ce cadre idyllique. A défaut d’embrasement mordoré sur les montagnes, un couple de chamois occupe ma fin de journée. Ils arpentent le flanc escarpé à la recherche de quelques appétentes herbes, jusqu’à atteindre le sentier de crête, manifestement trop imprégné d’odeurs humaines, ils redescendent aussitôt.

Mon regard est cependant vite redirigé vers les rougeoyants cieux qui s’établissent au loin. Le Soleil a entamé son sprint final pour aller illuminer d’autres contrées. La sphère incandescente vient côtoyer la Tournette, un brûlant baiser d’adieu voulu par le jeu de la perspective, avant que les ténèbres prennent le relai. Je m’en vais rejoindre mon duvet pour glaner quelques heures d’assoupissement, entrecoupé de déambulations nocturnes sur la crête. La nuit à la belle étoile a des côtés grisants à bien des égards : pas de crissement de toile, aucun obstacle entre le for intérieur et l’infinité cosmique. La première image s’imprimant sur la rétine est cette Voie Lactée, source de bien d’imagination…

Vers 5 heures, l’aube est déjà bien entamée. Le ciel est toujours essaimé de voiles élevés, notamment vers le nord-est, théâtre de l’avènement solaire. Comme la veille, l’astre ne fait pas d’entrée triomphale, se contentant simplement d’éclairer. Quelques invisibles brumes diffusent néanmoins les rais matinaux, au-dessus du lac, avant de disparaitre.
La chaleur étant bien palpable, je décide de regagner le point de départ pour le retrouver sur les coups de 9 heures, clap de fin d’un intermède fort dépaysant en terres savoyardes.

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La Sambuy (2198 m) – Bauges
La Sambuy (2198 m) – Bauges
29 mai 2023 In Bauges No Comment

Les pérégrinations de mai se poursuivent. Cette fin de mois est caractérisée par des pressions plus basses qui stagnent sur le sud de la France, induisant des évolutions diurnes tournant à l’orage sur les massifs montagneux. Difficile alors de composer avec les aléas du ciel, entre la volonté de côtoyer les cimes et se protéger de la foudre. Il faut alors trouver des secteurs réunissant ces deux facteurs. Un des endroits qui s’y prête volontiers et celui de la Sambuy, sur la bordure orientale des Bauges. Le point convoité est parcouru à sa base par une petite station de ski, où quelques bâtiments au sommet offrent une solution de repli adaptée.

Il est 12h45 quand les premières foulées sont engagées. Le parking (1150 m) est relativement encombré, tout comme les cieux qui prennent localement de sombres teintes, tandis que les températures annoncent les prémices de l’été. La première partie de l’ascension n’a rien de très excitant : il s’agit de remonter tout le domaine skiable via la piste d’exploitation, croisant çà et là les remontées mécaniques. Dans ces conditions, les pauses contemplation sont vaines, finalement en 1h45, me voilà en haut de la station, vers 1830 m. Plusieurs constructions dénotent dans le paysage, mais les abris qu’ils constituent trouvent aujourd’hui un intérêt certain. En effet, les massifs alentours sont tous coiffés de cumulonimbus tutoyant la stratosphère. Le théâtre de l’apocalypse s’installe progressivement sous mon regard impuissant, avec comme actes des sanctions foudroyantes, aussi aléatoires que dangereuses.

Je patiente un long moment ici, les lieux étant alternativement arrosés de soleil et plongés dans l’ombre des nuages. Au loin, des vrombissements se manifestent, signe que la colère gronde là-haut. L’application indique que les orages sévissent dans le Beaufortain et surtout la Chartreuse. Peu à peu la luminosité décline : les Bauges seraient-elle la prochaine cible ? La température qui dégringole semble annoncer l’inéluctable. Un point de vue à proximité du refuge permet de voir un rideau de pluie arrosant la plaine d’Albertville. Pourtant ici, en dépit de la menace, les événements semblent ne pas se décider. En fin de journée, voilà que des teintes chaudes font leur apparition vers l’ouest. La foudre, aux portes des Bauges à Chambéry, a finalement changé de cap pour aller larguer son voltage sur Grenoble et le Vercors. Les signaux sont au vert : direction la Sambuy, il est déjà 19h30. A grandes enjambées, requinqué par le repos forcé, me voilà arpentant l’ultime dénivelé me séparant de l’objectif. L’arrivée au col m’offre un panorama sur une grande partie des Bauges, jusqu’au lac d’Annecy. Le paysage s’est paré d’une luminosité post-orageuse, aux tons orange délavé, se diffusant dans une atmosphère chargée en humidité. A droite, s’élançant dans le ciel, la Sambuy semble inaccessible tant les pentes sont vertigineuses. Elles justifient la présence de quelques marches, échelles et cordages pour assurer ses prises. A 20h15, la cime est atteinte (2198 m).

La vue est chargée en matière, notamment vers le sud et l’est, où les résidus de l’orage s’évacuent, alors que l’humidité ambiante fait valser la brume sur les reliefs baujus. Le jour se meurt progressivement, et en guise dernier adieu, le soleil a revêtu sa parure vermillon, boule rouge incandescente avant de passer derrière l’horizon. Il est temps d’installer ma modeste villégiature en ces lieux calcaires : pas de tente mais une nuit à la belle étoile, sur la caillasse mais avec le luxe d’être sur du plat, et suffisamment d’espace de part et d’autre pour ne pas rouler vers un aller simple dans l’au-delà. Le bleu de la nuit envahit les Alpes, tandis que le tonnerre résonne au loin ; il est au-dessus de Turin, bien trop loin pour être inquiétant.

Après une courte nuit, les premières esquisses du jour à l’est m’éveillent. L’atmosphère s’est débarrassée de ses nuages, prête à recommencer le jeu pour ce lundi naissant. La brume et l’humidité ternissent le paysage, un filtre naturel affadi la luminosité et les couleurs, à tel point que lorsque le soleil pointe le bout de son nez derrière le massif du Mont Blanc, celui-ci n’offre ni rayons ni chaleur. Une sphère orangée paradoxalement froide, bien différente des matins habituels. Il faut attendre près d’une heure pour en ressentir ses bienfaits, profitant de ces instants suspendus dans mon duvet. Le silence monacal est à peine trahi par les cloches des bovins en contrebas, qui s’activent.

Plus de 1000 mètres de dénivelé doivent être effectués en sens inverse. En fin de matinée, les rais de lumière deviennent presque agressifs, heureusement à midi le parking est retrouvé, signant la fin de cette petite aventure pas dénuée d’intérêt.

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Aiguille Verte (2045 m) – Bornes
Aiguille Verte (2045 m) – Bornes
4 mai 2023 In Bornes No Comment

Mai. Chaque année, ces trois lettres évoquent chez moi la renaissance, consécutif à avril qui résonne chez les plantes le début du renouveau. Comme elles, après des mois d’attente léthargique, la sève qui parcoure mes veines entre en effervescence, prête à profiter des jours longs et ensoleillés. Il faut dire que depuis novembre, la météo a affolé les statistiques dans nos contrées. D’une sécheresse hivernale, oxymore de plus en plus classique dans notre monde contemporain, on est passé à un hiver tardif sur avril, une providence pour les sols assoiffés.

Après quelques jours maussades, le soleil refait son apparition sur les terres alpines. L’occasion de lancer officiellement le début des bivouacs de 2023. Les montagnes sont dans une lutte acharnée dont on connaît pourtant l’inexorable issue : les sommets sont parés de leur manteau blanc pour plusieurs semaines encore, tandis qu’à leur base, les couleurs chlorophylliennes grignotent petit à petit du terrain sur les versants.

L’abondance de neige contraint néanmoins à réduire les ambitions sur l’altitude à atteindre à pied, au risque de s’enliser. C’est de façon naturelle et traditionnelle que les massifs préalpins sont mis à l’honneur. Le dévolu est jeté sur les Bornes, muraille calcaire entre Annecy, Thônes et Bonneville.

La destination choisie est l’Aiguille Verte (2045 m), dominant le hameau du Chinaillon, dans la continuité méridionale du Jallouvre. C’est sous un insolent ciel bleu que débute l’ascension, en fin de matinée, depuis le hameau de Samance (1350 m). Le sentier remonte paisiblement le long d’une barre calcaire, permettant d’admirer la vue sur la vallée. Dès lors, le parcours s’engage dans l’alpage et les hostilités sont réellement lancées au point coté 1568 m. Il suffit de lever la tête pour apercevoir la toute proche Aiguille Verte, mais l’objectif est séparé d’un long raidillon qu’il va falloir remonter. Les pelouses ont des teintes jaune pâle, témoins d’un hiver très récent dans le secteur. Des vestiges de celui-ci sont encore bien présents sous le col, des névés tapissent les combes les moins exposées. Je décide de les contourner, en empruntant des dévers raides que maudissent mes chevilles.

L’arrivée au col (1881 m) permet au regard de découvrir tout le paysage en direction de la vallée du Borne, à l’ouest. Mais celui-ci reste toutefois attiré par ce magnétique objectif du jour, et surtout toute la crête qui s’apparente à une ascension vers les cieux. La voie vers le Paradis diront certains. Un ultime effort, doublé d’une accentuation du rythme cardiaque, conduit au point culminant de l’étape. Le panorama estompe le chemin de croix : en face les Aravis aux cimes albâtres, où le Mont Blanc, émergeant au second plan, fait mine d’appartenir au même massif tant il se fond ; au sud-ouest, se manifestent la Tournette, le plateau des Glières et le Parmelan ; flirtant avec l’horizon, se distinguent au loin le lac Léman et la chaine du Jura ; enfin, tout proche, se dresse le Jallouvre, au pied duquel est blotti le lac de Lessy, encore pris dans les glaces, la débâcle s’initiant à peine sur les rives.

Une grande partie de l’après-midi, qui m’est laissée libre, est consacrée à la contemplation, à la lecture et à profiter du temps qui défile, le tout sous un soleil d’une grande générosité. L’occasion aussi de réfléchir sur l’emplacement du bivouac. Les gens un tant soit peu raisonnables iraient bien plus bas, à la quête d’un replat herbeux et confortable. Ne semblant pas appartenir à cette catégorie-là, de par mon abnégation (et mon inconscience ?), c’est en haut que je dormirai et nulle part ailleurs. Entre le cairn sommital et…le vide, tout juste de quoi s’allonger. Suffisant pour installer mon abri de fortune. Maigre confort, mais luxueuse vue.

Le soleil décline peu à peu vers l’horizon, les versants se parent de teintes légèrement dorées, adoucies par des brumes filtrantes au loin. C’est sous de ternes couleurs que les paysages entrent dans leur sommeil nocturne, malgré un festival solitaire du soleil, dans ses apparats amarante. En contrebas, des crissements dans la neige attirent mon attention, un chamois solitaire remonte le névé avec une facilité déconcertante ; en contrehaut, la pleine lune émergeant des Aravis annonce une nuit lumineuse.

La chaleur accumulée toute la journée offre un début de soirée tout à fait agréable, mais progressivement le vent s’invite à la partie, restaurant le froid de rigueur à cette altitude, et agitant la tente pour troubler la quiétude du moment.

La clarté lunaire fournit toujours des paysages aussi irréels, seuls les cristaux stellaires ponctuant les cieux rappellent l’heure de prise de vue. Un peu plus tard, l’aube est à l’image du crépuscule de la veille : affadie, terne et sans les explosions de couleurs espérées, digne d’un temps anticyclonique. Pour la mémoire du moment, quelques clichés sont réalisés, avant de plier bagage. A 8 heures, la descente est entamée. Pour proposer une variante, j’emprunte le col Sous le Buclon (1900 m) et son raide sentier. En conséquence, le parking est rapidement atteint, en seulement 1h15, épilogue d’une sortie agréable mais peu prolifique en matière photographique.

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Dent de Crolles (2062 m) – Chartreuse
Dent de Crolles (2062 m) – Chartreuse
5 mars 2023 In Chartreuse No Comment

Voilà plusieurs jours que la météo nous propose le même schéma quotidien : une brume tenace dans les vallées, peinant à se dissiper au cours de la journée. Le week-end semble tout droit se diriger vers ce type de condition. Avec un peu d’avance, je sors de ma traditionnelle hibernation pour aller observer le phénomène sur les hauteurs. A la faveur d’un climat exceptionnellement sec et ensoleillé depuis de nombreuses semaines, les versants les mieux exposés ont déjà des allures printanières. Le maigre manteau blanc a laissé place aux herbes grillées par la saison hivernale. Un des endroits qui se révèle le plus favorable à ma quête est sans nul doute la Dent de Crolles, sa vertigineuse falaise calcaire offre un panorama de choix sur le Grésivaudan, siège de la mer de nuages.

L’ascension débute au point coté 1217 m, à l’épingle la plus orientale de la route du Col du Coq, transformée pour l’occasion en grand parking, la section restante étant fermée pour l’hiver. Pas de place à l’échauffement, le sentier attaque droit dans la pente, remontant toute la zone forestière jusqu’à déboucher sur l’alpage des Ayes. Quelle surprise de constater des versants quasi dépourvus de neige. Il y a 1 mois, tout était encore blanc lors de ma visite de Pravouta. La fonte et le gel-dégel rendent les sillons pédestres particulièrement boueux.

Le soleil est le catalyseur de phénomènes atmosphériques : le brouillard se déchire, puis se reforme aussitôt, c’est une véritable bataille qui a lieu dans les cieux, animée par un vent tourbillonnant. Les gouttelettes d’eau en suspension semblent néanmoins glisser sur les rocs et remonter en altitude, de mauvais augure pour le pèlerin que je suis, ambitionnant de me placer au-dessus d’elles. L’itinéraire est dégagé sur presque la totalité du parcours, le passage redouté du Pas de l’œille n’est qu’une formalité, les rares névés ne présentent aucune difficulté. Si d’une manière générale le temps était assez agréable jusqu’à présent, l’arrivée sur le plateau est synonyme de changement de décor, et de façon rude ! Le coupable désigné est le vent, singulièrement vigoureux dans ce secteur. C’est comme si la Réserve des Hauts de Chartreuse avait servi de tremplin géant à ces courants venus du nord, se manifestant ici à leur paroxysme. La désillusion commence à poindre, alors que les bulletins s’accordaient à prévoir un « vent faible ». Où vais-je dormir ? Sûrement pas sur mon habituelle crête, trop exposée. A la croix, même sentence, le muret circulaire en pierres est bien trop petit pour assurer une quelconque fonction protectrice. La seule solution est de se réfugier en contrebas, en face sud. Toutefois, les secteurs favorables ne sont pas légions dans ce dédale rocailleux. A 50 mètres sous le sommet, un semblant de replat recouvert de neige semble être la seule alternative crédible. J’y déploie ma tente bon an mal an, l’exiguïté des lieux me privera de tout confort.

Le jour décline peu à peu, le mauvais pressentiment développé à la montée se concrétise bel et bien : la brume investit la Dent de Crolles et y prend ses quartiers pour la soirée, me privant du coucher de soleil qui semblait pourtant prometteur. A cela s’ajoute la bise, redoublant d’intensité, les bourrasques parviennent jusqu’à mon abri de fortune. La toile entame alors sa peu mélodieuse complainte, trahissant le silence monacal des cimes. Régulièrement, je scrute l’extérieur pendant mon intermittent sommeil. Finalement, vers 1 heure du matin, les étoiles scintillent dans la clarté du ciel de pleine lune. Je reste de longues minutes à immortaliser cet incessant ballet de brumes au pied de Chamechaude et du Bec Charvet, spectacle hypnotique malgré le froid…

Peu après 6 heures, le réveil claironne. Il est temps d’aller vérifier si mes espoirs ont été traduits dans les faits. Bingo : la mer de nuages a de nouveau envahi l’ensemble des vallées, tandis qu’à l’est se manifestent les prémices d’un jour nouveau. En contrebas, la masse blanchâtre est telle une rivière au ralenti, le flux canalisé par Belledonne et la Chartreuse se dirigent inexorablement vers Grenoble, animé par un vent de nord plus fort que jamais. L’envoûtante scène est immortalisée comme il se doit. Les paysages éthérés ont un côté irréel, puissant et éphémère. Plus tard, les incandescents rayons du soleil viennent apporter un brin de chaleur réconfortant, chassant progressivement les ombres pour illuminer les lieux.

La pièce qui s’est tenue ce jour dans le grand théâtre des Alpes aura donc tenu toutes ses promesses. Froid, vent et inconfort furent le prix à payer pour assister à la représentation de Dame Nature. La brume, actrice principale et objet de toutes mes convoitises, a comme à son habitude montré à quel point elle peut magnifier les paysages et les entourer de féérie…

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Lac Curtalés (2441 m) – Cerces
Lac Curtalés (2441 m) – Cerces
30 octobre 2022 In Cerces No Comment

Décidément, cette année 2022 bat tous les records. L’été semble avoir installé ses quartiers sur nos latitudes et, malgré quelques incursions de la neige en altitude, l’ambiance est digne d’un début de septembre. Seules quelques cimes à plus de 3000 mètres portent encore les stigmates d’une neige bien chétive, tombée le mois dernier. Côté Préalpes, les montagnes ont perdu de leur éclat, les couleurs s’en sont allées et les forêts attendent leur manteau blanc qui peut-être arrivera un jour. Les sentiers étant encore praticables comme à la belle saison, c’est du côté des Alpes internes que je me rends, au sein d’une des rares vallées que je ne connais pas dans le massif des Cerces : celle de la Neuvache, aux confins du village-station de Valmeinier.

Si les conditions météorologiques sont jugées parfaites pour le commun des mortels, sur le plan photographique je sais que c’est perdu d’avance : des voiles élevés tapissent une grande partie de la France, estompant les rayons du Soleil et les reléguant au rang de lumière terne et blafarde. Qu’importe, le principal est la découverte et le dépaysement.

Le point de départ se situe au parking de la Chenalette (1750 m), terminus du chemin au sud de Valmeinier 1800. Le regard se perd dans la profondeur de la vallée, qui s’étend à perte de vue. Il va pourtant falloir en remonter une grande partie, l’objectif du jour étant le Lac Curtalés (2441 m), nécessitant une approche de 8 kilomètres. L’avantage de cet itinéraire est de présenter une pente moyenne douce, de quoi soulager les articulations qui ont tant souffert ces derniers mois.

En dépit de l’altitude, il fait étonnamment chaud au démarrage. Le sentier longe le torrent de la Neuvache pendant un long moment. Les quelques arbres restants ici, essentiellement des aulnes, ont déjà perdu leurs feuilles. De rares mélèzes se distinguent par leur éphémère parure dorée, tandis que les versants sont ponctués de bâtis isolés, tout de schistes constitués, magnifiquement entretenus ; le plus emblématique est sans nul doute le Refuge de Terre Rouge.
L’ascension se poursuit régulièrement et, après 2h45 de marche, le Lac Curtalés est atteint. Blotti au pied d’un abrupt relief marquant la frontière avec les Hautes-Alpes – et la Haute vallée de la Clarée derrière- il offre un beau panorama sur le chaînon du Thabor, perçant le ciel dans son dédale rocheux. Un replat est trouvé pour installer la tente puis, comme prévu, le coucher de soleil se déroule dans une certaine indifférence, les couleurs se sont éteintes progressivement, jusqu’à laisser place à la nuit.

Le début de soirée est consacré à quelques poses nocturnes, pour capter ce ciel trahi par les nuages élevés, toujours persistants. Plutôt faiblard à mon arrivée, le vent s’est invité à la partie et a rapidement joué la vedette. Toute la nuit, la tente a vibré au rythme des bourrasques, rendant le sommeil quelque peu compliqué. Suite à ce repos en pointillé, aux premières lueurs du jour, je m’extirpe de l’abri en catastrophe, l’atmosphère incandescente aperçue à travers l’abside ayant donné un regain d’intérêt à la sortie. L’instant aura été de courte durée, les paysages se réveillent comme ils se sont endormis, dans une lumière blanchâtre.

Le vent du sud est de plus en plus intenable, il semble prendre de l’accélération depuis la ligne de crête située entre la Pointe de Névache, la Roche du Chardonnet et le Mont Thabor. Il est temps de quitter les lieux et retrouver un peu plus de calme dans le vallon. Peine perdue, le bougre est tenace et m’accompagne une bonne partie de la descente, le paroxysme étant atteint au niveau du refuge et de la Chapelle Notre-Dame-des-Neiges.

Vers 11h30, la voiture est retrouvée, les jambes bien fatiguées par ces 16 km aller-retour. Probablement pas le bivouac le plus inoubliable, tant par les conditions météo et photographiques, mais une belle découverte que ce vallon de la Neuvache.

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Tour des Dents Rouges – Etape 2 : Lac du Retour (Alpes Grées)
Tour des Dents Rouges – Etape 2 : Lac du Retour (Alpes Grées)
20 octobre 2022 In Alpes Grées No Comment

Au loin, la prochaine étape se devine : le Col de la Louïe Blanche (2567 m). Il faut au préalable remonter la dénommée Bella Comba. De prime abord, tout paraît facile, si proche. La réalité du terrain va vite me rattraper. Déjà, parvenir au fond du vallon n’est pas une partie de plaisir, mais en dépit de leur caractère encaissé, la vue depuis les lacs vaut le détour. Au bout des plans d’eau, un gigantesque écroulement sur le flanc nord-ouest de la montagne a laissé la place à un dédale de rochers et de blocs sur plus d’un kilomètre. L’itinéraire sillonne pourtant dedans, des cairns régulièrement mis en place donnent un cap à suivre. Plus loin, la neige, déposée en plaques gelés, vient renforcer la difficulté de la progression. Chute et glissade sont comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête, mais avec la prudence qui s’impose, ce délicat secteur est négocié, moyennant bien une heure d’acrobaties. Le chemin débouche sur un secteur plus ouvert et accueillant sous le col, où un étonnant abri dans un ancien fortin militaire se dévoile sur la droite. Ouvert aux quatre vents, sinistre à souhait et avec des latrines d’un autre âge, il n’est assurément pas conseillé pour y passer la nuit ! Les dernières enjambées m’amènent enfin au Col de la Louïe Blanche, synonyme de retour en France. Le paysage de la Haute-Tarentaise se découvre, dominé par l’imposant Mont Pourri, tout de blanc vêtu, dans une lumière tamisée par les voiles élevés. Un vent modéré me contraint à redescendre un peu pour casser la croûte, sur une zone plus calme.

Un sifflement m’interpelle pendant la pause. Je scrute la falaise : deux bouquetins, aussi curieux que méfiants, me surveillent sur leur promontoire. En ligne de mire, se dessine la quasi-destination du jour, entre deux éperons rocheux : le Col du Retour. Toutefois, la carte est formelle, pour y parvenir, il est nécessaire de plonger 500 mètres au sud pour remonter d’autant. Un détour qui n’est pas à mon goût, alors je décide de couper droit en direction du sud-ouest.
Ponctué de torrents qui ont entaillé le substratum, le parcours est semé d’embûches, nécessitant une débauche d’énergie supplémentaire. Escalader, désescalader, contourner, analyser le relief, faire les bons choix…le kilomètre me séparant du sentier provenant du Passage de Louïe Blanche aura fait chauffer les articulations, en particulier celles des genoux et chevilles. Las, une fois le chemin atteint aux abords d’un petit lac sans nom, une pause bien méritée s’impose. Celle-ci est vite écourtée lorsque des nuages élevés viennent obstruer les rayons du soleil, il faut alors se remettre en marche pour ne pas attraper froid.

Le chemin contourne la Pointe des Couloureuses et un dernier raidillon permet d’atteindre le Col du Retour ! Il débouche sur le lac éponyme, au-dessus duquel émerge le Mont Pourri. Le panorama n’apparaît cependant pas idéal pour la photographie : un monticule conglomératique masque une bonne partie des sommets de la Vanoise en face. La carte IGN indique la présence d’autres petits lacs juste derrière, je m’y rends alors de ce pas pour espérer trouver meilleure fortune. L’un d’entre eux remplit les critères, ce sera mon spot du jour ! J’installe la tente sur un replat moelleux et protégé du vent puis passe une bonne partie de la fin d’après-midi sur un belvédère, à contempler. La vallée de la Tarentaise apparaît sous la forme d’un clair-obscur doré, une succession de crêtes en silhouettes, du plus bel effet.

L’horizon, encombré de nuages opaques, annihile tout espoir de coucher de soleil. Je patiente alors dans mon abri jusqu’à la nuit. Contre toute attente, le ciel se dégage progressivement, pour être totalement clair, l’occasion d’aller capter la profondeur astrale, bien que ternie par la pollution lumineuse des villes toutes proches.

Le lendemain matin, une étrange atmosphère enrobe les lieux, annonciatrice d’un changement de temps. En altitude, le vent s’est levé, les nuages défilent à vive allure. A l’est, une curieuse lumière jaunâtre illumine le Mont Pourri et son glacier, tandis qu’à l’ouest, une masse sombre n’augure rien de bon. Les images satellite indiquent qu’il pleut sur la moitié de Rhône-Alpes, le secteur semble être protégé par le foehn. J’immortalise cette scène fugace et plie rapidement le matériel, la perturbation arrivera inévitablement à percer jusqu’ici. J’active le pas à la descente. De nouveau je suis trompé par un chemin ponctué de marques jaunes, qui m’emmène au pied de la Pointe de la Roche Jaille, inexistant sur les cartes. M’étant rapidement rendu compte de cet égarement, je coupe à travers les myrtilliers sur quelques centaines de mètres afin de regagner la bonne sente, qui rapidement me conduit au point de départ où se trouve ma voiture.

Voilà un circuit qui aura été des plus éprouvants. Ces trois jours passés à la frontière franco-italienne furent marqués par la relative difficulté de quelques passages, avec des sentiers peu évidents, mais la beauté et la diversité des paysages ont largement compensé ces anicroches !

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Tour des Dents Rouges – Etape 1 : Laghi de Tachuy (Alpes Grées)
Tour des Dents Rouges – Etape 1 : Laghi de Tachuy (Alpes Grées)
19 octobre 2022 In Alpes Grées No Comment

On poursuit la traditionnelle quête automnale de la mi-octobre ! Les couleurs ont déjà semble-t-il perdu de leur éclat dans les forêts préalpines, cependant bien exploitées la semaine précédente. C’est l’occasion d’aller explorer les hautes altitudes. Seuls trois jours sont annoncés beaux, de mardi à jeudi. Pour rentabiliser comme il se doit la fenêtre météo, un trek sous la forme d’une boucle paraît opportun.

Seulement une heure avant de prendre la voiture, le choix est enfin fait : ce sera la Haute-Tarentaise avec un crochet en Italie, autour des Dents Rouges (2925 m), pour un circuit peu couru sur un secteur que je ne connais pas. L’idée est de passer 2 nuits là-bas, la première vers les Lacs de Tachuy et la seconde au niveau du Lac du Retour.

C’est sous un beau soleil que l’ascension démarre. Les premières foulées m’amènent rapidement au niveau du Refuge du Ruitor, qui s’inscrit au sein d’une large vallée plane, probablement un ancien lac glaciaire comblé. Sur celle-ci reposent quelques bâtisses en pierre d’un charme singulier, au pied des imposantes murailles dominées par la Becca du Lac, le Bec de l’Âne ou encore la pointe de l’Invernet, tous dépassant les 3000 mètres. L’échauffement effectué sur ce replat laisse place à la remontée de la vallée du Petit, du nom du torrent qui la parcourt. Le sentier débouche sur le lac éponyme, loti à 2400 m et offrant un panorama époustouflant sur les montagnes alentours, déjà coiffées de leur manteau blanc à mi-relief.

Si jusqu’à présent la montée était relativement douce, la dernière partie est une autre paire de manche : un peu plus de 200 mètres de dénivelé quasi droit dans la pente, dans la rocaille. Quelques regards sont lancés derrière, tant le paysage a ce quelque chose de magnétique. L’arrivée au Col de Tachuy (2673 m), au-delà du fait qu’elle marque la frontière entre la France et l’Italie, est synonyme de rencontre avec la neige, subsistant depuis les dernières chutes de septembre. Un autre panorama se dévoile alors, et pas des moindres : la chaine du Mont Blanc. En contrebas, au fond de la vallée, un village, celui de la Thuile. Plus proches, les quelques lacs de Tachuy, objectif du jour. La descente de ce côté est assez périlleuse. Ce versant nord, ombragé, est assez enneigé, obstruant les trous entre les rochers, qu’un pas malheureux viendrait percer sans difficulté. J’avance alors avec prudence, privilégiant les blocs qui émergent. Tant bien que mal, ce passage délicat est négocié. Je n’ai plus qu’à choisir le lac avec le meilleur potentiel. La plupart étant encaissé, c’est finalement un de ceux les plus à l’est que je retiens. Il offre une ouverture de choix sur le toit de l’Europe. Un replat herbeux est trouvé pour y installer la tente.

Un petit vent vient trahir la sensation de chaleur, inhabituelle en cette saison. Mais une fois le Soleil passé derrière les cimes, la fraîcheur est palpable. Elle n’empêche cependant pas d’assister à la consumation du jour, dont les dernières étincelles illuminent le Mont Blanc, dans une ambiance anticyclonique monotone.

Les bivouacs d’automne ont l’avantage de proposer de longues nuits. A seulement 21 heures, l’obscurité est complète, de quoi m’occuper avec quelques poses astrales, notamment sur la Voie Lactée relativement visible pour cette saison. Fort heureusement, le vent s’estompe au milieu de la nuit, permettant de profiter d’un sommeil au calme, jusqu’aux premières lueurs de l’aube.

Je me positionne alors au bout du lac pour capter le reflet de la chaine du Mont Blanc, sous un ciel désespérément bleu et uniforme. Les couleurs vermeils sur les montagnes n’en demeurent pas moins magnifiques. Après cet épisode matinal, je retourne me reposer, le temps que le Soleil émerge enfin. Il faut attendre 10h15 pour que les rayons réchauffent la tente et l’individu qui s’y trouve. Tel un lézard, je sors de mon abri pour ranger le matériel et faire le sac. Au loin, la seconde étape se profile…

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Dent de Crolles (2062 m) – Chartreuse
Dent de Crolles (2062 m) – Chartreuse
13 octobre 2022 In Chartreuse No Comment

Troisième épisode de ma quête automnale. Toujours dans une optique de proximité et de massifs forestiers actuellement incandescents, j’opte pour une ascension des plus classiques qui soient dans le secteur : la Dent de Crolles (2062 m). Les conditions instables représentent une belle opportunité pour les ambiances brumeuses. Les jambes pourtant lourdes, j’entame les premières foulées depuis le Col du Coq peu après 15 heures. Les versants sont léchés par un brouillard qui remonte jusqu’au sommet convoité. Le soleil peine à percer, rendant les températures fraiches, idéales pour cet effort.

La montée est rythmée par ce va-et-vient incessant de la nébulosité, limitant tantôt les visibilités à peau de chagrin, tantôt dévoilant la vallée et les cimes chartrousines. Après environ deux heures de grimpette, la croix est atteinte. La vue vertigineuse sur le Grésivaudan fait toujours son effet, Belledonne est emprisonné dans les cumulus tandis que la face sud de la Dent de Crolles voit ses falaises calcaires caressées par la brume ascendante. Le sommet étant bien trop caillouteux, je me dirige à environ 200 mètres à l’ouest pour profiter d’un replat herbeux surplombant le sentier. Approchant de l’horizon, le soleil distille ses rayons de tons orangés qui viennent magnifier les montagnes alentours. Je me délecte de ces ambiances, notamment par la captation d’images par les airs, avant que l’étoile ne disparaisse pour laisser la place à la nuit.

La tente, déjà humidifiée, est annonciatrice de quelques réjouissances nocturnes. A peine ai-je le temps de me restaurer et m’installer que la cuvette grenobloise se coiffe d’une mer de nuage naissante. La Lune, brillante à 90%, a quant à elle émergé par-delà Belledonne, de quoi apporter un éclairage complémentaire pour compenser le fort contraste lié à la pollution lumineuse. L’équilibre, parfait, m’apporte toutes les conditions nécessaires à la prise de vue. J’immortalise jusqu’à la fin de soirée ce spectacle mouvant, notamment ces écharpes qui viennent épouser les crêtes du Saint-Eynard ou encore les trouées urbaines apparaissant de façon éphémère à travers les nuages. Ce genre de scène, surréaliste, ne cesse de m’émerveiller, par sa puissance d’une grande sérénité.

Quand retentit le réveil à 7 heures, la mer de nuages est partiellement disloquée en vallée, probablement à cause de la petite perturbation en approche. Mais qui dit perturbation, dit front nuageux. Les cieux sont occupés par de vastes voiles élevés qui déjà ont des reflets vermillon. En contrebas, un chamois broute paisiblement, en me lançant toutefois quelques regards vigilants. Soudain, les lieux se parent d’une teinte rougeâtre surprenante. Les cirrostratus deviennent le théâtre d’un foyer ardent. L’espace de quelques minutes, l’atmosphère s’embellit de couleurs d’un rouge flamboyant, sur 180 degrés du Mont Blanc au Vercors. Quelle intensité ! Cette éphémère féérie achevée, le soleil peine à livrer quelques rayons au-dessus des cimes de Belledonne, avant de disparaitre derrière le voile opaque. L’uniformité du ciel laisse peu d’espoir pour la suite ; toutefois, Dame Nature a été plus que généreuse dans les conditions offertes depuis la veille au soir.

Il est alors temps de plier, avec la satisfaction d’avoir fait carton plein sur les trois sorties consécutives. Ce mois d’octobre tient définitivement toutes ses promesses !

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